SlowHeat ou comment se chauffer agréablement à moindre coût
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SlowHeat ou comment se chauffer agréablement à moindre coût

Il est toujours difficile de régler les solutions de chauffage, alors qu’en pensant SlowHeat, en dissociant l’idée de confort de la température, on aborde le problème d’une tout autre manière. Avec cette méthode, vous arriverez à soutenir des températures bien plus basses, sans aucun risque pour la santé. L’objectif n’est pas d’accepter le froid, mais de l’aborder tout simplement autrement. 

Si le chauffage central a été à juste titre perçu comme un progrès, on voit bien aujourd’hui qu’il y a des normes qui ne sont plus tenables sur le plan énergétique et environnemental. Se chauffer est évidemment un besoin, mais ne serait-il pas possible de se chauffer autrement, chauffer son corps, qui ne représente qu’une infime fraction de ce que nous avons à chauffer, plutôt que tout un bâtiment ? Il suffit donc d’entrevoir son confort autrement, en imaginant la surface chauffante juste à l’endroit voulu et quand il faut, en ne chauffant qu’un petit coin de logement où l’on se trouve. Voilà tout l’avantage d’habiter dans de petits espaces et d’abolir nos grandes demeures d’autrefois. Si elles sont trop grandes, partageons-les, pensons « habitat groupé ». Il suffit donc de créer une bulle de chaleur locale, un chauffage ponctuel à réactivité immédiate qu’on utilise quand on en a besoin. Le premier réflexe consisterait à adapter sa garde-robe en s’habillant chaudement, en ayant par exemple de bonnes chaussettes. 

Tout cela peut se compléter au besoin par le dossier de votre fauteuil ou par une cape chauffante électrique dont l’achat est rapidement rentabilisé et dont les résistances offrent plusieurs niveaux de température. Si vous travaillez à l’extérieur, vous pouvez également disposer de vestes chauffantes. Face à l’ordinateur, certains utilisent des tapis de souris chauffants, voire une bouillotte. Un autre conseil serait celui de privilégier les chauffages radiants électriques posés par exemple directement sur le bureau. L’efficacité énergétique étant souvent trop lente, avec un petit radiant elle est immédiate. Les chauffages radiants, tels que ceux utilisés sur les terrasses de café, diffusent une douce chaleur à travers l’air. Il en existe au gaz, également électriques. Pour rappel, les chauffages à convection utilisant essentiellement l’air pour diffuser de la chaleur dans une pièce chauffent tous les mètres cubes d’une pièce, alors que le chauffage radiant est comme le soleil, il s’appuie sur le rayonnement et réchauffe les corps situés à proximité, dans son champ. La chaleur, tout comme celle du soleil, rebondira sur les masses environnantes et se diffusera lentement dans toute la pièce. D’où encore une fois, tout l’intérêt de vivre dans de petites pièces où la radiation rencontrera rapidement les masses. Contrairement à la chaleur produite par des convecteurs, celle-ci se diffusera de manière homogène, permettant d’éviter l’impression de n’avoir que le visage qui chauffe. De plus, par le fait qu’un radiant ne brasse que peu d’air, ce type de chauffage ne soulèvera qu’assez peu de poussière et n’asséchera pas l’air ambiant. Il est donc recommandé pour les personnes souffrant d’allergies, notamment les asthmatiques qui apprécieront le peu d’acariens. On peut également réduire la demande de chaleur du corps en étant actif, en le stimulant, en pédalant par exemple tout en ayant une autre activité, lorsque vous êtes devant l’ordinateur, par exemple. En étant en action, en augmentant le métabolisme du corps, on peut se passer d’une bonne part d’énergie pour se chauffer. Cela nous permet de supporter 2 ou 3°C en moins, et très facilement se contenter de 17°C, tout en nous maintenant en forme. Il faut savoir que le degré d’humidité influe également sur le confort et sur la sensation de chaleur. Aussi, pour éliminer cette humidité, il nous faut ventiler assez régulièrement. Cela ne gaspillera quasiment pas d’énergie et permettra de bénéficier d’un air beaucoup plus sain. Cinq minutes de ventilation ne diminueront pas l’inertie de l’habitation pour autant, bien entendu, qu’il y ait de la matière lourde dans la maison qui puisse l’emmagasiner. Si on ne ventile pas, cette humidité provoquera des condensations et ultérieurement des moisissures. C’est cela qui a amené les pouvoirs publics à nous imposer la VMC (ventilation mécanique contrôlée). Il s’agit d’un système géothermique permettant de réchauffer (en hiver) et de rafraîchir (en été) l’air insufflé. La VMC fonctionnant en circuit fermé, il n’est plus question d’ouvrir les fenêtres et d’écouter les petits oiseaux. Elle n’est pas gratuite et dépasse facilement les 10.000 €. Il faut également bien réaliser qu’elle est encombrante, qu’elle requiert pas mal de longueurs de gaines et que la complexité de l’installation devrait pour bien faire être prévue dès la phase de conception de la maison. Ajoutons que chaque année, bien qu’on puisse le faire soimême, il est vivement conseillé de faire appel à un professionnel pour son entretien, sans quoi les grilles du changeur thermique risquent d’être colmatées par la poussière, ce qui conduirait à une perte de rendement. Des passages ventilés intégrés dans les châssis – mais ce sont aussi de véritables ponts thermiques – seraient une alternative passive permettant d’éviter d’installer une VMC. Encore une fois, avec un rien de discipline, en ventilant régulièrement, point besoin de tout cet attirail. Plutôt que de subir et nous mettre en conformité avec ces technologies qu’on nous impose, essayons donc d’y remédier en ayant un minimum d’organisation. Avons-nous besoin d’être contrôlés à ce point comme des enfants ? De même, avons-nous besoin de nous encombrer de toute cette technologie difficile à gérer qui demande de surcroît pas mal d’entretien ? 

Revenons-en au SlowHeat. Si durant toutes ces années nous avons été habitués à l’abondance, cette démarche de sobriété énergétique nécessitera du temps pour être apprivoisée, pour nous permettre de relancer certains mécanismes physiologiques à la résistance au froid. Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Il faut laisser du temps au corps pour qu’il retrouve sa capacité à s’acclimater. Nous avons tous une tolérance différente au froid. Lorsque nous étions jeunes, nous nous promenions en culottes courtes en hiver, avec les jambes rouges de froid. Il y a donc un entraînement à faire. La relation à la chaleur varie d’une personne à l’autre, dépend de l’isolement du vêtement, mais aussi de la corpulence, de l’âge ou du sexe. À chacun son corps, à chacun sa solution. 85% de l’énergie consommée dans les logements sert à produire de la chaleur. Alors que l’accès aux ressources énergétiques s’amenuise, on ne peut plus chauffer nos logements 6 à 7 mois par an à 22°C. En diminuant de 1°C le thermostat, on fera une économie d’énergie de 5 à 10%. Mais il y a aussi les normes ou résistances sociales. On aime faire un feu quand il y a du monde. Le prix de l’énergie est également un vecteur de changement qui pousse vers la sobriété. Pour chauffer moins, on peut isoler, remplacer ses châssis ou sa chaudière par une plus performante. Mais tout cela suppose des travaux coûteux, demande des moyens qu’on ne peut peut-être pas supporter et amène à conserver le principe du chauffage central. Sans dévaloriser une bonne isolation de la maison, il y a aussi la forme du bâtiment. Au plus la quantité de surface exposée à l’extérieur est importante, au plus il y a de la déperdition. En pensant au biomimétisme, à l’image des abeilles et des manchots en hiver, pourquoi ne pas rassembler la famille en bas, dans la seule pièce de la maison qui est chauffée ? Dans le même ordre d’idée, pourquoi ne pas privilégier la construction de maisons jumelées ou mitoyennes ? Les terrains constructibles se faisant de plus en plus rares, certaines communes incitent à la construction de maisons jumelées. Si autrefois elles étaient associées aux petites maisons ouvrières dans les villes, mal isolées et peu attrayantes, aujourd’hui ce n’est plus le cas. Mais il y a aussi, plus largement, l’habitat groupé, un concept qui a l’avantage de réduire certains coûts, à commencer par un terrain à un prix plus abordable, ce qui offre l’espoir aux jeunes d’imaginer pouvoir construire un jour. Autre avantage, lorsqu’une habitation est accolée, on partage et économise un mur, ce qui permet d’utiliser moins de chauffage et réduira fortement votre facture d’énergie par rapport à une maison à 4 façades. En conclusion, il s’agit repenser nos habitudes, notre relation à la consommation, et donc à l’énergie, tout en gardant un niveau de confort identique, mais avec quelques degrés en moins. 

Christian La Grange