AccueilArticlesAllemaal geconditioneerd? Toegepaste gedragswetenschappen in tijden van pandemie

Allemaal geconditioneerd? Toegepaste gedragswetenschappen in tijden van pandemie

À l’heure de l’ingénierie sociale et dans un monde complexe en transformation, comment les connaissances en psychologie cognitive et comportementale ont-elles été appliquées pour manipuler les individus et les foules dans la gestion de crise Covid-19 ? Comment avons-nous été habilement amenés à penser et réaliser certains comportements? 

Julie Dall Arche

LE CERVEAU : UN ORGANE SOUS INFLUENCE ? 

Les explorations médicales et psychologiques de cet organe complexe qu’est le cerveau, souvent appelé « boîte noire », ont permis de mieux comprendre ses rouages, ses modes d’interactions et les mécanismes en jeu dans la manipulation. D’autre part, les courants du comportementalisme et des sciences cognitives ont pu mettre en évidence certains aspects de fonctionnement du cerveau et de la nature humaine permettant d’éclairer sa vulnérabilité face à la manipulation. Il est en effet possible de comprendre les régions cérébrales qui s’activent sous l’influence de certaines émotions et situations, et certains mécanismes qui permettent d’influencer nos choix et nos comportements. 

Comme l’explique Philippe Breton, docteur en psychologie et sciences de l’information et de l’éducation, « La manipulation consiste à entrer par effraction dans l’esprit de quelqu’un pour y déposer une opinion ou provoquer un comportement sans que 

ce quelqu’un sache qu’il y a eu effraction… » La manipulation semble donc commencer là où la conscience est aveugle… Le cerveau est un organe complexe, loin d’avoir livré tous ses secrets et en évolution constante de par ses apprentissages et expériences qu’il intègre au fur et à mesure. Ce sont ces remaniements des circuits neuronaux via l’apprentissage venant renforcer certaines connexions synaptiques qui ont intéressé les grands behavioristes et la manière dont l’individu réalise et intègre ces apprentissages. La modification des comportements étant au cœur de ces approches comportementales, et ces mêmes approches ayant servi de terreau à la gestion de crise de la Covid-19 avec son lot de mesures inédites, attardons-nous maintenant sur ces grands courants et recherches qui ont permis de comprendre comment il était possible de façonner les comportements humains par le biais de l’apprentissage. 

DU « CHIEN DE PAVLOV » AU « PETIT ALBERT » 

Le courant du comportementalisme (ou behaviorisme) s’est particulièrement intéressé aux mécanismes d’apprentissages du cerveau et renvoie notamment aux travaux sur le conditionnement de Pavlov et Skinner qui ont permis d’éclairer le fonctionnement des réflexes conditionnés et la manière dont les comportements peuvent être manipulés via l’apprentissage. Le conditionnement classique introduit par Ivan Pavlov, médecin et physiologiste russe, en 1903, consiste à associer un stimulus neutre à un stimulus inconditionnel pour créer, après apprentissage, une réponse conditionnée. Il s’agit de la célèbre expérience du « chien de Pavlov ». Pavlov était convaincu qu’il allait trouver un modèle, des lois, qui allaient permettre au niveau mécanique de prédire l’ensemble des comportements humains. Le terme de « comportementalisme » a été évoqué par John B. Watson, psychologue américain qui, dans la lignée des travaux de Pavlov, va centrer ses recherches sur le comportement animal et humain, la publicité et l’éducation des enfants. Watson a démontré à travers l’expérience controversée du « petit Albert » en 1920, que le conditionnement pouvait s’appliquer à l’être humain et qu’il était possible, par apprentissage conditionné, de créer une phobie chez l’enfant. 

Watson a ici engendré chez l’enfant une expérience traumatique associant un stimulus neutre (la souris en peluche qui ne provoque alors chez l’enfant ni peur, ni pleurs initialement) à un stimulus angoissant et aversif (bruit fort qui suscite une réaction de peur). Après répétition de cette opération d’association, le petit Albert, alors âgé de 11 mois, développe une phobie non seulement à la vue des souris, mais également des autres animaux ou objets ressemblants par généralisation. Si le conditionnement classique tient essentiellement aux réponses réflexes de l’organisme, B.F. Skinner, psychologue américain a, quant à lui, introduit la notion de conditionnement opérant en 1938 ajoutant la notion d’influence de l’environnement venant renforcer positivement ou négativement le conditionnement. 

CONDITIONNEMENT DES COMPORTEMENTS 

Cette manipulation du comportement s’opère par exemple par des procédures de renforcement positif partant du principe qu’un comportement renforcé positivement a beaucoup plus de chances de se voir reproduire. Au niveau des mécanismes cérébraux, nous retrouvons ici l’activation du « circuit de la récompense » en lien avec le conditionnement. Par exemple, le salaire au travail est un type de renforcement positif, une récompense obtenue grâce à un investissement (l’argent) va pousser l’individu à s’impliquer encore, afin d’obtenir de nouveau cette récompense. La motivation vient modifier et façonner nos comportements. Nous avons pu voir à l’œuvre un nombre croissant de ce type de mécanismes ces dernières années dans plusieurs pays afin d’inciter et motiver les individus à prendre l’injection expérimentale contre la Covid-19 (allant de la récompense financière en Serbie où le chef d’État déclarait qu’il s’agissait d’une façon de récompenser les gens qui font preuve de responsabilité, aux hamburgers, bières ou pâtisseries offertes aux États-Unis ou en Israël, ou encore des glaces en Russie ou même des piercings en Inde en échange du consentement à l’injection)[note]. Le renforcement négatif, renvoie quant à lui au retrait d’un stimulus ou d’un événement désagréable. Par exemple, si la personne ressent un état de mal-être émotionnel et qu’elle prend un médicament destiné à apaiser ses souffrances, si ses douleurs diminuent, cela va venir renforcer le comportement de prendre ce médicament quand elle ne se sent pas bien. Ce type de renforcement ne semble pas méconnu des industries pharmaceutiques qui ont tout intérêt à ce que les gens consomment les médicaments qu’ils commercialisent. La notion de répétition est importante dans la manière dont le cerveau réalise ces apprentissages et intègre les informations. Les punitions font aussi partie des procédures possibles dans ce type de conditionnement et permettent de dissuader l’individu de répéter le même comportement, soit par l’ajout d’un stimulus aversif (par exemple devoir payer une amende lorsque la personne dépasse du périmètre de 1 km autour de son domicile comme nous avons pu le vivre lors de la mise en place des mesures de restrictions des déplacements prises durant le confinement), ou bien par le retrait d’un stimulus positif (par exemple retirer à la personne le droit de faire telle activité plaisante ou importante tant que le comportement n’est pas en adéquation avec ce qui est attendu. On se souvient bien des privations de se rendre au restaurant, au cinéma, même au travail via la mise en place du pass sanitaire en 2021 et par la suite vaccinal pour les personnes ayant refusé l’injection). Enfin, Skinner a également montré l’aspect addictif de ces apprentissages par le renforcement jugé le plus puissant dit « intermittent », qui consiste à attribuer la récompense ou la punition de manière aléatoire et imprévisible. Le « circuit de la récompense » est fortement activé dans ce cas de figure, ce qui engendre une certaine addiction amenant l’individu à percevoir les rares récompenses d’une manière amplifiée. D’autre part, la cascade de mécanismes biochimiques impliquant non seulement la dopamine, qui est libérée en grande quantité lors du renforcement intermittent, mais aussi l’ocytocine (impliquée dans la modulation des relations sociales et l’attachement), le cortisol et la noradrénaline (sécrétés en situation de stress) viennent aussi renforcer la dépendance à la personne qui octroie les récompenses. La libération importante de certaines hormones dans le renforcement intermittent peut engendrer un attachement très fort à la personne abusive : le manipulateur a alors le champ libre pour créer la peur chez sa victime de perdre la relation et soulager de temps en temps cette peur par d’aléatoires récompenses pour la maintenir dans cet état d’emprise. Là aussi le parallèle avec la gestion gouvernementale de lutte contre la Covid-19 peut être fait si l’on considère les successions « d’assouplissements » temporaires puis de « resserrages » des mesures imposées. Toutefois, la question de la vulnérabilité et des prédispositions de l’individu se pose : pourquoi certaines personnes se trouvent être victimes de manipulations et agressions répétées et pourquoi d’autres n’y sont pas confrontées ou n’ont pas les mêmes ressources pour y faire face ? Cette vulnérabilité semble multifactorielle, que ce soit par exemple via les facteurs génétiques venant influencer notre système hormonal, limbique et notre système nerveux autonome, ou ceux liés à l’environnement tels que les apprentissages et expériences relationnelles potentiellement traumatiques vécues dans l’enfance, l’attachement, la perception de sécurité, etc., la personne se trouve déjà sous l’influence de schémas qui vont venir impacter ce qu’elle va vivre et comment elle va pouvoir y faire face. À ce sujet l’analyse de Gwenaelle Persiaux, psychologue spécialisée dans les blessures et traumatismes d’attachement, est particulièrement intéressante pour comprendre les liens qui peuvent être observés entre l’insécurité relationnelle, les styles d’attachement et la vulnérabilité aux manipulations.[note] Au-delà de ces conditionnements il est bien sûr possible d’agir pour accompagner chacun sur son chemin de conscience et de guérison. 

PSYCHOLOGIE COMPORTEMENTALE APPLIQUÉE AUX POLITIQUES PUBLIQUES…
L’ÉTHIQUE EN QUESTION 

L’évolution de ces recherches sur l’apprentissage et le comportement par conditionnement ouvre la voie à la possibilité de créer de nouveaux comportements ou façonner certains autres de manière à ce que l’individu se conforme à ce qui est attendu et souhaité en fonction du comportement cible défini en amont. Ces mécanismes sont fréquemment retrouvés dans les relations toxiques et de manipulation, que ce soit dans les relations affectives, amicales, ou dans le domaine politique par exemple où ce modèle permet une manipulation insidieuse de certains individus, voire des foules. 

En effet, comme nous l’avons vu, ces éléments ne sont pas méconnus de nos politiques, notamment en France où dès 2017 un département de sciences comportementales a été créé au sein de la direction interministérielle de la transformation publique (DITP).[note] Le gouvernement français s’est notamment appuyé sur des cabinets de conseil bien au fait de ces méthodes tels les cabinets BVA ou encore McKinsey pour la gestion de la crise sanitaire du Covid-19. Nous avons pu voir ces leviers appliqués aux différentes mesures gouvernementales de gestion de crise sanitaire allant de la suspension d’emploi conditionnée à une injection, en passant par les mesures de pass sanitaire conditionnant les libertés aux comportements souhaités et définis par le gouvernement. Le système de crédit social développé en Chine dès 2014 est aussi un bon exemple de l’utilisation du conditionnement. Il représente un moyen de façonner et contrôler les comportements des individus en attribuant un capital de points ou punitions, accordé par l’État aux citoyens en fonction de leur obéissance aux règles fixées par le gouvernement. Ce système semble désormais voir le jour en Europe, où la ville de Bologne, en Italie avait évoqué l’application après l’été 2022 de son Smart citizen wallet ou « portefeuille du citoyen vertueux ». Ce même principe de conditionnement pourrait d’ailleurs être bientôt étendu à d’autres enjeux sociétaux tels que le changement climatique via l’instauration d’un « pass carbone ».[note] Le conditionnement classique du temps de Pavlov ou Skinner a évolué et s’est actualisé au travers notamment d’une approche venue des États-Unis et très en vogue : le nudge qui en français pourrait se traduire par « coup de coude ». Ce concept provenant des sciences comportementales a été théorisé en 2008 par deux économistes américains, Cass Sunstein et Richard Thaler. L’entreprise BVA en France et son directeur général Eric Singler s’est par exemple attachée durant ces dernières années à l’incitation des français à la vaccination. Un des exemples de la mise en place de la technique du nudge durant la gestion de crise Covid-19 réside dans l’application TousAntiCovid mise en place par le gouvernement en 2021.[note] Il s’agit par cette méthode de « faciliter les bons choix » via plusieurs modalités dont la pression sociale. 

Comme l’estime Alice Soriano, docteure en psychologie cognitive, par rapport à la mesure de confinement prise durant la gestion de crise sanitaire : «Une communication efficace du point de vue des sciences comportementales consisterait donc à mettre en lumière l’adoption du confinement par la majorité des Français pour attirer les autres individus vers ce comportement».[note] On perçoit bien ici cet « accompagnement » insidieux à adopter un comportement en s’appuyant sur la pression sociale. Vu sous le seul angle comportemental, le psychisme humain ne se distingue pas de la machine en ce sens que, comme l’évoquent Marco Della Luna, avocat et psychologue expert en manipulation socio-politique et Paolo Cioni, neuropsychiatre et professeur de psychopathologie, dans leur ouvrage Neuro-esclaves : , « Les deux se composent de variables échangeant des informations avec l’environnement ».[note] Ces approches, bien qu’ayant été importantes dans la mise en lumière de nos capacités innées d’apprentissage sur lesquelles elles se basent, quel que soit leur domaine d’application, doivent pouvoir nous interroger sur les aspects éthiques et les dérives possibles de la mise en application de la psychologie comportementale à des fins de manipulation de l’individu. En effet, le conditionnement pose notamment les questions de l’intentionnalité et du consentement puisque l’individu n’est pas conscient des mécanismes mis en œuvre pour l’amener à agir dans un certain sens. 

DES BIAIS COGNITIFS À L’EFFRACTION DU CERVEAU ÉMOTIONNEL 

Les sciences cognitives ont également permis d’éclairer certains aspects du fonctionnement de notre cerveau qui nous rendent vulnérables à la manipulation, elles ont aussi fait le lit de diverses pratiques visant à influer sur les comportements humains. Notre système de traitement de l’information est soustendu par une mécanique bien rodée de sélection, encodage, stockage et récupération. Face à un même stimulus, toutefois, le traitement de cette information va être différent selon les expériences passées, l’état émotionnel et la personnalité de l’individu. Selon Daniel Kahneman, psychologue et économiste américano-israélien, notre cerveau présente deux modes de fonctionnement : le fonctionnement en mode intuitif, d’une part et le système de pensée logique et réfléchie, d’autre part. Dans cette tendance du cerveau au traitement rapide et économique de l’information, qui peut être utile à certains moments, les biais cognitifs sont nombreux. Ils viennent influencer en permanence la manière dont nous percevons la réalité et conditionner nos pensées dans le sens de ce filtre qu’ils représentent, pouvant ainsi donner lieu à des jugements erronés.[note] 

Epictète disait : « Ce qui trouble les hommes ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils s’en font. » Certains biais s’expriment par les ressources cognitives limitées (temps, information) et d’autres vont refléter l’intervention de plusieurs facteurs dont la motivation, la morale, les émotions, le désir d’éviter une dissonance cognitive peu agréable (tension interne renvoyant à une contradiction entre les pensées, croyances ou émotions et les actions). Si ces comportements automatiques ont leurs avantages (notamment en termes de gain de temps et de ressources), ils peuvent être détournés par des personnes averties désirant les exploiter pour nous manipuler comme l’explique Robert Cialdini, psychologue américain, dans son ouvrage Influence et Manipulation.[note] Notre esprit critique reste un « garde-fou » primordial et donc une cible de choix pour les manipulateurs. La multiplication des sources d’informations et la manipulation de ces dernières par les médias et politiques rend d’autant plus complexe ce travail de tri, de réflexion et de prise de recul, pourtant si essentiel. Il est toutefois possible de venir influer sur ces biais cognitifs et ainsi augmenter ses chances de raisonner de manière la plus juste possible, en alignement et conscience avec ses pensées et valeurs. Depuis les années 2000 nous assistons à un boom de nouvelles techniques de communication basées sur ces biais cognitifs et qui ont particulièrement attiré l’intérêt des sciences politiques.[note] 

Les aspects émotionnels, de personnalité et les expériences passées sont aussi des éléments pris en compte dans les techniques de manipulations commerciales et de communication. La publicité en est un des moyens privilégié à l’heure où la télévision représente une voie royale pour « happer » l’attention de l’individu et accéder à sa mémoire implicite, influençant ainsi ses choix et comportements. Les publicités gouvernementales sur les mesures sanitaires et la vaccination qui ont été habilement mises en œuvre et diffusées, sont largement inspirées des sciences cognitives et comportementales afin de faire passer des messages et influencer les comportements via des ressorts tels que la répétition et l’atteinte émotionnelle. 

Cette effraction du cerveau à l’insu de la personne s’opère ici de manière efficace par la sollicitation du système limbique, ce cerveau émotionnel. Les émotions représentent une porte d’entrée importante dans les processus de manipulation. En effet, le système limbique, siège des émotions spécifiquement impliqué dans ces phénomènes, est une zone du cerveau particulièrement vulnérable. Face à un danger, le système limbique peut venir interférer avec le traitement du lobe frontal et donc, notre capacité à raisonner, prendre des décisions, et agir. La séquestration de l’amygdale* ou Amygdala Hijack, terme créé par le psychologue américain Daniel Goleman vient bien expliquer ce type de réactions émotionnelles incontrôlables qui se produisent lorsque ce phénomène s’opère.[note] Ce « court-circuit » n’est pas sans évoquer ce qui se produit également lors d’un état de dissonance cognitive. Ce concept, théorisé par Léon Festinger, psycho-sociologue américain, en 1957, renvoie à ce déséquilibre entre nos pensées, émotions, valeurs et comportements. Face à une dissonance cognitive, le cerveau va chercher à réduire cet état d’inconfort par différents biais (l’auto justification en est un exemple). La dissonance cognitive est un levier important de certaines formes de manipulations. En effet, comme l’explique Meredith Miller, coach et auteure américaine spécialisée dans les abus et traumatismes, lors de son intervention au tribunal populaire de l’opinion publique Grand Jury ayant débuté en février 2022, la tension interne entre ce qu’une personne a pu croire et des preuves qui viennent, par exemple, contredire cette croyance, engendre une incapacité pour la personne de concilier dans son esprit ce conflit. Cette situation inconfortable va provoquer une grande anxiété et ainsi impacter le système nerveux en déclenchant les circuits de l’amygdale, créant comme une sorte de détournement du cerveau. La personne peut alors entrer dans le déni et son cerveau ne parvient pas à accepter les preuves ou argumentations venant contredire sa croyance initiale : l’état de brouillard cérébral induit vient parasiter et altérer ses capacités de discernement. Ceci peut expliquer en partie la difficulté de certaines personnes à comprendre la manipulation dont elles ont été victimes malgré des preuves et démonstrations qui leur sont présentées. [note] 

Provoquer de la peur, générer de l’anxiété, créer un état de choc, de sidération, de dissonance cognitive permet d’augmenter la vulnérabilité d’un individu, le rendant ainsi potentiellement plus manipulable. Là aussi l’habile communication gouvernementale et médiatique en temps de pandémie a largement contribué à instaurer ce climat de peur ayant permis l’acceptation de mesures parfois aussi absurdes que dangereuses. Karl Popper, grand philosophe des sciences du XXe siècle nous mettait déjà en garde à l’époque : « Refusez la fragmentation des connaissances, pensez à tout, ne vous laissez pas noyer par la montée des informations (…) ne soyez dupes de rien, ni des modes, ni du terrorisme intellectuel, ni de l’argent, ni du pouvoir. Apprenez toujours et partout à distinguer le Vrai du Faux. »[note] Si pour David Hawkins, docteur en médecine, psychiatre, physicien et chercheur, « le mental est incapable de distinguer le vrai du faux », il semblerait alors que la conscience, le retour à soi et à ses sensations corporelles soient des aspects essentiels pour réduire sa vulnérabilité à la manipulation et penser avec clarté. En effet, comme l’explique Gwenaelle Persiaux : « Plus une personne est capable de sentir ses émotions, ses sensations, de les verbaliser et de les réguler, plus son axe est solide et plus elle est capable d’affiner ses pensées, de comprendre les choses, faire des liens, prendre du recul, etc. »[note] 

Que ce soit en exploitant les « failles innées » de fonctionnement de notre cerveau ou en agissant directement sur lui via diverses techniques qui ne cessent d’évoluer, la puissance de ce précieux chef d’orchestre semble être l’objet de toutes les convoitises. Nous ne sommes, fort heureusement, ni réductibles à nos comportements, ni à nos biais cognitifs et il semble possible de limiter notre vulnérabilité à la manipulation en opérant un retour à la conscience et une reconnexion à notre nature profonde pour protéger plus largement ce qui fait notre humanité… 

Elsa Richard 

Julie Dall Arche

*Terme créé par le psychologue Daniel Goleman pour expliquer un type de réaction émotionnelle incontrôlable. 

Article précédent
Article suivant
RELATED ARTICLES
- Advertisment -
Google search engine

Most Popular

Recent Comments