
Pas de panique, je n’ai pas retourné ma veste ! « Oui pub » est ce qui sera inscrit sur un autocollant à mettre sur votre boîte aux lettres si vous voulez de la pub. Ce qui est intéressant c’est qu’il y aura un renversement de la preuve : ceux qui n’ont rien indiqué sur leur boîte aux lettres (la majorité) seront considérés comme ne voulant pas de pub. Testée sur 15 territoires, la formule fera l’objet, au bout de 3 ans (un peu long…), d’un bilan qui, s’il est positif, fera que seules les per
sonnes qui ont choisi de vouloir de la pub la recevront. C’est une bonne tactique : on contourne ainsi l’interdiction toute publicité non adressée, car s’est trop difficile à faire passer. Il y a aussi une proposition d’interdire toute publicité vantant des produits émetteurs de gaz à effet de serre. C’est ce que souhaitaient les 150 citoyens de la Convention sur le climat et qui, une fois de plus, ne furent pas écoutés.
D’autres initiatives positives sont les pétitions lancées par exemple par Greenpeace ou par Amnesty international (une ICE qui oblige le parlement européen à se saisir du sujet si la pétition atteint 1million de signatures). Ces pétitions sont soutenues par des dizaines d’organisations[note] dont la lutte contre la publicité n’est pas l’objectif central. Ces organisations sont conscientes des effet pervers de la publicité. Suite aux problèmes de risque de pénurie dus à la guerre en Ukraine, certains biens vont probablement commencer à manquer. Les autorités demandent aux citoyens de faire preuve de sobriété (enfin !). Or, la publicité fait l’inverse, elle pousse à la surconsommation. Pas étonnant que certains disent que la « publicité dévore la planète et pollue nos sentiments. »
Il faut dire que la publicité devient de plus en plus envahissante : les dépenses annuelles mondiales de publicité et de communication des grandes entreprises ont atteint 1.320 milliards € en 2021 et en France, 46,2 milliards €. Cela représente près de 500€ par Français. Il est évident que ces montants sont compensés et on observe un prix supérieur pour les produits promus par la pub. En plus la publicité est déséquilibrée au profit des grandes entreprises, souvent des multinationales : sur les 3 millions d’entreprises françaises, seulement 1 % ont accès au marché publicitaire.
RESTAURER LES PAYSAGES
Cette année, l’association Paysages de France fête ses 30 ans d’existence et fait un bilan de ses actions visant à faire disparaître les panneaux publicitaires qui défigurent les paysages, ruraux ou urbains. Elle a obtenu, au cours de ces 30 dernières années, le démontage de milliers de panneaux publicitaires à travers la France. Mais non sans mal.
En 1982, Paysages de France fut créée par des bénévoles, pas par des spécialistes. Ils ont dû apprendre sur le tas. C’étaient donc des citoyens ordinaires, choqués d’assister à un tel envahissement publicitaire dans l’espace public. Au départ, leur combat fut de faire enlever les panneaux publicitaires illégaux qui étaient en opposition à une loi qui régulait la possibilité de placer des panneaux dans des lieux interdits ou avec des dimensions hors normes. Hélas, les maires et les préfets n’étaient guère motivés par la tâche de faire respecte la loi. Paysages de France fut un aiguillon qui permit l’élimination de milliers de panneaux.
Vers les années 2000, l’association a engagé des actions en justice. 23 tribunaux ont donné raison à Paysages de France et l’État a été condamné 87 fois. Hélas des ministres de l’Environnement, en totale contradiction avec leur mission, ont fait appel contre les victoires de l’association. Sur 11 appels, 9 ont été jugés et ont toujours débouté la tentative du gouvernement de bloquer les initiatives contrant la pub. Le lobby des annonceurs a de toute évidence bien organisé son travail d’influence sur les décideurs politiques. Ce travail de sape pro publicité est aussi passé par les lois qui, toujours, autorisaient plus de libertés aux annonceurs. Le travail de Paysages de France est dès lors plus difficile aujourd’hui. Mais les militants antipub ne sont pas découragés, car ils constatent que la question qui était négligée il y a 30 ans est maintenant considérée comme importante et les mentalités ont changé. Il faut dire que, quand tout le monde parle de transition, la publicité est un frein majeur à l’évolution vers moins de consommation et pousse nos contemporains à vouloir toujours plus de biens et de services dont ils n’ont nul besoin.
Alain Adriaens


