Kairos 68
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Valere : la lumière au bout des plantes

À chaque saison son charme, mais aussi ses petits désagréments ! Pour certaines personnes, l’hiver représente un cap difficile, aussi bien physiquement que mentalement. Manque d’entrain, fatigue, moral en berne, fluctuations d’humeur et irritabilité signent la « dépression saisonnière ». Le manque de lumière et de chaleur nous affecte en cette période et les personnes déjà vulnérables[note] seront les premières à en souffrir.

Au-delà des causes hivernales, ces déséquilibres mentaux sont aussi un symptôme des temps qui courent, et l’on connaît tous dans son entourage un proche touché par la dépression, le burn-out, la fatigue ou les douleurs chroniques (psychosomatiques). Rien d’étonnant dans un monde où chacun s’efforce de s’accrocher au train (ou plutôt TGV) en marche, et où le virtuel a supplanté en grande partie les vraies communications humaines. Le monde perd pied et la santé psychique semble de plus en plus fragilisée.

Stress, angoisse, anxiété font dorénavant partie du quotidien[note] et sont tellement banalisés que nous les avons intégrés comme inhérents à nos vies bien remplies, où l’immobilisme n’est pas permis. Ce vide est dès lors comblé par un agir effréné pour ne pas ressentir ce qui inévitablement finira par ressurgir sous forme de maladie. Les symptômes précités sont donc là pour tenter d’alerter l’âme pour que celle-ci ralentisse la cadence ! Ce qui est alors à l’œuvre n’est rien d’autre que la Vie elle-même. Celle-ci ne peut se réaliser sans reconnaissance de notre finitude dans l’infini qui nous entoure.

S’arrêter, voilà qui semble pure perte de temps pour un bon nombre de personnes, que le monde moderne semble avoir déconnectées de leur propre enveloppe corporelle et psychique.

Or, s’il est bien une façon de suspendre cette course folle, n’est-ce pas en se posant un moment pour déguster une tasse de thé ou de tisane ? Tout en invitant au repos, les plantes aromatiques et médicinales, par leur alchimie naturelle, peuvent avoir un effet bénéfique sur notre bien-être général. Qui ne s’est pas déjà entendu proposer « une petite camomille », « un thé à la menthe », ou encore « une tisane à la verveine », autant de breuvages que la culture populaire associe depuis longtemps à des moments de convivialité et de plaisirs partagés. Plus spécifiquement, certaines plantes sont susceptibles de rééquilibrer notre mental.

L’inconscient collectif porte en lui le souvenir d’une transmission séculaire de savoirs et de gestes liés aux remèdes naturels. Avons-nous oublié la mélisse, le coquelicot, la valériane, le tilleul, le millepertuis, le houblon, la passiflore, autant de plantes propices à la détente ? Certaines poussent à l’état sauvage autour de nous. D’autres sont faciles à cultiver chez soi (mélisse, valériane). Seules les plantes provenant de pays lointains et utilisées par exemple par la médecine chinoise ou la tradition ayurvédique, ne seront généralement accessibles qu’en herboristerie (par exemple ashwagandha).

Parmi les simples[note] aptes à soutenir les nerfs : la mélisse. De son nom latin, Melissa officinalis, elle est aussi communément appelée « piment des abeilles » (insectes qui aiment venir butiner ses fleurs en été) ou encore « citronnelle » (qui désigne une autre plante aromatique, le cymbopogon citratus). Poussant à l’état sauvage dans le pourtour du bassin méditerranéen, ses feuilles dégagent une agréable odeur citronnée, – ce qui est déjà une joie en soi – et depuis l’Antiquité, ses vertus pour contrer les états nerveux et les troubles du sommeil ont été attestées par les médecins Hippocrate, Théophraste, Paracelse et Avicenne. Ce dernier lui attribuait d’ailleurs la vertu de « ramener la gaieté du cœur ».

Une autre plante médicinale, la valériane (Valeriana officinalis), plante de la famille des Caprifoliacées,  aussi nommée « herbe aux chats », pousse dans nos régions. Elle présente des propriétés sédatives, contribue à induire le sommeil et aide à tranquilliser l’esprit en cas de nervosité excessive et de palpitations. Qui plus est, elle agit de façon très rapide (dans la demi-heure). Vu ses bienfaits inestimables, elle porte très bien son nom, dont la racine étymologique, « valere », signifie « être en bonne santé ». D’ailleurs, nos amis les chats, que tout contact olfactif avec cette plante rend complètement euphoriques, semblent comprendre d’instinct les bienfaits qu’elle prodigue.

Enfin, le millepertuis (Hypericum perforatum), que l’on appelle aussi « herbe de la Saint-Jean » ou « chasse-diable », est une plante médicinale reconnue pour combattre les dépressions légères à modérées, les tensions nerveuses et l’insomnie. Plante locale nécessitant une exposition plein soleil, elle fleurit aux alentours de la fête de la Saint-Jean (24 juin), quand le soleil est à son zénith. Tout l’été, elle donne aux promeneurs des campagnes à admirer ses jolies petites fleurs jaune vif, pour le plus grand plaisir des sens. De façon plus poétique, pour qui voit la vie en noir, elle amène toute la lumière qu’elle porte en elle.

Face au pessimisme qui ressort de certains écrits, l’ami lecteur de Kairos trouvera à présent, je l’espère, plus de réconfort en sirotant une bonne tisane pendant ses lectures et en cultivant des graines de bonheur dans son jardin… intérieur ? Freud, le fondateur de la psychanalyse, n’a-t-il pas lui-même terminé sa vie en déclarant « J’ai perdu mon temps, l’essentiel, c’est le jardinage » ?

Virginie Belfiore