Ou comment le capitalisme du désastre investit pour un « nouveau monde »
Dans le marasme ambiant, on voit des individus, qui s’accommodaient du monde d’avant ou même trouvaient dans son fonctionnement leurs plus grands intérêts, proposer maintenant leurs solutions pour « tout changer ». Aux accents parfois révolutionnaires, ces promoteurs, souvent issus du monde de la finance, investissent dans le secteur philanthropique et soutiennent un ensemble d’activités, du Yoga aux médias alternatifs, en passant par le « développement durable », « l’aide financière aux populations ou aux individus en situation difficile », ou encore le « journalisme constructif ». En creusant pourtant, on retrouve souvent les mêmes qui tirent les ficelles, dont l’omniprésente Fondation Bill & Melinda Gates. Ceux qui distribuent l’argent ne seraient-il pas ces nouveaux chevaliers de l’apocalypse déguisés en sauveurs omnipotents qui feignent de faire autre chose qu’avant, alors qu’ils s’inscrivent dans la continuité ?*
Parmi les nombreuses organisations philanthropiques, la Fondation Lunt « promeut des solutions régénératives qui augmentent la richesse du point de vue de l’écologie, du bien-être et de la communauté », cherche à « contribuer à l’élévation de la conscience collective pour un monde plus harmonieux et aimant ». « Leur travail se concentre sur le soutien des modèles de santé holistiques, le développement du journalisme constructif et l’évolution de la conscience parmi les leaders et les influenceurs. Ces trois points focaux sont intimes et intersectionnels ». Telle est la mission que se donne cette nouvelle officine charitable. A priori, l’initiative peut paraître généreuse, mais l’ambiguïté des mots et des concepts utilisés laisse un vide qui permet d’y mettre tout et n’importe quoi. Pour lever ce flou, investiguer sur les origines, les fondateurs et le réseau de la Fondation Lunt permettra de saisir ce qu’il y a derrière, ouvrant sur les véritables désirs qui animent ces grands philanthropes.
L’idée de monter une fondation naît lors de la rencontre de Michael Lunt et Guibert del Marmol au Skoll Forum à Oxford, en 2012, durant lequel ils sont « étonnés d’assister à l’émergence d’un nouveau monde ». Leur priorité du moment : « Comment pouvons-nous soutenir ces individus (“Les entrepreneurs sociaux”) en concevant de nouveaux modèles nécessaires à notre société ? ». Pour comprendre la genèse de Lunt, il faut saisir ce qui pousse les deux hommes à la fonder. Il faut donc établir les lieux où ils passent, dont celui qui voit naître l’idée : le Fond Skoll. Créé en 1999, ce dernier se présente comme « une organisation de soutien associée à la Silicon Valley Community Foundation de San Jose, en Californie ». Se distingue de celle-ci la Fondation Skoll, lancée en 2002[note]. Le fondateur et président du groupe est Jeff Skoll, « premier employé à temps plein et président d’eBay », qui s’est consacré ces 17 dernières années à « élaborer un portefeuille d’entreprises philantropiques et commerciales[note] ».
C’est donc galvanisés par les idées d’un Forum dont les fondations reposent sur celles de la Silicon Valley, que Michael et Guibert décident « d’aider les pionniers disruptifs à communiquer, à raconter leur histoire et à faciliter la collaboration et les opportunités de financement ». Michael Lunt en parle à ses deux frères, qui sont emballés par le projet. L’un des deux, Lawrence Francis, alias « Larry » Lunt, apparemment fortement impliqué dans la Fondation, est aussi membre de Makesense, où il retrouve Michael et Guilbert. Pour Michael, Makesense est « comme une ruche heureuse de jeunes et talentueux créatifs dont les membres sont préoccupés par le bienêtre de notre société. Leur enthousiasme et leur joie de vivre sont subtilement contagieux et génèrent plus d’optimisme pour accroître l’harmonie à travers le monde. » À leurs côtés, notamment, Claire Gillissen-Duval, senior director à SAP[note], qui « aide les meilleures entreprises à améliorer la gestion du monde[note] », Marie-Astrid Raoult, de Carrefour foundation, Pierre Calamusa, joueur de Poker français, et d’autres chefs d’entreprise dans le domaine du numérique, de la finance, du financement participatif (KissKissBankBank[note]), de la philanthropie, de la santé, ou encore de la technologie.
Makesense qui a notamment comme partenaires, outre la Fondation Lunt : Google, Veolia, Sanofi, ou encore la Fondation Bill & Melinda Gates[note], Ashoka, SAP, Carrefour, Citigroup. Les CV des membres de Makesense parlent d’eux-mêmes. Un de ceux-ci explique : « J’ai fait le grand saut, le 31 décembre 2015 après 25 années passionnantes et intenses en Private Equity. Je quittais alors le fonds US Advent International (www.adventinternational.com) dont j’étais associé en charge de l’activité française pour développer pleinement mon activité “For Good” indépendante[note] ». L’homme vient donc d’un fonds capital-investissement, qui se présente comme l’un des « partenariats de capital-investissement indépendants les plus importants et les plus anciens[note] ». Lancé en 1984, le fonds adventinternational a placé plus de 66 milliards dans plus de 395 « capital-investissement » et 41 pays. Charriant la novlangue chère aux « décideurs » (« diversité », « équité », « inclusion »), propageant les thèmes et storytelling du pouvoir comme celui de l’Ukraine, Advent International offre ses services dans le domaine des entreprises et de la finance, des soins de santé, de l’industrie, de la vente au détail, de la consommation et loisirs et de la technologie.
On retrouve encore Larry Lunt dans le Conseil d’administration de Synergos, une boîte de « venture philanthropists » (« entreprise philanthrope »). On pourrait penser à première vue l’expression digne d’un superbe oxymore, mais c’est que les deux, capitalisme et philanthropie, se complètent parfaitement[note]. Synergos a été fondée en 2020 par David Rockfeller et sa fille Peggy Dulany. David Rockfeller, c’est le petit-fils du « baron voleur John Davison Rockefeller » né en 1839 et qui avait déjà saisi que la philanthropie, ça rapporte. Fondateur de la Standard Oil Company, qui deviendra plus tard Esso puis ExxonMobil, il se constitue une fortune et un pouvoir qu’il léguera à sa descendance qui déploiera ses tentacules sur le monde et influera sur la marche de celui-ci. L’homme est aussi connu pour avoir orchestré le massacre de Ludlow, où des hommes de main de Rockfeller tirèrent sur des mineurs qui faisaient grève suite au meurtre d’un camarade syndicaliste qui protestait contre les conditions de travail et les bas salaires.
Peggy Dulany, qui interviewait en 2017, dans le cadre du Global Philanthropists Circle Members Meeting, le milliardaire Warren Buffet, est aussi avec son père derrière le Stone Barns Center, un domaine acquis par John D. Rockefeller dans les années 1930 dans la Hudson Valley, où il fit à l’époque édifier des fermes en pierre dans le style de celles que l’on trouve en Normandie, et qui devint une organisation sans but lucratif en 1996, promouvant le bio, le rapport aux fermiers et à la nature, la connexion à la terre. Intéressant cet amour de la nature et cette « écoresponsabilité » quand on a été à la tête d’un empire qui s’est construit sur l’exploitation pétrolière, qu’on a siégé comme président de la Chase Manhattan Bank, cofondé le groupe Bilderberg et la Commission trilatérale, ou encore présidé le Council of Foreign Relations.
LA CONSTELLATION ROCKEFELLER
Le Groupe Bilderberg a été créé en 1952, mais officialisé en 1954. Ses membres fondateurs sont notamment le prince Bernhard des Pays-Bas, le secrétaire général de l’Otan Jozef Luns, l’ancien Premier ministre et banquier belge Paul Van Zeeland, ou encore David Rockefeller. « Ce sont, entre autres, ces derniers, qui prennent l’initiative de mettre sur pied un groupe restreint d’industriels, de financiers, de politiques, de journalistes, d’intellectuels, d’aristocrates, d’officiers militaires, accompagnés par des membres et ex-membres des services secrets américains et allemands (dont de très nombreux «anciens» nazis), invités à venir discuter des questions internationales. Cette première rencontre à l’hôtel Bilderberg à Oosterbeke, financée par la multinationale néerlandaise Unilever et la CIA, a alors pour objectif de coordonner et de construire l’unité des pays occidentaux dans leur lutte contre l’Union soviétique et, plus largement, dans leur combat contre le marxisme et les différentes variantes du modèle socialiste[note]. (…) Aujourd’hui dirigé entre autres par Henry Kissinger, le Groupe Bilderberg constitue avec le Forum économique mondial de Davos, la Commission Trilatérale et les autres lieux de rencontres privées de l’élite mondiale, l’arrière-scène des politiques qui sont ensuite mises en place par le G8, le FMI ou encore l’OMC. Un consensus international émerge de ce réseau sans qu’il soit nécessaire de l’imposer aux participants »[note]. Soulignons qu’Etienne Davignon[note] qui a présidé le Groupe Bilderberg, a aussi fondé Friends of Europe, dont sont notamment membres Alexander De Croo, Frank Vandenbroucke et Petra de Sutter, Ministres actuels du gouvernement belge.
En 2019, parmi les invités belges à la réunion annuelle, on trouvait Isabel Albers et Thomas Leysen[note]. La première est passée par De Standaard, rédactrice en chef de De Tijd puis de Het Laatste Nieuws, directrice journalistique des « médias d’information » dans le groupe de presse De Persgroep, pour en 2017 devenir directrice éditoriale de Mediafin. Elle est aujourd’hui rédactrice en chef de De Tijd / L’Echo. Thomas Leysen, lui, est présenté comme Chairman, KBC Group and Umicore, mais il est aussi Président du groupe Mediahuis : 1,7 millions d’abonnés, 10 millions de lecteurs, qui toucheraient 3 millions de personnes par jour en Belgique, 4 millions en Hollande, 1,8 millions en Irlande, 310.000 au Luxembourg, dont les différents sites web verraient plus d’un million de visiteurs par jour[note], possédant près d’une centaine de radios, télévisions régionales, organisations sportives, plateformes en lignes, journaux, sites de vente. Lors de la réunion de 2022, on retrouvait le même Thomas, cette fois-ci en présence de deux autres belges : Tinne Van der Straeten, ministre de l’énergie dans le gouvernement De Croo[note], ainsi que l’exfiltré Didier Reynders, Commissaire à la justice à la Commission européenne[note].
La Commission trilatérale fut fondée en 1973 par les mêmes qui furent à l’initiative du Groupe Bilderberg et du Council on Foreign Relations : David Rockefeller, Henry Kissinger, Zbigniew Brzezinski, un spécialiste des relations internationales, professeur à la Columbia University, mais aussi à l’époque consultant auprès du secrétariat d’État américain. Ce serait l’inquiétude de Rockefeller à l’époque quant à la dégradation des relations entre les États-Unis, l’Europe et le Japon, qui en serait à l’origine. Mais il semble que cela n’ait été qu’un prétexte et que derrière la création de la Trilatérale se dissimulait surtout le désir de lutter contre « les mouvements révolutionnaires, relativement autonomes, qui secouaient alors le tiers-monde », et également d’assurer « l’internationalisation des entreprises américaines » (…) « Ses membres étaient issus des plus hauts cercles de la politique, des affaires et des médias d’Europe de l’Ouest, du Japon et des États-unis »[note]. « Pilier du Nouvel Ordre Mondial[note] », la Trilatérale naît d’une volonté de trouver une solution aux désaveux croissants de la population à l’encontre de leurs dirigeants, avec l’objectif « d’établir une nouvelle orientation politique pour les nations occidentales (…) Les thèses quasiment immuables présidant à l’ensemble des travaux de la Commission et répétées à longueur de publication étaient alors les suivantes : affirmation de la nécessaire disparition de l’autonomie des États, soumission des gouvernements des nations capitalistes aux exigences des compagnies multinationales, remise en cause des démocraties libérales jugées obsolètes devant les nouvelles formes de gouvernabilité, réorganisation éventuellement autoritaire des structures du pouvoir dans les pays capitalistes et, enfin, développement de divers modèles de “démocratie restreinte” pour le tiers-monde »[note].
Dans une de ses publications, La crise de la démocratie (1975), la Commission Trilatérale s’inquiétera du risque que représente l’indépendance journalistique, d’un pouvoir médiatique « de plus en plus autonome qui tend à résister à la pression des intérêts financiers et gouvernementaux (…) En conséquence : 1) Les médias deviennent la caisse de résonance des difficultés et tensions sociales (…) 2) les médias privent les gouvernements et les autres instances d’autorité du bénéfice du temps, de la confiance et de la tolérance sans lesquels il est impossible d’innover […] »[note]. Ils ont bien compris le rôle des médias dans la fabrication du consentement et le risque, si on ne les contrôle pas, qu’ils alimentent l’esprit de contestation, et la révolte. Thomas Leysen n’en est pas membre pour rien, patron de Mediahuis, plus grand consortium médiatique en Belgique[note].
Quant au troisième astre important de la galaxie Rockefeller, le Council of Foreign Relations, que Goeffrey Geuens appelle non sans raison « l’ONG de la CIA », « attaché de presse du complexe militaro-industriel », il représente l’une des plus importantes organisations « fantômes », contrôlant la politique extérieure américaine et « moteur de l’ébauche d’un véritable “gouvernement mondial” »..
REGENERATIVE CAPITALISM
Larry Lunt dirige également Armonia, un fonds d’investissement américain qui « diversifie les actifs familiaux en élargissant exclusivement le portefeuille pour inclure des investissements d’impact[note] », plaçant ses fonds « au-delà de la durabilité (sic) pour adopter et promouvoir des pratiques régénératrices dans l’agriculture, la finance et les affaires[note] ». La fondation Lunt en est partenaire, Ashoka et Capital Institute également, dont Larry Lunt est aussi membre. La seconde a été fondée par John Fullerton, ancien de chez JP Morgan, maintenant désireux d’une économie régénérative, d’un capitalisme régénératif, d’une finance pour un monde régénératif… avec comme partenaires des sociétés et fondations composées de membres aux mêmes profils que ceux que nous décrivions plus haut : banquiers, capitaines d’industries, journalistes, parmi lesquels on trouve des éditeurs de livres sur la conscience ou le business responsable ; des adeptes de l’autopoïèse[note], des financiers fondateurs de fonds de placement, des « banquiers pour le bien public » (sic)[note]…
De son côté, Ashoka Belgium a comme partenaires la banque Degroof Petercam, la Fondation Roi Baudouin, Mc Kinsey & Company, Schola ULB ou encore Youthstart qui aide les jeunes à la recherche d’emploi « à se réveiller », avec des partenaires comme L’Echo, De Tijd, BNP Paribas, KPMG, Total, Deme (cf. Alexandra Jaspar), Lloyd’s, Nespresso, Luminus…
La Fondation Roi Baudouin (FRB) est partenaire du Fonds Baillet Latour, dont le Président est Thomas Leysen. La FRB est présidée par Pierre Wunsch, gouverneur de la Banque nationale de Belgique, mais aussi, notamment, gouverneur du Fonds monétaire international. Pierre Wunsch fait partie des membres du GEES (Groupe d’Experts en charge de l’Exit Strategy) mis en place par Sophie Wilmès quand elle était première ministre, où il côtoyait Mathias Dewatripont (mais aussi Marc Van Ranst, Marius Gilbert, Johnny Thijs, Inge Bernaerts, Emmanuel André, Erika Vlieghe, qui produisirent des rapports qui régulèrent la vie de plus de 11 millions de Belges pendant deux ans[note]), ancien directeur exécutif de la Banque Nationale de Belgique, actuel membre exécutif de I3H[note] dont le président et fondateur est Michel Goldman qui oublie de signaler sur la page du site de I3H qu’il a aussi été Président de la fondation AstraZeneca en Belgique[note]. Cela devient plus embarassant quand on découvre que la Fondation Roi Baudouin a financé l’I3H à hauteur de 20.000€ en 2021[note], moins toutefois que les 150.000€ donnés à la KU Leuven en 2020 et les 50.000€ en 2021. Wunsch distribue donc de l’argent à son collègue Dewatripont. Le Fonds Baillet Latour dont la FRB est partenaire, dispose d’un comité scientifique présidé par Geert Leroux-Roels, membre du Conseil consultatif clinique de Osivax, dont on trouve parmi les investisseurs le Wellcome trust (GSK), la Région wallonne, la Commission européenne…, et qui a comme partenaires l’UZ Gent, l’université d’Anvers, la région Wallonne, des entreprises de Bio Tech…
SE FAIRE UNE IDÉE…
Nous pourrions continuer des pages entières, traçant un faisceau de liens entre des structures publiques et privées, aboutissant à une mainmise totale sur la société par l’entremise d’émissaires s’assurant que les idées défendues dans certains des plus importants think tanks décrits dans cet article, pourront se convertir en actes dans le réel. On part de la Fondation Lunt et on arrive à une myriade de multinationales, milliardaires organisant un Nouvel ordre mondial, hommes politiques, capitaines d’industries… pour y revenir, et voir avec un autre regard son intérêt à financer des journaux comme BAM !, nos collègues belges, Rob Hopkins, des associations liées à l’agriculture, la santé mentale, l’hygiène, l’art, la nourriture saine[note]… On ne peut s’empêcher que soit omniprésent désormais, à côté de leurs beaux mots, de leur « pleine conscience », de leur « respect de la terre et de l’agriculture », de l’équilibre du corps… leurs vrais partenaires et leurs vraies raisons d’être : la Commission Trilatérale, Bilderberg, le Council of Foreign Relations et le faisceau de multinationales, banques, fonds d’investissement qu’ils représentent : Total, Sanofi, Carrefour, JP Morgan, Gilead, BASF, Suez, Fortis Belgique, Fiat, American Express, AOL Time Warner, Lockeed Martin, Pfizer, Shell ; Xerox… ; entourées des grandes institutions (FMI, OCDE, OMC, OMS, OTAN…) et des gouvernements, valets du pouvoir, véritables courroies de transmission des intérêts du capital ; les grands médias assurant le spectacle, les principaux dirigeants des grands groupes de presse et leurs journalistes « vedettes » ayant leur entrée dans ces clubs très privés.
Voilà donc l’aporie[note] : dans leur projet de « régénérer le monde », les apôtres du CAC 40 et du Dow Jones[note] ne sont pas crédibles : ils encensent la nature et la vie tout en investissant dans les multinationales qui la détruisent. En marge du désert qu’ils génèrent, ils créent des oasis, zones protégées dont eux et leurs proches bénéficieront. Pendant qu’ils engrangent les dividendes de Total, ils jardinent dans leur ferme « éco-responsable ». Ils continuent donc, derrière le rideau, à s’enrichir comme avant, occultant la réalité de leurs destructions, contrôlant les organes d’information pour ne pas que ça se sache, ou en tous cas qu’on ne voie pas les responsabilités.
C’est pourtant justement ce type d’entreprises qui devront disparaître si nous voulons sauver les terres qui n’ont pas encore été colonisées et les hommes qu’elles n’ont pas encore exploités, pour espérer commencer autre chose… Il n’y aura pas « d’autre monde » tant que celui-ci persistera. Tout le reste est vain, et accepter de débattre sur leurs jeux, leurs joutes, le spectacle électoral, de lire les communiqués de presse des multinationales, c’est entériner ce qu’ils sont. C’est avaliser leur domination sur nos vies.
Dans leurs activités destructrices, ils ont besoin d’assurer la com’ pour convaincre qu’ils font le bien. Convaincre qui ? La population, certainement, afin que leurs investissements ne soient pas entachés et qu’en pâtissent les actionnaires, mais eux-mêmes aussi sans doute : dans une forme de bonne pensée judéo-chrétienne, en se persuadant qu’ils réalisent le bien par la philanthropie, ils font sans doute acte de contrition inconscient pour tout le mal qu’ils épandent. Évoquant les think tanks que nous avons décrits dans cet article, y ajoutant le Forum économique mondial, Geoffrey Geuens dit de ceux-ci que « tous partagent les mêmes dirigeants et les mêmes bailleurs de fonds »[note]. On se souvient de « l’expert » belge Marc Van Ranst expliquant au public du Chatham House, l’un de ces lieux du pouvoir, comment créer une pandémie[note].
Si on retrouve Larry Lunt, de la fondation éponyme, dans les conseils d’administrations d’organisations telles que Synergos, fondée par David Rockefeller et sa fille, ce n’est pas du hasard : « Président honoraire de la Commission Trilatérale, fondateur et membre du bureau exécutif du Groupe Bilderberg, David Rockefeller est bien l’incarnation la plus exemplaire de la “Mondialisation”. Président honoraire du Council of Foreign Relations, figure légendaire de la haute finance new yorkaise, ancien dirigeant de la Chase Manhattan Bank, il occupe aujourd’hui une position centrale sur l’échiquier du nouvel ordre économique mondial : celle de président du conseil international de cette même institution financière ».[note]
On ne change pas un système avec le mode de pensée qui l’a engendré. Laisser aujourd’hui ceux qui ont mené la barque qui nous a conduit vers la chute, jouer les sauveurs, financer un ensemble d’organisations pour mieux les contrôler, c’est assurer leur domination et creuser la tombe de l’humanité.
Alexandre Penasse
* Cet article a fait l’objet d’une vidéo illustrée, publiée sur notre site: https:// media.new.kairospresse.be/video/2022/J_ai_demande_a_la_LUNT.mp4



