Notre monde est dans la démesure et le gigantisme. « Un homme est riche en proportion des choses dont il peut se passer », disait Henry David Thoreau. Aveuglé par ses succès technologiques, le monde d’aujourd’hui n’est plus ni tranquille, ni stable, ni prévisible. Nous sommes là, au bord du gouffre, et nous nous engluons dans un monde d’une technicité et d’une complexité de plus en plus difficile à gérer. Ces technologies nous asservissent et nous n’avons pas d’autre alternative que de les absorber en nous mettant en conformité avec elles. Mais tout l’art consiste à gérer les techniques sans l’intervention de spécialistes, en prenant conscience que plus un système est petit, plus facile il sera à assimiler, et au mieux il va prospérer. À nous de restreindre nos idées de grandeur en veillant à ne pas nous engouffrer dans des technologies qui nous dépassent, et en nous ingéniant au contraire à trouver celles qui nous
permettent le plus d’autonomie possible. Quand on pense « habitat », avec un rien de bon sens, il va de soi qu’au plus notre maison ou nos espaces seront petits, au plus facilement nous serons en mesure de tout gérer et au plus rapidement elle sera, par exemple, chauffée. Acceptons le fait qu’aujourd’hui nous ne sommes plus capables d’habiter comme autrefois, que nous allons devoir restreindre nos ambitions. Que ferons-nous en cas de coupure de courant ? Maîtrisons-nous tous les éléments de notre habitation ? La vie se complique et on peut avoir tendance à se décourager. On imagine que les choses sont difficiles et insurmontables. Autrefois on ne remettait pas ses rêves en question, on y allait avec moins d’hésitation et maintenant il nous faut toutes sortes d’assurances, afin de nous garantir que nous n’aurons pas de problèmes.

REVENONS-EN DONC À DE PETITS ESPACES BIEN ARTICULÉS
« Les petites maisons renforcent l’esprit, les grandes l’affaiblissent », Léonard de Vinci.
Le logement devient de plus en plus inabordable en Europe. La vie se concentre dans les grandes villes, avec une densité urbaine difficile à vivre. En dix ans le prix des logements a augmenté de 48%, tandis que le nombre de sans-abri a augmenté de 70%. Les hommes ne sont pas faits pour vivre en grands troupeaux en ville, mais en petites cellules. « Les hommes sont comme les pommes, plus on les entasse plus elles pourrissent », disait Mirabeau. D’où l’idée pour certains de s’entourer d’un cocon de nature et de vivre à la campagne. Car ce n’est qu’en réconciliant l’homme avec la nature que nous pourrons redonner enfin au monde saveur et légèreté. Ce sera l’occasion d’adopter un mode de vie plus écologique en s’offrant plus d’indépendance, notamment dans le domaine alimentaire, en ayant par exemple un potager. Une fois dans cette nature, il ne nous reste plus qu’à réduire la taille de nos habitats en optant pour une certaine forme de sobriété, un mode de vie plus simple et minimaliste qui repose en partie sur la volonté de devenir auto-suffisant, en ne s’encombrant pas d’objets inutiles. Nous sommes désormais invités à nous désencombrer de tout superflu et à apprendre à habiter dans des espaces condensés réduits à l’essentiel. L’idée même d’habiter « petit » exclut toute notion de richesse car il n’y a pas de place pour accumuler des objets. Habiter « petit » nécessite de concevoir ses espaces intérieurs de manière à y respirer et y vivre plus agréablement. Habiter « petit » demande seulement d’articuler astucieusement les espaces intérieurs, d’éliminer les moindres recoins perdus et de limiter les espaces de circulation.
Cela dit, la surface de l’enveloppe d’une habitation a également tout intérêt à être réduite afin d’être le moins possible exposée aux intempéries, dont le froid. Son volume doit être compact et orienté vers le Sud, de manière à engranger la chaleur. Chaque lieu est unique, chaque porteur de projet également. À chacun donc de concevoir le design de son petit habitat, de le dessiner de manière à ce qu’il corresponde au mieux à ses besoins, de le réinventer pour qu’il reflète ses paysages intérieurs. C’est un peu dans ce sens que le philosophe Gaston Bachelard nous invite à nous laisser guider par la rêverie « miniaturante », où tout deviendra plus apaisant, voire thérapeutique[note].
CULTIVONS L’ART DE LA MODÉRATION OU LE BONHEUR DANS LA SIMPLICITÉ
« Le plus riche des hommes est celui dont les plaisirs sont les moins coûteux », Henry David Thoreau.
Nous avons tous été programmés pour un monde de consommation, dans l’optique d’un « toujours plus » où la compétition l’emporte sur la coopération, où ceux qui réussissent font ce qu’on attend d’eux. Nous n’avons plus d’autre alternative que de revoir les choses à la baisse, d’essayer de diminuer notre niveau de vie en essayant de tout réduire, de passer d’une économie de la quantité à une économie de la qualité. Manger, travailler, consommer, se déplacer et voyager moins mais mieux ! Ainsi en toute logique, s’il s’agit de consommer le moins d’énergie possible, ce qui sera le cas si la maison est petite. On construit souvent tout bien trop grand, avec des espaces de circulation trop nombreux et démesurés, par exemple des cages d’escalier d’un mètre vingt de large, alors qu’on peut se contenter d’une largeur de 70 cm. Tout réduire ne sauvera pas forcément le monde, mais on peut montrer que l’on peut être heureux avec moins, sans trop impacter la planète. Il est essentiel d’essayer de comprendre la relation qui existe entre nos habitudes de consommation et les problèmes environnementaux et sociaux qui en découlent. Comme Pierre Rabhi le suggère, soyons les acteurs du changement en cultivant la modération ou la sobriété volontairement consentie. Elle s’impose comme le seul choix possible, en nous amenant à consommer moins, mais peut-être également à vivre mieux en travaillant moins. Cette simplicité volontaire ne sera pas évidente tout de suite et fera violence à notre quotidien. Mais tôt ou tard nous y serons obligés, en remettant les technologies à leur juste place, en n’en étant plus esclaves et en acceptant que l’abondance s’éloignera. La modération ne signifie pas revenir en arrière, mais au contraire aller de l’avant. Dès l’instant où l’on apprend à créer le bonheur dans la modération, tout se simplifie et on s’allège la vie. Une grande partie de nos consommations et activités sont excessives et inutiles, elles amènent rapidement insatisfaction et lassitude. Avant tout achat demandons-nous s’il nous rendra plus heureux, parce que le bonheur de posséder est éphémère et est rapidement suivi d’un autre besoin. Nous allons devoir apprendre l’art d’être heureux avec ce que l’on a déjà et le vivre bien, à éprouver de la gratitude et savourer la chance qu’on a, à apprécier les choses à leur juste valeur. Moins les enfants ont de jouets et plus ils jouent, sont plus calmes et développent leur imaginaire. Ne serait-il pas urgent d’activer une économie plus circulaire et d’en revenir à des objets qui puissent être réparés ou recyclés, en leur offrant une seconde vie, un autre usage ? Dépenser moins au lieu de consommer, ce fameux bonheur n’est pas bien compliqué à trouver! Nous le retrouverons aussi à travers les contacts humains, les échanges et les rencontres.
PRENONS LE TEMPS DE VIVRE LA LENTEUR ET LE SILENCE
« Il ne peut pas y avoir de joie profonde dans l’agitation », Frédéric Lenoir.
Si nous avons découvert l’essentiel, la solidarité, ajoutons-y la lenteur et le silence. Aujourd’hui tout doit aller vite et cette immédiateté signera notre propre fin. L’hyper-mobilité semble devenue un besoin vital. La cadence augmente, nous sommes constamment sollicités, on nous propose de plus en plus d’informations, de produits culturels ou de biens de consommation. Nous vivons à un rythme effréné, dans un monde envahi d’innovations techniques que nous ne sommes plus en mesure de suivre, que nous subissons et absorbons en nous mettant en conformité avec elles. La technologie censée nous libérer, en nous permettant de gagner du temps, est au contraire en train de nous asservir. À l’heure qu’il est nous ne vivons plus que pour travailler et gagner toujours plus (ou seulement maintenir notre niveau de vie), aussi le stress nous gagne. Peut-être serait-il temps de revenir à un mode de vie plus paisible qui nous offre du temps libre, nous permettant de rencontrer nos voisins. La décroissance demande de lutter contre la dictature de la vitesse, de limiter nos besoins en déplacements. Elle passe par le besoin de ralentir en vivant dans le calme et la douceur, en prenant soin de la vie sous toutes ses formes. Cette obsession de la croissance, de la performance et de la consommation a pour conséquence d’éprouver un sentiment de dispersion. Or les choses simples et lentes gardent un rythme humain.
À suivre…
Christian La Grange, architecte d’intérieur, acteurs des habitats alternatifs, il est notamment l’auteur de « Cabanons à vivre », « Habitat plume », « Mini Maisons et Tiny Houses ».


