Ne plus bêtement suivre…
Les dernières années ont soulevé des questions qu’auparavant beaucoup ne se posaient pas avec autant d’acuité — ou ne se posaient pas du tout -, l’expérience totalitaire que fut l’événement Covid-19 ayant exacerbé leurs sens et leurs capacités à saisir le réel. La “résistance” que nous avions pu déceler en “temps de paix” s’est révélée n’être le plus souvent qu’une simple posture, laquelle, quand il fallut pour certains — la plupart — faire le choix entre obéir ou refuser les diktats des gouvernements, révéla le prisme conformiste de ces rebelles d’université armés de cure-dents. Ils baissèrent leur fausse garde dès qu’ils eurent devant eux ce dilemme : servir les Standartenführer SS ou rejoindre le rang de la résistance.
Rien de neuf. L’histoire se répète. Ces moments qu’on nous avait spécieusement présentés comme “accidents”, le nazisme comme “modèle”, objets de célébrations pour mieux – faire semblant de – les expier, les autorités politiques reprenant en choeur un illusoire “plus jamais ça”, étaient l’objet d’une focalisaiton qui permettait de mieux préparer le programme totalitaire. Et sur fond d’histoire qui se répète, l’être humain reste profondément le même, capable du pire comme du meilleur.
Pourquoi tel voisin que je pensais conformiste a très vite perçu la supercherie et refusé d’obéir? Pourquoi tel autre, engagé dans diverses luttes politiques, s’est révélé un collaborateur zélé?
On sait que la résistance a toujours été un fait minoritaire, que suivre la masse est plus commode quand on a la certitude que les gouvernements encouragent et récompensent des comportements égoïstes, vicieux et contraires au bien commun et à une forme de contrat social. D’autant que silence et collaboration ont toutes les excuses avec eux : mon salaire, mon prêt, mes relations, ma réputation… Et puis il y a ceux, plus nombreux qu’on ne le pense, qui voient dans le totalitarisme une opportunité : de faire de l’argent, d’exprimer ses plus viles pulsions, ou les deux… C’étaient les mêmes dans l’Allemagne du IIIe Reich, l’Italie de Mussollini, l’Espagne de Franco, le Chili de Pinochet… Et ce type d’individu est toujours là, plus que jamais, prêt à dégainer son masque ou son gel hydroalcoolique, dénoncer à la Gestapo covidienne celui qui contreviendrait aux “bonnes” règles.
L’homme en période Covid-19 a été mis à l’épreuve des faits, et ce n’est certainement que dans ces moments totalitaires qu’il se révèle véritablement. Il est aisé d’être “résistant” quand il n’y a pas véritablement quelque chose contre quoi résister et pas beaucoup de risques de perdre quelque chose. Ces “alters”, qui crient contre le vent, empochent les subsides publics en sachant fermer la gueule quand c’est nécessaire, sont des épouvantails pour le pouvoir, qu’ils servent et accompagnent. Leur fascisme s’exprime dans les arcanes de leurs turpitudes quotidiennes qu’on ne voit pas, comme lorsqu’ils refusent la candidature d’une illustratrice parce qu’elle a réalisé anonymement des dessins pour notre journal. De là à faire fusiller les têtes de proue de la résistance, il n’y a qu’un pas…
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Mais voilà, on écrit, on tente de comprendre… et puis, un matin, on ouvre sa boîte à message, et on tombe sur ce courrier d’une “ex-journaliste repentie”, qui en quelques mots, exprime tout ce que nous cherchons à comprendre. Et en quelques mots, donne de l’espoir.
“Bonjour Alexandre
Nous nous sommes furtivement croisés il y a quelques années sur le terrain, lors d’une manifestation. Tu ne te souviens probablement pas de moi, comme moi je ne me souvenais plus de toi jusqu’ à récemment. Ce jour-là, j’en étais à mes premiers jours de pige, je ne savais pas trop ce que je faisais, je n’avais pas le temps de réfléchir, la cadence de travail était infernale pour la débutante que j’étais.
Tu m’avais interrompue en pleine interview et interpellée sur les propos d’un collègue tout en me filmant. Je me souviens avoir été déstabilisée d’être prise à parti, questionnée, avec en plus, ce que je percevais être de l’agressivité et du dédain. Mon collègue cameraman m’a ensuite expliqué, sourire aux lèvres, qui tu étais. En rentrant à la rédaction, les collègues ont beaucoup ri de ce bizutage arrivé assez tôt dans mon parcours. J’ai compris qu’ils t’avaient déjà tous croisé. Et j’ai pris pour acquis ce qu’ils m’ont dit de toi : un journaliste indépendant, anticonformiste de l’extrême, hystérique, complotiste et anti-tout. J’ai probablement dû partager leur rire moqueur à l’époque, avant de passer à autre chose.
Le temps a fait son chemin, et quelques années plus tard, me voilà devant ta page à me rappeler de cet épisode. J’ai changé de paire de lunettes depuis… Ma vue s’est nettement améliorée.
Merci à la maternité qui a déclenché une révolution intérieure.
Par hasard, j’ai découvert l’univers (devenu) alternatif de l’accouchement à domicile. J’ai fini par donner naissance chez moi, seule, et ça a été un électrochoc. J’ai fait ce qu’on m’a toujours dit être impossible. J’ai compris combien l’accouchement à l’hôpital sert davantage les lobbies pharmaceutiques, médicaux et politiques que les parturientes et les nouveau-nés.
Et tu me vois venir : à partir de là, j’ai commencé à re-questionner tout ce que je croyais avoir compris.
Je n’ai jamais été fondamentalement contre tes positions, je ne les comprenais juste pas. Je n’avais même pas essayé de les comprendre. Mes collègues ne t’avaient donné aucun crédit, et j’ai bêtement suivi.
Aujourd’hui, je réalise, non sans honte, à quel point je n’ai été rien d’autre qu’une extension du gouvernement en 2020. Sophie Wilmès pourrait me remercier pour mes services de communication.
J’ai fait un tour sur ta page, je ne suis pas d’accord avec toutes tes positions, mais je comprends ta démarche. Je comprends ta colère. Et je salue ton travail.
Une ex-journaliste repentie,
Anti-conformiste et fière ”
Alexandre Penasse


