
La violence que la République française impose, par l’entremise de son gouvernement, aux citoyens de ce pays, sous couvert d’une crise sanitaire, est intolérable et probablement inédite, au moins depuis 1945. Elle semble permise par la perte complète d’autonomie réelle qui caractérise, hélas, la vie de tout un chacun dans nos sociétés modernes. À quelques exceptions près, aucun d’entre nous n’est en mesure de subvenir à ses besoins vitaux. Se nourrir signifie ainsi s’aliéner à un travail salarié qui souvent ne fait pas sens, pour être rétribué, en échange, avec de l’argent qui, à son tour, permettra d’acheter la nourriture sans laquelle nous ne pouvons survivre. Il en va de même pour le logement, et la nécessité de le chauffer en hiver, pour les vêtements et pour l’attention à la santé.
Cette hétéronomie a été construite au fil du temps afin de permettre la marchandisation intégrale et la dépossession de nos existences, depuis le lait maternel jusqu’aux obsèques, en passant par la table et les chaises pour s’asseoir et manger ou par la voiture rendue indispensable pour se déplacer.
C’est la réussite incontestable de la société industrielle d’avoir modelé, en 200 ans, des êtres passifs, vautrés dans un confort moderne électrique — et maintenant numérique — et qui se satisfont pour la plupart de cette vie simplifiée, c’est-à-dire vidée d’elle-même. Pire, ils la défendent.
« Dans une société surindustrialisée à ce point, les gens sont conditionnés à obtenir des choses et non à les faire. Ce qu’ils veulent, c’est être éduqués, transportés, soignés ou guidés plutôt que d’apprendre, de se déplacer, de guérir et de trouver leur propre voie[note]. »
Ainsi notre désarroi balance sans cesse entre l’impossibilité de nous affirmer en tant qu’humains assumant leurs existences et la conscience du mépris dans lequel nous tient le pouvoir. Depuis presque deux ans, ce dernier a nettement accentué son autoritarisme. Le basculement, survenu en mars 2020 et dans lequel nous vivons depuis est en réalité celui du chaos. Non pas celui du capitalisme mondialisé, mais celui des peuples vivant sous ce régime, condition sine qua non pour qu’il puisse continuer inexorablement sa marche en avant. Désormais, la périodicité courte des épidémies, des cyclones, des pollutions en tout genre, l’essor des maladies graves et l’affaiblissement généralisé de la vitalité humaine conduisent à une nouvelle organisation sociale. Celle-ci est permise par le développement concomitant, et prémédité, d’une aliénation coercitive au système technicien, devenu numérisé et connecté. La « vie d’avant » ne reviendra plus et c’est bien « autre chose de nouveau » qui s’invente sous nos yeux. Cela ressemble à un ersatz de vie, fort bien décrit voilà plus d’un siècle par William Morris[note]. Il s’apparente, si nous tentons de le définir par une comparaison, à un meuble industriel, façonné à grande vitesse par des machines, utilisant un bois de mauvaise qualité n’ayant, de plus, pas eu le temps de sécher. À la différence d’une vie pleine et épanouie qui ressemblerait, elle, à un meuble surgi des mains et de l’âme d’un artisan, conçu habilement, avec un bois issu d’un chêne centenaire qui a séché longuement, et fabriqué dans un temps long que l’accélération inouïe de nos sociétés ne permet même plus de concevoir. C’est le contraste saisissant entre la beauté simple nourrie de l’amour du travail bien fait, donc de l’amour de l’autre, et la laideur s’échappant de la cupidité et de l’égoïsme.
Depuis deux siècles, la société industrielle, et la consommation de masse qui lui est inhérente, s’est développée en détériorant peu à peu tout ce qui avait permis jusqu’alors aux humains de vivre. Le sol nourricier, la végétation, les animaux sauvages, les insectes, l’air, l’eau, la musique du silence, ont été empoisonnés, tués, pollués ou anéantis. Dans le même temps, les populations ont servi de cobayes à l’élaboration d’une société déshumanisée, dans laquelle ils sont aliénés à une organisation technique de leur vie, mais fonctionnelle, dans le sens « qui permet de faire tourner l’économie ». Nous ne sommes pas dans la gestion d’une crise sanitaire afin de préserver la santé des populations, mais dans la gestion des populations, grâce à la vie connectée, afin de préserver la santé des grandes entreprises. Cette gestion ressemble étrangement à celle mise en place par l’Union européenne pour les cheptels d’animaux d’élevage. Le plan « biosécurité »[note], instauré en 2016, prévoit cinq niveaux de sécurité. Le plus élevé est le niveau 0. Lui seul autorise la poursuite de l’activité, y compris l’exportation des bêtes, en cas d’épidémie. Ce niveau correspond à l’élevage industriel dans lequel les animaux ne sortent jamais de leur hangar et ne doivent avoir aucun contact avec l’extérieur. Ils sont enfermés à longueur de temps dans un espace limité à 0,6 m2 par tête. Ils sont gérés par informatique et bourrés d’antibiotiques car leur santé est très précaire. Évidemment, dès que s’approche la moindre maladie contagieuse, ils sont tous vaccinés. L’analogie avec ce que nous vivons, depuis deux années bientôt, est troublante. Nous sommes gérés par des QR-codes, des tests PCR remontant immédiatement dans les fichiers du ministère de la Santé et de la Caisse primaire d’assurance maladie. Cette dernière envoie des « textos » et des courriels spécifiant l’obligation de se soumettre à certaines assignations en fonction de notre statut (positif, négatif, cas-contact, membre de la famille d’un positif ou d’un cas-contact, etc.). Puisque nous affrontons une épidémie, nous devons, comme les ovins ou les vaches ou les poulets, nous faire vacciner massivement avec des produits expérimentaux dont nul ne connaît, en réalité, les conséquences sur les inoculés. En revanche, la conséquence pour les grands laboratoires pharmaceutiques est affichée sans ambages : leurs chiffres d’affaires atteignent des records et l’économie est entrée dans une phase d’expansion.
Face à cette dictature sanitaire, au service de l’économie, il est intéressant de s’attarder sur le traitement réservé par le pouvoir à ceux qui « osent » ne pas suivre le seul remède préconisé et à ceux qui ne sont pas en âge de faire un choix. Alors que tous les textes de loi concernant la vaccination, qu’ils soient français, européens ou internationaux, évoquent clairement un « choix libre et éclairé », le représentant suprême de la République confie aux journalistes, qui en bons chiens de garde ne bronchent pas, vouloir « emmerder » tant qu’il peut les non-vaccinés. Soudain, la démocratie (ou ce qu’il en reste), l’égalité républicaine, la Constitution (notamment la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen) n’existent plus. Le pouvoir a désigné deux catégories de citoyens. Une haute qui, pour bénéficier de ce privilège, doit obéir sans discuter, avec ferveur ou la mort dans l’âme pour ceux à qui on met un fusil sur la tempe, aux injonctions vaccinales et au contrôle intégral de leur existence. Une basse, constituée des parias refusant de se vacciner, qui est privée d’un certain nombre de droits et de services publics ou privés. Elle est surtout privée du droit d’exercer une profession, comme les juifs au Moyen Âge, en relation avec ce que l’État nomme « le soin » ainsi que, probablement, d’être engagée dans certaines entreprises privées. Pour les millions de praticiens déjà en activité, et qui refusent la vaccination, qu’ils soient salariés ou libéraux, la cruauté de la bureaucratie ne connaît aucune limite. Elle les jette à la rue sans aucune retenue et sans aucune indemnité. Elle précipite ainsi un grand nombre d’entre eux dans la misère et dans la détresse psychologique.
Que nous appartenions à la catégorie haute ou basse, nous subissons tous une violence assumée de la part de la République. La terreur, l’angoisse, la peur de l’autre, le masque porté à longueur de journée, les intimations à se faire tester, les délations, les brutalités policières ou entre membres de catégories différentes, altèrent très sérieusement notre santé, déjà bien amoindrie par les nuisances industrielles, et notre capacité à nous prémunir des virus, des microbes et des maladies traînant dans l’air. Le plus dramatique est le sort réservé aux enfants, dès trois ans, aux adolescents et même aux jeunes adultes. La violence qui les a traversés de part en part, profondément et durablement, due à la politique de la terreur orchestrée par le gouvernement, est odieuse. Il paraît malheureusement évident que le traumatisme, les souffrances, les peurs en auront fait, pour une grande majorité d’entre eux, de futurs adultes malléables et prêts à vivre dans ce meilleur des mondes qui se dessine : masques en permanence, y compris à la maison, tests pharmaceutiques au premier éternuement, peur maladive des inconnus, santé précaire, vaccinations récurrentes, addiction très grave et quasi permanente aux écrans, injonctions à suivre en fonction du statut de leur « crédit sanitaire », etc. C’est un carnage abominable et nous l’avons laissé se perpétrer devant nous…
Pour ma part, à l’aune de ces constats, je considère que l’État n’a plus aucune légitimité. Il ne remplit même plus son rôle d’assurer (ou de prétendre assurer) l’égalité entre tous. La « chose publique » (res publica) a été remplacée par la soif inextinguible de puissance et de profits d’une caste.
Ce qui me différencie notablement des associations de « résistance » venues témoigner dans le dernier numéro de ce journal. Elles invoquent le droit, la science moderne et utilisent l’Internet. Ce qui revient à défendre et légitimer les trois piliers du capitalisme industriel dans son étape numérique actuelle. Pour se faire entendre, elles créent des sites et des chaînes YouTube (propriété de Google), elles comptabilisent leurs « followers ». Ce qui revient à dire qu’elles nourrissent encore davantage l’aliénation terrible de nos vies au système technicien connecté. Elles donnent ainsi l’illusion que, par l’intermédiaire de cette mégamachine de destruction, nous pourrions résister et infléchir quelque peu la trajectoire totalitaire sur laquelle nous nous trouvons. Or la différence entre l’épidémie du covid et la dernière grande épidémie de 1969, c’est Internet. C’est Internet qui a permis le basculement dans le temps du confinement et du contrôle total, du « crédit sanitaire ».
Le pouvoir n’attend que cela. Que nous utilisions Internet pour râler, contester, manifester, ester ou crier. Que nous soyons addicts à nos écrans pour nous suivre à la trace et nous indiquer, subrepticement, la marche vers la soumission totale. C’est la science moderne, aux mains de la puissance financière industrielle, qui a réussi à imposer une médecine technique et chimique, basée sur la vaccination de masse, afin d’aliéner les humains et les priver de leur choix d’une vie libre.
Je n’évoque pas les mines à ciel ouvert, les quantités astronomiques de pétrole, de produits chimiques et d’eau, les camions, les machines immenses qui sont nécessaires pour extraire les minerais, métaux et terres rares utilisés pour fabriquer les milliards de machines reliées entre elles pour permettre la vie connectée. Pas plus que les esclaves indispensables pour assembler tous ces ordinateurs et ces smartphones et permettre leur vente à des prix très bas. Et que seules des multinationales organisées mondialement peuvent financer et mettre en branle cette organisation industrielle…
Il n’existe, à mon sens, aucune résistance possible à la dérive totalitaire et sanitaire si elle est dépendante d’une vie connectée aux écrans qui, clic après clic, augmentent la puissance des géants du numérique. Ces derniers marchent main dans la main avec les États et les grands groupes agroalimentaires ou pharmaceutiques. Rivés à nos smartphones, nous devenons des humains robotisés, mutilés de notre âme créative, atrophiés de nos corps devenus inertes et qui s’effacent, handicapés de notre vision claire en raison d’une vue abîmée par les heures devant un écran et déracinés de notre terre. Aussi, à nous d’en tirer les conséquences[note] et de tenter d’organiser des villages ou des communes autonomes et libres, débarrassés de l’aliénation aux machines et du joug de l’État[note]. La voie est étroite, périlleuse, mais elle brille comme une étoile au firmament.
Hervé Krief, jour 304 de l’an 02 (14 janvier 2022).


