Espèce en danger, suicide programmé !
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Espèce en danger, suicide programmé !

Commençons par une question judicieuse : « […] Pourquoi la société mondiale produit-elle autant de maladies dont elle ne veut pas, tout en dépensant beaucoup pour contrarier leurs effets[note] ? ». Il est très difficile de répondre sans se pencher un tantinet sur l’histoire de la santé publique et parallèlement sur les ravages des industries pathogènes que nous connaissons aujourd’hui.

Qu’entend-on par industries pathogènes ? Ce sont bien évidemment tous les fabricants de produits chimiques, les manufactures d’alcool, de tabac, les industries utilisant une énergie fossile et au sommet de cet échafaudage mortifère, les entreprises de denrées alimentaires ultra-transformées. Nous, les consommateurs, nous nous précipitons chaque jour pour nourrir le monstre à l’origine de notre chute[note]. 

Un peu d’histoire. Au cours des siècles, la notion de santé publique a évolué de façon aléatoire jusqu’à une époque récente où les gouvernements s’en inquiétèrent. Mais pour la même raison que la médecine ne commence pas quand la science s’en est emparé, le concept de santé publique ne peut être daté avec précision. Pour les Romains, pour les Arabes, construire un système d’égouttage, équiper les grandes villes de latrines, etc. relevait déjà de la santé publique. Nous ne parlerons pas ici des luttes contre les grandes épidémies du Moyen-Âge, des premières quarantaines, des interdictions en tous genres, mais remarquons tout de même que ce sont ces fléaux qui ont poussés les gouvernements à s’intéresser à la santé et à prendre des mesures adéquates avec moult réglementations[note]. 

Alors pourquoi et comment sommes-nous arrivés au bord de la falaise, mais surtout pourquoi continuons-nous d’avancer en sachant (ou pas) que nous allons nous fracasser sur les rochers en bas ? Répondre à cette interrogation est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Car la santé dépend de plusieurs facteurs déterminants comme la biologie, la médecine, l’environnement, notre métabolisme, notre comportement, et chaque item contient des centaines de causes possibles pour nous garder en bonne santé ou nous rendre malades[note]. Laissons de côté la biologie et la médecine pour nous pencher plus précisément sur l’environnement, notre métabolisme et notre comportement.
Ces trois facteurs sont inextricablement mêlés. « […] Qu’est-ce que la santé ? Nous l’ignorons, nous n’en connaissons que l’absence ! Et pourtant elle est au centre de nos préoccupations individuelles et collectives[note] ». Nul n’ignore que la pollution de l’environnement est une catastrophe planétaire et une des plus grandes « tueuses » à l’échelle mondiale (cancers, maladies cardiovasculaires, bronchopneumopathies, asthme, etc.). On omet souvent cette pollution, elle n’est que très rarement incriminée dans les pathologies car c’est la société qui en est responsable et pas les individus pris en tant que tels. Notre métabolisme joue un rôle non négligeable dans notre état de santé. « […] Le métabolisme désigne les transformations de matière et d’énergie à l’intérieur des organismes. Il s’agit de notre machinerie personnelle. Ce sont les réactions physiques et chimiques en nous qui produisent ou dégradent[note]… ». Notre comportement et notre environnement influencent notre métabolisme et apportent un déséquilibre dans cette « machinerie ». Notre attitude, plus les risques environnementaux, nous rend malades et nous tuent prématurément. Bien évidemment, le métabolisme est différent pour chaque personne, ainsi que nos attitudes. 

Antoine Demant

LA POLLUTION 

L’histoire de la pollution suit un chemin parallèle à celui de la croissance économique. Les entreprises polluent parce que c’est moins cher de produire « salement » et ce qui compte pour ces magnats de l’industrie, ce sont les espèces sonnantes et trébuchantes qui tombent dans leur escarcelle. Tout est pollué ! L’eau, l’air, le sol… et notre corps ! Que ce soit par rejet de déchets ou sous-produits industriels ou que ce soit par les milliers de produits chimiques qui font partie de notre quotidien sans que nous en ayons conscience. « […] on peut en trouver dans des produits de soins, des savons et les cosmétiques, des produits de nettoyage, des détergents, dans des pesticides, dans notre alimentation, dans l’eau de pluie ou du robinet, les plastiques et les emballages, les vêtements, les objets électroniques, il y en a même dans les équipements médicaux et dans les jouets[note] ». Ils sont inévitables et pénètrent notre corps par où ils peuvent : bouche, yeux, poumons, peau… avec les conséquences que nous connaissons, mais que nous préférons bien souvent ignorer. Car nous continuons à utiliser joyeusement du bain douche ultra moussant, du déodorant bourré d’aluminium, à nous badigeonner de crème solaire, à pulvériser d’insecticide la moindre araignée ou mouche que nous croisons, à faire briller nos sols à grands coups de Monsieur Propre™ ou d’assouplir notre linge et de le parfumer avec les « fraiches vagues bleues » ou « fleurettes violettes » artificielles, cachées sous le packaging étudié pour nous séduire par nos « amis » les industriels ! Évidemment nous ne pouvons échapper à l’air que nous respirons, mais là aussi nous alimentons l’hydre vorace en achetant toujours plus de véhicules, plus de gadgets électroniques, plus de vêtements chinois… 

L’ALIMENTATION 

L’industrie s’est emparée de nos casseroles. La globalité de ce que nous ingérons est, aujourd’hui, le fruit des usines de transformation alimentaire. Les industriels altèrent de plus en plus les aliments et les éloignent de leur état naturel, et ce avec notre bienveillante complicité ! Et on sucre, on sale, on graisse, on donne du moelleux ou du croustillant, on colore ou on décolore, on acidifie ou on adoucit, etc. Le poison le plus « violent » est le sucre et cela les cadors de l’alimentation l’ont bien compris ! Comme le sucre est addictif, alors quasi aucun produit comestible n’y échappe ! Camouflé derrière les plus trompeurs apparats (enfants pétants de santé dévorant un Kinder™ ou dévorant une tartine de Nutella™, bandes de copains levant leur verre de coca ou grignotant des chips et autres saucisses apéritives, etc.), il envahit nos foyers sans bruit en provoquant une foultitude de désordres dans nos organismes. Ne prenons que l’obésité et le surpoids. L’obésité qui est en hausse dans le monde entier est un cas à part. C’est un marqueur métabolique, mais aussi une maladie chronique. En dehors des facteurs héréditaires qui sont prouvés, il existe une vulnérabilité personnelle contre laquelle les individus ne peuvent agir. Mais… la qualité et la quantité d’aliments absorbés, ainsi que la pratique ou non d’exercices physiques jouent un rôle capital dans l’explosion du phénomène. L’obésité est aggravée par la mondialisation, l’urbanisation et la technologie[note]. Cette maladie entraine une multitude d’autres problèmes comme le diabète, l’hypertension, les maladies cardiaques contre lesquels nous déployons une panoplie de médications sans aller gratouiller là où cela fait mal ! C’est-à-dire notre attitude face à la nourriture. Pizzas, hamburgers, plats préparés, viandes marinées, pâtisseries industrielles, boissons « zéro », etc. ont encore de beaux jours à vivre ! Comme dit plus haut, nous ne sommes pas égaux devant nos assiettes. Ce n’est pas parce que nous affichons une taille mannequin ou une souplesse d’acrobate que notre sang n’est pas gorgé d’urée ou de sucre, ce n’est pas parce que notre fécondité est au top que nos enfants ne porteront pas dans leurs gènes une kyrielle de perturbateurs endocriniens et autres allergies ! « […] Mais l’homme est ainsi fait qu’il ne comprend son destin qu’en subissant son impitoyable loi[note] ». 

Le « suicide » de notre espèce avance masqué ! Paradoxalement nous dépensons des fortunes pour empêcher la dégringolade inévitable (médicaments, compléments alimentaires en tout genre, huiles essentielles, plantes régénératrices, etc.). Deux des plus grandes industries au monde, l’agro-alimentaire et la pharmaceutique, ce couple infernal, se livrent une bataille sans merci pour encore et toujours engranger plus de profit. L’une créant du bizness pour l’autre ou… inversement ! 

Marie-Ange Herman