« Le monde est fou, le monde est beau ! » reprenait en boucle le chanteur populaire Julio Iglesias, il y a quarante ans. Tandis que presque invariablement, parvenus à l’aube de leurs vies, il semble que les hommes partageraient plutôt l’impression selon laquelle « le monde a bien changé… ». Alors, dans quel monde vivons-nous ? Un monde immuable ou en pleine mutation ? En explosion démographique ou en régression écologique ? Rythmé par nos âges autant que par les époques, le monde ne se caractériserait-il pas plutôt, au gré des saisons, comme le miroir de nos humeurs et de nos projections ?
Mais attention, car il serait faux de croire que nous vivons tous dans le même monde. Certains vivent encore dans une société enracinée où le temps semble encore suspendu. Le rapport à l’humanité n’a pas changé. Les circuits sont courts, des poules évoluent dans les cours, les confitures sont faites maison, les céréales sont pilées. Les hommes sont largement reliés à une transcendance qu’ils consultent. D’autres vivent dans une société déracinée, où la technologie a remplacé le temps. Les systèmes sont de plus en plus complexes, ne résolvant pas les relations humaines mais plutôt les supprimant. Et les hommes récupèrent, en guise de transcendance, l’assurance de ne manquer de rien, en marche vers un revenu universel. Les politiques semblent d’ailleurs emballés par ce système. Et les gouvernements posent des actes, par étape, qui n’ont d’autres aboutissements que de nous faire accepter la dégradation :
– de notre espèce et de beaucoup d’autres espèces, par des chimères homme-animal et diverses modifications génétiques, ainsi que par l’externalisation de notre reproduction ;
– de notre liberté individuelle et souveraine, avec la mise en place de QR code pour aller et venir, de drones de surveillance et de reconnaissance faciale ;
– de toutes nos relations, par le traçage de celles-ci (actuellement sous l’excuse de cas contact), puis le remplacement en cours de la monnaie par des concepts de plus en plus virtuels.
Finalement, qui peut dire à quoi demain ressemblera ? Ne serait-ce pas, là, le changement le plus patent de notre époque par rapport aux autres ? Cette incapacité à imaginer « demain », avec toute la gravité de ce que cela signifie pour une jeunesse. Car effectivement, en marge de ces réalités qui coexistent, un monde de substitution, de réalités interchangeables se met bel et bien en place. Un changement de priorités qui nous plonge individuellement et collectivement dans une grande incertitude. Notre monde en a mal. Il a perdu nombre de ses repères, et notamment les standards de référence que peuvent être le Beau, le Vrai, le Cœur. Solitude, désoeuvrement, oisiveté, trafics en tous genres, et addictions nous cernent, tandis que les maux psychiatriques s’accumulent : angoisse de mort collective, régression, abaissement du niveau mental, clivage du moi, dissociation, défenses paranoïaques… La Nature semble aussi en souffrir si l’on en croit la disparition d’un tiers des oiseaux en France, en 15 ans!
À propos de disparition et de reconnexion au réel, qu’est-il donc advenu à ce malheureux médecin chinois qui, croyant faire avancer la science, fut le premier à alerter sur l’origine virale de ce qui est devenu pandémie ? N’est-il pas bon, parfois, de rappeler les évidences les plus triviales ? Tellement triviales, qu’un instant de folie – pris dans un tsunami mental d’une crise qui n’a que trop duré – on pourrait les avoir totalement oubliées ! Ainsi, cette évidence basique selon laquelle ni toi – qui crois être devenu mon ennemi –, ni moi – qui crois ne plus pouvoir te comprendre – n’avons choisi d’être là ! Ni toi, ni moi n’avons choisi de naître ! Pourtant nous y voilà, toi et moi, ennemis ou indifférents, agacés ou émerveillés, nous voilà embarqués dans cette même aventure que ni toi, ni moi n’avons choisie… Certains l’appellent la galère, d’autres la conçoivent plus volontiers comme une course après la montre ! Sauf que ces derniers temps, toi et moi, avons observé qu’elle avait revêtu la triste allure d’une « mascarade », avec des masques (oui, oui !) en contrat à durée indéterminée, et selon des modalités qui nous étaient totalement inconnues il n’y a même pas un an ! Nous avons alors lutté de toutes nos forces pour ne pas nous laisser submerger ! Tu as lutté pour la vie par une grande observance de toutes ces nouvelles règles. J’ai lutté pour la vie par des alertes dénonçant cette même observance qui m’apparaissait à contre-courant de ce qu’il fallait faire. Pourtant, tous deux, pris au piège de cette mise sur pause de nos vies, de ses drames, de ses joies, des peines, des doutes et des certitudes, sur fonds commun d’incompréhension géante, nous avons lutté. Et comme nous ne nous sommes pas laissés engloutir, ce qui nous affaiblit nous rend fort !
Plus forts à condition que nous réalisions — à temps — que nous sommes ensemble emportés par le flot de la modernité, dont Bernanos disait qu’elle était « une conspiration contre l’intériorité ». Contre cette conspiration, si nous la décidons, une alliance d’amour peut nous relier les uns aux autres, ne serait-ce que fondée sur cette égalité de n’avoir pas choisi d’être là ! Ainsi si en 1939-45, il est imaginable que si nous avions tous cousu des étoiles jaunes à nos vestes, le cours de l’Histoire s’en serait trouvé bouleversé, de même, aujourd’hui, il reste imaginable qu’un refus collectif et massif de jouir du moindre avantage conféré par un Pass sanitaire modifie le cours de l’Histoire… A contrario, si nous restons nez baissés, regards plongés dans ces écrans qui partout nous divisent, l’espoir s’amoindrit. Il est temps de relever fièrement la tête sur le monde qui nous entoure, d’apposer nos propres limites et de nous créer notre espace de vie.
Amis, pourquoi ne pas tenter de faire ce chemin ensemble, émerveillés par le ciel bleu… même au-delà des nuages, car nous pouvons relever le défi d’imaginer… demain !
Dr. Alexandra Henrion-Caude, généticienne, directrice de recherche


