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Prisons belges et Etat de droit : entrevue avec le juriste Thierry Vanderlinden

Le juriste à la retraite Thierry Vanderlinden est un ami et un habitué de Kairos. Il se penche cette fois sur un sujet d’actualité en Belgique (mais pas seulement) : l’état du système carcéral, où règnent surpopulation, non-respect des droits de l’homme, corruption, détresse et violence. Au passage, il rappelle quelques principes que tout État de droit digne de ce nom devrait se faire un devoir de respecter.

EN PODCAST

Mentir en politique: un pléonasme

« Le discours politique est destiné à donner aux mensonges l’accent de la vérité, à rendre le meurtre respectable et à donner l’apparence de la solidarité à un simple courant d’air »

George Orwell

Didier Reynders, orateur principal comme ministre des Finances, en 2003 à un colloque intitulé « Dix ans de lutte contre le blanchiment de capitaux en Belgique et dans le monde », pris la main dans le sac aujourd’hui. On comprend pourquoi, avant d’intégrer sa fonction de commissaire européen à la Justice (sic!), il fit une proposition de loi pour punir les lanceurs d’alerte à plusieurs mois de prison et 5.000€ d’amende[note]… Didi voulait anticiper et mettre en place les structures pour le protéger. C’est ce qu’il fit toute sa carrière…

Sarkozy qui demande que les peines de plus de 5 ans soient purgées dans leur entièreté… avant de lui-même tout faire pour ne pas aller en prison pour ses crimes et, une fois en cabane, en sortir le plus vite possible.

Manon Aubry qui tance publiquement Ursula Von Der Leyen, pour mieux l’étreindre ensuite[note].

La politique, c’est l’infantilisation du citoyen pris en charge après son vote par une caste qui lui dit de faire ce qu’elle ne fait pas et qui fait ce qu’elle ne lui dit pas.

AP

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Le Réveil numérique : quand le contrôle total provoquera la fin de l’hypnose

Par Serge Van Cutsem

Je n’ai pas écrit ce texte pour choquer, mais parce qu’il devenait impossible de me taire. Depuis plusieurs années, je regarde se mettre en place, pièce après pièce, une mécanique froide : désindustrialisation programmée, dépendance numérique, surveillance verte, et bientôt, identité et monnaie conditionnelles. Rien de tout cela n’est imaginaire, tout est déjà voté, signé, amorcé. Le Réveil numérique est ma tentative de relier ces faits, de les rendre visibles avant qu’ils ne deviennent irréversibles. Ce n’est pas un cri de colère, c’est un acte de lucidité : j’écris pour que, le moment venu, nul ne puisse dire qu’il ne savait pas.
J’ai décidé d’entamer le sujet sur l’actualité automobile, car il y a des effondrements qu’on voit venir de loin, mais qu’on préfère regarder comme un film catastrophe, confortablement assis dans son canapé. L’agonie de l’industrie automobile européenne en fait partie.
Le continent qui a inventé la voiture, qui en a fait le symbole même de la liberté, du progrès et de la puissance industrielle, regarde aujourd’hui ses fleurons se désintégrer les uns après les autres dans un silence aussi assourdissant que coupable.

Ce n’est pas une crise passagère : c’est une désintégration structurelle.
Stellantis vacille, les marques historiques meurent ou sont revendues à la découpe, et des centaines de milliers de sous-traitants voient s’effondrer le seul secteur qui leur permettait encore de vivre dignement de leur savoir-faire.
Tout cela au nom d’une transition électrique imposée, censée sauver la planète, mais qui ne sauve que les bilans chinois.

On nous a vendu la “voiture propre” comme une évidence, que dis-je…obligation… morale. Mais derrière le vernis “écologiste”, c’est un désastre industriel et social sans précédent.
Les coûts et les tarifs explosent, la demande s’effondre, la dépendance à la Chine devient totale : pour les batteries, les terres rares, les composants, les technologies de charge.
L’Europe se vide de son savoir-faire et de son génie productif et se remplit de normes, de taxes et de logiciels de conformité. Ce génie se borne désormais à inventer les bouchons fixés aux flacons pour sauver la planète.

Ce n’est pas un accident, c’est un basculement civilisationnel : on a troqué l’esprit d’ingénierie contre l’esprit de régulation. L’ouvrier, l’ingénieur et l’artisan laissent place à l’auditeur, au consultant et au fonctionnaire climatique. Les États ne construisent plus, ils interdisent et les industriels ne créent plus, ils se conforment.

Et dans cette Europe bureaucratique, le moteur thermique, chef-d’œuvre de deux siècles d’intelligence mécanique, devient un ennemi politique.

Ce n’est pas seulement de l’incompétence, ni même de la bêtise, c’est une stratégie. L’autodestruction du tissu industriel européen prépare l’ère du contrôle total, celle où la mobilité, la consommation et l’accès aux ressources ne seront plus des droits, mais des permissions conditionnelles.

La voiture électrique n’est pas une révolution technologique, c’est une transition vers la dépendance : dépendance à l’énergie centralisée, dépendance au logiciel, dépendance à la décision politique. On ne roule plus, on est “autorisé à circuler”. Le véhicule devient un terminal connecté, traçable, configurable à distance, et demain, débrayable en un clic par une autorité.

L’étape suivante : l’identité et la monnaie numériques

Là se trouve le véritable basculement. L’identité numérique européenne (EUDI Wallet) et l’euro numérique programmable sont les deux faces d’une même médaille : l’une nomme et identifie, l’autre permet ou interdit d’exister économiquement.

Officiellement, il s’agit de “simplifier la vie des citoyens”. En réalité, ces outils fusionnent toutes les dimensions de ton existence : ton argent, ta santé, tes déplacements, ton empreinte carbone, ton profil fiscal. Tout devient conditionnable et donc conditionné, et ce qui est programmable peut être désactivé.

Demain, un simple dépassement de quota CO₂, un retard de taxe, ou une “non-conformité environnementale” suffira à bloquer ton paiement ou ta recharge électrique. La surveillance verte devient ainsi l’architecture du nouveau contrôle social, douce, propre, rationnelle et surtout totalitaire.

La prison sans barreaux

Jeremy Bentham avait imaginé le Panoptique : une prison circulaire où un seul gardien, invisible, pouvait tout voir. Les détenus, ne sachant jamais quand ils étaient observés, en arrivaient à se surveiller eux-mêmes. Deux siècles plus tard, ce modèle est devenu numérique, le gardien n’a plus d’œil, il a des algorithmes. Les murs sont faits de données, les tours de garde de serveurs, les barreaux de conditions d’utilisation que chacun signe sans les lire. Le citoyen s’y enferme volontairement, pour sa sécurité, pour la planète, pour plus de simplicité.

Le contrôle ne punit plus : il paramètre. L’ancienne docilité s’appelle aujourd’hui conformité, et la morale religieuse a cédé la place à la morale verte. Ton empreinte carbone remplace le péché, ton QR code sert de confessionnal. Sous couvert d’écologie et de progrès, la servitude devient vertu. Le Panoptique numérique n’a plus besoin de murs, ni de gardien : il suffit d’une connexion et d’une bonne conscience. Le prisonnier croit être libre — et c’est là que la prison est parfaite. La cerise sur le gâteau, le prisonnier paie lui-même ses chaînes avec des smartphones ou Iphone à plus de 1.000 euros.

Le confort comme anesthésie

Pourquoi la population accepte-t-elle ce déclin ? Parce que jusque-là, le confort sert d’anesthésiant. Les gens sentent bien de plus en plus que quelque chose cloche, mais ils ont encore Netflix, des livraisons à domicile, des crédits prolongés, des voyages low-cost. Le système maintient l’illusion de la normalité tant qu’il peut offrir du divertissement et du confort. Mais ce confort est déjà en train de se fissurer : énergie, logement, mobilité, nourriture, tout devient conditionné, rare, cher ou rationné.

Quand les citoyens comprendront que cette rareté n’est pas subie mais organisée, alors l’hypnose prendra fin.

Le réveil ne viendra pas des institutions ni des médias : il viendra du choc direct avec la réalité. Quand une carte d’identité numérique refusera l’accès à un service. Quand un paiement sera rejeté “pour raison environnementale”. Quand un véhicule refusera de démarrer un jour de “restriction énergétique”. Alors les gens comprendront que le “monde durable” qu’on leur promettait est en réalité un monde sous tutelle.

Et ce jour-là, le système aura trop bien réussi car en cherchant à tout verrouiller, il aura créé le sursaut qu’il redoutait le plus — le retour brutal du réel, le refus instinctif de la servitude.

Mais….Car il y a un mais, et il est de taille. Le pouvoir qui a bâti cette architecture de contrôle n’ignore pas que la confiance s’effondre. Il sait qu’un peuple qui s’appauvrit et se sent trahi finit toujours par se révolter. Et comme toujours dans l’Histoire depuis la nuit des temps, rien n’unifie mieux qu’une guerre.

Depuis des mois, les signaux se multiplient : montée en puissance de la rhétorique militaire, budgets de défense explosés, réactivation du service obligatoire, normalisation de l’idée de “guerre durable”. L’Europe, jadis continent de paix, se prépare mentalement à l’inacceptable, un conflit direct ou indirect avec la Russie, maquillé en “devoir de solidarité”. Ce ne serait pas une guerre pour défendre des frontières, mais pour souder des masses désorientées autour d’un ennemi extérieur fictif, en étouffant les colères intérieures.

Et dans ce brouillard martial, la technostructure trouverait une opportunité inespérée :

  • un état d’urgence numérique pour “protéger les infrastructures critiques” ;
  • un gel temporaire des avoirs pour “soutenir l’effort de guerre” ;
  • une surveillance renforcée des “fausses informations” et des “discours prorusses”.

Tout cela existe déjà à l’état de projet, il suffira d’un déclencheur.

La peur est le seul carburant qui puisse remplacer le confort. Quand la peur domine, le citoyen réclame lui-même le contrôle qu’il refusait hier. Et rien ne rend plus docile qu’un peuple convaincu qu’il faut choisir entre “liberté” et “sécurité nationale”. Alors, le réveil tant attendu pourrait être retardé, une génération de plus, par une mise sous tension collective, un nouveau rideau de fumée géopolitique.

Mais là encore, cette fuite en avant aurait une limite. La guerre, comme la propagande, use ce qu’elle prétend protéger, et tôt ou tard, les peuples comprendront qu’on ne sauve pas la démocratie en supprimant la liberté, ni la paix en semant la guerre.

Le vrai réveil, s’il advient, ne sera pas joyeux.
Il ne viendra pas d’un espoir collectif, mais d’une fatigue du mensonge. Quand tout ce qui a été promis, la croissance verte, la neutralité carbone, la prospérité numérique, la paix éternelle, se sera effondré sous son propre poids, alors seulement le voile tombera. Mais ce jour-là, l’Europe que nous connaissons n’existera peut-être plus.

Et c’est peut-être là le plus grand paradoxe :  le véritable “Réveil numérique” aura bien lieu, mais sur les ruines du monde qui l’a rendu nécessaire.

« Le réveil ne viendra pas d’en haut. Il commence quand on refuse la permission de vivre. Et toi, jusqu’où l’accepteras-tu ? »

PS :

Certains critiquent l’usage d’une illustration générée par intelligence artificielle, mais cela n’a rien de contradictoire avec une réflexion critique sur l’IA. C’est comme utiliser un ordinateur pour écrire un texte sur la dépendance au numérique : on se sert de l’outil, on ne s’y soumet pas. Ce qui compte, ce n’est pas l’outil, mais l’intention et la conscience avec lesquelles on l’utilise.  Je ne critique pas la technologie en soi, mais l’usage politique, social et idéologique qu’on en fait, et cela, c’est profondément humain. Refuser d’utiliser l’IA au nom d’un principe moral serait aussi absurde que refuser un stylo parce qu’il a servi à écrire des mensonges. L’illustration par IA n’est ici qu’un moyen esthétique au service d’une idée, pas une caution du système qu’elle dénonce. C’est au contraire une manière de prouver qu’on peut maîtriser la machine plutôt que la subir.
Utiliser l’IA pour illustrer un texte qui la critique n’est pas une contradiction, mais une démonstration : on se sert de la machine, on ne s’y soumet pas.

Alain Colignon devant le conseil d’appel de l’Ordre des Médecins 28/10/25 

Suite de l’audience du docteur Colignon dans  » l’affaire Bruart », docteur qui n’a peur de rien.

La société du spectacle atteint son climax : vers l’article 16

Par Serge Van Cutsem

Ce texte s’inscrit dans la continuité de L’avenir proche de l’humanité : entre effondrement et renaissance. Si le sujet principal est français, à terme les conséquences sont européennes. Cette publication n’est donc pas du tout restreinte aux lecteurs français mais aussi aux autres car ce qui n’était alors qu’un diagnostic global, la décomposition du sens, la perte du réel et la dérive des élites, trouve aujourd’hui sa matérialisation politique dans le théâtre français. Le rejet programmé de la motion de censure du 16 octobre 2025 marque un tournant : la démocratie ne vacille plus, elle se désagrège. Sous les projecteurs, le pouvoir joue à se sauver en dissolvant non plus l’Assemblée, mais le peuple lui-même. C’est le moment où la société du spectacle atteint son point culminant, où la comédie institutionnelle prépare l’acte ultime : l’article 16, cet outil d’exception qui pourrait, demain, faire de la République française un décor. Après l’effondrement du sens, voici venue l’ère du simulacre absolu.

Le rideau vient de tomber sur l’un des épisodes les plus prévisibles de la vie politique française. La motion de censure contre le gouvernement déposée par LFI a recueilli 271 voix “pour” et celle déposée par le RN seulement 144, bref pas assez pour renverser un pouvoir qui, au fond, ne joue plus selon les règles de la démocratie. Mais était-ce vraiment un échec pour l’opposition ? Ou simplement un acte supplémentaire dans une pièce déjà écrite d’avance ?

Tout indique que ce vote n’était qu’un exercice de mise en scène, un moment calibré dans la grande dramaturgie du pouvoir contemporain. Rien n’a été laissé au hasard : la tension médiatique des derniers jours, les discours indignés d’une opposition qui n’en est plus une, le suspense parlementaire… Absolument tout relevait de la société du spectacle telle que Guy Debord l’avait décrite dès 1967 [1]. Une illusion de mouvement pour masquer l’immobilité, une agitation bien réglée pour maintenir les citoyens dans l’idée qu’il reste encore quelque chose à sauver par les urnes.

Mais la réalité est ailleurs et elle est bien plus inquiétante que ce cirque : ce qui vient de se produire n’est pas la victoire d’un gouvernement, mais la validation d’un scénario soigneusement planifié. Le rejet de la motion n’est pas le signe d’une majorité convaincue, mais plutôt celui d’un système verrouillé. La France vient de franchir une étape supplémentaire vers une forme d’autoritarisme d’apparence légale, préparée avec méthode depuis des années. 

« Quand le peuple vote mal, on ne dissout plus l’Assemblée, on dissout le peuple. » Libre adaptation de Bertolt Brecht, 1953

Le 16 octobre 2025 aura donc marqué le moment où la démocratie française s’est donnée l’illusion d’un choix. Tout semblait suspendu à un vote de censure, comme si un geste parlementaire pouvait encore inverser la trajectoire d’un pouvoir qui ne se nourrit plus que de sa propre continuité. En réalité, le spectacle a remplacé le débat, et la tension dramatique a pris la place du danger réel.

Les députés ont parlé, les caméras ont filmé, les éditorialistes ont commenté ; le pays, lui, a regardé, impuissant, un épisode déjà rejoué cent fois. Tout était fait pour donner à la comédie un parfum de tragédie. Mais la tragédie véritable se joue ailleurs : dans la disparition du politique au profit de sa scénographie. Je l’ai repris dans ma publication précédente, “Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles.” (Guy Debord).

Ici Le spectacle, ce n’est pas un divertissement : c’est la structure même du pouvoir. Et dans la France d’aujourd’hui, le pouvoir n’agit plus, il se représente.

Je reviens sur le chapô de cet article, « mais en quoi est-ce que cela concerne un Belge qui se vit Outre Quiévrain ? De quoi se mêle-t-il ? La raison est simple, ce qui se passe en France pour le moment n’est que la répétition générale de ce qui va s’étendre dans toute l’Union Européenne. Emmanuel Macron n’est que la marionnette d’Ursula, elle-même étant la marionnette du pouvoir profond.

Car derrière cette mécanique, il y a cet homme qui n’est pas un président, mais un personnage. Macron est la figure centrale de ce théâtre d’ombres, et il est définitivement prisonnier de son propre rôle qui, il faut bien le dire, convient parfaitement à son délire de pervers narcissique.

Refuser de démissionner, annoncer qu’il pourrait dissoudre, menacer du chaos pour mieux l’incarner : tout cela relève d’une logique psychologique, plus que politique. Le narcissisme de pouvoir atteint ici son paroxysme : un chef qui ne gouverne plus, mais s’auto-maintient à la tête d’un système vidé de sens, par peur de sa propre disparition symbolique.

Le refus du réel, le déni de l’échec, la certitude d’incarner la nation, tous les ingrédients du narcissisme pathologique sont là. Et comme toujours dans ces configurations, la mise en scène du désordre précède la proclamation de l’ordre nouveau. Macron a compris qu’il n’a plus de légitimité populaire ; il ne lui reste donc que la légitimité du chaos, celle qu’on impose au nom de la stabilité.

Pendant que la France débat des apparences, le réel se dissout. Les institutions sont devenues des décors : l’Assemblée, un plateau de télévision ; les médias, un chœur antique qui récite la morale officielle. Tout le monde joue son rôle : l’indignation, la gravité, la colère, la résignation. Ce théâtre permanent n’a plus qu’un but : faire durer l’illusion du mouvement démocratique pendant que les leviers réels du pouvoir se concentrent ailleurs.

Et cette concentration n’est plus seulement politique. Elle est psychologique, idéologique, technologique. Le pouvoir n’est plus incarné par une fonction, mais par un individu qui se considère comme indispensable à la cohésion d’un monde qu’il a lui-même détruit depuis 8 ans.

Tous les chemins mènent désormais à l’article 16 [2].

Cette disposition, inscrite dans la Constitution de 1958, permet au président de la République de s’arroger les pleins pouvoirs “en cas de crise grave menaçant la République”.
De Gaulle y avait eu recours en 1961, face au putsch des généraux [3], mais aujourd’hui, la menace ne vient pas des casernes : elle est fabriquée à l’intérieur même du système, par un désordre orchestré.

La mécanique est limpide :

  1. créer une situation de blocage ;
  2. dramatiser le chaos ;
  3. présenter la concentration des pouvoirs comme l’unique issue.

Le rejet de la motion n’est qu’un jalon de plus dans cette progression. Le message envoyé est clair : “Voyez comme l’Assemblée est impuissante; voyez comme la République se paralyse; il faut donc que quelqu’un tranche.”. Et ce quelqu’un, bien sûr, se tient déjà prêt.

L’histoire a souvent tendance à se répéter car elle obéit à des structures récurrentes. Entre 1930 et 1933, la République de Weimar a connu la même lente descentes aux enfers nazis : D’abord la crise économique suivie de la perte de confiance, ensuite les divisions politiques et usage croissant des décrets d’urgence fondés sur l’article 48 [4]. Les “mesures exceptionnelles”, présentées comme temporaires, devinrent la norme. Le Parlement, affaibli, finit par céder aux sirènes de l’efficacité et voter les pleins pouvoirs à un homme qui promettait de restaurer l’ordre. Le reste appartient à l’Histoire qu’on croit connaître et qui pourtant n’est pas exactement la réalité profonde, mais ceci est un autre volet.

Ce qui importe ici, ce n’est pas la comparaison des individus, mais la ressemblance des logiques : quand une démocratie s’épuise, quand ses citoyens n’y croient plus, quand les institutions ne produisent plus que du bruit, alors l’homme fort devient la solution.

Et c’est précisément dans cet instant de lassitude collective que naissent les basculements.

Le 16 octobre a montré que la France n’est plus dirigée, elle est mise en scène. Les crises ne sont plus subies, mais produites. Elles servent à maintenir le peuple dans un état d’incertitude contrôlée : trop inquiet pour se révolter, trop désabusé pour espérer. C’est cela, le véritable “ordre nouveau” : une stabilité dans le déséquilibre, une gouvernance par la peur et par la fatigue.

Ce n’est pas un hasard si le discours du pouvoir reprend sans cesse les mêmes termes : “responsabilité”, “stabilité”, “sécurité”. Ce sont les mots qu’on prononce avant de fermer une porte.

J’en reviens à ce que j’ai écrit au début, ce qui se joue à Paris dépasse Paris car une France en état d’exception entraînerait l’ensemble du continent dans sa chute symbolique. En effet, si la “patrie des droits de l’homme” peut suspendre les siens sans réaction, alors plus rien ne protège les autres. L’Europe, déjà affaiblie par la technocratie, la guerre économique et la peur de l’avenir, verrait dans ce précédent une autorisation morale à basculer vers l’exception permanente.

Le danger n’est plus militaire, il est psychologique et narratif. Les peuples n’ont plus peur de la guerre, ils ont peur du vide, et ceux qui maîtrisent la peur contrôlent le réel.

Le rejet de la motion n’est pas une fin, c’est le point de non-retour. Le scénario avance, et il avance vite : chaque crise future, qu’elle soit économique, énergétique ou sociale, pourra désormais servir de prétexte à la proclamation d’un état d’exception. Quand l’article 16 sera activé, il ne sera pas vécu comme un coup d’État car il sera présenté comme étant une délivrance. C’est là le triomphe ultime du spectacle : faire applaudir sa propre disparition.

L’histoire est en train de se rejouer sous nos yeux, non pas comme une farce, mais comme une répétition générale avant la vraie représentation, et dans ce théâtre sans sortie, la seule question qui demeure est celle-ci : jusqu’où un pouvoir peut-il aller pour se sauver de lui-même ?

La réponse, nous la connaissons déjà : jusqu’à tout brûler , s’il n’est pas arrêté à temps.

PS : Ne croyez surtout pas que la Belgique est immunisée.


[1] Guy Debord, La Société du Spectacle, Buchet-Chastel, 1967.

[2] Article 16 de la Constitution française, Journal Officiel, 4 octobre 1958

[3] Archives nationales, Dossier « Article 16 – Crise d’avril 1961 ».

[4] Reichsverfassung, 11 août 1919, article 48 ;

[CONFERENCE] Notre santé, quel avenir? (2/2)

Conférence du dimanche 19/10/25 organisée par Nec Mergitur 17 à Saintes: https://www.necmergitur17.fr/


Partie1 : éthique et santé

  • Prof Didier Raoult : « L’importance du débat contradictoire en science »

  • Etienne Chouard : « comment sortir de la dictature sanitaire »

  • Prof Angus Dalgleish, oncologue, Londres : « La transfection à ARNM – Le rôle des plasmides »

  • Nicolas Dupont-Aignan: « les réformes de demain »

  • Federico Mele, juriste: « Ingénierie sociale et corruption dans le secteur de la santé »


Partie 2 : immunité naturelle, liberté et santé

  • Prof David Anderson, endocrinologue, Londres : « L’immunité naturelle et le rôle de la vitamine D3 »

  • Maître Frida Chialastri, avocate internationale, Milan : « Liberté de connexion et de déconnexion »

  • Francois-Marie Périer


Partie 3 : attaque sur le génome et la reproduction humaine

  • Maître David Martin-Sperry, avocat international, Londres : « Les Bio crimes contre l’Humanité – Le rôle de la Cour Internationale de Justice »

  • Me Balbir Paul, avocate, Londres : « Responsabilité juridique en matière de protection de la Santé humaine »

  • Prof Giuseppe Tritto, andrologue et micro-chirurgien, pdt de la WABT, Italie : « Attaque contre la Reproduction Humaine »

[CONFERENCE] Notre santé, quel avenir ? (1/2)

(1/2)Conférence du samedi 18/10/25 organisée par Nec Mergitur 17 à Saintes: https://www.necmergitur17.fr/

Invités:

  • Pr Giuseppe Tritto
  • Dr Jean-Marc SABATIER
  • Bernard LEGROS (Kairos)

Encore debout, grâce à vous !

Depuis 2021, nous avons été privés des aides à la presse périodique, une partie de [votre] l’argent public distribué aux publications périodiques qui ne vivent pas de la publicité. Depuis que nous avons été évincés de ces aides,dans des conditions dignes des républiques bananières, l’enveloppe a été augmentée…

4 ans sans subsides, 320.000 euros de votre argent que nous n’avons pas reçu. Nous tenons le coup avec beaucoup moins depuis 2021, nous avons dû licencier des collègues, réduire les salaires et les dépenses de façon générale, nous priver de partager avec vous tous des sujets que nous n’avions pas les moyens de traiter, faute de moyens financiers.

Aucune des publications, dont chacune reçoit aujourd’hui 80.000€ annuellement, n’a dénoncé, au nom de la liberté de la presse, le coup de force étatique dont nous avons été victimes. « Silence, nous sommes les garants de l’illusion que la presse est libre en Belgique. Profitons du partage du gâteau ».

Vous avez compris pourquoi nous sommes si importants ? Notre disparition leur ferait tellement plaisir…

Résultat : malgré que nous tenons le coup, chaque jour est un combat pour nous maintenir à flot.

Il n’a jamais été plus évident que leur souhait est que nous n’existions pas à vos yeux, de feindre qu’il n’y a pas et qu’il n’y a jamais eu de média Kairos. Ils piétinent la Charte de Munich allégrement, n’en ayant que faire de « votre droit à connaître la vérité« .

Comme ici, dans le répertoire officiel de la presse périodique publié sur le site et dans l’agenda annuel de l’Association des Journalistes professionnels où, jamais, nous n’avons été répertoriés, alors que Kairos est un média officiel, avec numéro ISBN et dont les exemplaires sont systématiquement versés au catalogue de la bibliothèque nationale belge.

Vous avez compris pourquoi nous sommes si importants ?

Notre disparition leur ferait tellement plaisir…

Nous ne sommes forts que grâce à votre soutien, à chacun, qui permet de réaliser une œuvre collective.

Nous ne lâcherons rien si vous ne nous lâchez pas.

Merci à celles et ceux qui déjà font vivre Kairos. Merci d’avance à ceux s’y ajouteront.

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Carnet de Russie – Christelle Néant, journaliste dans le Donbass

Interview de Christelle Néant, journaliste française dans le Donbass depuis 2016.
Retrouvez son travail journalistique sur son site: https://www.ir-press.ru/

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L’avenir proche de l’humanité : entre effondrement et renaissance

Par Serge Van Cutsem

Tout s’effrite mais rien ne s’avoue clairement. Les puissants s’accrochent à leurs illusions, les peuples s’habituent au vacarme du mensonge, et la planète, lasse et indifférente, nous regarde tourner en rond. Ce texte n’annonce pas la fin du monde, mais la fin d’un monde (le nôtre) : celui de la déraison technologique, de la foi aveugle dans la croissance infinie et du spectacle permanent. Entre effondrement et renaissance, il reste une brèche : celle de la conscience. C’est là que se joue désormais l’avenir de l’humanité.

En effet, il flotte dans l’air une impression étrange, un peu comme si le monde continuait à tourner, mais sans pilote dans le cockpit. Les dirigeants gouvernent à vue, les économistes commentent des bilans truqués, les médias récitent des narratifs et récits qu’on leur a imposés, et les peuples, en pleine dissonance cognitive et épuisés, voient leur colère se transformer en résignation.

On parle encore de progrès, de transition, d’innovation, mais tout cela sonne creux. Le sentiment diffus qui s’installe, c’est que quelque chose se défait, lentement mais sûrement, sans pouvoir l’expliquer clairement. Il ne s’agit pas de croire à la fin du monde, car celui-ci existait déjà bien avant nous et il nous survira sans problème… mais c’est bien de la fin d’un monde : celui qui aujourd’hui est bâti sur la croyance que la technique, la finance et la communication pouvaient remplacer la sagesse, la justice et la vérité. Nous vivons l’agonie d’un modèle occidental qui, après avoir voulu dominer la planète, s’effondre dans le vide de sa propre mise en scène. Il atteint son point de rupture, non parce qu’il a été vaincu par des forces extérieures, mais parce qu’il s’est vidé de sens à l’intérieur.

Les grands récits, qu’ils soient religieux, politiques ou scientifiques, s’effondrent sous leur propre poids. L’Occident, qui était jadis le moteur du progrès, s’est transformé en machine à fabriquer des illusions : démocratie représentative sans débat, avec ses représentants qui ne s’intéressent qu’à eux, une écologie qui n’a plus aucun rapport avec la nature et une science qui n’est plus que du scientisme politique et capitaliste.

Ce qui se joue aujourd’hui, c’est l’effondrement du récit unique, du narratif diffusé inlassablement par des médias mainstream qui appartiennent tous sans exception à des milliardaires, ceux-ci recevant en plus des subsides publics payés par ceux qu’ils désinforment. C’est la double peine.

Partout, les peuples comprennent progressivement que la “vérité officielle” n’est qu’un décor, une mise en scène destinée à maintenir un ordre. Ce que les autorités appellent théorie du complot n’est en réalité qu’une tentative de reprendre le contrôle de la réalité en la diffusant le plus largement possible.

Le futur proche sera donc un champ de bataille narratif : la guerre des récits, entre ceux qui veulent imposer un discours et ceux qui cherchent à redécouvrir le réel.

Guy Debord avait annoncé dès 1967 dans La Société du Spectacle que l’image remplace le réel [1]

Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles.” [2].

Ce n’était pas une métaphore, mais une prophétie. Le spectacle, pour Debord, n’est pas un divertissement : c’est très sérieux, car c’est le mode d’organisation du monde moderne, où tout ce qui était vécu directement devient représentation. Prenons l’exemple de Macron qui se préoccupe plus de se mettre en scène que de diriger le pays pour le bien du peuple.

Désormais, les rapports humains passent plus par l’image, la marchandise et la mise en scène que par la parole entre individus. Les réseaux sociaux, les médias et les gouvernements ne produisent plus du sens et de l’intelligence mais des narratifs  entrecoupés de divertissement. L’important n’est plus de s’informer sérieusement et de comprendre, mais d’être vu, commenté et partagé sur Facebook, Instagram et autres pièges qui ne sont que des lessiveuses à cerveaux. La vérité n’est plus qu’un décor.

Le réel est remplacé par sa version numérique, et l’histoire par un flux d’images sans mémoire. Certains attendent de vivre leur journée avec un casque virtuel sur la tête. Nous sommes passés du citoyen à l’utilisateur, du débat à la réaction, du vote à l’algorithme.

Il suffit d’observer la vie politique française du dernier mois et surtout ces derniers jours pour mesurer à quel point Debord avait raison. Ce qui se déroule sous nos yeux n’est plus de la politique, mais un feuilleton, une succession d’épisodes contradictoires où l’on ne sait plus qui décide, ni pourquoi. Les ministres tombent avant d’avoir gouverné, les alliances changent d’heure en heure, les éditorialistes jouent les prophètes, et les citoyens, épuisés, regardent cette farce tourner à vide.

La confusion n’est plus un accident, c’est le mode de gouvernance. Les dirigeants ne cherchent plus à convaincre, mais à saturer l’espace mental. Chaque scandale en chasse un autre, chaque indignation recouvre la précédente. Le spectacle ne montre plus le pouvoir, car en fait c’est lui qui est devenu le pouvoir. La France illustre à la perfection ce que Debord appelait “le spectacle diffus”, cette tyrannie douce où la société se maintient par le vacarme de sa propre simulation.
Ce n’est plus un gouvernement, c’est un casting, un décor démocratique où les figurants votent pendant que le scénario s’écrit ailleurs. La phrase de Debord : “Ce qui apparaît est bon, ce qui est bon apparaît.” résonne comme une sentence : dans cette comédie des apparences, tout ce qui est vrai devient suspect, et tout ce qui brille passe pour réel. L’inversion des valeurs qui débouche systématiquement sur l’inversion accusatoire.

Au milieu de ce chaos surgit un acteur nouveau : l’intelligence artificielle [3]. Certains la craignent, certains la désirent et d’autres la diabolisent, mais elle n’est en réalité que le miroir de ce que nous sommes. Je l’ai déjà décrit plusieurs fois : l’IA amplifie nos vertus, nos vices, nos désirs et nos peurs [4], mais elle peut aussi amplifier nos connaissances et notre intelligence. Elle ne pense pas : elle reproduit. Elle ne crée pas : elle agrège.
L’IA peut libérer l’homme du travail absurde, ou l’enfermer dans une dépendance cognitive totale. Le choix sera simple : soit nous apprenons à piloter l’IA, soit nous serons pilotés par elle. Le futur immédiat se joue sur cette ligne de crête entre maîtrise et servitude numérique.
Les sociétés qui intégreront la technologie sans renier la conscience humaine survivront, tandis que les autres deviendront les colonies d’un empire algorithmique. Quant à l’espoir de sa disparition pure et simple, cela restera incontestablement une illusion.

Pendant qu’on amuse les foules avec les crises politiques, le cœur du système, la finance, s’effondre. Les États vivent à crédit, les banques centrales camouflent les déficits, et la monnaie devient un instrument de pouvoir. L’inflation n’est plus un accident, c’est une stratégie : un impôt invisible pour sauver le château de cartes qui s’effondre inéluctablement [5].
Le centre du monde glisse vers le Sud global. Les BRICS avancent, pendant que l’Europe se perd dans des règlements et des postures morales [6]. Là où d’autres bâtissent, elle réglemente. Là où d’autres innovent, elle culpabilise. L’euro numérique, le dollar programmable, ces monnaies de demain ne visent pas la modernisation et la sécurité, mais le contrôle total de l’Homme [7]. Demain, la dissidence pourrait se payer par un blocage de compte. Le futur monétaire sera soit décentralisé et humain, soit totalitaire et automatique [8].

Quant à l’écologie, on parle de transition verte, mais les faits sont là : on remplace une dépendance par une autre. Le pétrole par le lithium, les mineurs du Congo par les robots de Shanghai [9]. Le discours écologique est devenu la nouvelle liturgie du capitalisme. On ne sauve pas la planète, on change de business model. Le greenwashing n’est que de l’escrologie [10].

Pendant qu’on culpabilise les citoyens pour leurs chaudières, les multinationales continuent d’extraire, de bétonner, de polluer et on importe de la viande qui traverse l’atlantique sur des cargos gigantesque et hyper pollueurs . La planète, elle, ne risque rien car elle fait ce qu’elle a toujours pu faire : elle s’adapte. Par contre, c’est l’humanité qui s’épuise.

Sous le vacarme des sommets intercontinentaux, on va assister de plus en plus rapidement à de nouvelles semences qui germent : ingénieurs, artisans, paysans, communautés locales qui réinventent des modèles sobres et autonomes. C’est là que se prépare la véritable transition, le sauvetage des Hommes par les Hommes.

La crise ultime n’est ni politique ni économique : elle est spirituelle, et je n’utilise pas ce terme dans le sens exclusivement religieux, car la spiritualité n’est pas nécessairement reliée à un Dieu quelconque, elle peut être aussi et surtout intérieure et personnelle.

C’est là que se pose le véritable problème moderne : nous avons tout, sauf le sens même de la vie. L’homme moderne est connecté à tout sauf à lui-même et encore moins aux autres. Le Geek a de moins en moins de choses à dire et de plus en plus de moyens de le faire savoir.

Il faut avoir plus de 50 ans pour se rappeler du feuilleton Le Prisonnier, réalisé et joué par Patrick McGoohan. Cette série était exceptionnellement visionnaire et j’invite ceux qui ne l’ont pas connue à la retrouver [11].
On peut conserver une certaine dose d’optimisme, car sous les décombres de cette modernité qui devient chaque jour plus malsaine, on constate un frémissement. Des voix s’élèvent, des consciences s’ouvrent, des êtres se réveillent et les médias citoyens sont de plus en plus nombreux[12]. En fait ce n’est pas une révolution idéologique, c’est un simple retour du réel, un refus de l’artifice. Ceux qui cultivent la pensée libre, et la foi en l’Humain deviennent les nouveaux dissidents.

Nous entrons dans la décennie du grand choix :

 ● d’un côté, le bloc technocratique, financier, numérique, obsédé par le contrôle ;
 ● de l’autre, l’humanité vivante, diverse, créatrice, encore capable de dire non.

Le système joue actuellement sa dernière carte : la peur. La peur du virus, la peur du climat, la peur du chaos, mais la peur n’est ni une solution ni un horizon. Ceux qui auront pu préserver leur lucidité, leurs savoirs, leur âme, seront les vrais résistants du futur.

L’avenir de l’humanité ne se joue plus dans les parlements et les sénats, mais dans la conscience collective ; cette conscience, même assoupie, finit toujours par se réveiller.
L’avenir proche n’est ni radieux ni apocalyptique. Il sera contrasté, chaotique, multiple.

Des sociétés sombreront plus vite que d’autres dans la surveillance numérique ; d’autres renaîtront dans la sobriété volontaire. Certaines populations s’éteindront par lassitude et d’autres parviendront à se réinventer. Une seule certitude demeure : le réel finit toujours par reprendre ses droits. La nature, la vérité, la vie sont patientes, mais inflexibles. Le mensonge prend l’ascenseur et la vérité l’escalier, mais elles se retrouveront inéluctablement face à face. Et lorsque le rideau tombera sur cette société du spectacle , il restera ceux qui auront gardé leur esprit libre, leur mémoire et leur courage.

Ceux-là, qu’on tente de rendre muets, seront pourtant les bâtisseurs du prochain cycle humain.


[1] Guy Debord, La Société du Spectacle, 1967.

[2] Analyse et contexte historique du concept de « spectacle » (voir éditions Gallimard, 1992).

[3] UNESCO, Recommendation on the Ethics of Artificial Intelligence, 2021.

[4] OCDE, AI Principles and Guidelines for Trustworthy AI, mis à jour 2024.

[5] FMI, Inflation as a Hidden Tax, Working Paper, 2023

[6] Reuters, BRICS Summit 2025 – Expansion and Global South Dynamics.

[7] Banque centrale européenne, Digital Euro Project – Official Overview, 2024

[8] Bank for International Settlements, Programmable Money and CBDC Risks, 2024

[9] Amnesty International, This is what we die for – Human cost of cobalt mining in the DRC, 2023.

[10] OCDE, Protecting and Empowering Consumers in the Green Transition: Misleading Green Claims, 2025

[11] Série britannique culte (1967) créée et interprétée par Patrick McGoohan, Le Prisonnier met en scène un agent secret enfermé dans un “Village” où chacun perd son nom pour un numéro. Refusant d’être “le Numéro 6”, le héros découvre, à la fin, que le mystérieux “Numéro 1” n’est autre que lui-même — symbole de la servitude intérieure et du pouvoir de l’ego. L’explosion finale traduit la destruction du maître intérieur, ultime condition de la liberté.

[12] Étude Reuters Institute / Oxford University (2024) sur la croissance des médias indépendants en Europe

MEHA – Make Europe Healthy Again en direct du parlement européen

MEHA – Make Europe Healthy Again en direct du parlement européen

Pour en savoir plus: https://gomeha.com/


15 octobre 2025

L’INTERVIEW: Naomi WOLF – PFIZER PAPERS

Pfizer Papers, le livre de Naomi Wolf: https://www.fr.fnac.be/a21284694/Naomi-Wolf-Pfizer-Papers-Les-crimes-de-Pfizer-contre-l-humanite

Comment l’Occident a amené la guerre en Ukraine, Benjamin Abelow – Livre en téléchargement gratuit –

Comprendre comment les politiques des États-Unis et de l’otan ont conduit à la crise, la guerre, et au risque d’une catastrophe nucléaire par Benjamin Abelow.


Depuis près de 200 ans, et la formulation de la doctrine Monroe en 1823, les États-Unis ont avancé des revendications de sécurité sur pratiquement la totalité de l’hémisphère occidental. Toute puissance étrangère qui envisage de placer ses forces militaires à proximité du territoire des États-Unis sait qu’elle franchit une ligne rouge. La politique menée par les États-Unis concrétise donc leur conviction que l’endroit où un adversaire potentiel déploie ses forces militaires est d’une importance capitale. En fait, ce principe constitue l’une des pierres angulaires de la politique étrangère et militaire américaine, et sa violation est considérée comme un motif de guerre. Pourtant, en ce qui concerne la Russie, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont agi depuis des décennies au mépris de ce même principe. Ils ont progressivement avancé le déploiement de leurs forces militaires vers la Russie, jusqu’à ses frontières mêmes. Ils l’ont fait avec une attention insuffisante et parfois un mépris total pour la façon dont les dirigeants russes pourraient percevoir ces avancées. Si la Russie avait entrepris des démarches équivalentes à l’égard du territoire des États-Unis – par exemple en plaçant ses forces militaires au Canada ou au Mexique — Washington serait entré en guerre et aurait justifié cette guerre comme une réponse défensive à la menace militaire d’une puissance étrangère à sa frontière. 2 COMMENT L’OCCIDENT A AMENÉ LA GUERRE EN UKRAINE À la lumière de ces considérations, l’invasion de l’Ukraine par la Russie n’apparaît pas comme l’expansionnisme effréné d’un dirigeant russe malveillant, mais comme une réaction, violente et destructrice, à des politiques occidentales malavisées : une tentative de rétablir une zone autour de la frontière occidentale de la Russie qui soit exempte de menaces de la part des États-Unis et de leurs alliés. Ayant mal compris pourquoi la Russie a envahi l’Ukraine, l’Occident fonde maintenant ses décisions existentielles sur des prémisses fausses. Ce faisant, il aggrave la crise et avance peut-être en somnambule vers une guerre nucléaire. Cette thèse, que je vais présenter en détail, est basée sur les analyses d’un certain nombre d’universitaires, de responsables gouvernementaux et d’observateurs militaires, que j’introduis ici et citerai tous au cours de l’exposé. Il s’agit notamment de John Mearsheimer, Stephen F. Cohen, Richard Sakwa, Gilbert Doctorow, George F. Kennan, Chas Freeman, Douglas Macgregor et Brennan Deveraux.

Télécharger le livre ici:


“Une explication brillante et remarquablement concise du danger créé par l’implication militaire des États-Unis et de l’OTAN en Ukraine. Un livre qui devrait être lu et médité par tout citoyen capable de penser rationnellement et de manière responsable à la sécurité américaine et européenne.”

— Jack F. Matlock, Jr., ancien ambassadeur des États-Unis en Union soviétique, auteur de Superpower Illusions

“Pour toute personne intéressée par la compréhension des véritables causes de la catastrophe en Ukraine, Comment l’Occident a amené la guerre en Ukraine est une lecture obligée. Abelow démontre clairement et de manière convaincante que les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN— et non Vladimir Poutine— sont les principaux responsables.”

— John J. Mearsheimer, auteur de The Tragedy of Great Power Politics, est Professeur émérite de Science politique à l’Université de Chicago

“C’est un magnifique petit livre, bien écrit, organisé logiquement, facile à lire et convaincant, mais avec les réserves qui s’imposent. Il s’agit d’une introduction inestimable aux tendances et aux événements qui ont mené à l’escalade et la guerre en Ukraine. Sans compréhension de l’histoire documentée dans ce livre, il n’y aura pas de désescalade dans la confrontation américanorusse aux frontières orientales de l’Europe.”

— Chas Freeman, ancien Secrétaire adjoint à la Défense pour les Affaires de sécurité internationale, auteur de Arts of Power : Statecraft and Diplomacy

“Pour ceux qui se soucient de la sécurité nationale des États-Unis et de la paix en Europe, ce livre est une lecture essentielle.”

— Le Colonel Douglas Macgregor de l’Armée américaine (à la retraite), auteur de Margin of Victory, qui a été décoré pour bravoure lors de la bataille de 73 Easting en Irak et a été Directeur du Centre d’opérations interarmées de l’OTAN au SHAPE (Grand quartier général des puissances alliées en Europe)

“Un aperçu concis mais complet et accessible. Inestimable pour comprendre comment la guerre est revenue en Europe. Benjamin Abelow démontre que la crise en Ukraine était prévisible, prédite — et évitable.”

— Richard Sakwa, auteur de Frontline Ukraine et The Putin Paradox, est professeur de Science politique, spécialiste de la Russie et l’Europe, à l’Université du Kent

“Ben Abelow nous emmène au-delà des récits trompeurs et dans la vérité de la crise ukrainienne.”

— Krishen Mehta, Chercheur principal au programme Global Justice de l’Université de Yale, et directeur du Comité américain pour l’entente Américano-Russe

“Avec la guerre par procuration en Ukraine entre les États-Unis / l’OTAN et la Russie, nous sommes confrontés à une menace d’escalade nucléaire qui pourrait mettre fin à la civilisation humaine. Le livre d’Abelow est une lecture essentielle pour tous ceux qui souhaitent comprendre cette menace et pourquoi, 30 ans après l’effondrement de l’Union soviétique, elle a réapparu.”

— Gilbert Doctorow, auteur de Mémoires d’un russologue, est historien et spécialiste indépendant de la Russie basé à Bruxelles

“C’est un livre tellement important. Je l’ai lu trois fois. Il est d’une extraordinaire clarté non seulement de langage mais aussi de pensée. Je ne saurais trop le recommander.”

— Robert F. Kennedy Jr.

Carnet de Russie – Un soldat américain en Russie

Les interviews et témoignages que vous allez voir ont été recueillis en Russie, plus particulièrement à Moscou, Nijni Novgorod et dans le Donbass, lors d’un press tour organisé entre le 11 et 21 septembre 2025, avec des politiciens, journalistes, blogueurs et figures publiques des quatre coins du monde. Une immersion au-delà du rideau de fumée. Nous terminerons cette série par un documentaire diffusé dans toutes les salles libres.

Les prochaines semaines, vous pourrez bénéficier de nombreuses interviews et reportages: Laurent Brayard, Christelle Néant, Fiana Savenkova, des soldats du détachement Pushkar, du bataillon Maksim Krivonos; des témoignages de journalistes de Donetsk ou d’étudiants de l’université; un reportage exclusif à Marioupol ainsi qu’à l’usine Azovstal; les récits d’habitants bombardés depuis 2014 par le gouvernement de Kiev à Gorlovka, ainsi que le témoignage d’un citoyen américain ayant quitté son pays pour rejoindre les forces armées ukrainiennes se battant contre l’armée de Kiev. Nous terminerons cette série par un documentaire diffusé là où le débat est encore possible.

Champ magnétique dans les véhicules électriques

Les occupants des voitures électriques sont exposés à de fortes et brèves impulsions de champ magnétique (CM) de basse fréquence qui peuvent dépasser les limites de protection officielles de l’UE bien que celles-ci soient considérées comme largement laxistes par les experts indépendants.[note] Ce dépassement est notable lors du démarrage, de l’accélération et du freinage. Il semble aussi plus prononcé pour les moteurs et les batteries les plus puissantes. C’est ce qu’il ressort d’une étude approfondie sur 14 voitures différentes menée par Seibersdorf Labor GmbH (Autriche)[note] à la demande du BfS (Bundesamt für Strahlenschutz, l’Office fédéral pour la radioprotection en Allemagne). Elle est disponible sous forme d’un rapport de plus de 400 pages en allemand, publié fin 2024, mais n’a pas eu l’écho qu’elle aurait mérité, peut-être parce que ses conclusions vont à l’encontre d’intérêts puissants : d’une part, ceux des constructeurs de voitures électriques, déjà en difficulté, d’autre part, le projet de l’UE d’interdiction de vente de voitures thermiques neuves à partir de 2035. On peut aussi compter sur le BfS, une agence capturée par l’industrie des télécoms et du nucléaire, pour minimiser le retentissement d’une telle étude et réduire la portée du constat.

Le premier diagramme ci-dessous montre que le dépassement de la limite de la norme de l’UE (ICNIRP 1998, valeurs pic, c’est-à-dire instantanées) a lieu pendant environ 10 % du temps de conduite en moyenne pour les véhicules électriques et hybrides considérés. L’exposition maximale des passagers a lieu au plus près du plancher des véhicules, ce qui n’est pas surprenant, étant donné qu’il y passe une grande partie du câblage et qu’il peut s’y trouver la batterie.

Ci-dessous, l’exemple d’un pic d’intensité du champ magnétique pour une Tesla Model 3 au freinage, tiré de la page 147 du rapport (axe vertical : champ magnétique en microtesla ; axe horizontal : temps en seconde). Le freinage commence à la seconde 3,4. Entre 0 et 1 seconde, on voit la fin de l’accélération pour arriver à 120 km/h. Les mesures sont faites au niveau du pied gauche du passager avant. Les trois courbes de couleurs différentes correspondent aux mesures du CM selon trois axes orthogonaux (ce qui au final, en additionnant les trois composants, des vecteurs, donne une intensité maximum du CM d’environ 100 µT – dommage que cela n’apparaisse pas directement, le lecteur pressé ou naïf étant susceptible de s’en tenir au 60 µT d’un seul composant).

L’étude couvre aussi les véhicules à deux roues de même que le transport ferroviaire où les niveaux sont également préoccupants (à choisir, éviter l’étage dans un wagon à 2 niveaux, la proximité de la jonction entre 2 wagons et la proximité d’un pantographe).

Dans tous les véhicules en mouvement, électriques ou non, la rotation des pneus génère un champ magnétique (CM) important, dont l’intensité est proportionnelle à la vitesse. Les places arrière latérales des voitures sont généralement les plus exposées, ce qui m’incite à faire deux autres suggestions :

  • Si possible, installez un enfant à la place arrière centrale, en particulier lors de longs trajets.
  • Démagnétiser les pneus, ce qui permet de réduire fortement le champ magnétique dû à leur rotation.

D’autres équipements génèrent des CM : alternateurs, ventilateurs, sièges chauffants, etc. Dans les véhicules à moteur thermique, tous les passagers peuvent être exposés à un CM non négligeable généré par le câblage électrique reliant la batterie et l’alternateur lorsqu’ils sont disposés de part et d’autre de l’habitacle.

Au vu de cette étude, on devine que les constructeurs de voitures pourraient mieux faire pour réduire l’intensité de ces champs magnétiques. À ce jour, ce n’est pas une priorité.

Pour aller plus loin :

ON PARLE DU 71

Dans cette émission nous parlerons de notre dernier numéro qui est disponible ici: https://www.new.kairospresse.be/journal/kairos-71/

Une société post-traumatique

Dans le domaine de la psychologie, on sait que le secret familial permet à l’entité de ne pas exploser, au prix de silence, censure, non-dit et faux semblant, dans le but de garder l’apparence de la normalité. Ce secret traumatisant et le fonctionnement qu’il implique se transmet de génération en génération, affectant les relations entres les membres de la famille, mettant en péril les individus du clan, chacun étant le plus souvent conscient que « quelque chose ne va pas », perpétuellement soumis au risque de retour du refoulé, sous forme de rêves, actes manqués, comportements à risque, inadaptés ou dangereux.

On peut aisément élargir ce processus réduit à la famille à nos sociétés. Si, avant Covid-19, événement mis en scène par le pouvoir politico-médiatique et orchestré par une oligarchie en arrière-plan (Gates, Rockefeller, Soros, etc.), la vie collective ne se portait déjà pas très bien, dans un monde où les valeurs se perdaient et où le rapport à l’autre se distendait de plus en plus, l’ère post-Covid a formidablement accentué cette décadence en cours. La technocratie numérique chère à Klaus Schwab, ancien dirigeant du Forum économique mondial qui a formé ses poulains comme Alexander De Croo, Angela Merkel, Ursula von der Leyen ou encore Justin Trudeau, a réussi cette formidable prouesse de rendre chaque individu intimement responsable de ce qu’il avait fait. En effet, quoi de plus insidieux et pervers que d’amener le sujet, mis sous les pressions conjuguées du conformisme, de la peur, de l’autorité et d’une spécieuse volonté de « protéger les autres », que de se faire injecter un produit expérimental présenté comme librement consenti (1) ?

La dissonance cognitive mise en évidence par Léon Festinger, théorie des plus pertinentes pour expliquer les réactions individuelles dans un monde malade, atteint des sommets avec Covid-19. Celui-ci explique comment l’individu réagit pour retrouver un équilibre quand des pensées entre elles, ou des pensées et des comportements, sont contradictoires. Si, avant la « vaccination », la dissonance fut profonde et généra le passage à l’acte médical pour de nombreuses personnes voulant rétablir l’équilibre d’une situation de déséquilibre (2) totalement générée par la caste médiatico-politique, elle n’en demeure pas moins importante après, rendant la conscientisation d’autant plus difficile, là où avant elle relevait encore du domaine du possible. Nombreux, ces 4 dernières années, sont venus me voir en me disant que l’événement Covid-19 leur avait « ouvert les yeux ». Ils étaient avant enfermés sans le savoir dans la caverne, certain que ce monde était sans doute imparfait, mais le meilleur qui soit, les gouvernements s’employant à réparer les maux de celui-ci. Covid-19 leur donna la conscience que médias et politiques ne réparaient pas les maux mais les créaient, tout en s’employant à feindre sans cesse, activité indispensable, qu’ils oeuvraient au bien : cela s’appelle « relations publiques » et « communications », reléguant le vrai journalisme à une plaie que la caste médiatico- politique se devait de combattre sans relâche, en nous répétant sans cesse pour être fidèle à son principe qu’elle ne faisait que la défendre, bavant sans relâche les mots « liberté d’expression » et « liberté de la presse ».

Nombreux se sont donc fait piquer « malgré eux », sans y avoir été explicitement obligés. Ils sont donc pris dans cette quasi inextricable situation de devoir reconnaître qu’ils se sont trompés, malgré qu’ils le savaient ou qu’ils le pressentaient, espérant pour certains, comme à la roulette russe, n’en subir aucun effet, pour d’autres que ce n’était là que routine médicale sans danger. Cela génère donc une dissonance cognitive chez des individus dont les effets s’agrègent pour agir sur le collectif et donc la société, créant une anomie à un point que même l’état de guerre ne connaît pas, c’est-à-dire une « désorganisation, déstructuration d’un groupe, d’une société, causée par la disparition progressive de lois, de normes, de valeurs communes », générant la déréliction, cet « état de l’être humain qui se sent abandonné, laissé à lui-même, sans secours divin ».

Les plus atteints par les effets de la névrose collective, aveugles devant la vérité, voient dans l’événement Covid- 19 quelque chose de superficiel, un épiphénomène (3) alors que Covid 19 est un événement primaire qui nous permet de saisir le phénomène essentiel, à savoir le monde dans lequel nous sommes. Laissons ces derniers dans leur délire. Pour les autres, par contre, allons au-delà de la division que le pouvoir entretient et tendons-leur les bras.

La conscience conjuguée à l’impuissance confine à la dépression, au délire ou à la déréliction. Nous sommes collectivement dans un état de société post-pré-traumatique, l’individu étant sans cesse soumis à de nouveaux chocs, sans savoir quand adviendra le prochain – d’où l’impossibilité de se projeter dans le futur, fait dramatique pour tout le monde, mais bien plus pour les enfants et jeunes adultes.

Il n’y a que la convivialité qui puisse nous permettre de refaire société, au-delà des petites différences, pour pouvoir débattre et, enfin, substituer aux luttes horizontales des luttes verticales qui seules permettront un véritable changement de paradigme.

Alexandre Penasse

Sommaire

Que sont devenus les compl-autistes ? Partie 2
Kaarle Parikka

Ardente censure. Sur la culture de l’annulation à Liège
Nicolas Bart

11/09 à l’Ouest, 09/99 à l’Est : les pouvoirs dévoilés ?
Daniel Zink

Le cordon sanitaire : protection de la démocratie ou protection contre la démocratie ?
Thierry Simonelli

Big Mother veille sur vous (partie 1/4)
Kenny Cadinu

Et si on jouait ?
Jean-Guy Divers

Les « vrais résistants », apôtres de la division
Alexandre Penasse

Lecourr(oux)ier de Luc Rainien

FILS DE PUB – Influenceurs en pagaille
Alain Adriaens

VIVRE ET HABITER EN PRATIQUANT L’AUTONOMIE.
Christian La Grange

Les larmes des oliviers
Virginie Belfiore

Non pas une, mais trois formes d’agriculture en Wallonie

BRÈVES

VU, LU, ENTENDU

Dossier

FUTUR D’UN MONDE PLASTIQUE ET FUTURS PLASTIQUES DU MONDE

Lutter contre le plastique bashing
Marzie Flodienka

Changer son regard sur l’utilisation des ressources
Marzie Flodienka

Nommer et comprendre l’empreinte plastique
Marzie Flodienka

« Les émotions de la pandémie », conférence de Thierry Simonelli

Télécharger le texte de la conférence:

« Les émotions de la pandémie », conférence de Thierry Simonelli au Centre culturel arabe de la Province de Liège, vendredi 26 septembre 2025, co-organisé par le CCAPL et Liège-Décroissance.

La pandémie de Covid-19 n’a pas seulement bouleversé nos systèmes de santé et nos équilibres politiques ; elle a aussi redéfini en profondeur nos manières de sentir et d’exprimer. L’analyse de cette situation permet d’explorer comment des émotions comme la peur, la culpabilité, l’angoisse ou la solidarité ont été activement façonnées, instrumentalisées et parfois imposées par les discours publics, les consignes gouvernementales et les médias.

À travers la grille théorique de William Reddy, en particulier ses concepts d’« émotif » et de « régime émotionnel », il devient possible d’interpréter ces émotions non comme des réactions naturelles à une menace biologique, mais comme des actes discursifs normatifs, inscrits dans une stratégie de gouvernement (biopolitique) des âmes et des corps.

Thierry Simonelli est docteur en philosophie et en psychologie. Il exerce la psychanalyse au Luxembourg depuis plus de 20 ans et est l’auteur de plusieurs ouvrages spécialisés consacrés à la pensée critique, à la psychopathologie contemporaine et à la théorie psychanalytique (voir son site web). Son dernier article, dans Kairos n° 71, est intitulé « Le cordon sanitaire : protection de la démocratie ou protection contre la démocratie ? ».

Carnet de Russie – Balade à Moscou

Les interviews et témoignages que vous allez voir ont été recueillis en Russie, plus particulièrement à Moscou, Nijni Novgorod et dans le Donbass, lors d’un press tour organisé entre le 11 et 21 septembre 2025, avec des politiciens, journalistes, blogueurs et figures publiques des quatre coins du monde. Une immersion au-delà du rideau de fumée. Nous terminerons cette série par un documentaire diffusé dans toutes les salles libres.

Balade à Moscou avec Laurent Brayard, journaliste, écrivain et historien.

Les prochaines semaines, vous pourrez bénéficier de nombreuses interviews et reportages: Laurent Brayard, Christelle Néant, Fiana Savenkova, des soldats du détachement Pushkar, du bataillon Maksim Krivonos; des témoignages de journalistes de Donetsk ou d’étudiants de l’université; un reportage exclusif à Marioupol ainsi qu’à l’usine Azovstal; les récits d’habitants bombardés depuis 2014 par le gouvernement de Kiev à Gorlovka, ainsi que le témoignage d’un citoyen américain ayant quitté son pays pour rejoindre les forces armées ukrainiennes se battant contre l’armée de Kiev. Nous terminerons cette série par un documentaire diffusé là où le débat est encore possible.

Trump promettait la paix en 24h, il offre la guerre sans fin

Par Serge Van Cutsem

Après avoir promis la paix en Ukraine en 24 heures, Donald Trump adopte désormais une posture de chef de guerre par procuration. Dans un revirement spectaculaire, il appelle à une reconquête totale par Kiev, tout en annonçant que les États-Unis continueront à livrer des armes… mais que l’Europe paiera la facture et enverra les soldats. Comme toujours, l’Amérique fait la guerre à distance, sur le sol des autres, avec le sang et l’argent des autres. Et pendant que l’OTAN se frotte les mains, Trump enterre définitivement son image d’anti-système.

Il fut un temps – pas si lointain – où Donald Trump jurait ses grands dieux qu’il mettrait fin à la guerre en Ukraine « en 24 heures », qu’il couperait le robinet à dollars et à missiles, qu’il réduirait l’OTAN à un club de discussion vaguement stratégique, et qu’il ferait passer l’Amérique avant les lubies guerrières de l’Europe.

Mais ça, c’était avant son étrange mue. Avant qu’un clone sous stéroïdes globalistes ne prenne le contrôle de son compte X Truth Social pour publier une déclaration aussi inattendue que délirante : « L’Ukraine peut reconquérir toute son intégrité territoriale, avec l’aide de l’Union européenne et de l’OTAN. Nous fournirons les armes, et bonne chance à tous ! »

Pardon ? Qui parle ? Donald Trump ou Victoria Nuland ? Même Joe Biden, dans ses rares jours de lucidité, n’aurait pas osé…

En quelques lignes, le chef autoproclamé de l’Amérique souverainiste est devenu le porte-parole zélé de l’Alliance atlantique. Celui qui dénonçait hier les aventures militaires ruineuses annonce aujourd’hui, avec l’enthousiasme d’un VRP des cinq cavaliers de l’Apocalypse industrielle[1] , que les livraisons d’armes vont se poursuivre. À charge pour l’OTAN de s’en « débrouiller ». Traduction : que ça explose, que ça saigne, mais surtout … que ce soit loin de chez nous.

Et là est toute la subtilité toxique de la manœuvre : Trump ne propose pas d’envoyer un seul soldat américain, pas une goutte de sang yankee ne coulera. Pas un dollar de plus que ce que le complexe militaro-industriel jugera rentable. En bon businessman, il propose à l’Europe de financer le conflit, de se saigner aux quatre veines jusqu’à appauvrir totalement sa population, pour entretenir une guerre sans fin, pendant que l’Amérique reste à l’abri, encaisse les profits, et regarde les troupes européennes aller au casse-pipe. Et ça, ce ne sera pas la première fois dans l’histoire de ce grand pays qui s’enrichit avec des bombes.

Faire la guerre, oui – mais avec l’argent des autres, les morts des autres, et les ruines des autres.

Mieux encore : Trump ridiculise la Russie, qu’il compare à un tigre de papier. Après des années à louer la puissance de Vladimir Poutine et à se présenter comme l’homme du dialogue musclé, le voilà qui sonne la charge : « La Russie est à genoux, l’économie est en miettes, et l’Ukraine n’a jamais été aussi forte. » Il ne manque plus que l’appel à une contre-offensive vers Moscou avec la bénédiction du Pentagone.

Mais ce n’est pas une première depuis son retour au pouvoir. Déjà après le carnage de Gaza, Trump avait jeté aux orties son image de pacificateur du Moyen-Orient, préférant applaudir les bombardements massifs sur des populations civiles, quitte à surpasser Biden dans l’indécence guerrière. Cette fois, c’est l’Ukraine qui sert de théâtre à son virage idéologique.

Ceux qui croyaient voter pour l’anti-système en 2024 découvrent, médusés, qu’ils ont élu un clone atlantiste. L’Amérique d’abord ? Disparue. La paix dans le monde ? Remise à plus tard. Le réalisme géopolitique ? Enterré sous une avalanche de missiles livrés aux généraux d’opérette qui se prennent pour Napoléon en pantoufles.

Et pendant ce temps, le complexe militaro-industriel se frotte les mains. Peu importe le président, pourvu que les usines tournent. Trump l’homme libre est devenu Trump le logisticien de l’OTAN, un simple fournisseur d’armes avec le sourire. Il a troqué la casquette rouge MAGA pour un képi de sergent-recruteur européen. Le tout, sans se mouiller.

Certains y verront du cynisme, d’autres une trahison électorale. Personnellement j’y vois un aveu : même Trump n’a pas résisté aux pressions de l’Etat Profond. L’Empire, c’est comme une centrifugeuse. Il vous attire, vous retourne, et vous recrache dans le sens du vent. Il promettait de nettoyer le marais, mais il s’y promène désormais en guide touristique, veillant à ne froisser aucun crocodile.

Alors non, Trump ne mettra pas fin à la guerre en Ukraine. Il l’alimente, il l’encourage et il la justifie avec les mots de ceux qu’il prétendait combattre.

À ce rythme, on attend avec impatience son prochain slogan de campagne : « Make NATO Great Again »

Et comme toujours, l’Histoire se répète, travestie sous les habits neufs d’un “plan de paix”.

Derrière les sourires diplomatiques et les ultimatums maquillés, l’objectif reste inchangé : dédouaner Israël, diaboliser les Palestiniens et offrir à Washington un vernis d’arbitre impartial.  Ce “cadre en vingt points” n’a jamais été pensé pour aboutir, il a été construit pour échouer et transformer cet échec programmé en argument politique.

Car le véritable message, soigneusement emballé dans le papier glacé des conférences de presse, est simple : “Regardez, nous avons essayé. Mais encore une fois, ce sont eux, les Palestiniens, qui refusent la paix.”

Une manipulation rhétorique vieille comme la diplomatie de guerre : promettre la paix pour justifier la guerre, accuser la victime pour blanchir le bourreau, et travestir l’occupation en “stabilisation”.

Le résultat ? Un scénario déjà vu : le plan échoue, Israël poursuit son œuvre de destruction, et les chancelleries occidentales applaudissent la “modération” d’un processus qu’elles savent vide.

Trump, en stratège du spectacle, a simplement remis en scène le vieux mythe du faiseur de paix trahi par les extrémistes — un conte qui permet à chacun de sauver la face, sauf aux morts de Gaza.

Et pendant que les caméras filment les poignées de main, la guerre continue, la paix recule, et la vérité s’enfuit sous les décombres.


[1]  Les cinq géants du complexe militaro-industriel américain (« Big Five ») : Lockheed Martin : premier fournisseur du Pentagone, > 65 milliards $ de chiffre d’affaires défense (F-35, F-22, missiles, satellites). Raytheon / RTX : ~ 70 milliards $ de chiffre d’affaires, leader mondial des missiles (Patriot, Javelin, Tomahawk, Stinger) et de la défense antimissile. Boeing Defense, Space & Security : ~ 24 milliards $ défense, spécialisé dans les avions de transport (C-17), hélicoptères (Apache), bombardiers (B-52, B-21 Raider) et satellites militaires. Northrop Grumman : ~ 36 milliards $ défense, expert en furtivité, drones et programmes spatiaux (constructeur du bombardier furtif B-21 Raider). General Dynamics : ~ 40 milliards $ défense, blindés (char Abrams), sous-marins nucléaires, systèmes de communication et d’information militaire. Ces cinq entreprises concentrent à elles seules l’essentiel des contrats militaires américains et pèsent chaque année plus de 230 milliards $ de chiffre d’affaires défense.

Écologisme contre le bon sens – Épisode 2 : 

Par Serge Van Cutsem

De la mine Ibbenbüren fermée au steak transatlantique

≪ On ferme des productions locales au nom du climat, puis on importe de beaucoup plus loin avec plus de pollution et moins de garanties de qualité ce qu’on peut produire ici,. D’Ibbenbüren au Mercosur, des fermes françaises aux cargos de bœuf et de produits laitiers, se dessine une écologie à deux vitesses : restrictive pour les citoyens, et profitable pour les multinationales. Derrière les discours “verts” il y a un sabotage méthodique du bon sens ≫

Dans l’épisode précédent, j’ai détaillé l’histoire du charbon Ibbenbüren, cette petite ville allemande devenue symbole mondial de l’absurde climatique avec la fermeture de sa mine automatisée, rentable et située à côté d’une centrale, ceci au nom de l’écologisme, et j’insiste sur le suffixe “isme” qui fait toute ma différence. Cette même centrale qui a continué de tourner durant plus de 3 ans en brûlant du charbon importé d’outre-mer (Russie, Colombie, USA, puis Australie, Afrique du Sud, Indonésie après 2022).

Avant d’aller plus loin, j’aimerais d’abord revenir et insister sur une chose que tout le monde semble avoir oubliée : le climat a toujours changé, et ceci bien avant l’ère dite “industrielle” avec nos usines, nos voitures et nos appendices technologiques. La Terre a connu des glaciations, des réchauffements et des bouleversements si brutaux que les mers montaient ou reculaient de plusieurs dizaines de mètres en quelques siècles lors de phases de déglaciation rapide [1].

Je ne songerais même pas à nier qu’il se passe aujourd’hui quelque chose, quoique cela reste un sujet à débattre, mais le vrai scandale n’est pas là : il est dans l’utilisation de cette réalité comme prétexte pour imposer des décisions absurdes, incohérentes mais souvent hyper lucratives pour certains.

Car la fermeture de la mine d’Ibbenbüren n’est pas un cas isolé, le même schéma se retrouve dans nos assiettes. Pendant que l’on fermait une mine parfaitement exploitable, on signait à Bruxelles, dans le silence feutré des couloirs, des traités de libre-échange qui permettent l’importation massive de produits que nous produisons déjà chez nous, la plupart du temps avec moins d’empreinte carbone et de meilleures garanties sanitaires.

L’accord UE–Mercosur en est l’exemple le plus criant : 99.000 tonnes de bœuf [2] sud-américain prêtes à débarquer chaque année, mais également du sucre, du soja, de l’éthanol… ceci avec des normes bien plus laxistes que celles qu’on nous impose, et peu importe que l’Amazonie recule à coups de tronçonneuses [3].

Le CETA [4], lui, est déjà en route depuis 2017, avec ses cargaisons de viande canadienne parfois gavée aux hormones, traversant l’Atlantique pour se poser sous cellophane dans nos rayons. Et que dire de l’accord avec la Nouvelle-Zélande [5] ? Dix mille tonnes de viande, quinze mille litres de produits laitiers, expédiés depuis l’autre bout du monde. Rappelez-moi l’empreinte carbone d’un yaourt ayant fait vingt mille kilomètres ? …. Silence radio.

Pendant ce temps, en France, environ une centaine de fermes disparaissent chaque semaine (Agreste, RA2020). Le phénomène touche aussi d’autres pays européens. Ce déclin, également dû à un ensemble de facteurs (âge des exploitants, concurrence, normes), est aggravé par la pression des importations à bas coût permises par les accords de libre-échange [6]. En Belgique, des éleveurs abattent leur cheptel sous la pression de normes climatiques imposées sans nuance. Et quand ceux-ci ferment définitivement la porte de l’étable, ce sont les cargaisons venues d’ailleurs qui prennent leur place, moins chères et surtout plus polluantes. Exactement comme le charbon Ibbenbüren : on détruit l’outil local pour le remplacer par une solution pire, mais qui remplit d’autres poches.

Il y a toujours un grand absent dans l’équation : le transport. En effet 3 % des émissions mondiales de CO₂ proviennent du transport maritime [7], sans compter les oxydes d’azote et le soufre. Pourtant, quand il s’agit de calculer l’impact des traités commerciaux, ces chiffres disparaissent. Un kilo de bœuf argentin affiche un bilan carbone nettement plus élevé, pouvant approcher le double lorsque la déforestation et le transport maritime sont inclus, selon les ACV., mais dans les rapports officiels, ce détail n’existe tout simplement pas.

Et au milieu de ce théâtre, on nous explique que l’écologie est l’affaire de tous, mais ne nous mentons pas, il faut comprendre : c’est l’affaire des citoyens, donc de vous. Vous qui devez changer de chauffage, isoler votre maison à grands frais, manger moins de viande, réduire vos déplacements… Bref, changer de vie. Simultanément les multinationales déplacent des cargos entiers de nourriture et de matières premières à travers les océans, avec la bénédiction de ceux-là mêmes qui nous font la leçon. C’est un écologisme à deux vitesses : punitive pour les peuples et lucrative pour les marchés financiers.

Alors oui, il faut poser la seule question qui vaille : qu’est-ce qu’ils ont à gagner et surtout, c’est qui ils ? Fermer une mine locale rentable ne rapporte rien, ça coûte… mais reconstruire de l’énergétique (supposé) vert avec des aides publiques massives, importer des panneaux solaires chinois, des éoliennes subventionnées [8] dont l’obsolescence est nettement plus courte que celle qui est annoncée [9] et dont le recyclage est également absent des décisions [10], des batteries fabriquées à l’autre bout du monde et des certificats CO₂ négociables, voilà qui crée un marché gigantesque, financé par l’argent public et capté par Siemens, TotalEnergies, BlackRock, Vanguard, Orsted, Engie et toute une galaxie de lobbies [11].

En détruisant la souveraineté énergétique et alimentaire, on fabrique aussi une dépendance stratégique à des flux mondiaux et à des fournisseurs uniques et imposés : GNL américain, batteries chinoises, gaz norvégien, qui profitent à Washington, Pékin, aux banques d’investissement et aux cabinets de conseil comme McKinsey ou BCG. En modifiant de force les habitudes de vie par la peur, la culpabilisation et la taxation, on met en place un rationnement contrôlé qui sert les gouvernements autoritaires, les administrations technocratiques et les planificateurs sociaux. Enfin, on construit des récits qui masquent d’autres impasses : on parle de “fin du charbon” ou de “réduction des émissions” pour éviter de parler de la fin du pouvoir d’achat, de la désindustrialisation ou de l’échec du libre-échange mondial. Les politiques y trouvent un semblant de bilan, les médias un sujet facile, et les élites un écran de fumée bien pratique.

Ce ne sont jamais des erreurs ! C’est un agenda dans lequel tout a été soigneusement planifié. L’absurde n’est pas un accident : c’est un camouflage. Ibbenbüren et le Mercosur racontent la même histoire : saboter volontairement le bon sens pour mieux vendre une solution pire, mais rentable pour d’autres. Et tant que ce modèle restera caché derrière le vernis vert des discours officiels, il continuera à prospérer. C’est la raison pour laquelle je ne cesserai jamais de le dévoiler avec les (trop faibles) moyens dont nous disposons.

J’aimerais clôturer ce second volet en revenant sur cette confusion entre écologie et écologisme. La première est une science sérieuse : elle observe, mesure et tire des conclusions vérifiables sur les relations entre les êtres vivants et leur milieu. C’est l’étude des écosystèmes et de leurs interactions. Le second, l’écologisme, est ce que devient l’écologie quand on la transforme en religion politique : un mélange de dogmes, d’hérésies, de péchés carbone et d’indulgences vertes et surtout de mensonges, où l’on prétend sauver la planète à coups de taxes et de réglementations absurdes. Dans ce paysage, trois profils se détachent :

  • L’écologue : C’est le scientifique pur, qui parle en données et non en slogans.

  • L’écologiste : C’est le militant qui utilise la science quand elle va dans son sens, et l’ignore dans le cas contraire.

  • Mais il y aussi celui qui aime et protège réellement la nature par simple bon sens

Car il faut le rappeler : la manipulation des peuples commence souvent par la manipulation des mots [12]. Et quand un même mot sert à désigner à la fois la rigueur scientifique et le dogme politique, la confusion devient un outil de pouvoir. C’est exactement ce qui est arrivé à “écologie” et “écologisme” : ils ont été dévoyés, contaminés, vidés de leur sens initial.

Alors pourquoi rester prisonniers de ce lexique tordu ? Pourquoi continuer à parler avec leurs mots, quand on peut en créer un qui échappe à leur narratif ?

Ce mot, je vous le propose : écophile. Rare, absent des grands dictionnaires [13], il désigne celui ou celle qui protège la nature par conviction personnelle, sans dogme ni posture, simplement parce que c’est vital : l’Homme dépend de son écosystème, et pas parce qu’un parti, une ONG ou une mode du moment l’a décidé. Bref, l’écophile agit, pendant que d’autres organisent un sommet “vert” mobilisant 2 000 jets privés pour imposer des normes absurdes.


[1] Lors d’épisodes de déglaciation rapide (ex. le Meltwater Pulse 1A), le niveau moyen des mers a pu monter d’environ 15 mètres en 500 ans (NOAA, USGS, Nature Geoscience). Voir aussi IPCC AR6 – Working Group 1, chapitres paléoclimat, sur la variabilité naturelle du climat à travers les âges.

[2] Accord UE–Mercosur : prévoit un quota de 99 000 tonnes de viande bovine sud-américaine par an en contingent tarifaire à droits réduits (Commission européenne – DG Trade, fiche technique). Données confirmées par les notes de synthèse du Parlement européen.

[3] Déforestation de l’Amazonie : chiffres officiels de l’INPE/PRODES (Brésil) et séries temporelles de Global Forest Watch

[4] (Comprehensive Economic and Trade Agreement, en français Accord économique et commercial global) est le traité de libre-échange conclu entre le Canada et l’Union européenne.

[5] Accord UE–Nouvelle-Zélande : quotas progressifs d’environ 10 000 tonnes de bœuf et environ 15 000 tonnes de produits laitiers (fromage, beurre, poudre) – données issues du texte officiel de l’accord (Annexes TRQ) et fiche DG Trade.

[6] En France, environ 100 exploitations agricoles disparaissent chaque semaine en moyenne sur la période 2010–2020 (Agreste – Recensement agricole 2020, soit environ 5 000/an). Données comparables dans d’autres pays de l’UE selon Eurostat – Structure des exploitations agricoles.

[7] Le transport maritime représente environ 3 % des émissions mondiales de CO₂, selon l’Organisation maritime internationale (Fourth IMO GHG Study 2020, mise à jour 2023).

[8] Selon la Commission européenne et Reuters, la Chine représente environ 60 % de la production mondiale de turbines éoliennes et fournit près de 90 % des aimants permanents utilisés dans les éoliennes offshore allemandes. En 2023, 59 % des importations extra-UE d’éoliennes venaient d’Inde et 29 % de Chine. L’Europe ne représente qu’environ 19 % de la production mondiale de turbines, 15 % des pales et 17 % des nacelles.

[9] Bien que les contrats et spécifications annoncent une durée de vie de 20 à 25 ans, les données de terrain montrent que nombre de turbines subissent des baisses de performance ou des pannes majeures dès 12 à 15 ans, conduisant à leur remplacement anticipé ou à des rénovations coûteuses (The Telegraph, 2022 ; Lawrence Berkeley National Laboratory, 2021 ; UBA, 2020).

[10] Contrairement aux tours en acier, recyclables à plus de 90 %, les pales d’éoliennes sont fabriquées en composites thermodurcissables très difficiles à recycler. Plus de 85 % finissent aujourd’hui en décharge ou incinérées, et l’IRENA prévoit que l’Europe devra gérer jusqu’à 4 millions de tonnes de pales mises au rebut d’ici 2030 (WindEurope, 2022 ; UBA, 2020).

[11] Investissements dans les énergies dites « vertes » captés notamment par des groupes tels que Siemens, TotalEnergies, BlackRock, Ørsted ou Engie (Agence internationale de l’énergie – World Energy Investment 2024/2025). Cadre d’aides publiques détaillé dans les documents de la Commission européenne (CEEAG, Green Deal Industrial Plan). Exemples d’enchères et de contrats publics via DG ENER, ACER et autorités nationales (CRE, BNetzA…).

[12] Comme le décrit George Orwell dans 1984, la « novlangue » vise à restreindre le vocabulaire et gommer les nuances, afin de rendre certaines pensées littéralement impossibles à formuler. En écologie comme ailleurs, remplacer des termes précis par des slogans uniformes est une technique classique de manipulation du langage pour orienter la perception publique.

[13] Le terme écophile — formé sur le modèle de xénophile ou bibliophile — existe dans certains lexiques spécialisés et a été relevé au Québec, notamment dans des publications militantes ou pédagogiques sur l’environnement. Il désigne littéralement « celui qui aime la nature » ou « qui recherche l’harmonie avec l’environnement », mais reste absent de la plupart des grands dictionnaires généraux du français.

Retour de Russie


Après une visite du #Donbass
Un long format suivra bientôt. Continuez à nous suivre pour en savoir plus

Les facéties de la barbarie ordinaire, #4 — Les mésaventures de LaScience

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« Le dépérissement de la science actuelle augmentera notre liberté », Alexandre Grothendieck (Médaille Fields 1966).

Merci à Sandra Lucbert !

Je place ce propos sous le signe de Grothendieck.

La nigaudcratie officielle croit penser quand elle ne fait en réalité qu’imiter un ordinateur : c’est 0 ou 1, c’est « on » ou « off ». Si vous n’êtes pas « pour », c’est que vous êtes « contre » de la façon la plus arriérée. Si vous dites avec l’un des plus grands philosophes du XXe siècle, Cornelius Castoriadis, que « nous sommes la première société dans laquelle se pose la question d’une autolimitation (…) non seulement de la technique, mais aussi de la science » (Démocratie et relativisme, p. 135), alors vous êtes un obscurantiste, un complotiste, un populiste….

La nigaudcratie oublie qu’il y a deux manières de combattre les nuisances de LaScience biologique, mathématique, physique, chimique, électronique, informatique, spatiale.

Il y a la manière écolo-démocratique qui prône l’autolimitation de tous (y compris des oligarques qui sont les plus illimités de tous). L’écolo-démocratie dit : « On s’arrête, on débat et on décide collectivement du mode de notre auto-limitation. »

Et il y a la manière libérale-fascistoïde qui va vers toujours plus d’illimitation assassine et suicidaire. Elle dit : « On fonce, on écrase la climatologie qui fait de l’écologie punitive, et on pousse toujours plus loin la chimie cancérogène, la physique nucléaire, l’inintelligence artificielle, l’électronique des composants et l’informatique financière. » Sans voir que l’informatique est une infirmatique. Le libéral-fascistoïde est contre LaScience, laquelle, rarement, appelle à poser des limites à l’industrie, et il est pour LaScience… qui permet de produire des Tesla et des poisons agricoles, élégamment nommés « phytosanitaires ».

Grothendieck écrit : « Plus les scientifiques sont haut situés dans la hiérarchie sociale, moins ils ont tendance à remettre en question cette religion qui nous a été inculquée dès les bancs de l’école primaire : toute connaissance scientifique est bonne. » C’est parce que la connaissance scientifique est devenue une religion que je l’écris comme on écrit Dieu, avec une majuscule monothéiste : LaScience.

Mais ce qui m’intéresse ici est non pas LaScience en soi (physique, chimie, biologie, mathématique, cybernétique, informatique, électronique, médecine scientifique), mais l’ironie de l’histoire en vertu de laquelle l’époque moderne, qui a inventé les sciences dures, se retourne de plus en plus contre elles depuis quelque temps. C’est parce que l’histoire fait de l’ironie que ce papier s’intitule « Les mésaventures de LaScience ». (Je laisse de côté ici les « sciences » humaines, qui sont des savoirs, mais non des sciences au sens des sciences dures).

Preuves à l’appui, des ScientifiquesDurs attestent le dérèglement climatique, la destruction de la vie (dite « biodiversité ») et la nocivité (cancérogène) de certaines substances inventées par les SavantsChimistes, produites par les agro-industriels, et utilisées par les agriculteurs – rien n’y fait : les trumpistes internationaux, fanatiques de la cybernétique, des algorithmes-GAFAM et de la finance algorithmique, maintiennent-Dur qu’il n’y a pas de problème de climat ou de cancer. Une certaine part de la population adhère à leurs thèses, et ajoutent que la terre est plate.

Les scientolâtres de l’oligarchie libérale appellent cela le « complotisme populiste », sans voir que la scientolâtrie libérale et la scientophobie fascistoïde sont deux attitudes symétriques et complémentaires : elles détestent toutes deux la délibération démocratique collective à visée d’auto-limitation.

Il importe au plus haut point de saisir l’intime complémentarité entre l’arrogance oligarchique de LaScience de laboratoire et le « complotisme anti-science des populistes ». Cette complémentarité s’origine dans ce que Grothendieck appelle le monopole de LaScience sur la vérité et le savoir : « Dans l’idéologie dominante de notre société, le seul savoir véritable est le savoir scientifique. » Le savoir ancestral du paysan provençal, le savoir intuitif de l’enfant, le savoir sensible des peuples premiers, le savoir esthétique des artistes – tous ces autres savoirs sont faux. Ce ne sont pas des savoirs.

Qu’est-ce que le « populisme » anti-science ? Principalement une réaction au monopole de LaScience : « Ah, nous sommes ignares ? Eh bien, ignares pour ignares, votre LaScience, vous pouvez la remballer ! » La morgue de LaScience, même quand elle feint la modestie, signe une rupture de la confiance sociale. Le « complotisme » entérine la rupture sous la forme de la défiance. Un grand nombre de nos contemporains, en Europe ou ailleurs, n’ont plus confiance dans la médecine scientifique officielle, dans la physique officielle, dans la biologie officielle. Et la méfiance, emportée par son élan, s’étend à la climatologie officielle…

Il faut évaluer à sa juste ampleur cet effondrement de la confiance. Il est gravissime, anthropologiquement gravissime, socialement gravissisme. Pourquoi ? Parce que, comme l’a montré Marcel Mauss dans son fameux Essai sur le don (1925), toute société humaine repose sur la relation de confiance crée par les innombrables formes du don/contre-don. Au fond de la catastrophe écologique actuelle, il y a l’effondrement de la confiance sociale. Tout le monde le sent d’une façon ou d’une autre, à part les imbéciles heureux et les « optimistes » de l’engeance de Bernard Arnault. La confiance est le socle le plus solide et le plus fragile de la société. Même l’économie, que la nigaudcratie entrepreneuriale prend illusoirement pour le socle de la société, ne tient pas sans la confiance (que se passera-t-il si nous n’avons plus confiance dans les banques qui détiennent notre argent ?).

L’effondrement actuel de la confiance est en germe dans la rupture de confiance qui est à l’origine de la (dé)civilisation industrielle. Cette rupture originaire s’incarne dans trois institutions de défiance qui naissent aux alentours de la Renaissance. 1/ L’État (libéralement pensé par Hobbes) dit aux peuples : Je ne vous fais pas confiance pour vous autogouverner, vous êtes trop violents pour cela, et Je vais vous gouverner-pacifier d’en haut. 2/ L’économie libérale dit aux populations : vous êtes trop ignares pour vous nourrir vous-mêmes et pour vous enrichir, LaScience économique va vous nourrir et vous enrichir. 3/ LaScienceDure (celle de Galilée) dit aux populations : comment êtes-vous si stupides que vous fassiez confiance à vos sens (vue, ouïe, toucher, etc.) pour connaître la nature ? Nature qui ne peut se connaître que par la physique mathématisée.

Ce n’est évidemment pas l’homme Galilée que j’ai ici en vue : ce sont les XVIe et XVIIe siècles qui parlent par sa bouche. Si l’on veut comprendre le comportement scientifique de notre temps, il faut lire la biographie politique et philosophique que Ludovico Geymonat a écrite sur Galilée (Seuil, 1992). Pourquoi Galilée cherchait-il l’approbation de l’Église catholique ? Parce que LaScience se destinait à jouer le rôle d’une nouvelle religion, qui prendrait la place de l’ancienne. Grothendieck : LaScience est « la nouvelle Église universelle ».

L’ancienne religion chrétienne était manichéenne : Dieu était le Bien, Satan était le Mal. La religion de LaScience est manichéenne. Grothendieck : « Je suis frappé par la grossièreté du raisonnement mathématique quand on le confronte avec les phénomènes de la vie. Chaque proposition est ou bien vraie ou bien fausse. Il n’y a pas de milieu entre les deux. »

L’ancienne religion était acritique et inégalitaire (le Pape avait le savoir-pouvoir, et les paroissiens disaient amen). La nouvelle religion scientifique doit être aussi acritique et inégalitaire que l’ancienne (les savants en haut doivent en remontrer aux ignares en bas). C’est pourquoi Galilée, dans L’Essayeur, dit que les vérités éternelles de la science (les nombres et les formes) sont plus importantes que les qualités sensibles des corps qui suscitent en nous des saveurs, des odeurs ou des sons éphémères : « J’estime que si l’on supprime les oreilles, la langue et le nez, les figures, les nombres et les mouvements continueront d’exister » (cité par Geymonat, p. 144). En conclusion de ses recherches physiques, Galilée dit : « Et pourtant elle [la Terre] tourne ! »

Environ trois siècles plus tard, en mai 1934, ce rustre qu’était le philosophe Edmund Husserl écrit un petit livre qui objecte à Galilée : La terre ne se meut pas (éditions de Minuit, 1989). Je n’ai pas la place ici d’entrer dans le détail de l’argumentation philosophique de Husserl. Qu’il suffise de la résumer ainsi : c’est seulement par rapport au corps de la Terre, corps perçu et ressenti comme immobile par nos corps humains, que le mouvement et le repos prennent sens.

Dit autrement, c’est parce que nous faisons confiance à nos corps sociaux concrets (pour lesquels la Terre est immobile) que nous pouvons faire confiance à une autre vérité, abstraite, qui dit que la Terre se meut. Les deux vérités sont en complémentarité contradictoire, sur la base de la vérité première qu’est l’immobilité sensible de la Terre.

Pour nous, pauvres humains, c’est le soleil qui se lève et qui se couche – pas la Terre. C’est seulement aux yeux de Dieu-au-Ciel que la terre se lève et se couche. Mais il n’est pas sûr que Dieu existe… (et comme ce n’est pas sûr, il faut croire en lui, avoir foi, c’est-à-dire confiance !).

On aura compris que LaScience a un problème : elle est faite par des gens qui sont politiquement coupés de la population ; le citoyen de la rue n’a pas le badge électronique pour entrer dans le laboratoire ; les chercheurs de LaScience travaillent dans le secret. C’est l’une des raisons pour lesquelles les théories micro- et macro-physiques contemporaines, dotées d’un haut degré de formalisme mathématique, sont littéralement incompréhensibles pour le commun des mortels… et pour la plupart des ScientifiquesDurs eux-mêmes. Grothendieck lui-même disait que ses découvertes mathématiques n’étaient comprises que par 20 mathématiciens dans le monde, pour les milliers d’autres c’était camera obscura. LaScience travaille dans le secret : pourquoi voudrions-nous que les « populistes » n’aillent pas imaginer que, dans ce secret, des complots se trament contre eux ?

Revoici notre question initiale : pourquoi les populations accorderaient-elles leur confiance à des théories qui sont aussi socialement brumeuses que la résurrection de Jésus-Christ ? Tant que ces théories n’affectent pas trop négativement la vie des populations, à la limite, passe encore. Mais quand le résultat au bout de trois ou quatre siècles, c’est que l’air, l’eau et les sols sont empoisonnés par LaScience et ses applications industrielles, on conviendra que certains aient quelque raison de manifester de la défiance.

Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel est peut-être l’idée mythico-religieuse (et typiquement libérale) qu’il puisse y avoir des choses dans notre vie psychosociale qui échappent au social, c’est-à-dire aux relations de confiance sociale. Pour un libéral, l’accumulation du capital, c’est scientifique, quantifiable et mesurable : qu’est-ce que la confiance sociale viendrait faire là-dedans ? (Traduisons : qu’est-ce que le contrôle démocratique des citoyens sur l’accumulation du capital viendrait faire dans cette histoire ?). C’est la même chose avec LaScience.

Dans son travail critique, Emmanuel Kant dit que la façon dont nous percevons le monde est structurée par nos sens et par notre entendement, de sorte que nous n’avons pas d’accès direct aux objets du monde tels qu’ils existent hors de l’expérience que nous en faisons. Ce que Kant ne dit pas et qu’il faut donc lui ajouter, c’est que nos sens et notre entendement sont sociaux-historiques : le Temps n’est pas le même pour un Européen, pour un Tchouktche de Sibérie et pour un Nambikwara du Brésil.

Qu’est-ce que la confiance sociale ? C’est une passerelle, un pont, une articulation, une charnière. Une passerelle entre moi-nous et le monde. Une charnière qui nous permet d’accéder indirectement au monde en l’absence d’accès direct. C’est parce que nous n’avons pas d’accès direct aux objets en soi que nous avons besoin d’une charnière de confiance pour y accéder indirectement.

Dans un livre sur le cinéma, Gilles Deleuze écrit : « Le lien de l’homme et du monde doit devenir objet de croyance : il est l’impossible qui ne peut être redonné que dans une foi. (…). Seule la croyance au monde peut relier l’homme à ce qu’il voit et entend. Il faut que le cinéma filme non pas le monde, mais la croyance à ce monde, notre seul lien. (…) Nous avons besoin d’une foi, ce qui fait rire les idiots ; ce n’est pas un besoin de croire à autre chose, mais un besoin de croire à ce monde-ci, dont les idiots font partie » (L’image-temps, Minuit, 1985, pp. 223-225).

En quoi consiste la brutalité de LaScience, celle qui va de Galilée (lequel imagine de supprimer les oreilles et le nez) jusqu’à la bombe d’Hiroshima (laquelle, de fait, a supprimé les oreilles et le nez des Japonais) ?

La brutalité consiste en ce que LaScience, dans l’essentiel de son fonctionnement factuel, détruit la passerelle de la confiance sociale : elle prétend, contre Kant, avoir un accès direct à l’Essence de la Réalité, elle dit la Vérité. Étienne Klein, commentateur médiatico-scientifique, très perméable à la physique mais imperméable à L’obsolescence de l’homme de Günther Anders, croit résoudre le problème en faisant la différence entre LaScience et la recherche : « LaScience, affirme-t-il, dit la Vérité, c’est la recherche qui est dans le doute. » Suivez mon regard : si le doute se propose, la Vérité s’impose. Il n’y a pas à lui faire confiance ou défiance : la Terre est ronde, elle se meut, et Husserl est un débile. Dans ce rapport « direct » à la Terre, qui est un non-rapport, il n’y a pas de place pour l’exercice du jugement critique qui, si l’on ne veut pas de la naïveté, est le seul à établir le rapport de confiance.

C’est la différence fondamentale entre LaScienceDure et les « sciences » humaines. Non que les sciences humaines soient vierges de tout ésotérisme élitiste, mais elles sont fondamentalement critiques, au double sens où elles attendent de leurs lecteurs cette assimilation critique qui permet la confiance et repousse le manichéisme de l’absolument vrai et de l’absolument faux. Pour prolonger Deleuze, je dirai que seuls les idiots croient que le rapport critique est un rapport de défiance. C’est l’inverse : une fois écartée l’attitude de naïveté, seule l’attitude critique établit la confiance.

Secret du travail de LaScience, mille milliards d’animaux-cobayes assassinés chaque année dans les laboratoires scientifiques du monde, ésotérisme anti-démocratique des résultats, rapport acritique et manichéen à la Vérité, emprise totalitaire de la Vérité scientifique éliminant les autres types de vérité populaire – voici quelques-uns des facteurs qui ont rompu la confiance entre LaScience et les peuples. Si LaScience, stipendiée par l’État et le Capital, s’inquiète de l’ironie « populiste » de l’histoire, elle n’a qu’une solution : remettre en question son fantasme de toute-puisScience, ainsi que ses relations avec l’État et le Capital, battre en brèche la défiance fascistoïde en créant les conditions de la confiance démocratique.

Marc Weinstein

Naomi WOLF au parlement européen (version sous titrée)

Nous sommes à la conférence de Naomi Wolf, invitée au parlement européen par Christine Anderson, Naomi Wolf à l’origine du livre qui résume le travail de 3250 chercheurs bénévoles qui ont analysé les rapports de 450.000 pages de Pfizer. Aucun doute: c’est un crime contre l’Humanité, le plus grand jamais commis. Et Pfizer, Moderna, Von Der Leyen, Gates… le savaient.

L’INTERVIEW: Naomi WOLF – les Pfizer papers

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RDV à la RIGOLANTE ce 27 septembre !

Envie de rigoler et d’apporter un soutien aux Pangolins? Inscrivez-vous vite à la Rigolante, ce samedi 27 septembre. Pour vous inscrire, paiement sur le compte BE98 1030 9917 5393.

En communication: notez le nom, nombre de places et de repas avec ou sans gluten + adresse mail pour communiquer l’adresse.

*ERRATUM: Les pangolins ne font pas appel finalement, mais ont encore besoin de vous pour poyer les frais de justice.