Pour l’apprenti complotiste prêt à faire preuve de bonne volonté, mais qui tient tout de même à conserver quelques relations sociales, l’hypothèse que le premier homme sur la Lune (et les suivants) ait été le fruit d’un gigantesque canular est souvent le pas de trop. Le président Kennedy assassiné avec la complicité de son vice-président Lyndon B. Johnson : ça tient la route. Les tours jumelles du WTC ayant subi une destruction contrôlée par explosifs le 11 septembre 2001 : ça ne fait guère de doute. Mais l’alunissage du LEM le 21 juillet 1969 qui serait une imposture : y a quand même des limites au délire ! Et de fait, il est indéniable que remettre en cause le premier pas de l’homme sur la Lune ouvre des abysses inquiétants et fait perdre subitement à l’homme moderne l’aura que lui avait donnée son prétendu exploit d’être parvenu pour la première fois dans l’histoire de l’humanité à gagner le sol d’un autre astre que la Terre. Et d’ailleurs : les images existent ! Tout le monde les a vues ! Et puis les Soviétiques, c’est évident, auraient dénoncé les Américains en cas de supercherie ! Pourvu pourtant qu’on accepte de se pencher sur le sujet et on aura l’occasion de constater que non seulement le délire pourrait bien n’être pas là où on le pensait, mais qu’en outre, plus de 50 ans après l’impensable « exploit », les incessants retards et les difficultés immenses que rencontre le programme Artémis – programme supposé envoyer de nouveau des hommes sur la Lune d’ici 2026 – n’ont pas lieu de surprendre : le compte (technologique) n’y est toujours pas.
Dans la « course aux étoiles » qui va occuper l’URSS et les États-Unis entre 1957 et le milieu des années 1970, c’est l’Union soviétique qui prend rapidement les devants. Celle-ci enchaîne en effet les exploits : premier satellite artificiel en orbite (Spoutnik en octobre 1957), premier être vivant en orbite (la chienne Laïka en novembre 1957), premier survol de la Lune (sonde Luna 1 en janvier 1959) et premier vol orbital habité (Youri Gagarine dans le vaisseau Vostok 1 le 12 avril 1961). Le camouflet est immense pour les États-Unis et l’exemple est déplorable (du point de vue occidental), qui voit une économie planifiée dans le cadre d’un régime politique se réclamant du « communisme » supplanter le pays phare du capitalisme et de l’économie de marché.
Sous l’influence de son vice-président Lyndon B. Johnson, et contraint à la surenchère face aux exploits soviétiques, le président John F. Kennedy annonce le 25 mai 1961 l’ambition insensée des États-Unis de faire marcher le premier homme sur la Lune (et accessoirement de le ramener) avant la fin de la décennie. Figure de proue de l’idéologie du marché libre et héraut de l’entreprise privée à but lucratif, Washington n’en est pas moins pragmatique et confie le projet fou à son agence spatiale d’État, la NASA, créée par Eisenhower en 1958. Le programme est nommé Apollo et c’est à James Webb, administrateur de la NASA depuis février 1961, qu’est confiée la tâche de le mener à terme. Tâche immense, car, en moins de 10 ans, il va s’agir non seulement de concevoir les deux modules (module lunaire qui se posera sur la Lune et module de commande qui l’attendra en orbite lunaire), mais aussi la fusée capable d’envoyer une charge utile estimée à près de 50 tonnes.
De leur côté, les Soviétiques ne sont pas en reste et enchaînent les « premières » et les exploits : première sortie extravéhiculaire (18 mars 1965), première cartographie photographique de la Lune (18 juillet 1965), premier atterrissage dit « en douceur » sur la Lune (3 février 1966), premier satellite artificiel autour de la Lune (3 avril 1966), premier accostage automatique entre deux engins inhabités (30 octobre 1967) et premiers êtres vivants orbitant autour de la Lune et revenant intacts sur Terre (18 septembre 1968). Cette dernière mission, appelée Zond 5, est cruciale : elle doit permettre en effet aux Soviétiques de savoir si leur propre programme de vol habité lunaire est viable. La mission Zond 5 emporte un mannequin équipé d’un compteur de radiations et une « charge biologique » comptant deux tortues, des mouches, des vers de farine, des plantes, des graines et des bactéries. Par quoi cette « charge biologique » était-elle protégée et qu’ont découvert alors les Soviétiques ? La réponse se trouve dans les archives du programme spatial soviétique. Une chose est sûre : c’est à la suite de ces résultats que l’URSS abandonne toute ambition d’envoyer un être humain sur la Lune ou même de faire accomplir à ses cosmonautes une orbite lunaire, exploit dont elle paraissait pourtant toute proche. James Webb ne s’y trompe d’ailleurs pas, qui déclare que la mission Zond 5 est « la plus importante démonstration spatiale faite par une nation à ce jour ». Moins de 3 semaines après, l’homme qui tient à bout de bras le programme Apollo depuis bientôt 8 ans démissionne. Raison officielle invoquée : le président Johnson, à l’origine de sa désignation à la tête de la NASA, ne se représente pas et James Webb veut permettre au successeur de Johnson à la Maison-Blanche de désigner en toute liberté son propre administrateur au sommet de l’agence spatiale états-unienne. Singulière raison à vrai dire, d’autant plus que la démission de Webb intervient 4 jours avant le décollage de la mission Apollo 7, test crucial pour le programme Apollo tout entier 1 an et 10 mois après le terrible échec d’Apollo 1 (incendie au sol du module de commande et mort des trois membres de l’équipage) : il s’agit en effet de répéter en orbite terrestre les manœuvres qui devront être effectuées avec le module de commande en orbite lunaire. Or, c’est à partir de cette mission que les Américains enchaînent les exploits tous plus remarquables les uns que les autres.
Apollo 8, le 21 décembre 1968, voit le premier vol habité parvenant à se détacher de l’orbite terrestre. C’est également le premier vol habité à franchir les ceintures de Van Allen et le premier vol habité à se placer en orbite lunaire. Trois exploits absolument considérables ! Apollo 9, le 3 mars 1969, est une répétition générale en orbite terrestre avec sortie extravéhiculaire de 56 minutes et test pour vérifier la possibilité d’utiliser le module lunaire comme « radeau de survie » en cas de problème avec le module de commande. Apollo 10, le 18 mai 1969, aurait dû aboutir au premier alunissage humain, mais la NASA choisit de faire une dernière répétition grandeur nature, cette fois en orbite lunaire. Et Apollo 11 est évidemment la mission de tous les exploits, 9 mois après la démission de James Webb. Il s’agit en effet du premier vol habité parvenant à atteindre le sol d’un autre astre que la Terre, le 21 juillet 1969. C’est par ailleurs le premier alunissage du LEM, le module lunaire : un exploit accompli donc au premier essai. Et c’est bien sûr le premier pas d’un homme sur un autre astre que la Terre. Six missions lunaires supplémentaires suivront, dont une seule ne sera pas conduite à son terme : la treizième évidemment…
Très tôt cependant, des doutes surgissent concernant l’authenticité de l’exploit prétendument accompli par les ÉtatsUnis. En 1976 notamment, Bill Kaysing, un ancien officier de l’US Navy ayant travaillé pour la société qui construisait les moteurs F-1 utilisés par la fusée Saturne V, fait paraître à compte d’auteur We never went to the moon : America’s Thirty Billion Dollar Swindle (« Nous ne sommes jamais allés sur la Lune : l’escroquerie américaine à trente milliards de dollars »). Des délires complotistes de toute évidence, car n’existe-t-il pas des images de l’alunissage que la planète tout entière ou presque a pu voir en direct ? Regardons toutefois les choses d’un peu plus près : ces images, que tout le monde a vues, peut-on vraiment les considérer comme une preuve irréfutable ? De très mauvaise qualité, ce qui en fait quelque part la crédibilité (elles sont supposées avoir franchi 400.000 kilomètres avant de parvenir à la Terre), elles auraient en effet pu être tournées n’importe où, et par exemple lors des entraînements en conditions « réalistes » des astronautes sur Terre (une soixantaine pour l’ensemble des missions Apollo), avant d’être diffusées en pseudo-direct. On sait également que, pour préparer la phase d’orbitage autour de la Lune, les Américains avaient construit une maquette de notre satellite très réaliste. Ce qui aurait pu leur permettre de produire des films tout à fait crédibles et à même de laisser croire qu’effectivement, le vaisseau d’où avait été prise la vidéo se trouvait bien en orbite autour de la Lune. Quant aux images photographiques prétendument rapportées de l’astre lunaire, elles sont elles-mêmes fort suspectes : non seulement parce que les températures extrêmes sévissant sur la Lune (150°C en dessous de zéro à l’ombre, 150°C au-dessus de zéro au soleil) rendent impossible l’usage de pellicules en milieu lunaire ; mais aussi concernant le module lunaire qu’on y voit et qui tient manifestement de la (mauvaise) maquette de cinéma, constituée de carton, d’aluminium et de bouts de scotch afin de faire tenir le tout. Rien qui, en toute hypothèse, n’ait été en mesure d’amener quelque astronaute que ce soit sur la Lune. Certains de ceux qu’on appelle les « debunkers » auront le culot de prétendre que le scotch était effectivement utilisé à la NASA parce que cela permettait de « gagner du poids » par rapport à de lourds rivets en métal : cela donne une idée du niveau de ceux qui prétendent nier que les missions Apollo ont un grave problème de crédibilité.
Mais les Soviétiques n’auraient-ils pas dénoncé la supercherie ? Encore aurait-il fallu qu’ils en eussent la preuve ! Pour donner une idée, le télescope spatial Hubble, mis en orbite en avril 1990 et qui possédait un miroir primaire de 2,4 mètres, était incapable de distinguer un objet inférieur à la taille d’un terrain de football sur la Lune. Il était donc absolument impossible aux Soviétiques de savoir si des hommes se trouvaient bien dans les modules envoyés par les Américains en direction de la Lune. Seuls les signaux radio émis par ces modules permettaient probablement d’en suivre la trace, sans aucune possibilité néanmoins de savoir s’il s’agissait de vols habités ou de sondes automatiques.
En somme, toute la crédibilité des missions Apollo repose sur ce qu’en ont donné à voir les Américains eux-mêmes : des images télévisées de qualité fortement dégradée dont les bandes originelles, selon la NASA elle-même, ont été détruites. Et les photographies à la résolution remarquable que tout le monde connaît. Mais ces films et ces photographies ne prouvent en vérité rien. Ni que les Américains sont allés sur la Lune, ni qu’ils n’y sont pas allés. La NASA peut après tout avoir voulu documenter les missions Apollo par des reproductions en studio précisément parce qu’il était impossible de réaliser des films ou de prendre des photographies dans l’espace. De sorte que c’est selon que l’on prête foi ou non à la parole de la NASA ou du gouvernement US que l’on peut avoir la conviction que les missions Apollo sont authentiques ou qu’au contraire elles sont un immense canular. Et, de ce point de vue-là, lorsqu’on connaît le rapport très particulier qu’ont toujours entretenu ou presque les gouvernements états-uniens avec la vérité, il ne paraît pas déraisonnable d’estimer que l’hypothèse d’une supercherie est a minima plausible. L’objectif assigné par Kennedy le 25 mai 1961, visant à poser un homme sur la Lune (et à le faire revenir…), était assurément insensé, mais tout laisse à penser qu’il fût d’abord pris au sérieux et que, pendant un temps du moins, la NASA et son administrateur James Webb cherchèrent véritablement à l’atteindre, dans les règles de l’art pour ainsi dire. L’incendie d’Apollo 13 toutefois, qui obligea à tout revoir et retarda le programme Apollo de 21 mois selon les propres dires de la NASA, a peutêtre révélé à quel point le délai imposé par Kennedy était proprement délirant, voire que l’objectif qui avait été fixé n’était simplement pas réalisable. Les Soviétiques s’y essayèrent, mais après le retour de la mission Zond 5 le 18 septembre 1968, qui visait notamment à effectuer des tests de radiation, ils abandonnent tout ou presque pour se concentrer sur des sondes automatiques (Venera 7, première sonde à atterrir sur une autre planète, Vénus, le 15 décembre 1970) et sur la réalisation de stations spatiales placées en orbite terrestre (Saliout 1, première station spatiale placée en orbite, le 23 avril 1971). Nous l’évoquions, eurent-ils alors la confirmation avec Zond 5 qu’il était impossible pour des hommes, du moins avec les technologies actuelles et celles qu’on pouvait anticiper dans un futur proche, de franchir les ceintures de Van Allen ?
Ces ceintures, rappelons-le, ont été découvertes par le scientifique Van Allen en février 1958 grâce au premier satellite artificiel américain Explorer 1 et au matériel de détection du rayonnement cosmique emporté à bord. Les valeurs de radiation étaient tellement hautes que le compteur Geiger omni-directionnel placé dans le satellite n’a pas été en mesure de les quantifier et fut continuellement saturé. Est-ce pour cette raison que, 10 années après, Webb déclara au sujet de Zond 5 qu’elle était « la plus importante démonstration spatiale faite par une nation à ce jour » ? A-t-il eu alors des informations qui lui permirent de comprendre que le programme Apollo, en l’état et à court ou moyen terme, n’était pas réalisable ? Nous le disions : le 7 octobre 1968, soit 3 semaines après le retour sur Terre de la sonde Zond 5, James Webb démissionne du poste qu’il a occupé pendant presque 8 ans à la tête de la NASA ; à 4 jours seulement du décollage de la mission Apollo 7, mission qui va lancer la plus incroyable série de succès technologiques et d’exploration de toute l’histoire humaine et va faire la gloire tant de la NASA que des États-Unis.
Au-delà de l’explication ridicule liant cette démission au retrait de Johnson de la course aux présidentielles, certains diront peut-être que James Webb estimait qu’il avait accompli sa mission, que tout était en place pour la réussite du programme Apollo et que, faisant preuve d’une incroyable humilité, il décida de se retirer afin de ne pas accaparer les lauriers de la gloire. Explication alternative pour le moins peu convaincante elle aussi. Considérons plutôt une autre hypothèse. Dans le cadre de la guerre froide, il s’agit tant pour l’URSS que pour les États-Unis de prouver la supériorité de leur modèle économique : planifié pour les Soviétiques, libéral pour les Américains (mais dans les faits, le programme Apollo relève assurément de la planification sous contrôle d’une agence, la NASA, tout ce qu’il y a de plus étatique). L’enjeu est international : une domination nette des Soviétiques dans le domaine spatial démontrerait aux populations, en particulier celles des pays du tiers-monde, que le communisme est capable de conduire un pays au plus grand développement en un temps très court (il s’est écoulé 40 ans entre la fin du tsarisme en 1917 et le premier satellite artificiel envoyé en orbite en 1957, l’URSS ayant dû entre temps passer d’une économie principalement agricole à une économie industrielle et produire le plus grand effort de guerre de toute l’histoire humaine afin d’affronter l’essentiel des forces nazies durant presque 4 ans). Le premier pas d’un homme sur la Lune ne remettrait pas seulement les compteurs à zéro, il consacrerait définitivement les États-Unis comme le système économique et politique le plus efficient, à même de conduire l’humanité aux plus grands exploits. Mais les résultats de Zond 5 – et probablement des recherches faites sur le sujet par la NASA elle-même (les ceintures de Van Allen sont considérées comme l’un des problèmes majeurs à résoudre pour une mission humaine en direction de la Lune lorsque le programme Apollo est lancé, avant que peu à peu le sujet ne disparaisse dans les limbes) – entérinent l’impossibilité d’un voyage vers la Lune.
Le formidable objectif qu’avait fixé Kennedy 7 ans plus tôt, sur les conseils « avisés » de Lyndon B. Johnson, est inatteignable, du moins en l’état actuel de la science et des technologies disponibles. Webb est évidemment bien placé pour le comprendre avant tout le monde. Et pour en informer ses supérieurs. Que se passe-t-il alors ? Pour les plus hautes instances des États-Unis, il est impossible que le pays fasse marche arrière. Ce serait un camouflet immense. Il n’y a donc qu’une seule solution. Organiser le plus grand canular de tous les temps : faire croire à la réussite du programme Apollo. Tout est disponible en vérité. Les entraînements des astronautes en conditions aussi réalistes que possible ont impliqué de reproduire au mieux les conditions lunaires. On dispose d’une gigantesque maquette de la Lune. Des sondes automatiques peuvent également permettre d’obtenir des images de l’espace. Il n’est même pas nécessaire d’avoir prévenu auparavant les astronautes. On a pu faire répéter Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins comme s’il ne s’agissait que d’un entraînement, puis les placer devant le fait accompli. James Webb, pour sa part, ne veut pas couvrir une telle entreprise de mystification et démissionne. L’explication paraît farfelue ? En vérité, elle ne l’est que si l’on se persuade que jamais un gouvernement, et encore moins celui des États-Unis, n’aurait osé falsifier un tel événement et prétendre avoir accompli un si formidable exploit. Elle l’est beaucoup moins quand on connaît la capacité au contraire des gouvernements étasuniens à s’affranchir de toutes règles en matière de vérité lorsque les intérêts ou prétendus intérêts du pays sont en jeu.
Antoine Marcival, auteur de Index Obscurus, deux siècles et demi de complots, 1788-2022, Editions Jean-Cyrille Godefroy, 2024, 360 p, 26€.


