
Les OGM, tout le monde sait plus ou moins ce que c’est et ce qui se cache derrière. On le sait, cela va sans dire, mais c’est encore mieux en le disant : c’est un organisme biologique – à l’exception des êtres humains — dont le patrimoine génétique a été modifié par l’intervention humaine et non par sélection naturelle ou sélection menée par l’agriculteur .
Fin XXe siècle, des décisions juridiques reconnaissent la brevetabilité du vivant (plantes et animaux). Les deux secteurs les plus importants pour les brevets sont ceux de la santé et de l’agriculture. Les OGM sont immédiatement brevetés par le « Big Agri » et sortent des biens communs. Ce qui peut se justifier pour la recherche ou la production de substances médicales, comme l’insuline, mais pose problème quand il s’agit du domaine agricole, bétail et plantes nourricières — maïs, riz, colza, soja, pommes de terre, etc… gorgées aux pesticides et dont les semences, elles aussi brevetées, veulent remplacer , voire éradiquer les semences paysannes libres (cf. le fameux gène Terminator empêchant la germination des graines produites).
La directive 2001/18/CE du Parlement européen, après de nombreuses batailles juridiques entre lobbies et forte mobilisation des organisations citoyennes, a réglementé strictement la culture, la dispersion des OGM dans l’environnement et sa visibilité dans l’alimentation humaine grâce à l’étiquetage obligatoire de tout aliment végétal dépassant 0,9% d’OGM.[note]
Toutes ces restrictions, ces précautions, au sein de l’UE irritent au plus haut point les multinationales phytosanitaires bavant devant un marché potentiel qui se chiffre en centaines de milliards de dollars. Qu’importe alors les risques environnementaux, sanitaires, et sociaux… « Quand le génie génétique a été perçu comme une opportunité d’investissement, il s’est produit une adaptation des normes et des pratiques scientifiques au standard des entreprises. L’éveil du génie génétique coïncide avec l’émergence d’une nouvelle éthique, radicalement définie par le commerce».[note]
La nouvelle astuce pour se débarrasser des empêcheurs européens de danser en rond est simple : les techniques de manipulation génétique des plantes s’appelaient « genetic engineering » ; on va désormais les baptiser « new breeding technics », NBT, ce qu’on peut traduire par « nouvelles techniques de reproduction. » Et hop, disparus les OGM, plus applicables les règlements UE. Bien joué, mais qui va se laisser leurrer par cette subtile manœuvre, pilotée bien sûr par une armée de lobbyistes[note] ? Et bien, sans surprise, la Commission Européenne qui a l’intention de faire sortir ces « NBT » de la directive 2001/18/CE et donc laisser ces nouveaux OGM, désormais cachés, se déposer sur nos tartines.
Ces NBT, nouvelles techniques d’édition du génome, plus ciblées et dirigées, permettent d’introduire le changement génétique en des endroits précis du génome et non plus de façon aléatoire comme précédemment. Elles sont, selon leurs promoteurs, parfaitement maîtrisées. Ce qui bien sûr s’est révélé totalement faux. Pour une information de qualité, référons-nous au DVD de Christian Vélot, professeur de génétique moléculaire à l’Université de Paris-Sud et président du conseil scientifique du Criigen[note], qui décortique avec sa limpidité habituelle toutes ces «techniques de manipulation génétique » et avertit de ses dangers.
Parmi ces nouvelles techniques dites d’ « édition du génome » il en est une très utilisée, CRISPR/cas9, vulgairement appelée « ciseaux génétiques », et son application , le forçage génétique, est particulièrement dangereuse :
Tous les descendants de l’organisme forcé seront porteurs du gène modifié en quelques générations. Alors qu’en conditions naturelles, seule la moitié des descendants de chaque génération porterait une «mutation génétique» qui finirait par se diluer dans la population «sauvage» (…) Ce forçage permet de décimer ou même d’exterminer des populations entières d’espèces sauvages. Il contourne les lois de l’évolution… Une fois ces organismes forcés libérés dans l’environnement, il n’est plus possible de les récupérer. Il peut donc y avoir un impact dramatique, rapide et irréversible sur la diversité biologique, le fonctionnement des écosystèmes, sur les chaînes et la sécurité alimentaires. Les espèces visées actuellement pour le forçage génétique comprennent des levures, des insectes, des mammifères tels les renards et les rats. Mais théoriquement tous les organismes à reproduction sexuée pourraient être forcés génétiquement.[note] Enfin, le forçage génétique intéresse aussi les militaires qui contribuent à financer (avec nos impôts ?) la recherche dans ce domaine.
Des scientifiques de haut niveau, Gilles Seralini, Jacques Testart[note], … ont à maintes reprises alerté sur les dangers et les dérives de ces techniques et demandé un moratoire. Non seulement, ils n’ont pas été écoutés, mais tout l’establishment scientifique et médiatique les ont dézingués (cela ne vous rappelle rien ?). Par exemple, non contente d’investir 75 millions de dollars dans la technologie du forçage génétique, la Fondation Bill et Melinda Gates a aussi donné 1,6 million de dollars à Emerging A.G., un cabinet de lobby, pour éviter un moratoire international sur cette technique hautement controversée.
LES GRANDES ENTREPRISES PRENNENT LE CONTRÔLE DE NOTRE ALIMENTATION
Bien entendu, toutes ces recherches, ces expérimentations, ces mises au point d’organismes nouveaux ne sont pas faites, comme « Big Agri » le prétend, pour résoudre la crise agricole et climatique, favoriser la diversité , améliorer les aliments, rendre le travail des agriculteurs moins pénible, bref une démarche bienveillante, sociale, solidaire, pour notre bien (tiens tiens v’la du nouveau)… Non, ce qu’elle vise, c’est une concentration du pouvoir dans le secteur agricole par une poignée de méga-corporations. Pour se représenter l’ampleur de leur prise de contrôle agricole, il faut savoir qu’en 2017, pas moins de 70 % de l’industrie des semences et des produits agrochimiques étaient entre les mains de seulement trois entreprises fusionnées (Dow-DuPont, Bayer-Monsanto et ChemChina-Syngenta). Si nous laissons faire, bientôt plus un organisme vivant, jusqu’à l’être humain[note], n’échappera à cette industrie qui pourra, en termes juridiques, breveter la nature elle-même.
Si nous laissons passer la déréglementation des nouveaux OGM/NBT par la Commission européenne, non seulement nous acceptons un monde imbuvable /indigeste pour nos enfants et demain nous avalerons des OGM sur nos tartines, dans notre verre de vin.
En vingt ans, les OGM n’ont rien apporté à l’agriculture, à l’amélioration qualitative et quantitative de l’alimentation. Au contraire, ils ont accru l’appauvrissement des agriculteurs du Nord et du Sud, leur dépendance envers les firmes semencières, et la perte de leur liberté. Olivier De Schutter, rapporteur spécial de l’Onu sur le droit à l’alimentation le reconnaît : il y a d’autres moyens de nourrir la population mondiale croissante telle l’agroécologie. Des systèmes qui placent la diversité, l’équité et l’équilibre avec la nature au cœur de ses préoccupations. L’agriculture durable est construite sur la base d’un travail avec la nature, et non contre elle.
Et pour terminer sur un mode dystopique, comme on dit maintenant, voici un projet scientifique existant réellement : « La xénobiologie est une sous-discipline naissante de la biologie de synthèse qui vise la mise au point de formes de vie étrangères, du point de vue chimique et informationnel, à celles qui sont connues sur Terre »[note]. Comme quoi, « On n’arrête pas le progrès » …
Annie Thonon


