Depuis un an, l’humanité tout entière est soumise à la même contrainte. En France, en Belgique, en Europe, en Méditerranée… la saveur et le sens de la vie ont disparu. Nos cultures sont mises à rude épreuve, et il est difficile d’élaborer un avenir désirable. Alors si la culture, « c’est être ce que l’on est, et ne pas être ce que les autres veulent qu’on soit[note] », nous pouvons chercher dans notre histoire ce qui nous définit, ou ce qui constitue un leurre, et comprendre aussi ce qui nous relie tous, nous humains, au-delà de nos différences culturelles.
BESOIN, ENVIE, DÉSIR
Enfin déconfinés pour Noël, gavés de repas luxueux et de papillotes en soldes, nous avons terminé vers fin janvier, la bouche pâteuse, notre énième galette. Nous ne manquons pas de sucre, de chocolat, de douceurs… dans notre empire occidental infantilisant, un empire « sans conscience[note] ». Nos besoins de base sont pour la plupart satisfaits – physiologie, sécurité, appartenance – mais nos besoins élaborés sont contrariés : reconnaissance, réalisation de soi, mission. Difficile de désirer un avenir, faire des études, trouver un job, une compagne, entretenir son réseau d’amitiés… Difficile de faire des projets, notamment de vacances ou de voyages. Et il est bien difficile de désirer des réalisations authentiques, lorsque les publicitaires se chargent de nous couper le désir sous le pied. Alors nous nous rabattons sur ce que notre société civilisée nous propose : l’envie impulsive et sa satisfaction immédiate. Un film ou une série sur N-x, un gadget électronique pas cher sur A-n, un clic sur les suggestions extravagantes de YouTube, qui vous enferment progressivement dans une bulle dite « complotiste ». L’envie ne répond pas à un besoin réel, elle ne correspond pas aux besoins individuels, mais plutôt aux besoins de l’économie : créer artificiellement des débouchés.
PRISONNIERS DE L’ÉCONOMIE
Et nous nous retrouvons emprisonnés chez nous, à travailler le jour, et biberonner des images la nuit. À nous distraire, nous divertir… en oubliant de nous cultiver, au sens de « côtoyer les arts ». Et à force de consommer des séries majoritairement américaines, nous en perdons notre culture. La France n’est pas l’Amérique, et je dirais en rejoignant l’archéologue JeanPaul Savignac : « Merde à César[note] », c’est-à-dire merde aux GAFA, merde à Trump, merde à Bush père et fils, merde à Reagan, etc. Depuis l’ère du virus, nous découvrons un sentiment nouveau, quelque chose comme une « perte de sens », une perte qui ne date pas d’aujourd’hui. Et notre regard s’ouvre sur le monde, qui s’avère cruellement réaliste : c’est une tyrannie économique. Nous sommes des « esclaves de l’économie[note] ». Et comble d’ironie, c’est cette économie qui est la cause de notre enfermement, par la zoonose (une transmission virale d’une espèce animale vers l’humain), en détruisant des territoires naturels qui chassent les animaux et propagent de nouveaux virus (Sida, Ébola, SRAS, Covid-19…). Cette tyrannie de l’économie n’est pas nouvelle[note] ; ce qui est nouveau, c’est notre prise de conscience. Nous commençons à comprendre que l’économie est toujours une tyrannie, et qu’il y a aussi quelque chose de tyrannique en nous, puisque nous sommes à l’origine de la destruction de la vie depuis des millénaires[note]. L’humanité a longtemps vécu dans l’erreur, et nous en constatons aujourd’hui les conséquences. Comme le dit l’archéologue Jacques Bouineau[note] : « Le XXe siècle a tué l’humain. L’enjeu du XXIe siècle, c’est de le reconstruire[note]. »
RECONSTRUIRE L’HUMAIN
Reconstruire… oui, mais comment ? Par un travail sur soi, et un travail sur l’autre. Comme le dit très justement Alejandro Jodorowsky, « la culture c’est être ce que l’on est, et ne pas être ce que les autres veulent qu’on soit. » Par exemple, en écoutant l’archéologie contemporaine, qui nous permet de questionner nos origines de part et d’autre de la Méditerranée, et d’apporter un regard nouveau issu des évolutions les plus récentes de cette science, sur les apports réciproques entre Celtes et Romains, des peuples dont les langues et les cultures étaient déjà proches lors de la conquête de la Gaule par Caius Iulius Caesar (Jules César). Toute la Méditerranée a vécu sous le même régime politique pendant plusieurs siècles, et même si 1.500 ans nous séparent de l’empire romain, il doit bien rester quelque chose de commun, de Marseille à Alexandrie, d’Alger à Istanbul, de Brest à Damas. Chrétiens, hébreux et arabes se sont inspirés d’un alphabet commun, l’alphabet phénicien[note], dont chaque lettre correspondait au son et au dessin d’un objet usuel. Par exemple, la lettre L représentant un bâton (Lāmedh), le Y représentant une main (Yōdh) ou le M représentant de l’eau qui serpente (Mēm). Les Romains nous ont laissé le calendrier, la comptabilité et le droit. Et si notre culture est essentiellement latine (le français dérive du baslatin), la question que nous pouvons nous poser est : « Que reste-t-il de celte en nous ? » Si la fourmi de la fable est plutôt romaine, la cigale serait plutôt gauloise. Rabelais représente bien la truculence, l’amour de la vie et les plaisirs de la chair, attribués aux Gaulois. La grivoiserie, l’humour, mais aussi l’imaginaire, le romantisme, l’ésotérisme, le néo-chamanisme… André Breton et le surréalisme, l’Art Nouveau et l’école de Nancy, s’inspirant de la nature et de la ligne courbe… et aussi la Belgique (et son humour vivifiant) qui fut en son temps une des provinces de la Gaule définie par César. Mais l’envers de la médaille, c’est aussi la relecture fasciste et pétainiste du passé, cherchant à justifier le colonialisme et la Collaboration[note] par une hypothétique supériorité de l’Allemagne (industrielle et civilisée à la façon romaine) sur une France faible, artisanale, agricole, cosmopolite et ingouvernable (à l’instar des Gaulois prétendument indisciplinés et divisés en une centaine de tribus).
ABUS, INTRUSION, IMMUNITÉ
C’est la même opposition que l’on retrouve à peu de chose près entre dreyfusards et antidreyfusards, entre Communards et Versaillais, entre anti-masques et pro-masques, entre les partisans de la Justice et les partisans de l’Ordre. Entre les amoureux de la vie et du risque que la vie fait courir, et ceux qui détestent le vivant et souhaitent emporter les autres avec eux dans le néant. Et voici que notre monde est soumis à un ordre injuste, qui préfère les signes tangibles (tu portes le masque… ou pas), qui préfère soumettre les individus par la peur du gendarme, et vérifier leur propension à se soumettre. Nous pouvons qualifier les gestes barrières et le port du masque généralisé, imposé aux enfants, comme un ensemble de mesures abusives, parce qu’elles sont disproportionnées et infondées (bien éloignées des recommandations de l’OMS). Et cet abus signe la perversité de nos systèmes politiques et médiatiques.
Les technologies imposées par la technocratie sont également abusives et intrusives. Autrefois, on recensait le ghetto de Varsovie grâce aux machines à cartes perforées IBM ; aujourd’hui on manipule les masses à distance. Un samedi, à l’heure de la sieste, je reçois un SMS de la Sécurité sociale quelques heures après avoir été diagnostiqué. Ce SMS m’annonce que je serai prochainement contacté par téléphone. Où est mon libre arbitre ? Où est mon autonomie ? La Sécurité sociale n’a que faire de tout cela. Elle est obsédée par la quête de la traçabilité en temps réel, pour pouvoir remonter la chaîne de la contamination et identifier tous les potentiels suspects. Il a été pour moi plus facile de lutter contre le virus que de trouver un médecin « acceptant de nouveaux patients » sur Doctolib, et apte à me délivrer un arrêt de travail. Il s’est avéré plus facile de me soigner, et de survivre, que de comprendre les méandres administratifs du « parcours de santé » en temps de Covid. Sept jours plus tard, j’ai reçu un SMS m’annonçant que j’étais guéri. Merci la Sécu. Merci Big Brother, nous voici en pleine dystopie.
Au fond, dans cette affaire, la question que pose ce virus, c’est notre immunité. La première forme du printemps 2019 était bien plus redoutable que les formes actuelles. Après avoir déclaré une inflammation, le virus se mettait en dormance et déclenchait un choc cytokinique, déréglant gravement les organes vitaux (reins, poumons, cœur), et provoquant une mort assurée. Notre immunité occidentale est certainement en baisse (pensons à la quantité de maladies auto-immunes apparues depuis quelques décennies), mais le virus n’est pas nouveau (grippe espagnole, SRAS, H1N1, grippe aviaire). L’abus politique et l’intrusion technologique contribuent-ils à la baisse de l’immunité ? Certainement, par le stress qu’ils génèrent. Une bonne immunité est présente chez les individus qui se protègent du stress, et maintiennent une harmonie familiale et sociale. Cette immunité est présente chez ceux qui se protègent du Progrès et de son lot d’horreurs mortifères : pesticides, fongicides, arômes, édulcorants, xéno-œstrogènes, métaux lourds, antennes relais, Wi-Fi… J’ai découvert récemment comment désactiver le Wi-Fi chez moi (Wi-Fipublic en permanence, et Wi-Fi privé coupé la nuit[note]), c’est toujours ça de gagné.
En conclusion, l’immunité est présente chez ceux qui témoignent d’une « santé éclatante, une jubilation d’être, un enchantement expansif… », les qualités que Jean-Paul Savignac attribue aux Gaulois en étudiant leur art et leurs textes fragmentaires. Des qualités qui nous font bien défaut aujourd’hui, dont nous ferions bien de nous inspirer, et que je souhaite chaleureusement à nos lecteurs.
Olivier Rouzet


