L’hiver est la saison des salons de l’auto et les publicités pour les véhicules se multiplient. L’association Résistance à l’agression publicitaire (RAP) a réalisé une étude et a publié un rapport intitulé Stop à la pub automobile. La publicité à l’assaut de notre imaginaire.
Ce document a étudié 137 publicités sur un an.
Un premier constat est que le secteur de l’automobile a dépensé 2,5 milliards d’euros en publicité en un an ! On constate que les constructeurs promeuvent des véhicules lourds, puissants et polluants. Toute mesure de sobriété nécessaire pour lutter contre l’émission de CO2 est absente. En France et sur un an, présente surtout dans les médias (télévision, presse) ainsi que sur des panneaux le long des routes empruntées par les conducteurs, la réclame pour l’auto occupe 320.000 affiches dans l’espace public. La publicité à la télévision occupe elle des spots qui durent 8h45 par an, soit 17 journaux télévisés. Ces spots sont des vidéos dignes de véritables courts métrages qui représentent des véhicules imposants, exerçant leur domination dans des espaces souvent vides, sans embouteillages. Elles montrent des familles avec enfants soulignant l’idée que la voiture est sûre. Les autos présentées sont en général connectées à une technologie moderne et futuriste mais il s’agit rarement de véhicules légers ou moins rapides.
Néanmoins, les émissions de gaz à effet de serre ont commencé à diminuer à partir des années 2000 suite à l’installation des radars qui ont incité les conducteurs à ralentir. Les crises économiques ont également contribué à la diminution des voitures sur les routes.
La voiture électrique est présentée comme la solution aux problèmes de pollution, mais malheureusement les constructeurs automobiles continuent à produire des SUV électriques qui consomment quantité de matières premières.
La répétition de ces publicités fait qu’on les mémorise et qu’elles affectent notre inconscient. Ce matraquage médiatique colonise notre imaginaire.
Une autorégulation du secteur et notamment des « contrats climat » devraient amener celui-ci à modifier ses pratiques publicitaires. Mais toute tentative de régulation provoque aussitôt une levée de boucliers des lobbies de l’industrie automobile ainsi que des publicitaires. Ils prétendent que toute modération serait une menace économique et détruirait des emplois. Pourtant, l’espace publicitaire ainsi libéré permettrait de diffuser des messages d’intérêt public.
L’association Agir pour l’environnement, organisation de mobilisation citoyenne, a mesuré toutes les caractéristiques (poids mais aussi longueur, largeur, vitesse maximale). Elle a ainsi produit ce qu’elle a appelé le Palmarès de l’autobésité des véhicules. Ainsi entre 2003 et 2023, le poids des 25 véhicules
le plus vendus en France est passé de 1.112,8kg à 1.438kg. La lourdeur est pourtant un problème majeur pour l’environnement. On se demande pourquoi ils ne passent pas à des véhicules plus légers. La réponse est la volonté de croissance qui anime toutes les entreprises dans le système capitaliste. L’autorégulation est donc de la poudre aux yeux et les lobbies parviennent à maintenir un statut quo voire à dégrader la situation. Certains députés écologistes ont proposé des lois interdisant toute publicité pour les véhicules dépassant un certain poids (500 kg ?). Peu de succès.
Faudrait-il interdire toute publicité comme on l’a fait pour le tabac, autre nuisance responsable d’altérations de la santé ? La réponse est négative. Il faudrait en effet que des options pour les alternatives soient durables et attractives. Il faut aussi que ces alternatives soient moins chères. Ainsi le train (tiens jamais de publicité pour les chemins de fer) est beaucoup trop cher pour changer les habitudes de voyage, même sans la publicité. Il faut donc rendre les alternatives moins chères, plus pratiques et socialement valorisées.
Alain Adriaens


