
Dans la crise actuelle, tout n’est que violence. Violence faite à la réalité pour la travestir (statistiques et modèles biaisés, propagande). Violence faite aux mots pour les pervertir (« solidarité », « intérêt général », « épidémie » et même « vaccin » ont perdu leur sens commun). Violence faite à notre intelligence pour l’annihiler (régression vers les pulsions de peur et de haine, abandon du raisonnement logique). Violence faite à la vérité (censure, fraudes scientifiques, manipulations). Violence faite au droit, distordu jusqu’à pouvoir justifier tout et son contraire. Violence faite aux corps (corps malades privés de soins précoces jusqu’à ce qu’ils suffoquent ; corps privés de moyens d’expression cathartiques, festifs, sportifs, relationnels ; corps sujets d’expérimentations). Violence faite à notre être relationnel, isolé, culpabilisé par l’invention d’un délit de contamination. Violence faite à nos progénitures, masquées, privées d’horizons et de perspectives. Violence faite à notre autonomie individuelle (projets de médicaments pucés, d’internet des corps). Violence des insultes (« non-citoyens ») et des accusations (« non-assistance à personne en danger », Emmanuel André, « eugénisme », Marius Gilbert). Violence des menaces de représailles (discriminations face au travail, aux soins, à l’éducation, au chômage, à la culture ; amendes impayables ; poursuites judiciaires). Violence faite à l’environnement, réceptacle de milliards de masques et de tests usagés, et de millions de mammifères covidés sacrifiés. Violence d’un apartheid qui se dessine, mais que la bienséance empêche de nommer. Violence d’un déni de démocratie quand la quasi-totalité des experts censés informer une commission de parlementaires s’est déjà prononcée publiquement en faveur de l’obligation vaccinale ! Violence d’une idiocratie où, face aux propos d’un prix Nobel alarmant sur les risques pour l’humanité liés à la vaccination, une députée répond d’une voix atone : « Merci beaucoup. Question suivante ? ».
Mon entourage n’échappe pas à cette violence autant physique, psychologique, sociale que symbolique : un grand-père qui se souvient d’un contexte de guerre plus humain sur le plan relationnel ; untel, soignant, qui risque de devoir fermer son cabinet ; une telle qui risque d’être contrainte à la vaccination pour ne pas perdre son emploi et la garde alternée de ses petits ; unetelle qui risque d’être contrainte de choisir entre le risque de voir reflamber un cancer en rémission (les dérèglements immunitaires et les cancers post-vaccinaux seraient déjà une réalité observable) et le bien-être qu’elle offre à son enfant. Untel accueilli comme un paria aux urgences et « puni » en raison de son statut vaccinal ; unetelle forcée à se vacciner pour accompagner son parent mourant à l’hôpital. Le tout dans l’incompréhension de certains proches, convertis par la messe médiatique, et pourtant victimes, eux aussi, de la violence sanitaire, des mesures politiques (chômage, dépressions) ou d’effets indésirables parfois graves suite aux vaccins.
Bien qu’historiquement inédite par ses aspects mondiaux et technologiques, la situation actuelle relève de ressorts aussi vieux que l’humanité : le désir de pouvoir de certains, la manipulation des foules, la violence politique et sociale qui en résulte. Nous avons fait un petit tour par quelques maximes sur la violence. « Le gouvernement est une réunion d’hommes qui fait violence au reste des hommes », analysait Tolstoï. Dans notre situation, le gouvernement en question ne se limite pas à celui de notre petit pays, mais désigne la direction qu’imposent à nos sociétés certains intérêts privés et puissances étatiques à la manœuvre au sein des institutions internationales ; c’est ainsi que l’UE et l’OMS cherchent désormais à se substituer aux États en matière de santé[note]. « L’ignorance mène à la peur, la peur à la haine et la haine à la violence », résumait Averroès. De nos jours, c’est via les médias, la publicité, la propagande et les institutions éducatives que se fabrique l’ignorance. « Politiquement, la faiblesse de l’argument du moindre mal a toujours été que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont choisi le mal », avertissait H. Arendt. Effectivement, faire fi des droits humains fondamentaux quelle qu’en soit la justification n’est pas « un moindre mal », c’est tout simplement la voie de l’injustice. « La force est l’arme de ceux qui ont tort », conclut cette maxime de Bouddha.
Les perspectives ne sont pas réjouissantes. « La violence et la vérité ne peuvent rien l’une sur l’autre », nous apprend Blaise Pascal. En d’autres termes, la violence est sourde aux appels à la raison, à l’argumentation, aux démonstrations de la vérité. Rémi Girard nous le confirme : « La violence inassouvie cherche et finit toujours par trouver une victime de rechange » ; « Le sacrifice du tiers soude le consensus des communautés culturelles archaïques et signe encore aujourd’hui les identitarismes sectaires ou la violence totalitaire[note] ». Pourtant, l’espoir en creux du message de Pascal est que la violence n’éteindra jamais la recherche de vérité et de justice qui renaît toujours des cendres des désastres humains (pour autant qu’il reste des humains bien sûr). En effet, cette violence multiforme crée en retour chez certains une tension si forte face au sentiment de profonde injustice qu’elle pourrait engendrer une disposition au combat. Pour ceux-ci, la question suivante se pose : devrions-nous réagir à la violence politique par de la violence défensive ?
Pour Martin Luther King, « Le problème de la violence est qu’elle est une spirale entraînant exactement ce qu’elle cherche à détruire. Au lieu de contrecarrer le mal, elle le multiplie. Avec la violence, vous pouvez tuer le menteur mais pas le mensonge, ni établir la vérité. Avec la violence, vous pouvez tuer le haineux mais pas la haine […] L’obscurité ne peut aider à sortir de l’obscurité : seule la lumière le peut […] » ; pour Gandhi également : « Il y a beaucoup de causes pour lesquelles je suis prêt à mourir, mais aucune pour laquelle je suis prêt à tuer ».
« Une loi ne pourra jamais obliger un homme à m’aimer, mais il est important qu’elle lui interdise de me lyncher », rappelle encore M. L. King. Le pouvoir judiciaire nous montre malheureusement trop souvent son absence d’indépendance. Comment reconstruire une justice qui ne soit pas au service du pouvoir et une éthique non dénaturée par des pulsions d’eugénisme ? Les moyens des puissants semblent démesurés. Comme le résume Stéphane Hessel, « c‘est tout le socle des conquêtes sociales qui est aujourd’hui remis en cause ». Et peut-être même davantage, car le niveau actuel de concentration des richesses, du pouvoir et des technologies fait craindre des scénarios anti-humanistes inédits, notamment en matière de contrôle. Dès lors, que faire ?
L’instinct de préservation de soi fait naître un droit naturel de se défendre[note]. Ce droit naturel à l’autodéfense, c’est le droit qu’a tout individu de défendre sa vie et sa liberté. Plusieurs raisons nous semblent fonder ce droit. Le droit de résister est un élan irrépressible : l’autodéfense est intrinsèquement liée à l’élan vital. Sans entrer dans le débat de savoir si mon corps m’appartient ou pas, mon corps n’appartient en tout cas pas à la société : le droit à l’autodéfense est un droit de légitime défense en cas d’atteinte à notre intégrité. D’autre part, que faire d’autre que résister et s’autodéfendre quand la justice publique ne joue plus son rôle ou quand c’est l’État qui est l’instigateur des injustices ? L’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 disposait d’ailleurs que « le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et inprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et le résistance à l’oppression .» Il y a « de la violence légale illégitime et de la violence illégale légitime » explique Elsa Dorlin. « Dans une société civilisée, la loi retient les forts de profiter des faibles […], mais […] (dans) une société de jungle nous sommes contraints de revenir à la loi de la jungle » (Williams) : c’est une question d’amour de la justice. Il faut « désapprendre à ne pas se battre » (Dorlin) et répliquer : l’autodéfense est l’affirmation d’un droit dénié injustement, c’est une posture éthique de défense de ses valeurs et une attitude qui, même quand elle est vaine, s’adresse aux autres pour les sortir de leur léthargie.
La violence est souvent refusée, à juste titre, au nom de deux arguments : le mimétisme des agresseurs et le décuplement de la violence et de la répression. Selon R. Williams, cette façon de penser revient à désarmer les opprimés ; quand la non-violence se retourne contre ces derniers, il préconise de passer à l’autodéfense. Le choc est pour lui le principe du changement social, seul capable de modifier les rapports et structures de pouvoir. Mais l’autodéfense peut aussi se retourner contre celui qui la pratique lorsque le pouvoir fait en sorte de la susciter et que, plus on se défend, plus on est perçu comme l’agresseur.
Alors, que faire aujourd’hui ? Résister, même minoritaires ; être créatifs pour changer les données du monde (et s’efforcer de les comprendre) et ne pas cesser de transmettre les idéaux de justice (même l’écriture peut être une arme!). « Si, aujourd’hui comme alors, une minorité active se dresse, cela suffira, nous aurons le levain pour que la pâte lève » (Hessel). Certes, nous y perdrons beaucoup. Mais nous y gagnerons l’essentiel : des expérimentations créatives et, surtout, la perpétuation de l’idée de l’homme et de l’idée de la justice sans lesquelles il n’existerait aucun espoir pour nos enfants.
Valérie Tilman


