C’est une méthode de culture inspirée des Templiers et d’une logique implacable. Elle respecte le sol dans la mesure où elle lui restituera la substance originelle. Il s’agit de recueillir des matières vertes et vivantes, de préférence dans les alentours, et de les réduire en miettes. Ce broyat, s’il est recueilli sur place, offrira un engrais adapté et équilibré par rapport à la nature du sol à cultiver. Cette technique ne présente que des avantages. Plus besoin de se casser le dos et de retourner le sol, il suffit de répandre une fois dans l’année ce merveilleux broyat. Plus besoin d’insecticides, de pesticides ni d’engrais, la santé du sol passe par une augmentation d’humus et se trouve ainsi dans un état sanitaire excellent. Il n’y a pour ainsi dire plus besoin d’arroser, le compost forme une éponge et un barrage à l’évaporation. De même il n’y a plus besoin de retirer les mauvaises herbes, elles ne se ressèment pas à la surface du broyat. Pour semer ou planter, on perturbe le moins possible la surface du sol, on ouvre un léger sillon dans la couche du compost et on le referme une fois l’opération terminée. On ne travaille plus le sol, on ne le bouscule plus. Plus besoin de protéger le sol contre le gel, le broyat fonctionne comme un isolant thermique.
En espérant que tous ces arguments vous auront convaincus, venons-en à la confection de la matière première, le broyat en question. L’opération la plus fatigante consiste à broyer les 4 m3 de matière vivante. C’est la quantité minimale indispensable permettant d’entamer la fermentation. Veillez à ce que le diamètre de branches ne dépasse pas les 8 millimètres. Cela étant fait, laissez le broyat tremper et se gorger d’eau durant 24 heures. Étalez-le à même le sol sur une base de 2,20 mètres et 1,60 mètre de haut. Tassez-le bien et laissez-le fermenter durant 3 bonnes semaines, en le protégeant d’une mince couche de terre et de branchages. Cela évitera son dessèchement, ainsi que le ralentissement de la fermentation. Celle-ci se manifestera par un échauffement interne pouvant atteindre 60 à 70 degrés. Ensuite, il ne reste plus qu’à l’aérer, à le retourner régulièrement durant 90 jours. Il continuera à fermenter, mais cette fois de manière aérobie (fermentation avec présence d’air). Ce processus terminé, le broyat est prêt à être étendu, sur une couche de 8 cm, à raison d’une couche par an. Après 2 ou 3 ans de ce traitement, vous serez récompensé au-delà de toute espérance.
Pour les uns cette méthode est d’origine médéviale, templière. Pour les autres la paternité serait attribuée à Jean Pain. Toujours est-il que c’est dans les années 1970 que Jean Pain décide, par mesure d’économie, de remplacer la paille dans la litière de ses chèvres par les petites broussailles de la forêt environnante, et qu’il est fort surpris de la nette amélioration lorsqu’il utilise ce nouveau compost sur ses cultures. Par la suite, il étend ce compost à un système de production d’énergie (chaleur et gaz) et se rend compte qu’il peut récupérer la chaleur produite par la fermentation pour chauffer sa serre et sa cabane et même produire du méthane. Il faut cependant savoir que la méthode nécessite de grandes quantités de broussailles ; pour chauffer complètement une maison, il faut un tas de compost de taille équivalente ! D’après lui, un tas de 50 tonnes produit de l’eau à 60°C pendant 6 mois à la vitesse de 4 litres par minute. Évidemment, plus le tas est grand, plus longue est la durée de production. Un radiateur branché sur ce système permet de chauffer une serre ou une petite maison. En plaçant le compost plus bas que le lieu à chauffer, on n’a même pas besoin d’une pompe, puisque l’eau chaude monte naturellement vers le radiateur et l’eau refroidie redescend ensuite au compost pour être à nouveau réchauffée. Pour récupérer la chaleur, on enterre des tuyaux de polyéthylène en spirale dans le tas. Avec 10 kg de broussailles broyées, on peut également produire 2 m3 de méthane ou l’équivalent de 1 litre de pétrole. 1m3 de méthane peut, en principe, produire 4,5 kwh d’électricité.
Christian La Grange


