Quel est le sens et la réalité de la démocratie, dans un pays comme le Congo ? Les conditions dans lesquelles s’exerce la démocratie au Congo sont extrêmement différentes de ce qu’elles sont en Europe occidentale. Ou même en Extrême-Orient. Le cadre formel dans lequel fonctionnent les institutions démocratiques est le même. Mais ce cadre ne s’applique pas de la même façon.
Dans un pays comme le Congo, les acquis sociaux sont quasi inexistants. Et sans ces acquis sociaux, faire fonctionner le même système que dans les démocraties occidentales est tout simplement impossible. Ce système a besoin de syndicats, d’une législation du travail, de structures autres que les seules institutions démocratiques. Il a besoin d’une couverture sociale. Il a besoin de filets de sécurité en tout genre. Dans un pays en voie de développement, la démocratie fonctionne sans filets de sécurité et en partie à vide. Comme elle a fonctionné en Occident au début de l’ère industrielle. Mais sans industrialisation. Ou elle ne fonctionne pas du tout[note]&[note]. Grâce à tous ces filets de sécurité, dans les pays démocratiques industrialisés, les dysfonctionnements du système passent plus ou moins inaperçus.
Au Congo, de tels dysfonctionnements sont flagrants. Ils profitent même avant tout à d’autres économies, pas à celle du pays. Les masses ont le plus grand mal à en tirer parti. Elles n’y parviennent pas sans une très grande violence. Les Parlements servent de chambres d’enregistrement des décisions du pouvoir économique et mettent en œuvre les mesures qui servent à en garantir l’exécution. S’ils font autre chose, ils sont mis hors d’état de fonctionner par des pressions économiques. Dans les pays sous-développés, ils le sont par un coup d’État. Dans un cas, la démocratie existe sans que les masses en subissent outre mesure les conséquences. Elle sert d’interface entre les masses, leurs structures, et le système. Elle contribue à préserver un équilibre, en même temps que les privilèges existants. Dans l’autre, la société étant incapable de s’attaquer aux conséquences de l’application des règles du système, cette interface fonctionne à vide, pour la forme. Elle ne sert effectivement qu’à enrichir le personnel politique. Elle sert exclusivement à formaliser et à formuler les règles applicables à son propre fonctionnement, et le fonctionnement de la contrainte applicable. Elle élabore le régime des peines et des sanctions, et les modalités de leur application. Il n’y a pas de droit social. Ou pratiquement pas. Le capitalisme fabrique des théories sur mesure pour continuer à exercer son influence. Une d’elles consiste à prétendre que les mécanismes institutionnels des démocraties doivent s’appliquer n’importe où et à provoquer des guerres lorsque ce n’est pas le cas. C’est le fameux Consensus de Washington.
LA RÉVOLUTION
Seule une révolution est en mesure de s’attaquer aux conséquences dévastatrices de l’application pure des règles du système. Mais lorsqu’une révolution modifie ces règles et résout quelques-uns des problèmes liés à leur application, autrement dit qu’elle empêche les plus riches d’accaparer les ressources existantes et qu’elle met en place et définit certains acquis, le capitalisme organise une contre-révolution dévastatrice. Il propage la terreur, détruit parfois entièrement les infrastructures existantes. Le Congo a fait plusieurs révolutions. La guerre civile dans les années 1960 est une révolution. L’historiographie congolaise nie qu’il s’agisse d’une révolution et évoque une rébellion, et ensuite, une stabilisation de la situation. Mais cette stabilisation découle de l’intervention massive de l’Occident, de l’ONU, de la Belgique. La dictature qui émerge sert à éliminer les révolutionnaires. C’est une dictature contre-révolutionnaire. À la fin des années 1990, rebelote, une autre révolution a lieu. Les nations industrielles occidentales croient y mettre un terme et la rendre impossible en provoquant une guerre à laquelle pas moins de neuf nations africaines prennent part. Le Congo est partagé en trois. Le dictateur congolais, qui est cette fois un révolutionnaire, est assassiné. Le fils du dictateur, Joseph Kabila, prend le relais et, en acceptant de partager le pouvoir, réussit à mettre presque totalement fin à la guerre. Le pays se reforme et il parvient à organiser des élections démocratiques.
LA GUERRE
Au Congo, armées d’invasion et organisations paramilitaires sans appartenance spécifique — il en existe plus d’une centaine — font le vide dans une partie du territoire. Certains parlent de « barbarie numérique ». Ils prétendent généralement désigner les conditions dans lesquelles les matériaux rares nécessaires pour faire fonctionner les GSM et les ordinateurs personnels, ces petites machines, notamment le cobalt et le tantale, sont extraits du sol et du sous-sol.
LA DÉMOCRATIE
Les puissances démocratiques soutiennent le processus démocratique. La démocratie, qui résulte en partie des pressions exercées sur le Congo et de l’aide accordée par les grandes puissances occidentales, et même par la Chine, est destinée, dans l’optique des néocolonialistes, à remplacer les dirigeants révolutionnaires par d’autres, moins indépendants, plus maniables. À y organiser éventuellement un putsch. Mais la révolution a défini pour longtemps les buts à atteindre quoi qu’il en coûte, et les puissances capitalistes ne parviennent pas à organiser un second putsch. Le modèle politique qui s’applique dès lors au Congo est celui d’un état constitutionnel qui nourrit la violence, soit en n’y mettant pas fin, soit en s’appuyant sur une défense désorganisée, en intégrant les organisations dans l’armée. Minée par un laxisme apparent, par les pressions, par des complots ourdis de toutes parts, les jours de la démocratie semblent comptés. Les défis exceptionnels auxquels elle est confrontée, et tout ce qui la traverse, rendent précaire son existence, voire celle de l’État lui-même. Comme partout, les dérives pointent, notamment autoritaires, mais certains garde-fous fonctionnent. Joseph Kabila parvient à mettre en place l’une ou l’autre réglementation. Mais si elle porte sur un salaire minimum, l’inflation a raison de ces règles. Si elle porte sur l’organisation des soins de santé, l’OMS interdit les pratiques auxquelles elle prétend avoir recours. Dès qu’il entreprend de combattre les organisations paramilitaires actives à l’Est du Congo, il est confronté aux critiques et aux menaces des pays néo-colonialistes auxquels cette violence permet de faire des profits considérables. Il n’arrive pas à vaincre les paramilitaires dont certains se font intégrer dans l’armée, et puis désertent — parfois parce qu’ils ne sont pas payés — et reforment des organisations paramilitaires au service de quelque potentat local. Même des soldats de l’armée officielle désertent, généralement parce qu’ils ne sont pas payés, et commettent eux-mêmes la violence dont se nourrit le système.
La liste est longue des déboires de cette démocratie. Et la guerre que lui mènent des dictatures, soutenues de manière insistante, systématiquement, par les démocraties des pays développés, ne facilite pas les choses. Toutefois, Joseph Kabila réussit à préserver un équilibre.
Le coup d’État constitutionnel de Félix Tshisekedi
En 2018, les Belges, les Français et les autres puissances néo-colonialistes ont dissuadé Kabila de changer la Constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat, ce qui a permis à Félix Tshisekedi et à l’UDPS de perpétrer un coup d’État constitutionnel avec l’aide des réseaux mobutistes et l’aide discrète des Belges et des Américains. Un phénomène assez banal en Afrique, souvent appuyé par une puissance néo-coloniale. L’opinion publique belge n’aime pas le clan Kabila et l’ont fait comprendre. Du moins ceux dont le point de vue compte. Lorsque Louis Michel a aidé Kabila à organiser des élections en 2006, la plupart d’entre eux y voyaient une possibilité pour l’écarter du pouvoir. Ils étaient plutôt favorables à Jean-Pierre Bemba, malgré sa réputation de putschiste et de mobutiste. Lors des élections qui se sont déroulées en 2012, ils étaient favorables à Étienne Tshisekedi. Mais la Belgique n’est plus en mesure de faire et de défaire directement les dirigeants congolais. Les politiques belges n’ont plus la possibilité d’intervenir militairement au Congo. Ils ne sont pas les seuls à s’ingérer dans les affaires intérieures du pays. C’est la collaboration complexe et systématique d’une poignée de puissances entre elles qui tient lieu de néo-colonialisme. Les Belges exercent une influence complexe. Désormais il s’agit davantage d’invoquer une règle, la législation internationale, que d’agir de manière unilatérale.
Ils ont préféré exercer des pressions, ainsi que d’autres puissances pour empêcher Joseph Kabila de briguer un troisième mandat et pour limiter l’influence de son parti, le PPRD. Kabila a préféré cette solution à une lutte probablement sanglante pour s’imposer, laquelle aurait servi à justifier une intervention. Martin Fayulu, le véritable vainqueur des urnes, s’appuyant sur tout un réseau de fonctionnaires, d’organisations, le traitait du reste en ennemi. La diplomatie belge a réussi son coup.
Le coup d’État constitutionnel a probablement empêché un bain de sang d’avoir lieu. Il y avait un autre candidat aux élections présidentielles de 2018, Moïse Katumbi. Mais si la droite libérale méprise un peu Tshisekedi, si elle préfère Katumbi, l’autre camp, le traditionaliste, préfère Tshisekedi. L’UDPS lui semble plus acceptable. Ces deux tendances exercent chacune une influence distincte au Congo. Elles se font concurrence. Jusqu’à présent, c’est le caractère unitaire de l’UDPS, son assise nationale qui lui confère l’avantage. C’est son caractère local, plus strictement katangais, qui explique l’échec de Katumbi en 2018. Et peut-être aussi son idéologie libérale nettement plus marquée.
Coup d’État démocratique ou coup d’État constitutionnel ?
Un coup d’État démocratique est avant tout un coup d’État dont l’objectif est de rétablir la légitimité démocratique. Bref, un régime où le peuple joue un rôle politique, où il est en mesure de faire des choix, ou de peser sur les choix opérés par le pouvoir. Dans un coup d’État constitutionnel, on organise des élections puis on impose quelqu’un d’autre que le gagnant. Ou on modifie de manière substantielle les institutions de manière à conserver le pouvoir. C’est une sorte de coup d’État qui préserve cependant en grande partie le cadre institutionnel démocratique existant. Ou bien des élections ont lieu, mais dont il n’est tout simplement pas tenu compte des résultats. L’organisation des pouvoirs demeure la même. Une assemblée législative est formée. On élit quand même des parlementaires. C’est le Parlement qui continue à faire les lois. Une déclaration gouvernementale est élaborée, que les dirigeants sont censés respecter. Dans les faits, en 2018, il n’a pas été tenu compte des résultats des urnes. D’habitude, en cas de fraude électorale, les chiffres annoncés sont faux. Mais, en l’occurrence, il n’a tout simplement pas été tenu compte des chiffres. Un authentique coup d’État s’est produit à ce moment-là. Pour éviter une guerre civile, les puissances occidentales ont choisi de fermer les yeux. Les partisans de Tshisekedi ont invoqué un accord avec le PPRD pour justifier son accession au pouvoir. Est-ce que les voix favorables à un candidat du PPRD ont été prises en compte dans cette décision ? Est-ce que Kabila a eu en vue un risque de guerre civile et de balkanisation définitive ? Il est difficile de faire le tour de la question. On a fait comme si Félix Tshisekedi avait été pratiquement mis en place par Kabila avec le soutien des Belges et des Américains. On a obtenu le concours de Kabila. C’est le genre de situation qui, en Afrique, mais aussi ailleurs, peut demeurer longtemps énigmatique. En tout cas, la Constitution ne prévoit pas un tel cas de figure. Si la constitution originale de 2006 avait été maintenue, un second tour aurait eu lieu, et les choses eussent été différentes.
La succession de Kabila fut quelque chose de compliqué. Pour le PPRD de Joseph Kabila, l’Union sacrée, la coalition dont faisait partie l’UDPS de Félix Tshisekedi, déstabilisait le pays et rendait très difficile la campagne électorale et l’organisation d’élections. Pendant quelques temps, Joseph Kabila a continué à jouer un rôle important à l’échelon gouvernemental. Les élections au Congo, et aussi parfois ailleurs, servent à donner le tempo. Un nouveau dirigeant accède au pouvoir, mais ce n’est pas forcément celui qui a été choisi par la population, plutôt par les diplomates des pays qui exercent des pressions systématiques sur le Congo et qui influent sur les élections. Cependant, cela ne change pas les modalités de l’exercice du pouvoir. Dans le cas du Congo, cela a permis d’éviter une guerre, d’empêcher une crise prévue de longue date d’éclater.
Les principaux candidats des élections présidentielles en 2018
MOÏSE KATUMBI
Les Occidentaux jugent évidemment le plus souvent valable la candidature d’un grand patron, de gens qui disposent de gros moyens, sinon de gros appuis, et qui font de la politique. Celle d’un Katumbi par exemple. Ce dirigeant a une aura internationale. Du moment qu’il y ait moyen, grâce à un dirigeant, de faire des affaires au Congo, et d’y disposer de certaines prérogatives, par exemple par rapport aux Chinois ou à d’autres pays industrialisés, les élites belges le jugent indispensable, ou efficace. Elles considèrent qu’il ferait un bon dirigeant. C’est cela qu’elles veulent dire quand elles font dire à la presse que quelqu’un ferait un bon dirigeant au Congo. Que la gouvernance serait à la hauteur. Une telle prétendue bonne gouvernance ne veut pas dire que les Congolais seraient en mesure de rétablir leur économie, de mettre fin à la guerre, ou de mieux protéger la nature. Cela ne veut pas dire grand chose. Cela veut seulement dire qu’il serait possible de continuer à y faire des affaires, et qu’il serait fait en sorte de manière plus ou moins discrète de pouvoir continuer à y faire des affaires. C’est ce que les élites belges libérales pensent de Katumbi.
MARTIN FAYULU
Fayulu, le favori du camp français, s’appuie sur les grandes organisations internationales. C’est le problème avec les candidats de ces grandes organisations internationales, c’est qu’en suivant scrupuleusement leurs directives, ils provoquent des guerres civiles. Et certaines puissances étrangères en profitent pour intervenir militairement. C’est ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire, en sabotant systématiquement les efforts de Laurent Gbagbo pour promouvoir la démocratie et en même temps un début d’industrialisation dans son pays. Les Français ont soutenu une personnalité politique qui a provoqué une guerre civile. Et qu’ils ont en fin de compte réussi à faire élire, en arrêtant eux-mêmes Gbagbo, alors qu’il s’apprêtait à faire un coup d’État constitutionnel. Depuis lors, la Côte d’Ivoire est dans les mains du FMI, autrement dit des multinationales. Et en particulier dans les mains de celles de milliardaires français. Cela fut aussi le cas récemment au Togo, où l’on parle d’un coup d’État constitutionnel. Dans ce cas, le coup d’État a servi à rendre inopérantes les institutions démocratiques, tout en les laissant en place. Il s’agit d’un type de coup d’État démocratique, qui en est également l’opposé.
Les grandes puissances ont laissé faire Kabila. Ils ne se sont pas acharnés à réclamer un recomptage des votes, le respect des formes. Ils étaient ravis que Kabila cède le pouvoir à Tshisekedi. Leur principal objectif était de préserver une certaine stabilité. Le caractère propagandiste des guerres des démocraties les empêche de se concentrer sur plusieurs fronts à la fois.
EMMANUEL RAMAZANI SHADARY
Joseph Kabila étant empêché de se présenter, c’est Emmanuel Shadary qui est désigné secrétaire permanent du parti et qui, le 26 février 2018, prend ses fonctions, dans le but de conduire la formation politique aux élections législatives et présidentielle de 2018. Mais, dans de nombreux endroits au Congo, l’instabilité et l’insécurité compliquent la tâche du PPRD. Sur un plan international, celui-ci est fortement discrédité. Shadary arrive troisième. Le PPRD perd le pouvoir. Pour les pays néo-colonialistes occidentaux, le but est atteint. Le PPRD est relativement proche des Chinois.
FÉLIX TSHISEKEDI
La plupart des outsiders de Joseph Kabila ont soit vécu longtemps en Belgique, en général en exil, soit sont soutenus activement par une puissance occidentale. Félix Tshisekedi a vécu en Belgique. Il ne retourne au Congo que pour se présenter aux élections à la place de son père, disparu entre-temps.
Quelles sont les perspectives ?
La succession de Tshisekedi va être compliquée. Réélu en 2023, il ne peut plus se représenter aux élections la fois prochaine. On est encore une fois à la croisée des chemins. Ou on y sera dans quelques années. Si le régime tient la route jusque-là. Aujourd’hui, Tshisekedi a le vent en poupe, mais il est à la base d’une dérive autoritaire du régime. Il s’efforce de modifier la Constitution pour pouvoir se représenter. Des opposants, des journalistes se font arrêter. Tshisekedi a rétabli la peine de mort.
Aujourd’hui, au Congo, on est en démocratie, on l’est pour la première fois. On parle, on discute. Mais des gens se font arrêter, certains même disparaissent. On en parle. On s’étonne. Ce n’est pas normal comme à l’époque de Mobutu, où ce n’était pas normal, mais où ce qui n’était pas normal était normal. Et on ne pouvait pas en parler. Journalistes et parlementaires débattent tous les jours de toutes sortes de choses. On agit vaille que vaille, comme dans toutes les démocraties, souvent pour un mobile de prestige, et lorsqu’il y a beaucoup d’argent à la clé. Ou bien on laisse faire. On ne protège pas suffisamment les gens. Mais ce n’est pas normal. On publie. Les associations font leur boulot. Elles aident qui elles peuvent, comme elles peuvent. Elles dénoncent. Personne ne leur dit ce qu’elles doivent faire. Un minimum de règles s’appliquent. Mais pas toutes. Des verrous sautent les uns après les autres. Comme les boutons d’une chemise trop serrée.
Les prochaines élections pourraient-elles encore se dérouler normalement ? Il y a un mais : le risque de coup d’État n’est pas nul. Certains voudraient que ça change. Et c’est bien normal. D’autant plus que la corruption engendre plus facilement des coups d’État, ou même des guerres.
Pendant les 15 ans de Joseph Kabila au pouvoir, et depuis que Tshisekedi est aux commandes, le Congo est parvenu à préserver sa stabilité. Nonobstant la guerre et le pillage à l’Est, malgré les diverses tentatives qui ont été faites pour le déstabiliser. Mais un coup de force pourrait tout remettre en question. D’autant plus qu’il va être difficile de rééditer l’exploit de réaliser un coup d’État constitutionnel et de continuer à passer pour une démocratie.
Un coup d’État est-il possible ?
Beaucoup de Congolais ne s’y retrouvent pas dans les atermoiements des parlementaires. Ils trouvent qu’ils manquent d’efficacité. Certains regrettent les périodes antérieures. Félix Tshisekedi a déjà eu affaire à une mini-tentative de coup d’État le 14 août 2024. Il a eu de la chance.
Belges, Américains, Anglais et autres Français rêvent de contrôler les ressources du Congo. Ils rêvent de contrôler tous les dirigeants du monde, donc aussi les dirigeants congolais. Pour garantir leurs intérêts, certains préparent-ils un coup de force ? Est-ce que les forces démocratiques réussiront à empêcher un tel coup de force ? Est-ce qu’elles sont suffisamment aguerries ? Ou bien, vu la faiblesse du Congo, les choses se passeront-elles comme elles se sont passées déjà tellement souvent ? Existe-t-il un candidat suffisamment malin pour ne pas provoquer une catastrophe en accédant au pouvoir ou à la présidence ? Il n’existe plus suffisamment de révolutionnaires pour perpétrer un coup d’État comme le fut la prise de pouvoir de Laurent-Désiré Kabila, qui n’a pris le pouvoir que grâce aux Rwandais, qui espéraient probablement s’en débarrasser et contrôler le Congo. On n’est plus dans les années 1960, quand quelques personnes pleines d’idéaux étaient capables de renverser un régime honni. Mais existe-t-il au Congo suffisamment de gens, de forces désireuses d’y réaliser un coup d’État fasciste, comme ceux perpétrés en 1961 et en 1965 par Mobutu par exemple ? Ces forces, elles, existent. Ce sont elles qui, en 1998, ont pris le pouvoir à l’Est avec l’aide des Rwandais, ou au nord avec l’aide des Ougandais, et qui ont créé cette partition ayant favorisé l’occupation d’une partie du Kivu par les Rwandais. Jean-Pierre Bemba est le candidat idéal pour diriger un coup d’état fasciste. Les chancelleries occidentales l’ont tenu en réserve. Et il vient d’accéder à des fonctions extrêmement importantes. Bemba est vice-Premier ministre depuis le 23 mars 2023, ministre de la Défense nationale du 23 mars 2023 au 28 mai 2024, et ministre du Transport depuis le 28 mai 2024. Ce n’est pas rien. Joseph Kabila n’est plus là pour l’empêcher de réussir. Il n’est pas impossible qu’une partie de la bourgeoisie congolaise, qui s’est formée durant la dictature de Mobutu, dont les enfants ont fait ou font des études à l’étranger, qui préfère un régime dans le même style que celui de Mobutu, ne verrait pas d’un mauvais œil le retour d’un mobutiste pur et dur au pouvoir.
La situation a changé. Il ne sert à rien de tirer des plans sur la comète. Mais l’impérialisme a la dent dure. Il a encore pratiquement toutes les cartes en main. Il a toujours eu envie de se débarrasser des gauchistes, des nationalistes congolais. Toutes les grandes puissances néocolonialistes ont un œil sur le Congo. Et même plus qu’un œil. Et pas seulement elles.
Danger de balkanisation
Est-ce que, comme en 1960, un coup d’état de ce type servirait de déclencheur à une crise beaucoup plus grave mettant en danger l’existence du Congo ? Est-ce qu’il se solderait par une balkanisation du Congo ? Il y a 30 ans que les Rwandais et leurs alliés Banjamulenge manœuvrent dans ce sens, qu’ils vident les villages du Nord et du Sud Kivu de leur population, qu’ils forcent la population à fuir, et à se réfugier dans des camps de fortune, avec le soutien des USA et des Anglo-Saxons en général, qui cherchent depuis des générations à inclure tout l’Est du Congo dans leur sphère d’influence. Les Français espèrent prendre la relève des Belges depuis au moins aussi longtemps. Il s’agit probablement d’un scénario sur lequel les chancelleries occidentales planchent depuis un bon bout de temps. Elles prévoient parfois des décennies à l’avance de modifier des équilibres régionaux dans une autre partie du monde. Les Belges se demandent certainement aussi comment profiter comme les autres de la curée qui s’annonce, et, à défaut, comment l’empêcher. Certains croient peut-être naïvement que Bemba ou Tshisekedi pourraient réussir à susciter pour le premier, et continuer à susciter pour le second, l’adhésion de tous les Congolais. Certains Belges parlent déjà d’accepter un partage du Congo. Peut-être les Belges espèrent-ils réussir à tirer Tshisekedi d’affaires en s’efforçant de préserver le semblant de démocratie existant ?
P. W.


