Durant des générations, nous avons tous été programmés pour un monde de consommation du « toujours plus ». Mais face à ces temps amenés à se dégrader, si nous devions vraiment être en difficulté durant les prochaines décennies, nous aurons besoin de connaître nos voisins en nous rebranchant sur le vivre ensemble et le service des autres. Nous allons devoir mutualiser nos talents, nos savoirs et savoir-faire pour construire des réseaux de partage et entraide, en essayant de voir nos voisins comme des tremplins et non des obstacles. Nous sommes tous interdépendants et la seule chose qui nous reste à faire, c’est créer des liens, tout comme dans la nature et le vivant. C’est aussi la possibilité d’entreprendre à plusieurs ce que l’on n’aurait pas imaginé entreprendre seul. Ne devrions-nous pas prendre l’exemple des abeilles, où l’échange et le partage concourent à l’équilibre de la ruche ? Les abeilles ont pris conscience de leur unité. À nous de créer des liens similaires, une économie d’échange où les gens se connaissent, coopèrent en visant des objectifs qui profitent au plus grand nombre. Que celui qui sait couper du bois le coupe pour celui qui n’en a plus la force physique, et celui qui n’en a plus la force coupe les légumes pour la soupe. Ce qu’il nous faut, c’est refaire naître en nous l’envie de nous battre tous ensemble. Ainsi, depuis pas mal de temps déjà on constate l’apparition de plus en plus d’initiatives créatrices de nouvelles solidarités. Certains pensent à réduire leurs espaces habitables en les partageant avec d’autres, en habitats participatifs ou groupés. Cela permet entre autres et par exemple de s’accoler en maisons mitoyennes à ses voisins en se réchauffant les uns les autres. Voilà donc une solution bien dans l’esprit « bioclimatique ». D’autres imagineront des groupements d’achat, des services d’échanges locaux (SEL) et diverses autres associations comme Solaris[note], un réseau d’entraide. Ces contacts humains, échanges et rencontres entraîneront du bonheur, mais tout cela n’ira pas sans souplesse et tolérance.
CHANGEONS DE PARADIGME
Notre modèle s’effrite, tous les chiffres sont affolants et ce qui nous pend au nez est la disparition de la vie sur Terre. Face à cela, il est temps d’explorer d’autres pistes en vue du monde de demain. Notre civilisation de la combustion énergétique n’a pas arrêté de produire des déchets, contrairement à la nature. Aussi pourquoi n’imiterions-nous pas, nous aussi, la nature en transformant nos déchets en ressources ? L’usage des toilettes sèches est un bon exemple. Elles évitent d’utiliser de l’eau potable pour évacuer la matière fécale, laquelle servira ensuite de compost. Tout dans la nature est en relation, en interaction, et si on ne va pas rapidement vers une prise de conscience collective, on va droit à la catastrophe. Cela demande de cerner et définir nos objectifs, de voir ce dont on a réellement besoin ici et maintenant afin de nous offrir un imaginaire plus agréable que l’actuel. Pour changer et faire face à ce nouveau monde, il faut apprendre à quitter sa petite zone de confort. La question à se poser est celle de savoir ce que nous sommes prêts à abandonner.
Malheureusement, aujourd’hui, rien ne nous pousse ou ne nous invite à construire le changement dans la sobriété. Notre société globalisée et interconnectée rend les changements très difficiles. Si on souhaite que « cela bouge », il faut parfois établir des rapports de force avec les institutions qui ont le pouvoir, car naturellement elles ne bougeront pas. Aussi, il serait parfois légitime d’oser dire non à ce qu’on ne veut pas, pour faire changer la ligne de ce qu’on nous impose arbitrairement. Face à certaines réglementations absurdes, la désobéissance est le seul moyen de fragiliser l’oppression. Un exemple : l’architecture qui se construit est trop souvent une architecture de façade, qui se montre, doit se voir de l’extérieur. C’est trop souvent de l’architecture de l’oppression qui contredit l’habitat léger, la « cabanisation ». Aussi pourquoi ne pas oser demander des dérogations afin de sortir de tous ces diktats de l’urbanisme ? La clé étant de ne plus accepter ce qui va à l’encontre du changement. Comme ce changement ne viendra pas d’un gouvernement qui prône la croissance et refuse de prendre les mesures qui s’imposent, c’est à nous de montrer la direction à suivre, de changer nos comportements et d’opérer la transition. Pour exemple, prendre des auto-stoppeurs aura pour conséquence de désengorger les embouteillages du matin et du soir. Nous disposons peut-être d’un certain pouvoir de changer le système, comme la grève générale des achats. C’est ce que nous disait Coluche à sa façon : « Quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent plus pour que ça ne se vende pas ! ». Aujourd’hui nous avons besoin de solutions radicalement nouvelles, adaptées aux défis présents. Dans un monde de biodiversité, il faut une biodiversité de solutions, ce ne sera pas l’unique solution, mais des éléments de solution. Encore une fois, ce n’est qu’ensemble qu’on pourra s’en sortir. Il nous reste à nous adapter[note] en mettant une autre société en place, une société de partage responsable et solidaire. Orientons-nous donc vers une forme de simplicité sans croissance, en créant des systèmes faits de petites structures locales, souples, faciles à gérer et en en revenant à une échelle qui permet de passer à l’action rapidement.
PENSONS « AUTONOMIE »
Comme nos ressources ne sont pas inépuisables, il s’agit d’apprendre à vivre avec un minimum de celles-ci, un minimum de gaspillage et un maximum d’ingéniosité. Ne serions-nous pas plus libres et indépendants, notamment dans les domaines alimentaires, en acquérant quelques bonnes terres ? Faute de celles-ci, il reste l’alternative de se tourner vers les magasins locaux. Ce pourrait aussi être le plaisir de s’enrichir en créant de bonnes relations, non monétarisées en utilisant la June, une monnaie libre3 . Imaginons une diversité d’approches, et interconnectons-nous localement en réseaux intimement liés. Concrètement, cela pourrait consister à apprendre à vivre sans voiture et sans supermarchés, à privilégier le petit, le frugal, le local. Après la nourriture, il faut nous abriter ; une règle élémentaire pour construire pas cher, c’est l’autoconstruction. Construire demande un peu de bon sens, mais on peut aussi se faire aider par des personnes qui s’y connaissent ou mettre en place des chantiers participatifs, où l’on invite des personnes à venir vous aider et à qui vous donnez des conseils, en échange du couvert et du gîte. Si vous manquez de savoirfaire, une seconde règle consiste à vous faire aider par des corps de métier qui travaillent en régie et se font payer selon les heures prestées et non sur base de devis sur lesquels ils
auront pris une marche de sécurité. Une troisième règle est de se servir des matériaux qu’on a à portée de main ou des matériaux de récupération. À titre d’exemple, il y a la possibilité de construire ses fondations au départ de vieux pneus. S’il est également un matériau facile à trouver, c’est bien de la terre. Si votre terrain est argileux, prélevez-en donc de l’argile pour construire vos murs. Il suffira de tester la quantité d’argile que contient le sol. Si vous êtes proche d’une forêt, essayez d’utiliser un maximum de bois pour la construction. N’oubliez pas cet autre matériau isolant qu’est la paille. Pour le toit, il n’est pas bien difficile de récupérer des tuiles. Les toitures végétales sont également assez « tendance » et apportent une très bonne isolation. Une fois le gros du chantier réalisé, il faut encore penser à l’énergie. Comment aménager son intérieur avec peu d’appareils électriques. Il est possible d’installer des panneaux solaires. Concernant l’eau, on compte environ 60m3 d’eau par personne et par an. Il faudra donc installer des cuves de récupération d’eau de pluie de taille adaptée. Le meilleur matériau de stockage de l’eau est la pierre calcaire ou le béton. Le béton (basique) permet de neutraliser l’acidité de l’eau de pluie et donc de la rendre potable. Mais avant tout, commencez par éviter de gaspiller l’eau, notamment dans les chasses. Pour cela, adoptez la toilette sèche. Le traitement des eaux usées n’en sera que plus simple. Il pourra se faire par deux fosses septiques successives, facilement constructibles par vous-même en raison de sa simplicité (voir le système Traiselect [note]). Vous pouvez l’accompagner d’une petite station de phytoépuration, le traitement de l’eau par des plantes. Vous pouvez chauffer votre eau via des panneaux thermiques, mais aussi en bricoler un en déroulant un bon vieux socarex (tuyau en polyéthylène noir), éventuellement sous une vitre. Avant de chauffer votre maison, commencez par bien l’isoler, puis pensez à une chaudière à bois qui vous permettra peut-être également de cuisiner. D’autres techniques existent également, comme le mur Trombe[note]. La gestion des déchets est aussi primordiale pour vivre en autonomie. La solution simple est d’en produire le moins possible, en privilégiant par exemple des produits sans emballage. Pour conclure, je rappellerais qu’on vit bien plus facilement l’autonomie ensemble que seul. À ce propos, l’habitat groupé pourrait être un prochain sujet.
Christian La Grange


