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De banaliteit van het masker

Nadia Berz

C’est par la voix de son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé, vendredi 5 mai dans l’après-midi, la levée du niveau maximal d’alerte mondiale face au Covid-19, une décision[note]  très attendue » nous a appris récemment « Le Monde », et ce trois ans, treize semaines et quatre jours après ce jour du 30 janvier 2020 où le docteur Tedros, la voix blanche et le verbe trébuchant, décrétait l’alerte maximale face à un virus surgi de Chine, se diffusant à vitesse prodigieuse et semant le chaos, qui balayera le monde d’une série de vagues meurtrières. 

La pandémie est finie et pourtant on ne s’est toujours pas débarrassé définitivement de ce torchon facial qui continue à être visible dans notre quotidien. On ne dénombre plus les multiples arguments dénonçant l’inutilité des masques face aux virus respiratoires se propageant par voie aérogène (comme le SARS-CoV-2[note]) et rendant ainsi leur usage inutile (les particules virales passant par les espaces ouverts entre le masque et le visage ainsi qu’à travers les mailles dans le cas des masques “faits maison”). D’ailleurs, les inscriptions du type « Ce produit ne protège pas des contaminations virales ou infectieuses » présentes sur plusieurs paquets de masques buccaux avaient déjà été reprises par les réseaux sociaux au début de la pandémie en 2020, pour être ensuite relayées par la presse avec un expert expliquant que le masque fonctionnait tout de même[note]. Et le dernier clou a été planté sur le cercueil de l’utilité du masque par l’analyse scientifique récente intitulée Physical interventions to interrupt or reduce the spread of respiratory viruses (publiée dans les revues Cochrane, une référence dans le domaine scientifique), où les auteurs concluent que le port du masque « a probablement peu ou pas d’effet » sur la propagation du virus. Pourtant cette analyse, regroupant plusieurs études, n’est qu’une publication de plus dans l’océan de publications à ce sujet arrivant aux mêmes conclusions. Pourquoi donc s’obstiner à encore imposer (ou « inciter fortement » dans certains cas) le masque à certains endroits, comme les hôpitaux ou les cabinets médicaux ? 

« Le Monde[note] »n’a pas manqué de nous expliquer que « L’organisation onusienne a cependant rappelé que le virus n’est ni éradiqué, ni devenu inoffensif… Il existe encore une menace, en particulier un risque d’émergence d’un variant plus pathogène ». Et c’est sans doute cette précision qui sert de justificatif aux hygiénistes pour maintenir le port du masque, aussi bien dans les établissements de soins de santé que chez les personnes individuelles qui le portent « au cas où ». De fait, le cabinet médical de mon village met en avant une affiche[note] du Groupement Belge des Omnipraticiens qui recommande fortement le port du masque en citant comme source l’avis du Risk Management group du 18/03/23[note] qui lui-même se réfère « à un avis du Comité scientifique stratégique et sur une consultation ouverte du Conseil supérieur de la santé ». Sur la même affiche on peut lire que « la politique proposée n’est pas seulement une politique spécifique dans le contexte du SARS-CoV-2, mais une politique générique plus 

large sur la prévention des infections respiratoires ». Ces entités ont prévu le port du masque pour lutter également contre les autres maladies respiratoires (grippe, VRS, …). Ils prévoient trois niveaux: 

• Au niveau 1, le port du masque buccal n’est pas conseillé, sauf pour les patients présentant des symptômes d’infection respiratoire et pour les patients immunodéprimés ; 

• Au niveau 2, (targeted use), les masques buccaux sont fortement recommandés dans les interactions entre le prestataire de soins et le patient et entre le patient et le prestataire de soins (salles d’attente, visites à domicile, …) 

• Au niveau 3 (utilisation universelle), les masques buccaux sont recommandés pour toutes les personnes du secteur des soins et dans l’ensemble de l’établissement de soins (y compris les locaux administratifs et logistiques). 

Nous serions actuellement au niveau 2. Cependant, en lisant l’avis on se rend compte qu’il n’y a pas de niveau où le port du masque n’est pas recommandé, car même au niveau 1, les personnes ayant des symptômes d’infection respiratoire sont invitées à se masquer (sachant que la liste des symptômes covid est interminable…). Et le niveau 3 semble moins strict dans sa formulation que le niveau 2! Avec l’infectiologue Yves Van Laethem qui a recommandé malgré tout le port du masque dans les endroits clos et les transports en commun[note] et un système de “ON/OFF” du port du masque en fonction de la circulation des maladies respiratoires[note], on peut se demander sur quelle base tous ces experts fondent leurs recommandations, si ce n’est sur ce fameux argument du “au cas où”. Mais ce qui est lassant, c’est la réalisation de l’inquiétude que j’avais déjà en 2020: le port du masque est là pour durer. Il n’y a pas si longtemps nous trouvions cela amusant de voir des asiatiques porter le masque buccal dans la rue, mais à présent il est porté également chez nous dans la lutte contre les virus respiratoires en général (et pas uniquement contre le SARS-CoV-2). 

 » Dans l’avis du Risk Management group, on retrouve également l’argument de « la pression sur le système de soins de santé » comme justificatif. Rien n’a donc changé à ce niveau-là non plus, si ce n’est que les hôpitaux peuvent se saturer d’autres maladies que le covid. À peine la pandémie terminée (enfin, le niveau maximal d’alerte pour être précis, car l’OMS n’a toujours pas déclaré officiellement la fin de cette pandémie…) on a pu lire dans la presse (en janvier 2023) que les hôpitaux étaient saturés et qu’il fallait presque mettre des lits superposés dans les soins intensifs[note]. La cause? La fermeture des lits en soins intensifs est couplée au manque de personnel. La pression était grande suite aux “virus d’hiver”. Nous sommes donc revenus aux titres d’avant-pandémie quand le problème du financement chronique du secteur public et des établissements de soins de santé était régulièrement reporté dans la presse. 

Problématique que l’on ne devait surtout pas rappeler pendant les vagues épidémiques covid successives entre 2020 et 2023 au risque d’être taxé d’anti-mesure, anti-masque, rassuriste… Et quelles sont les recommandations qui sortent du constat de l’audit des hôpitaux réalisé par le SPF Santé, agence fédérale des médicaments et l’INAMI? Il s’agit: 

• d’un suivi des données de soins de santé en temps réel ; 

• d’une remédiation à la surcharge de travail des infirmières et des infirmiers, notamment en investissant dans des technologies supplémentaires ; 

• d’une remédiation à la surcharge de travail des médecins ; 

• de faire correspondre la demande des patients à la valeur ajoutée médicale (promotion des sites web officiels d’information santé orientés patients et soutien des patients par l’intermédiaire d’un “conseiller médical”) ; 

• d’une réduction de recours à certaines prestations par indication plus stricte. 

En gros, il est proposé d’avoir un suivi plus strict, de faire appel à des technologies supplémentaires, de diminuer la surcharge de travail (comment?), de revoir la nécessité des patients à avoir recours à des traitements. Donc après tout ce cirque d’hôpitaux saturés de patients covid, de soignants applaudis à 20h (pour être ensuite écartés si ces derniers étaient sceptiques à propos de vaccins nébuleux), d’appel à la solidarité par confinement et port du masque, nous arrivons à ces recommandations? Toujours pas d’enveloppe plus grande pour le secteur public et les établissements de soins de santé? Vandenbroucke et le secrétaire d’État chargé de la politique scientifique, Thomas Dermine, ont débloqué un budget de 7 millions d’euros pour mieux préparer la Belgique aux prochaines pandémies[note]. Cette enveloppe est destinée aux scientifiques pour tirer des leçons de la gestion de la pandémie car apparemment il demeure « des angles morts dans notre compréhension des processus sociétaux complexes que ce virus a ébranlée », admettent Vandenbroucke et Dermine. Quatre thématiques auraient été identifiées: le bien-être, les inégalités et vulnérabilités, la gouvernance démocratique et l’intelligence pandémique. Je m’abstiendrai de commentaires à ce sujet…Notons toutefois que si leur objectif est « d’améliorer la gestion des crises sanitaires en se basant sur les évidences scientifiques » comme ils le déclarent, alors ils auraient pu allouer ces fonds à ces nombreux experts qui ont été interviewés par Kairos par exemple ! 

Plusieurs pays ont mis en place des analyses de gestion de pandémie. Le premier journal finlandais Helsingin Sanomat a même fait preuve d’une forme de transparence[note] (qui serait une bouffée d’air chez nous…) en rapportant le questionnement de l’efficacité des mesures sanitaires, comprenant un aveu sur l’inefficacité de la fermeture des écoles, sur la saturation des hôpitaux qui n’étaient pas forcément si menacés que cela, sur l’erreur à propos du caractère aérogène du virus qui avait été réfuté à l’époque, sur le port du masque (les autorités ne s’étant pas adaptées à la littérature scientifique), sur le rôle des médias qui manquaient de diversité d’opinion en mettant en avant trop fréquemment des décideurs politiques, etc. Tout comme dans un autre pays nordique, le Danemark, où le journal Ekstra Bladet avait fait un mea culpa début 2022 pour son reportage biaisé à propos de la pandémie, se reprochant de ne pas avoir assez remis en question les décideurs politiques[note]. Bon, tout n’est pas rose même dans ces pays nordiques, mais il serait grand temps de s’inspirer de leurs démarches en lançant des études et des concertations citoyennes également dans notre Plat Pays. 

Le confinement, la fermeture des établissements, les vaccins etc., ont eu des conséquences dévastatrices sur la population, ces répercussions étant particulièrement sévères sur les catégories de personnes en situation précaire. L’OMS déclare de manière spécieuse que « le nombre total de décès associés directement ou indirectement à la pandémie de covid-19 (la « surmortalité ») entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2021 était d’environ 14,9 millions (fourchette de 13,3 millions à 16,6 millions) »[note]. En lisant cette déclaration, Mr Tout-le-monde va retenir que l’intégralité de ces 14,9 millions sont, en gros, morts du covid (bien que l’OMS mentionne qu’il s’agit de la somme de morts directes et indirectes). Ce chiffre est à mettre en relation avec le nombre de décès covid rapporté par la banque de données Statista qui répertorie 6 889 743 morts[note]. Il y aurait donc autant de morts indirectes que de morts directes du covid. Selon l’organisation humanitaire World Relief, la pandémie du covid-19 a fait basculer 97 millions de personnes dans la précarité, reculant de trois à quatre années les efforts faits dans la lutte contre cette extrême pauvreté[note]. Et à quoi sont attribués ces décès, ce basculement vers la pauvreté ? Aux mesures sanitaires, bien évidemment. Mesures dont le bien-fondé a été martelé par les décideurs pendant trois ans, tout en se réfugiant derrière des arguments au mieux pseudo-scientifiques, et dans certains cas, derrière un flou scientifique (et donc à l’expression “au cas où”). Et maintenant qu’il est enfin temps de faire le bilan et d’analyser les données scientifiques, ces mêmes décideurs n’ont pas l’air de se précipiter. 

Revenons à cette culotte du visage. Comparé aux autres mesures sanitaires qui nous ont été imposées, le port du masque peut sembler assez anodin tout compte fait. Mais au final cette mesure est de ce fait même vicieuse. Par sa banalité, il a été rapidement adopté malgré tous les arguments et preuves mis en avant à son encontre. Il sert d’objet de confort à tous les hygiénistes (qui sont présents à travers le spectre politique, comme nous le rappelle Bruno Latour dans Pasteur: guerre et paix des microbes[note]) et aux asociaux haptophobes (= qui ont peur du contact physique). Et comme me l’a fait remarquer une amie (Inès, si tu me lis…): ce ne sont pas nécessairement les mêmes qui sont à la fois antimasques et anti-vaccins covid (ou anti-mesures en général, constat qui s’est effectivement vérifié dans mon entourage. En fait, ce qui est choquant dans cette mesure, c’est la dissimulation du visage donc de ce qui rend une personne humaine (où étaient d’ailleurs les opposants au voile islamique pendant cette crise ?). Ce camouflage déshumanise les individus et établit une barrière sociale dont la violence est directement proportionnelle à la sensibilité affective des personnes (les enfants constituant une catégorie évidente). Le mot virus peut être donc supprimé du slogan « Mettez une barrière entre vos virus et les autres patients » du Groupement Belge des Omnipraticiens. Et puis, existe-t-il des réflexions sur l’éthique (ou la bioéthique) concernant le port du masque ? Les experts font-ils la différence entre un rhume, le covid et l’ébola dans leur choix de mesures? J’aurais bien voulu assister aux séances de recommandations de mesures sanitaires contre le SARS-CoV-2 organisées par des organisations de la santé dans des pays comme la Libéria ou le Sierra Leone (pays où l’ébola est endémique) et observer comment ces organisations mettaient en avant le masque buccal dans la lutte contre le covid (sachant en plus que l’Afrique a été particulièrement peu touchée par cette maladie[note]). 

Le masque a été parmi les premières mesures appliquées et parmi les mesures les plus facilement adoptées (avec une participation active de la population qui en fabriquait elle-même avec enthousiasme, même à partir de sous-vêtements s’il le fallait[note]). C’est l’objet qui nous a rappelé tous les jours que nous étions sous occupation sanitaire. Le même objet qui nous fait nous remémorer l’occupation encore aujourd’hui quand on le voit chez ces têtes de mule qui continuent à le porter, ce symbole du bafouement de la liberté d’expression/muselière, de l’étouffement, de l’extrême hygiénisme moderne, de la crédulité de braves gens et de l’autorité sanitaire. Le masque représente, si j’ose la comparaison, la banalité du mal. Ou du moins la banalité du masque. 

Kaarle Parikka 

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