Le grand retournement fait le point concernant le projet d’utiliser la géo-ingénierie dans le but de combattre le réchauffement climatique. Il est de moins en moins question de limiter les émissions massives de CO2 en transformant les activités humaines, et de plus en plus question de se servir de la géo-ingénierie pour capter le CO2 soit en le produisant et en l’enfouissant (BECSC), soit en le captant directement dans l’atmosphère (DAC) ou en empêchant le rayonnement solaire de la réchauffer (SRM). Mais on est loin de maîtriser le climat à l’échelon de la Terre entière en se servant de la géo-ingénierie. L’ouvrage décrit la plupart des techniques élaborées ces dernières décennies pour y parvenir, leurs échecs et les débats à leur sujet, et évoque les intérêts de ceux qui tentent de les promouvoir. Mais, pour certains, l’homme est appelé à fabriquer sur mesure son environnement. Il y a des décennies qu’on procède à l’ensemencement de nuages. Pourquoi ne pas passer à l’échelon supérieur en procédant étape par étape ? Les militaires, bien sûr, sont sur la brèche. Au sein de commissions ad hoc, des experts planchent sur le cadre et notamment à propos de la législation à mettre en place, et sur la méthode à utiliser. Le monde scientifico-politique ne manque pas d’imagination. Les uns croient que seule la technologie peut sauver la planète et le climat, et d’autres prétendent que ce serait aller dans le mur. Le lobby pétrolier, les pays du sud les plus impactés par le réchauffement climatique et certains milliardaires sont souvent la cheville ouvrière des commissions qui planchent sur la modification du climat au moyen de la géo-ingénierie. Des profits considérables sont en jeu. L’ouvrage cite Andreas Malm, qui évoque dans un livre un fascisme fossile. Si un pays avait le contrôle du climat (du thermostat), ne s’en servirait-il pas pour atteindre des objectifs intéressés, sinon assez épouvantables? L’ouvrage propose une sorte de débat ouvert, notamment avec des « complotistes ».
Marine de Guglielmo Weber et Rémi Noyon, Le grand retournement, Comment la géo-ingénierie infiltre les politiques climatiques, Les Liens qui libèrent, 2024, 240 pages.
P.W.


