Belgique, terre mafieuse
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Belgique, terre mafieuse

ENTREVUE AVEC CLAUDE ARCHER, FONDATEUR DE TRANSPARENCIA.BE

En Belgique, si les fonctions politiques se lèguent souvent par héritage chez les filles et fils de politiciens, la noblesse place également ses pions, assurant le maintien d’un système inique et indécent dont on peut se demander comment ceux qui le subissent peuvent encore le supporter. Témoin de cette particratie nauséabonde : Valentine Delwart, échevine des finances de la commune d’Uccle, qui a commis un faux en écriture lui permettant de dépasser allégrement le plafond de rémunération publique fixé.

K : Claude Archer, vous venez de dénicher une bombe, une affaire de corruption qui est un cas d’école du fonctionnement du système belge. C’est le cas de Valentine Delwart. 

Claude Archer : Ce n’est pas n’importe qui, c’est la secrétaire générale du deuxième parti francophone, le MR (Mouvement réformateur). C’est elle qui connaît toutes les règles, qui doit vérifier que tous les mandataires de son parti les respectent. 

Sauf qu’elle aussi doit les respecter… 

Comme échevine des Finances d’Uccle, elle ne respectait ni les règles des mandataires ni les règles des finances de sa commune. Elle a, à l’insu de son plein gré comme on dit, détourné une somme qui avoisinait 200.000€ des finances de sa commune. 160.000€ ont été versés en trop, certainement. Et qui devait contrôler ça à la commune ? L’échevine des Finances, elle-même juge et partie. 

Allez, on démarre ! Valentine Delwart touche beaucoup d’émoluments, comme échevine des Finances, secrétaire générale du MR, administratrice à Fluxys, ça se monte à quelques centaines de milliers d’euros. 

Ça c’est juste la rémunération publique. Il ne faut pas oublier que Mme Delwart gère aussi l’héritage des familles Solvay. Certains de ses parents étaient présidents de l’Union wallonne des entreprises. Sa famille est proche de la finance, appartient aux grandes dynasties bourgeoises de la Belgique du XIXe siècle. Donc, c’est assez paradoxal qu’une personne de ce calibre se trouvant au sommet de l’État et de la haute bourgeoisie pensait que ça allait passer inaperçu de violer la loi et de détourner des sommes pareilles. Comment est-ce possible ? C’est en fait qu’elle est considérée comme « intouchable », car héritière de la haute bourgeoisie placée au sommet d’un des premiers partis politiques du pays. De plus, elle connaît les familles qui possèdent les groupes de presse, que ce soit IPM ou Rossel. Alors d’où vient son erreur ? Après les grands scandales politiques en Belgique — les affaires Publifin et le Samu social, avec des rémunérations particulièrement indécentes —, des plafonds de rémunérations publiques maximales ont été fixés à 200.000€, ce qui correspond à une fois et demi le salaire d’un député fédéral. Delwart le dépassait allègrement, mais il fallait trouver une astuce. Ce fut le faux en écriture, flagrant aussi, mais dont beaucoup de journalistes n’osent pas parler. Dans sa déclaration de mandat obligatoire à la Cour des comptes, à la Région bruxelloise et à sa commune, elle a fait trois fois un faux en écriture en déclarant que son mandat de secrétaire général du MR lui était payé 106.000€, alors qu’en réalité ce contrat n’existe pas. C’est l’argent public du Parlement qui lui avait octroyé un poste de collaborateur parlementaire qu’elle n’a peut-être pas presté. 

Un emploi fictif ? 

C’est la question. Peut-on imaginer que quelqu’un soit à la fois collaboratrice parlementaire, secrétaire générale d’un parti et échevine, le tout à temps plein, plus encore administratrice d’une entreprise ? C’est impossible, évidemment. Confrontée à sa fiche de paie, la première réaction de Mme Delwart fut de dire qu’elle ne s’était pas rendue compte qu’elle n’était pas payée par le MR, alors qu’elle est la dirigeante du parti ! Recevoir 106.000€ d’argent public par an depuis onze ans serait une « confusion administrative ». Elle se posait la question. En fait, c’est simplement un faux en écriture. 

Qui pourrait ou devrait l’amener devant la justice ? 

La justice pénale, oui. Bien sûr, mais si on regarde sa déclaration, elle dit clairement que la somme provient du MR, ce qui est donc un faux en écriture qui lui permet d’échapper au plafond de rémunérations publiques, puisque le MR est une organisation privée. 

On pourrait dire, en fait, que les 200.000€ qui lui sont réclamés, c’est le dépassement. Mais dans une société décente, c’est les 106.000€ par an qu’elle devrait rembourser, non ? 

Effectivement, il y a deux problèmes. Primo, le dépassement du montant maximal, et secundo son emploi du temps impossible. Donc effectivement, c’est 106.000€ multipliés par onze années qu’elle devrait rembourser. Et là on dépasse le million d’euros, plus évidemment l’amende pour le faux en écriture. Donc ça doublerait même la somme. Tout « intouchable » qu’elle est, elle va devoir rembourser une partie. Ajoutons les soupçons d’emplois fictifs. Mais là l’infraction de dépassement ne porte que sur les six dernières années, à partir du moment où on a plafonné les rémunérations publiques en y incluant non seulement des mandats mais aussi des fonctions dans des cabinets ministériels. La question de l’emploi fictif nous autorise-t-elle à penser que d’autres personnes payées par le Parlement en fait n’y travaillent jamais ? La première personne concernée que je suis allé voir avant de passer à la télévision, c’est Georges-Louis Bouchez, « GLB », le président du parti, qui m’a répondu que c’était tout à fait légal, qu’une clause dans le contrat de Mme Delwart lui permettait de ne jamais venir à la Chambre. Bizarre qu’un employeur fasse un contrat de travail disant « vous ne devez jamais venir travailler chez moi », non ? J’ai demandé à Bouchez à plusieurs reprises une copie du contrat de Delwart. Il m’a répondu qu’il ne me le donnerait pas, mais que je pouvais voir le sien, car lui-même a été collaborateur parlementaire par le passé et prétend qu’il n’était pas obligé de venir à la Chambre. Donc, en fait, le système d’emplois fictifs a l’air plus important que prévu. Un article paru dans L’ Echo montre que la dotation publique des partis politiques en Belgique est la plus importante par habitant dans l’Union européenne. Par exemple, si en France un électeur rapporte à un parti 1,50€, en Belgique, il en rapporte 6 ! Les partis politiques sont très bien dotés. Et bien l’argent des collaborateurs parlementaires — qui ne sont pas tous fictifs bien sûr — fait que le total pour les partis arrive à 85 millions d’’euros, davantage que leur dotation. Comment voudrait-on que de nouveaux partis se créent et entrent en compétition avec des organisations qui disposent de telles masses d’argent et d’un accès privilégié aux médias ? Il leur est impossible de percer le mur de l’argent. Donc, on a un double financement des partis avec des collaborateurs qui travaillent vraiment et, de plus en plus, des emplois fictifs dans les parlements, à propos desquels les témoignages affluent. Des gens travaillent pour le parti directement et ne font pas leur travail parlementaire. 

Quel est le problème ? GLB répond que le groupe politique au parlement est une extension du parti, et vice versa. Donc c’est kif kif. Alors que le rôle d’un parlementaire est de contrôler l’activité du gouvernement, ses décisions et ses dépenses. Pas de travailler dans un parti politique. Si ces gens comme Valentine Delwart ne viennent jamais au parlement et en fait travaillent pour des campagnes électorales, là c’est illégal. 

Mais on est rassurés, il y a bien une commission de déontologie qui existe. 

Oui, c’est un deuxième chapitre, les complicités et les organes de contrôle. Il y a sept ans a été instaurée une commission de déontologie. Les choses allaient enfin changer. Elle pourrait sanctionner les mandataires qui dépassent le plafond de rémunération. Eh bien, elle n’a jamais été nommée à ce jour ! Chaque année, on se rendait compte qu’il n’y avait aucun candidat pour un poste quasiment gratuit dont les conditions d’accès étaient extrêmement strictes : il fallait un magistrat qui fait ceci et cela, qui soit domicilié à Bruxelles et accepte de travailler presque gratuitement. Donc… Ces critères ont évidemment été décidés à dessein, tellement exigeants qu’aucun candidat ne se présente. Et surprise, en 2024, quelqu’un vient enfin d’être nommé, mais les élus peuvent être rassurés : on propose que la commission se réunisse pour la première fois après les élections. Blanche-Neige se réveille de son sommeil de sept ans et elle va se saisir d’un premier dossier. Mais avant ça, on lui demande comme première tâche de rédiger un code de déontologie, ce qui va prendre encore du temps. Les choses sont très drôles. Devinez qui a été nommé à la tête de cette commission ? La personne qui, au parlement, devait depuis sept ans contrôler Valentine Delwart, et ne l’a pas fait. Ce gestionnaire de la cellule « transparence » des rémunérations s’appelle Jean-Luc Robert. Il va devoir faire un rapport pour comprendre pourquoi lui-même n’a pas sanctionné Delwart. Il est pensionné, dorénavant, et on a estimé qu’il avait toutes les qualités pour occuper ce poste. Il va devoir demander des comptes à la cellule de contrôle des rémunérations. Comme il est pensionné, on doit nommer quelqu’un d’autre à celle-ci. Luimême, avant d’y siéger, était également échevin et membre du MR… qui n’a pas voulu pendant ce temps sanctionner un autre échevin du MR. Ça doit être un hasard ! Maintenant qu’il part à la commission de déontologie, miracle, on fait des appels à candidatures pour trouver les candidats les plus compétents pour le remplacer à la cellule transparence et contrôle des rémunérations. Et là, roulement de tambour, qui est le candidat le plus compétent dans une ville d’un million d’habitants ? Son fils ! Le père va demander des comptes à son fils qui a pris sa relève à la cellule de contrôle. C’est pas beau ça ? Alors on peut aussi regarder les complicités ailleurs avec la commune d’Uccle, où l’échevine des Finances Valentine Delwart ne s’est pas contrôlée elle-même. Mais un fonctionnaire lampiste servira de fusible. Il y a encore mieux. La main sur le cœur, elle a juré de rembourser, en demandant à la commune d’Uccle d’élaborer un échéancier de paiement via l’échevin des Finances, donc elle-même. Autre chose d’anormal, il est un peu étonnant que la chambre du parlement ne contrôle pas les gens qu’elle paie. 

Je rappelle que le MR a fait pression pour qu’on m’enlève ma carte de presse parce que j’avais deux fonctions, journaliste et directeur de PMS, dont une n’était pas rémunérée. J’ai été sanctionné de n’avoir pas cumulé 2 salaires. 

Il faut savoir qu’en Wallonie, les seuls mandataires qui ont été condamnés ou sanctionnés pour des dépassements de revenus sont des conseillers communaux, des lampistes qui gagnaient 120€ par mois. Revenons au financement occulte des partis politiques belges par le parlement. En réalité, toute une série de collaborateurs parlementaires ne travaillent pas au parlement pour contrôler le gouvernement, mais dans les partis. Voilà tout. 

C’est fantastique. Mais heureusement, il y a le quatrième pouvoir, la presse. 

Pour résumer, il n’y a aucune institution à Bruxelles qui contrôle de manière indépendante les dépassements de rémunérations. Ni le parlement, ni les cellules régionales, ni la commune, ni les commissions de déontologie. Précisons que le pouvoir exécutif aurait pu trancher cela. Il reste le pouvoir judiciaire. On verra bien ce qu’il fera. On connaît sa capacité à laisser traîner des affaires très longtemps. Le juge Michel Claise me disait récemment que la durée moyenne d’un procès pour une grande fraude fiscale, c’est 16 ans, parce que les plaignants, généralement fortunés, font toujours appel. Donc c’est une forme d’immunité. Heureusement, on va compter sur la presse, cet outil de la démocratie. Qu’a-t-elle fait ? Il faut saluer Gauvain dos Santos qui a osé aller contre ces intouchables dans la Dernière Heure, info reprise assez vite par BX1 et par la chaîne Bruzz. Par contre rien à la RTBF, à RTL, dans Sud-Presse et dans La Libre Belgique. À BX1, le journaliste Michel Geyer me dit, après avoir parlé avec Mme Delwart, qu’il était aussi tout à fait d’accord que c’était la faute du fonctionnaire qui aurait dû lui retirer son salaire. Et là je lui dis que je refuserai de colporter ses paroles incriminant un fonctionnaire innocent ; ce faisant, la discussion est interrompue par un événement divin : un pigeon chie sur sa tête ! 

Comme quoi il y a des signes. C’était une interview de merde ! 

On recommence l’interview après nettoyage. Et là je lui dis ma version des faits : il s’agit d’un faux en écriture, c’est un fait pénal. M. Geyer me répond que Mme Delwart pourrait me faire un procès en diffamation. Il est quand même étonnant que le journaliste se fasse l’avocat de l’accusée pendant l’interview. En termes de déontologie journalistique, j’ai un peu du mal ! Et là, il me dit : « Il ne faudra pas venir pleurer quand vous aurez un procès aux basques ! ». Je lui rappelle alors que je l’avais croisé quelques années plus tôt après les élections dans une soirée privée du MR où se trouvait aussi Mme Delwart. Que faisait-il là ? Moi j’y étais pour faire signer des promesses de transparence à Delwart, promesses qu’elle n’a jamais tenues. Je tiens bon, poursuis l’interview, annonçant que nous avons décidé de créer un parti « transparence » et une liste aux élections qui permettrait un contrôle citoyen. Au montage, tout est coupé ! Il garde juste le faux en écriture parce que je l’avais menacé de dévoiler sa présence à une soirée privée du MR. Quand je regarde la vidéo après, à la fin de l’interview, Geyer me dit qu’il va recontacter Mme Delwart. Pourquoi ? Veut-il la mettre au courant ? Sur le site de BX1, la vidéo de la première interview de Delwart disparaît et est remplacée par une deuxième interview beaucoup plus calme où elle pose dans son bureau de secrétaire du MR, expliquant qu’il ne s’agit que d’un petit problème d’ambiguïté administrative, qu’elle s’engage à rembourser et que son travail est tout à fait justifié au siège du MR. La première version en début de journée est « Je n’étais pas au courant que j’ai été payée ». La deuxième version c’est « Il y a eu une confusion administrative » ; et la troisième version, « C’est tout à fait normal, je vais rembourser ». 

Cela confirme que la plupart des médias sont des outils de propagande politique. 

En tout cas les médias publics. J’ai introduit une demande de droit de réponse et il me fut d’abord répondu que c’était une interview qui n’existait pas encore en ligne. J’avais quand même téléchargé la vidéo ! Mais bon, honnêtement, BX1 a au moins réagi. Ils ont essayé de m’intimider, mais j’ai tenu bon. Finalement, la version de Mme Delwart occupe presque tout le temps et moi j’ai 30 secondes pendant lesquelles j’ai quand même pu prononcer les mots « faux en écriture ». Dans les autres médias, c’est bien pire. Le lendemain, la RTBF m’appelle et me propose de passer dans le JT de 13 h pour raconter cette énorme affaire. J’accepte. C’est le journal télévisé de Sacha Daout. L’équipe arrive, se met en place et Daout me dit que, suite à un coup de fil de la direction, il devra traiter d’un autre sujet. L’équipe fait demi-tour et l’interview n’aura jamais lieu. 

N’y aurait-il pas quelques liens sociologiques avec le MR, par hasard ? 

On a découvert que l’oncle de Daout est l’avocat de Didier Reynders, est lui-même élu à Uccle et a promu la carrière de Valentine Delwart. Tout ça doit être un hasard, bien sûr. Daout est assez mal à l’aise, il faut le reconnaître, que sa production lui demande d’arrêter le sujet. Il me recontacte le lendemain. Je reviens avec des informations complémentaires, non publiées dans les autres médias. Je lui explique l’histoire de cette commission de déontologie où le père contrôle le travail du fils, etc. Eh bien la RTBF n’en parlera quasiment plus, juste un petit article en ligne qui noie le poisson dans une immense explication législative que personne ne lira, probablement. 

RTL-TVi ? 

Silence radio. Quand vous voyez le nombre de présentateurs de RTL qui sont devenus députés du MR, on l’appelle à raison la chaîne Télé-MR. Eh bien Télé-MR n’a rien publié. De la dirigeante du premier parti francophone qui détourne 200.000€, on n’en parle pas. Il faut dire que les pauvres journalistes qui cracheraient dans la soupe auraient du mal à devenir députés. Du côté de La Libre, c’est assez discret, juste un entrefilet. Alors Le Soir, c’est magnifique ! Là, je contacte le journaliste Julien Thomas qui couvre l’actualité politique bruxelloise. Il a fait très fort. Il a juste écrit dans une colonne sur le bord de la page qu’une échevine devait rembourser, suite à une erreur administrative qu’elle avait spontanément déclarée. J’étais fort étonné. En fait, cette version dans Le Soir est un message qui était envoyé à toutes les rédactions par Delwart, dont j’ai eu une copie grâce à des amis journalistes. En substance elle y dit qu’il ne faut pas citer Transparencia.be, que c’est elle qui a spontanément déclaré l’irrégularité. Thomas a recopié cette version, qui était aussi celle de GLB. C’est catastrophique, mais on a trouvé encore mieux. La palme revient au journal La capitale, dont le rédacteur en chef me garantit que l’affaire sera traitée. Cinq jours après, il n’y avait toujours rien, alors que c’était de l’info locale, sa spécialité. Par contre, dans les semaines précédentes, il y avait une double page sur GLB. Après réflexion, je me rends compte que, juste avant les élections, il y a quelques mois, le rédacteur en chef de La Capitale a changé. Il s’agit de Moustapha Er, qui n’est personne d’autre que le porte-parole de la bourgmestre MR de Molenbeek d’alors, Françoise Schepmans, qui est aujourd’hui première échevine. Son porte-parole est donc devenu simplement le directeur de la section 

bruxelloise du premier quotidien de presse locale belge. Résumons-nous. Il y a quelques journalistes courageux. Et moi, ce n’est pas la première fois que je me fais intimider pour ce genre de déclaration. Au moment du Samu social, Transparencia.be avait sorti d’autres irrégularités, des rémunérations indues de mandataires à Woluwe-Saint-Pierre et à Schaerbeek. Dans la demi-heure, après l’avoir dit à la radio sur Vivacité, le chef de l’info bruxelloise, Yves Thiran, m’appelle sur mon GSM pour m’avertir que je risquais un procès en diffamation ! Et non pas pour faire un scoop avec l’info que je lui donnerais. Il me parle d’une jurisprudence de la Cour de Luxembourg qui n’est pas d’accord sur ce terme-ci. Qu’est-ce que ça a à voir ? J’envoie à l’époque un email à Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’info, en lui demandant que ses journalistes cessent de m’intimider et en lui signalant que je continuerai à parler de « rémunérations indues ». Là, directement, mon téléphone sonne, c’est Jean-Pierre Jacqmin ! L’ayant contacté par écrit, je refuse de lui répondre au téléphone. Après de multiples tentatives téléphoniques, il finit par me répondre par retour de courriel « on voit qu’on ne peut pas collaborer avec vous ! ». Ça s’est terminé comme cela. Donc il faut savoir que beaucoup de lanceurs d’alerte sont intimidés directement par des rédacteurs en chef ; même pas besoin que l’individu accusé le fasse lui-même, il a ses amis dans toutes les rédactions, qui vous rappelleront à l’ordre : « Attention, vous risquez un procès en diffamation ! ». Voilà comment ce quatrième pouvoir ne joue pas son rôle. Une presse indépendante et des institutions citoyennes indépendantes sont la seule solution pour contrôler notre État, notre classe politique et l’argent public, qui représente un tiers du PIB de la Belgique. 

Propos recueillis en direct par Alexandre Penasse en mars 2024, retranscrits par Bernard Legros.