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ET SI ON DÉCONFINAIT LA PENSÉE ?

Présentation par Paul Lannoye du projet « Et si on déconfinait la pensée ? ». Ce projet né au mois d’octobre 2020 se voulait d’abord une réflexion globale sur la pandémie proprement dite, ses causes et ses conséquences.

Vu les circonstances, il a pris la forme d’une série d’interviews.

Dérive Sectaire

Un an de politique sanitaire anti-covid nous a-t-il entraînés collectivement dans une dérive sectaire ?

Le tableau clinique global de notre situation de vie depuis un an n’est guère réjouissant : confinement sans fin, couvre-feu, arsenal de mesures liberticides et répressives, coma de l’État de droit, fermeture des frontières, bâillon sur la bouche, agonie de la liberté d’expression, censure, perte du lien social, avènement du tout-à-distance, mise à mort de la culture, pertes d’emplois, ruine matérielle et morale, mépris de la parole du citoyen, désinformation, propagande, etc. Ce tableau est celui d’une dérive qui va croissant. Mais de quelle nature est-elle ? Comment l’analyser ?

Plus qu’une dérive autoritaire ou totalitaire, il semble que notre situation ait toutes les caractéristiques d’une dérive sectaire. Une dérive sectaire dans laquelle nous nous serions, collectivement, laissé entraîner. Sa particularité ? En réalité, il n’y a pas de secte. C’est notre société tout entière qui s’intoxique, comme si elle était en passe de devenir une secte. [note]

Clivages et polarisation de l’opinion

Le propos n’est pas de dénoncer une quelconque intention délibérée de manipuler le monde qui aurait surgi à la faveur de la crise covid, ni une quelconque forme de préméditation, même si nous savons que des effets d’aubaine ont pu apparaître et qu’ils sont exploités. Inutile de soupçonner nos ministres et autres virologues d’appartenir à une mouvance douteuse, façon Moon ou Raël, qui nous voudrait du mal. Il n’y a pas de secte à proprement parler. [note] Mais il y a une dérive. Et au fil du temps, cette dérive présente de plus en plus les codes, les méthodes, les caractéristiques, d’un organisme sectaire. Dans cette spirale qui nous entraîne tous malgré nous, gouvernants et gouvernés, les rôles sont de plus en plus clivés : clivage structurel opposant dirigeants tout-puissants, autoritaires, dogmatiques [note] et citoyens impuissants réduits à une forme de servitude ; clivage moral également, entre « bons » citoyens adaptés, obéissants et soumis, d’un côté, et, de l’autre, « mauvais » citoyens exprimant des critiques, des attitudes ou des opinions divergentes, voire des protestations. Ces clivages, qui vont se renforçant, portent en eux bien des dangers : perte de diversité, polarisation de l’opinion, conformisme, repli identitaire, uniformité, pensée unique, incitation à la délation. Ils constituent l’un des symptômes d’un sectarisme en bonne voie d’installation.

Enfermement physique, psychique et social

Depuis un an, nous sommes enfermés. Enfermés dans un univers mental quasi entièrement focalisé sur le covid [note], confinés par épisodes, avec sorties contrôlées et restreintes, soumises à couvre-feu. Nous sommes enfermés dans des masques, qui nous privent d’une prise d’air correcte et pleine, de sourires, d’élans affectifs, de communication, d’information émotionnelle, d’empathie et d’une partie de notre champ visuel. Nous sommes enfermés dans des ‘bulles’ étanches, qui nous privent de nos amis, de nos parents, grands-parents, frères, sœurs, neveux, nièces et cousins, de nos collègues de travail et, bien entendu, de toute nouvelle rencontre. Nous sommes enfermés à l’intérieur des frontières de notre pays, sans pouvoir envisager le moindre voyage d’agrément. Nous sommes prisonniers. A tout cela, il faut bien le reconnaître, nous avons consenti : nous sommes entrés volontairement dans notre prison. Une situation qui renvoie à la définition même de la secte, dont la vocation, le but, le sens, est de se séparer, de vivre et faire vivre « à part », en proposant de « suivre ». Couper les liens existants, les références antérieures, rejeter le monde et en proposer un « meilleur ». Dans notre cas, haro sur le monde ancien, malpropre, déficitaire et indigent (en termes de sécurité sanitaire), place au nouveau, où nous allons « vaincre le virus ».

Pour « vaincre le virus », nous avons donc accepté de glisser progressivement dans un enfermement physique, psychique, affectif et social. Cet enfermement a généré un monde appauvri, ennuyeux, uniforme, prévisible. Nous voyons toujours les mêmes (rares) personnes. Nous sommes passés d’un univers ouvert, avec de multiples activités, une multitude de rencontres possibles, une multitude de projets possibles, à un univers verrouillé. La plupart des loisirs sont interdits, et même les simples réunions. Les gestes de chaleur humaine n’ont plus droit de cité. Une simple poignée de main est considérée comme dangereuse et passible d’amende. Ce sont les dirigeants qui disent qui vous pouvez fréquenter et à quel moment. Pour lutter contre un virus, nous avons accepté de stériliser nos vies et de les mettre sous tutelle.

« Nouvelle normalité »

Dans cet univers fragmenté, surveillé et contrôlé, règne la « nouvelle normalité ». Concept paradoxal (ce qui est « normal », donc usuel, installé, ne saurait être « nouveau »), jamais défini, jamais débattu, la « nouvelle normalité » est sortie du chapeau de quelques décideurs européens à l’été 2020 [note]. Récupéré immédiatement par nos ministres belges, le concept a atterri dans les « considérants » de l’Arrêté ministériel du 28 juillet 2020. Brandie au titre d’argument pour justifier la mise en place de nouvelles restrictions, la « nouvelle normalité » installe comme définitivement acquis les nouveaux codes, gestes-barrières, nouveau vocabulaire, nouveaux comportements et rituels covidiens. Elle nous est inculquée par la « nouvelle » rhétorique ertébéenne (dûment assortie du rituel incongru du port du masque en plateau) qui parle désormais du respect des « normes » sanitaires – c’est dire si la chose est bien intégrée. [note] « Nouvelle normalité » semble signifier que l’obligation de porter un masque est devenue « normale » (donc non discutable), que rester à 1m50 des personnes dans tout espace public est devenu « normal », que le télétravail est devenu « normal », que le couvre-feu est devenu « normal », et ainsi de suite. Ce concept sorti de nulle part, cet oxymore bizarre, dicte désormais l’organisation de nos vies et semble voué à les régenter durablement, sans que le moindre début de débat parlementaire n’ait été amorcé pour en définir la portée et l’adéquation.

Là aussi, nous sommes au cœur de la mécanique sectaire. Imposer une rupture avec tous les codes antérieurs, les habitudes, les comportements usuels, en instillant l’idée qu’ils sont désormais nocifs, mauvais, et contraindre chacun à en adopter de nouveaux pour les remplacer, c’est déstabiliser profondément les individus. C’est renverser le système de valeurs des personnes, les désorienter.

Cela permet de prendre le contrôle des consciences, de faire tomber les garde-fous émotionnels, de rendre les gens malléables. Quand on subit cette perte de repères, il est très difficile de conserver son libre-arbitre. Et on se trouve alors en situation d’emprise. Une personne qui se sent fragilisée, perdue, est prête à s’accrocher au premier repère venu pour se réorienter. Il est alors facile aux dirigeants de proposer des « solutions » qui seront perçues comme des rations de survie.[note]

Dans la secte covid, où un bisou n’est plus un geste de tendresse mais une « mise en danger de la vie d’autrui » et où une poignée de main est vue comme un « vecteur de contamination », on injecte des mantras. « Dans le strict respect des règles sanitaires » vous parasite le cerveau plus efficacement qu’une propagande chinoise de base. « Stay safe ». « Prenons soin de nos proches en gardant nos distances ». « Quand on aime ses proches, on ne s’approche pas trop ». Merci de parler couramment la novlangue covid et de maîtriser cas-contact, quarantaine-qui-n’est-pas-la-même-chose-que-isolement, cluster, présentiel-distanciel, hybridation, PCR, PLF, lockdown et autres vaccins à ARN ou recombinants. Oubliez tout ce qui a précédé. Bienvenue dans la vie-covid, une vie ultra-balisée, en coupe réglée, tracée, cernée, où les rituels du quotidien sentent le gel hydroalcoolique, où l’on écrit « je t’embrasse » à toutes ses amies en bas de ses mails sans jamais plus pouvoir les embrasser, où les règles changent tout le temps, quand elles ne sont pas incohérentes ou absurdes, où la peur de la contamination est sans cesse entretenue et relancée, où la culpabilité dévore.

Contrôle et auto-contrôle

Le lavage de cerveau fonctionne tellement bien que le contrôle s’est mué en auto-contrôle. Nous avons intégré les codes, les gestes-barrières, que nous nous infligeons maintenant docilement à nous-mêmes. Nous réprimons tous nos élans. Nous vérifions cent fois que le masque est bien placé sur notre visage. Nous veillons à nous tenir à bonne distance des gens, à ne surtout pas les toucher. Nous nous lavons les mains jusqu’au coude à la moindre occasion. Et cette auto-censure dévore, à chaque minute de notre journée, énergie, confiance en soi, confiance en autrui, confiance en la vie, joie de vivre. C’est cela, la véritable sujétion. Quand le discours dominant est intégré à l’intérieur du dominé. Quand on devient soi-même son propre surveillant, son propre oppresseur, son propre « Big Brother ». Quand l’individualité est terrassée, quand le sens critique est étouffé, quand le cœur et la pensée sont envahis, phagocytés, par des injonctions. Il y a alors risque d’altération de la personnalité, risque de perte de contact avec la réalité du monde, parce que c’est l’idéologie sectaire qui la remplace. [note] Le contexte covid nous tient actuellement lieu de « monde ». Nous mangeons covid, nous respirons covid, nous travaillons covid, nous dormons covid. La coupure avec la famille, les amis, rend plus vulnérable, l’isolement renforce les angoisses : nous sommes comme immergés.

Dynamique sacrificielle

Caractéristique également du fonctionnement sectaire, une dynamique sacrificielle se met en place. [note] Au début, ce sont de petits sacrifices, qui peuvent paraître anodins. Ne plus se serrer la main : soit… Ensuite viennent des sacrifices un peu plus importants. Porter un masque, ne plus sortir le soir, ne plus faire de sport, ne plus organiser de dîners entre amis, etc. Les sacrifices s’additionnant

aux sacrifices, de nouvelles mesures venant régulièrement en exiger de nouveaux, c’est finalement toute notre vie qui se trouve sacrifiée. Au nom de la lutte biologique contre le virus – la seule qui semble désormais prévaloir –, l’essentiel de ce à quoi nous tenons a été sacrifié sur l’autel covid. Et nous persistons à croire que nous sommes sur la bonne voie, et que tout va finir par s’arranger, parce que nous croyons « agir pour la bonne cause » – un levier puissant utilisé dans les sectes pour neutraliser les doutes des adeptes et obtenir une transformation psychique durable. [note] Nous sentons bien, pourtant, que « quelque chose ne va pas ». Mais nous repoussons toujours le moment de dire non. Nous voulons « tenir encore », « essayer encore ». On nous a prédit une telle apocalypse virale en cas de « relâchement » que nous sommes prêts à tout pour l’éviter. Une telle cause, pensons-nous, vaut bien des sacrifices et un effort de « civisme ». Nous voulons garder notre loyauté au groupe et aux dirigeants, soutenir les autres à toute force, les protéger ; surtout pas les trahir, surtout pas les mettre en danger. Nous voulons « prendre soin de nos proches ». Nous voulons être généreux et solidaires.

A cet égard, le slogan « une équipe de 11 millions » inventé par le gouvernement, est particulièrement retors. Pervers même. Un concentré de codes sectaires.

Comment dire qu’on ne veut pas « être dans l’équipe » ? Tout le monde veut être dans l’équipe. Tout le monde veut se rendre utile, participer, être reconnu, avoir une place dans le groupe. Qui aurait envie d’être le paria, le marginal, l’incivique ? Mais comment se sentir en adhésion avec une « équipe » si on ne peut pas la choisir ? Comment se sentir intégré si toutes les conditions d’adhésion sont imposées, forcées, sans que nous ayons voix au chapitre ? Une adhésion qui repose sur la peur et la contrainte ne peut être une réelle adhésion, pleine et constructive. Ce slogan est aussi une manière de suggérer sournoisement que nous n’en faisons pas assez. Jamais assez. Nous ne la jouons pas assez collectif. Nous devrions faire des efforts en ce sens. Toujours plus d’efforts. Et si ça ne marche pas, s’il y a un regain de l’épidémie, c’est que nos efforts n’auront pas été suffisants, évidemment. Que « l’équipe » aura manqué d’implication. Mais comment nos ministres osent-ils en appeler à notre « esprit d’équipe » alors que dans le même temps ils nous empêchent radicalement de faire équipe les uns avec les autres ? S’ils nous forcent à nous isoler dans des « bulles de un », en nous coupant de nos familles, de nos amis, de nos liens professionnels ? S’ils nous imposent un « tout sans-contact » qui représente un démaillage complet de notre vie sociale ? Comment cela serait-il possible ? Nous nous trouvons là dans une situation d’injonction paradoxale (soyez solidaires en vous écartant les uns des autres), une situation de « double lien » qui réduit chacun de nous à l’impuissance et dont le potentiel destructeur est bien documenté par les professionnels de la santé mentale. [note]

Logique d’asservissement et de dépendance

Par ailleurs, faut-il rappeler encore que « vaincre le virus » ne saurait être un objectif atteignable ? C’est un leurre. Un mirage qu’on ne cesse d’agiter devant nos yeux affamés. Il ne faut pas être un grand scientifique pour se rendre compte qu’il est irréaliste de chercher à se rendre maître d’un virus qui n’en finit pas de muter. Et en imaginant même que le Sars-Cov2 et ses nombreux variants se fatiguent et se rendorment, on sait bien que d’autres virus surgiront, comme c’est le cas chaque année, depuis des lustres. Dès lors, annoncer comme objectif de « vaincre », c’est nous entraîner, selon les mots de François Gémenne et Olivier Servais, dans la « chimère destructrice » que représente « la tyrannie du risque zéro ». [note] Persister dans cette voie, en continuant à affirmer que le vaccin « est la seule solution » et que ce vaccin nous permettra de « vaincre le virus », comme le répètent à l’envi nos ministres, c’est persister dans un mensonge qui nous garde prisonniers d’une logique d’asservissement et de dépendance.

Embrigadés dans la secte covid, nous avons tendance à nous résigner. Nous subissons une telle érosion de nos libertés que nous ne nous autorisons même plus à penser à ce qui est « essentiel » ou « non essentiel » pour nous et à le dire. Las, déprimés, dépassés, nous finissons par accepter qu’un autre le pense et le dise à notre place. Nous acceptons des dogmes, comme celui de la stratégie vaccinale « seule issue possible » [note]. Et nous perdons notre liberté de pensée. Les médecins eux-mêmes reçoivent des consignes du Conseil de l’Ordre et sont menacés de sanctions s’ils expriment des doutes. [note] Comme si leur liberté de conscience n’existait plus. Comme si leur art ne devait plus se nourrir de conscience mais de règlements. Hippocrate aurait à coup sûr des choses à en dire. Certains ont déjà été sanctionnés pour s’être exprimés de façon divergente. [note] Alors que la gestion de l’épidémie pourrait faire l’objet de plusieurs autres pistes sérieuses, celles-ci sont retoquées a priori. Aucune autre option n’est plus audible, visible, questionnable – ni même pensable. Pour les dirigeants-gourous, il est facile, quand on a mis toute une population aux abois, de se présenter comme le « grand-vaccinateur-sauveur ». Facile d’éteindre d’un coup de manche culpabilisateur les braises d’esprit critique qui survivaient vaille que vaille. Avec quelles conséquences ? Dans ce monde devenu sectaire, nous ne pouvons plus donner au vaccin notre choix, sous la forme d’un consentement libre et éclairé. Le nom donné par le gouvernement au site « d’information » sur les vaccins parle de lui-même : « jemevaccine.be » ! Si « l’information » n’a plus rien d’objectif, si elle se mue en une « sensibilisation orientée », elle devient désinformation et endoctrinement.

Quant à l’éventualité de la mise en application d’un passeport vaccinal qui nous ouvrirait les portes des salles de spectacles et des restaurants, elle signifie non seulement la ruine de la liberté vaccinale mais aussi, pour nous et pour toutes les générations à venir, une liberté conditionnelle permanente. Voir notre vie sociale conditionnée à un QR code, comme en Chine, où « vacciné » (code vert) signifie « bon citoyen », avec vie sociale illimitée et accès autorisés et où « non vacciné » (code rouge) signifie « mauvais citoyen », avec vie sociale limitée et accès refusés, revient à faire vivre tout le monde (« bons » et « mauvais ») sous bracelet électronique. Sans liberté vaccinale réelle, sans ouverture à d’autres pistes de gestion de l’épidémie, sans débat citoyen, nous ne sortirons pas de la dépendance sectaire où la politique sanitaire anti-covid nous a maintenant installés.

« Manger avec ses collègues est dangereux »

Dans l’intégrisme covidien sans nuances, qui progresse, les messages se font de jour en jour plus radicaux. Toute vie culturelle est abolie. A Bruxelles, il est interdit de se promener seul dans une rue, même déserte, à visage découvert. « Manger avec ses collègues est dangereux » annoncent en grandes lettres les écrans informatifs d’un hôpital bruxellois. Faut-il y lire la condamnation péremptoire et définitive de toute vie sociale ? Certes, casser la croûte avec ses collègues sur le temps de midi peut, éventuellement, être source de contaminations diverses. Cela a toujours été le cas. Il n’y a là rien de nouveau. Et la vigilance et la prudence sont des vertus que personne ne songera à récuser. Mais manger avec ses collègues, n’est-ce pas d’abord et avant tout, du partage, de la détente, de la proximité, de l’échange, de la découverte de l’autre, du plaisir, de la convivialité, de l’enrichissement ? N’est-ce pas nécessaire et essentiel pour développer des relations professionnelles humaines, empathiques, agréables et gratifiantes ? N’est-ce pas une façon, justement, d’être civique et solidaire ? Hélas, force est de constater que dans l’idéologie covid, tout cela est simplement renversé et nié.

Reprendre la main

Signe inquiétant, comme le héros Winston de « 1984 », certains de nos concitoyens commencent à pratiquer la double-pensée. Extérieurement, ils paraissent lisses et adoptent le comportement du parfait citoyen covidien « dans le strict respect des règles sanitaires ». Intérieurement, c’est tout autre chose. Peut-être, comme Winston qui griffonne des « à bas Big Brother » rageurs dans son journal intime en se cachant des télécrans, peut-être éprouvent-ils le besoin, eux aussi, de dire ou d’écrire, dans le secret, tout le mal qu’ils pensent de cette politique sanitaire. Allons-nous continuer comme cela, jusqu’à nous exposer plus tard, comme Winston, à la répression menée par la Police de la Pensée ? Si nous voulons sortir de la mécanique sectaire, il est nécessaire que toutes nos réflexions sur ces questions, toutes nos critiques, soient exprimées à haute et claire voix. Il est nécessaire que tout doute soit pris en compte, manifesté et reconnu. Il est nécessaire que tout débat puisse avoir lieu au grand jour. Et que chacun puisse dire, sans peur, ce qu’il a à dire. Nous pouvons revendiquer cela, légitimement. Nous pouvons reprendre la main. Nous pouvons exiger d’être rétablis dans nos droits fondamentaux, dans notre dignité, dans notre puissance de citoyens libres et agissants, dans un pays libre.

Ne laissons pas notre démocratie chanceler davantage. Soutenons-la. Restaurons-la.

Sortons de la secte.[note]

« TOUT EST FAUX » L’ordre des médecins au service du politique

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Yves Couvreur, anatomopathologiste, a porté plainte contre l’ordre des médecins et la directive que ce dernier a transmis à tous les médecins de Belgique en janvier 2021. Il nous parle des vaccins, véritable « phase expérimentale » sur la population, de ceux qui sont derrière l’Ordre, de ce qu’est la médecine, du double langage des labos et des politiciens, des mensonges de la littérature scientifique… « Il est temps que les peuples s’éveillent ».

« TOUT EST FAUX » L’ordre des médecins au service du politique

Yves Couvreur, anatomopathologiste, a porté plainte contre l’ordre des médecins et la directive que ce dernier a transmis à tous les médecins de Belgique en janvier 2021. Il nous parle des vaccins, véritable « phase expérimentale » sur la population, de ceux qui sont derrière l’Ordre, de ce qu’est la médecine, du double langage des labos et des politiciens, des mensonges de la littérature scientifique… « Il est temps que les peuples s’éveillent ».

Ne pas espérer, agir

C’est un peu comme si on disait aux troupes que l’ennemi s’est replié. Baissant les armes et la garde en même temps, celles-ci ne seraient maintenant plus en mesure de voir qu’une faction rivale est prête à les assaillir depuis un poste embusqué.

La même chose risque de se passer avec la « grande nouvelle » du jour : « L’État condamné à lever toutes les mesures covid d’ici 30 jours ». On a du mal à imaginer que d’ici 30 jours nous serons sortis de l’état de sidération dans lequel le gouvernement et ses médias nous ont plongés depuis un an.

Certes, la justice fait parfois son travail, mais la séparation des pouvoirs relève plus du domaine de la fable que de la réalité. Quant à l’astreinte de 5.000 € par jour, il faudra lire jusqu’au bout pour découvrir que le montant total ne pourra pas dépasser 200.000€… peanuts pour l’État.

Et si le corps social, fragilisé par la bonne nouvelle, était plus enclin à se faire avoir ? Souvenons-nous aux Pays-Bas, lorsque le tribunal de La Haye avait estimé que le gouvernement néerlandais devait mettre fin au couvre-feu en vigueur, alors que les émeutes contre les mesures covid battaient leur plein[note] : le jour même, la Cour d’appel néerlandaise a suspendu le jugement2.

L’article du Soir, quotidien qui a depuis un an œuvré à faire du journalisme de la pédagogie par la peur pour convaincre les Belges d’obéir, termine l’article de ce jour par une note on ne peut plus claire :

« Il serait étonnant que l’État n’interjette pas appel de cette décision. Notons que la loi « pandémie », destinée à mettre fin à ces problématiques, sera débattue ce mercredi après-midi en commission à la Chambre ». [note]

Nous voilà donc rassurés : l’État ne restera pas sur cette décision (ce serait naïf de le croire, alors que derrière ces politiques liberticides, il y a autre chose qu’une simple réactivité à une « pandémie »). Pensons aussi que la loi Pandémie, sur laquelle le Parlement se penche, sera influencée par cette plainte de la Ligue des Droits de l’Homme., avec le risque de la précipiter.

Et si tout cela allait favoriser l’inscription dans la loi d’un État d’urgence permanent ?

Crise de la Covid et intelligence émotionnelle : le maillon manquant

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Ce texte prolonge le débat sur la décision médicale et sanitaire qui avait été initié autour de l’Evidence-based-medecine (EBM) avec la carte blanche intitulée : « le rôle de la formation des médecins et de l’épistémologie médicale dans la crise de la Covid 19 ». Discussion qui s’est poursuivie au sein d’une deuxième carte blanche, centrée – comme son titre l’indique – sur une critique du principe de précaution :« Principe de précaution ou « risque du blâme » ? A suivi l’interrogation sur la déstructuration du système de santé au regard de l’incapacité à reconnaître les ressources propres à celui-ci, question introduite avec une troisième carte blanche : « Globalité, partenariat, autonomie en santé. Quand l’urgence balaie tout, mais révèle l’essentiel ! ».

Par[note] :

  • Florence PARENT, médecin, docteur en santé publique, coordinatrice du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
  • Fabienne GOOSET, docteur en lettres, certifiée en éthique du soin.
  • Manoé REYNAERTS, philosophe, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
  • Helyett WARDAVOIR, master santé publique, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
  • Dr Isabelle François, médecin et psychothérapeute, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
  • Dr Benoit NICOLAY, médecin, anesthésiste-réanimateur, micro-nutritionniste.
  • Dr Emmanuelle CARLIER, médecin, pédiatre.
  • Dr Véronique BAUDOUX, médecin généraliste.
  • Jean-Marie DEKETELE, professeur émérite de l’UCL et de la Chaire UNESCO en Sciences de l’Éducation (Dakar).

De l’évanescence de l’âme à l’émergence d’un robot…

« Je m’intéresse à cette idée selon laquelle le monde s’est aplati et rétréci ces dernières années, aspiré dans les mondes virtuels. Il semble maintenant être fait de minces et fragiles couches de faits et matériaux. »[note]

La réduction du monde comme peau de chagrin tels les corps recroquevillés retrouvés, seuls, sur leur lit dans les EHPADs en mai 2020 serait-elle le signe d’une disparition plus définitive ? Celle de l’âme, qui amène Mafalda[note] à tant de perplexité : « Peut-être bien qu’en ce monde, il y a de plus en plus de gens et de moins en moins de personnes. »

Encore semble-t-il que l’âme se manifeste, suggérant sa présence que certains osent même ressusciter….

« On va vers une casse psychologique et psychiatrique, très très importante. Il y aura un avant et un après. Les gens sont traumatisés. À tous les niveaux. Dans les Ehpad, par exemple, on sait que des personnes âgées sont mortes de phénomènes de glissement et d’angoisse. D’autres sont traumatisées d’avoir dû enterrer un parent de façon bâclée. Ce sont des petits exemples entre mille. Il y a une urgence absolue à prendre en compte la dimension psychologique de la crise actuelle. » [note]

Comment en sommes-nous arrivés là ?

En ayant centré le débat médiatique, politique et, in fine, médical sur la seule maladie, voire sur le seul virus et son éradication, nous avons tronqué le réel par élimination du Sujet-psychologique (en tant qu’objet lui-même). Mais à quelles fins ? On peut avancer une hypothèse qui tiendrait à la volonté de détourner le réel de (ou à l’incapacité d’inclure) sa part d’incertitude (situé du côté du particulier et du singulier), tout en le dirigeant vers sa part qui nous semble, à nous modernes, la plus certaine : celle du chiffre et des calculs statistiques ayant valeur d’universel. 

N’y aurait-il pas du Descartes dans cette attitude de rejeter voire nier la diversité du réel et son mouvement originaire – pourtant constitutifs de nos existences – en se tournant vers la seule (croyance en la) rationalité des mathématiques, en proximité immédiate avec les technosciences ?

Notre modernité paraît se situer au milieu du gué de la certitude et de l’incertitude. La crise de la démocratie qui semble être aujourd’hui la nôtre pourrait-elle être, d’abord, le symptôme d’une « crise de la cinquantaine »[note], métaphore de l’angoisse liée à notre finitude, soudain révélée au milieu d’une ère de transhumanisme, par la Covid 19 ?

L’enjeu épistémologique d’un système de santé et d’une société : le choix de l’in/certitude

L’orientation épistémologique[note] d’une société est un « fait total » historiquement et culturellement situé. Elle affecte l’ensemble de nos comportements car elle imprègne notre manière de voir le réel, d’interagir avec celui-ci, et même de le considérer.

Cette considération au sens où Corine Pelluchon l’entend[note] est d’une certaine manière résumée par la phrase reprise de l’ouvrage de Damasio intitulé « L’erreur de Descartes » : « L’une des variantes de l’erreur de Descartes est de ne pas voir que l’esprit humain est incorporé dans un organisme biologique complexe, mais unique en son genre, fini et fragile ; elle empêche donc de voir la tragédie que représente la prise de conscience de cette fragilité, cette finitude et cette unicité. Et lorsque les êtres humains sont incapables d’apercevoir la tragédie fondamentale de l’existence consciente, ils sont moins enclins à chercher à l’adoucir, et peuvent, de ce fait, avoir moins de respect pour la valeur de la vie. »[note] Or, comme nous le rappelle A. Damasio, la considération pour l’existence et pour la vie s’ouvre dans notre soi, en celui de nos émotions, en celui capable aussi d’histoire, celui autobiographique, car si : « Les émotions sont les exécuteurs et les serviteurs zélés du principe de valeur, le produit le plus intelligent à ce jour de la valeur biologique. », le soi est, quant à lui « dans chaque esprit conscient (…) le premier représentant des mécanismes de régulation vitale, le gardien et le conservateur de la valeur biologique. »[note]

C’est qu’à force d’être dans « le monde des idées », nous sommes tombés dans le piège contre lequel nous met en garde Jocelyn Benoist[note]. Ce piège est celui où le concept (ou ce qui se définit par la théorie ou la proposition) et le particulier (ou ce qui se définit par l’expérience du Sujet ou le vécu) seraient opposés l’un à l’autre. Bien qu’il soit facile et confortable de se couler dans cette vision marquée par l’antagonisme, J. Benoist insiste sur la radicale nécessité de ne pas voir les choses ainsi !

Mais serait-il trop tard ?

En effet, nous nous sommes ‘fabriqués’[note], massivement, dans une perspective trop exclusivement cartésienne[note], du seul côté du concept en rupture avec le particulier. C’est-à-dire dans une épistémologie cognitiviste (de la raison pure), qui plus est réductrice, par sa démarche de maîtrise, fondée sur une épistémologie positiviste (recherche de la certitude et de la preuve par la démonstration expérimentale).

Une telle épistémologie s’ancre dans un platonisme de longue date, c’est-à-dire en rupture avec le corps et le monde sensible. Et ceci, plus certainement encore dans notre monde occidental, du reste particulièrement touché par cette crise sanitaire. En termes de développement de ressources humaines nous pourrions considérer Descartes comme étant le plus grand manager de tous les temps.

Au sein de « cette fabrique », certains sous-groupes sont plus à risque à la fois pour eux-mêmes et pour les populations en général par le fait de leur capacité décisionnelle dans la cité. Ce sont notamment les milieux dits scientifiques, dont les médecins et certaines autres catégories de soignants, mais également les juristes, les économistes …, ainsi que, d’une certaine façon, la structure universitaire par voie éducative.

Il faut une forte conscience et un arrachement de longue haleine pour s’émanciper d’une telle dérive cognitiviste, sans pour autant s’y opposer ! En effet, la question n’est pas tant de rejeter les Lumières que d’en comprendre les limites et de s’en affranchir. Nous rejoignons en cela Corinne Pelluchon quand elle dit : « Les critiques adressées à la philosophie des Lumières peuvent nous aider à compléter son projet inachevé. »[note]

Ainsi dans cette crise de la Covid, face à l’enfermement de nos aînés….

« Hécatombe de désespoir et dénuement de solitude également dès lors que l’ensemble d’une vie se concluait, au mieux, par quelques secondes d’un échange vidéo via un smartphone. Le fils parfois traversa même la France pour voir le père mourant, attestations du maire comme du médecin en poche : mais le gendarme de la vie le lui interdit et le fils s’en retourna, lesté d’une amende de 135 euros. Il ne vit le père ni mourant ni mort : le président de la République avait prévenu : cette guerre, nous la gagnerions « quoi qu’il en coûte ». »[note]

Comment nos corps peuvent-ils accepter de telles souffrances ? Sentant que quelque chose « ne va pas », notre intelligence a besoin d’autres armes pour argumenter le refus du corps de poursuivre dans une telle direction…encore faut-il sentir.

« A un moment, le robot reçoit une balle dans le bras. L’enfant lui demande s’il a mal. Le robot répond : « Qu’est-ce qu’avoir mal ? ». L’enfant ne peut lui répondre que ceci : avoir mal, c’est avoir mal, c’est sentir une douleur, c’est se sentir ayant une douleur, autrement dit, sentir, c’est sentir. »[note]

La réponse vient de nos corps

« Le progrès futur des sciences cognitives semble impliquer des efforts toujours croissants pour ancrer nos recherches dans le monde réel de la sensation et de l’action. À partir de cet ancrage, le temps, le monde et le corps émergent en tant qu’acteurs signifiants dans le champ de la cognition. Comment avons-nous pu les oublier ? »[note]

Si paradoxalement, dans le monde médical, c’est l’avancée des neurosciences qui démontre le maillage, le réseau, la complexité spatio-temporelle, l’au-delà de toutes antinomies dualistes de L’Être-au-monde, celui-ci s’appauvrit, perdu et tout puissant à la fois dans son monde technoscientifique, replié dans ses empreintes culturo-cartésiennes et positivistes, toujours comme « Maître et possesseur de la nature ». C’est ce qui peut nous faire comprendre ce sentiment ambigu qui nous habite aujourd’hui…

« Confusément, nous sentons tous – et c’est sans doute là l’origine de cette souffrance psychologique qui nous accable – que le monde qui se dessine et dont le virus accélère l’avènement est le contraire même de la vie. Car la vie est fondamentalement dans l’immaîtrisé, dans la présence charnelle au monde et à l’autre. »[note]

Or, c’est justement de l’expérience et du particulier, piliers d’un jugement réfléchissant[note], dont on s’éloigne toujours plus.

Par ailleurs, « Notre médecine, bien qu’ultra-performante, échoue trop souvent à soutenir les patients et leur entourage. Devenir médecin exige non seulement d’apprendre le fonctionnement de l’organisme et les mécanismes des maladies, mais aussi de s’interroger sur l’expérience des malades et l’art de soigner. »[note]

Mais peut-on arriver à une telle perspective quand l’âme est balayée en quelques heures de cours théoriques par une vague introduction à la psychosomatique dans le meilleur des cas ?

Esprit, psyché ou émotion : un impensé des cursus de médecine ?

« Vous déplorez notre grande « immaturité psychique » collective. Que voulez-vous dire par là ? « La population connaît très mal le psychisme humain. C’est comme si on avait mis toute notre ingénierie dans le rationalisme et dans la logique en oubliant la part d’intelligence qui vient structurer notre psyché. Or, elle doit, elle aussi, être éduquée et étudiée… au même titre que les mathématiques. Les grands ressorts psychiques sont très mal connus de la population. Or, comment maîtriser ce qu’on ne connaît pas ? À voir la psyché humaine comme un non-sujet, on se désarme nous-mêmes. (…) Je me demande sérieusement s’il ne faudrait pas y dédier un cours à l’école. Il existe, en effet, des lois psychiques structurelles qui mériteraient d’être mieux connues, mieux comprises. On gagnerait tous à entrer de façon compétente et rigoureuse dans ces sujets. Il ne s’agirait évidemment pas de s’immiscer dans l’intimité de chacun, mais d’enseigner aux jeunes générations ce que sont les grands invariants de la psyché humaine. Produire des sociétés différentes passe, aussi, par cela. »[note]

Cynthia Fleury rejoint par-là ce que disait, autrement, dans les années 1960, Henri Laborit dans la préface de son ouvrage « Éloge de la fuite » : « Je regrette de devoir fournir cette caricature du fonctionnement nerveux central. Comme ce fonctionnement est à la base de tous nos jugements, de toutes nos actions, il est nécessaire de le rappeler. (…) Mais aussi longtemps que les connaissances progressives qui le concernent et que nous en avons ne feront pas partie de l’acquis fondamental de tous les hommes, au même titre que le langage dont il est la source (alors que celui-ci exprime surtout notre inconscient sous le discours logique), nous ne pourrons pas faire grand-chose. Tout sera toujours noyé dans le verbalisme affectif. »[note]

Nous rejoignons Cynthia Fleury dans cette urgence, cependant nous la considérons sous l’angle d’une épistémologie centrée sur l’action[note], en proximité immédiate avec l’expérience (du Sujet) et le particulier (contextes professionnels et de vie), évitant l’erreur historique dénoncée par J. Benoist d’être exclusivement du côté du concept en rupture avec l’action. C’est ainsi qu’on parlera de compétences émotionnelles en lien avec le champ de la psychologie des émotions.

La question de savoir si les émotions optimisent ou entravent notre fonctionnement, c’est-à-dire si elles sont adaptatives ou si, à l’inverse, elles participent d’un désordre psychologique, trouve une réponse, sur un plan pédagogique, grâce à cette notion de compétence émotionnelle qui réconcilie précisément ces deux points de vue[note].

Avec cette crise il apparaît plus que jamais prioritaire de considérer les émotions dans les curriculums de formations en santé, a fortiori quand on envisage la place des émotions dans la prise de décision.

En effet, le rôle des émotions dans la capacité de décider émerge dans la littérature scientifique depuis déjà quelques années faisant suite aux travaux pionniers de Damasio notamment dans son ouvrage « L’erreur de Descartes ». Celui-ci y démontre les liens entre décisions, perceptions et émotions favorisant ainsi, dans le champ du management prioritairement, le développement de modèles de pratiques décisionnelles plus intégrateurs. Leur transfert aux métiers du soin et au monde médical en général apparaît de plus en plus un enjeu crucial pour la qualité des soins et des services de santé. En effet, les professionnels de la santé, à différents niveaux organisationnels, sont tous concernés par la nécessité de juger de l’évolution de situations et le devoir de décider sur un plan managérial ou de gestion collective avec l’équipe soignante. Pour chaque situation de soin ou de gestion au niveau d’un patient, d’une famille, d’une collectivité ou d’une nation, le professionnel de la santé est amené, dans sa pratique[note], que celle-ci soit la plus quotidienne ou la plus exceptionnelle, à décider.

On peut également rendre compte d’une corrélation positive chez les professionnels de la santé entre intelligence émotionnelle et satisfaction au travail ; faculté d’empathie ; aptitude au travail collaboratif ; engagement organisationnel ; burn-out…[note]

L’intelligence émotionnelle, par le biais de l’introduction des compétences émotionnelles dans le développement professionnel, permettrait d’anticiper, de prévenir et de s’engager plus adéquatement afin de connaître des issues favorables à de nombreuses situations de santé où la place de l’empathie et/ou du travail en équipe apparaît cruciale.

C’est également à partir d’un travail sur nos émotions qu’il est possible progressivement de faciliter un changement d’attitude afin d’éviter les comportements discriminatoires portés par nos préjugés (toujours sous tendus par nos valeurs considérées, par chacun, comme seule vérité), si présents dans le monde médical[note].

Quand elles ne sont pas prises en compte, ce sont ces émotions aussi qui annulent toute efficacité aux formations à l’interprofessionnalité, quand on sait que l’enjeu de cette dernière est fondé sur des relations de pouvoirs dont on nie l’existence[note].

Enfin, ce sont ces mêmes émotions qui, quand elles ne sont pas identifiées et judicieusement interprétées, peuvent paradoxalement nous plonger dans une cécité redoutable quant à nos erreurs de jugement sous-jacentes qu’elles sont pourtant venues révéler. Le piège de la certitude se referme. Le conflit cognitif n’est plus envisageable et, par voie de conséquence, la possibilité d’apprendre.

Le conflit cognitif étant ce moment de confrontation à nos connaissances antérieures, dans le sens d’un doute, d’une incertitude. La possibilité réelle d’une remise en question de nos connaissances, afin de les faire évoluer, dépendra, d’une part, de nos propres capacités émotionnelles à faire face à de telles déstabilisations cognitives. De l’autre, de la sécurité affective liée à l’environnement.

Ceci est d’autant plus difficile dans des contextes où la pensée cartésienne, duelle, est à l’œuvre, comme c’est le plus souvent le cas dans le monde médical occidental dont elle est le cadre de référence. Et ceci renforcé par l’attitude commune historiquement et culturellement construite de la posture du médecin qui est celle du savant, c’est-à-dire celui qui sait, un « sachant ». Cette position est le plus souvent partagée par l’ensemble du « corps soignant » formaté trop exclusivement dans un seul paradigme de connaissance hégémonique, celui de la science et d’une épistémologie positiviste, recherchant comme seule clé de l’action, l’hypothétique assurance de certitude du seul savoir scientifique et de protocoles validés.

Une déstabilisation d’une forme de toute puissance peut engendrer de très fortes émotions et un rejet radical, – ou une impossibilité par incompétence ou cécité-, de toute possibilité de douter et d’agir en situation d’incertitude. Cependant si on manque systématiquement de prise de conscience sur nos erreurs (angles morts, incompétences), prérequis pour des apprentissages nouveaux et des changements de pratiques professionnelles, des ancrages erronés vont se construire dans la durée.

Plus en aval et à partir de notre perspective de l’agir, il ne s’agit pas seulement de considérer la dimension psychoaffective mais également sensorielle et perceptive dont rendent compte de nombreuses avancées des neurosciences (hypnothérapie ; gestion de la douleur chronique ; neuroplasticité ; pathologie chronique etc.)[note].

Ainsi le sentir que questionne l’enfant à l’adresse du robot participe d’une des dimensions de nos capacités d’agir, celle du toucher et de la perception dont témoignent de plus en plus de travaux notamment dans le champ de l’éducation. Pourquoi dès lors s’en priver ? Cézanne en peignant près de 80 fois la montagne Sainte Victoire nous aide à ouvrir les portes de la perception, et, de là, celle de l’émotion, permettant une ouverture ontologique de l’Être-au-monde. Ainsi pouvait-on lire dans ses conversations :

« Il faut, sans rien perdre de moi-même, que je rejoigne cet instinct (l’instinct des paysans), et que ces couleurs dans les champs éparses me soient significatives d’une idée comme pour eux d’une récolte. Ils sentent spontanément, devant un jaune, le geste de la moisson qu’il faut commencer, comme je devrais, moi, devant la même nuance mûrissante, savoir par instinct poser sur ma toile le ton correspondant et qui ferait onduler un carré de blé. De touche en touche ainsi la terre revivrait. À force de labourer mon champ, un beau paysage y pousserait (…). »[note]

En l’absence d’intelligence émotionnelle, les émotions, celles de la peur et de nos besoins sécuritaires, nous empêchent d’affronter notre responsabilité dans des décisions où l’incertitude est la règle, en nous enjoignant à toujours nous axer sur le seul jugement déterminant[note].

Un changement de paradigme nécessaire dans les études médicales

Celui-ci serait fondé sur une Raison qui n’oppose plus deux cerveaux, celui de la cognition et de l’émotion, et deux parties, celle du corps et de l’esprit, telle une crucifixion qui ne dit pas son nom.

Les sciences affectives nous le rappellent : « Nées dans les années 1960, les sciences cognitives se sont d’abord concentrées sur ce que l’on a appelé la « cognition froide » : le raisonnement, l’acquisition des connaissances, le langage, la perception. En résumé, tout ce qui n’est pas relatif au soi, et donc sans enjeu émotionnel. Pour autant, le véritable objectif des sciences cognitives est de rendre compte de tout ce qui se passe dans l’esprit. Elles ont rapidement compris qu’il leur manquait un aspect fondamental : la « cognition chaude », comprenant notamment l’étude de la conscience et des émotions. Cette opposition entre ces deux cognitions est simpliste, car il existe un entrelacement entre les deux. Néanmoins elle donne une bonne approximation de l’histoire des sciences cognitives. »[note]

La gestion, par la peur, de la peur face à l’incertitude[note], qui a prévalu pendant la crise de la Covid, vient rappeler qu’il fut inutile et coûteux d’extirper l’émotion de la raison, le féminin du masculin, au risque d’un « retour du refoulé » dont on ne maîtrise en général pas les abîmes ! Ceux-ci – féminin-masculin- n’étant pas entendus en tant que dualité de genre mais, au contraire, comme présence conjointe en chaque être humain.[note]

Plus fondamentalement, une telle ouverture qui participe d’une sortie du dualisme conceptuel émotion – cognition, devient, selon notre perspective développée dans un article princeps[note], condition de possibilité à une libération.

Cela commence nécessairement par le gouvernement de soi [note] et s’oppose à la « cure socratique »[note], la sortie de crucifixion devant être totale.

Reliance ou nouvelles frontières ?

Poursuivant sur le chemin des binarisations, plutôt que sur celui des reliances et de l’intégration, restera, avec le président de la République française, à traiter la mort en ennemie et à lui déclarer la guerre. « Si son assertion peut être qualifiée d’extraordinaire c’est que, sans doute pour la première fois de l’histoire de l’humanité, un État ne déclarait rien de moins que la guerre contre la mort ; le Président l’affirmait, elle ne passerait pas par nous. »[note]

Si nous ne parvenons pas à concilier l’incertitude avec la certitude, le chaos de la Vie avec la question même de la finitude, seule certitude, nous en sommes amenés à, progressivement, rejeter celle-ci en (re-)érigeant de nouvelles frontières entre morts et vivants…

Marie de Hennezel, psychologue spécialisée dans la fin de vie dit ceci : « Nos experts scientifiques et nos gouvernants ont commis une faute. Ils ont sous-estimé l’importance des rites immémoriaux qui relient les vivants et les morts. Ils ont désespéré les mourants en leur volant leur mort. Ils ont fragilisé les vivants en leur volant un moment essentiel de leur vie. » [note]

Ticket pour le cachot

Muriel Hubin, collaboratrice de Kairos, a été arrêtée arbitrairement alors qu’elle se rendait à une « manifestation statique » à Bruxelles, autorisée par le pouvoir communal.

Motif du bourgmestre de Bruxelles: « suspicion de perturbation de l’ordre public » et le « comportement de Madame Hubin qui mettrait en danger la sécurité sanitaire et l’ordre public au sens large ».

Nous avons voulu en savoir plus, rencontrer cette terroriste sanitaire.

Vers une médecine inhumaine…

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Les médecins dissidents sont convoqués par l’Ordre, menacés, stigmatisés, empêchés dans leur liberté de prescrire.

Que faire ? Écouter ceux qui pensent autrement, nous rappeler que la médecine est avant tout un rapport humain et pas technocratique où le patient n’est que le porteur d’une maladie qu’on étudie et soigne.

Rencontre avec le médecin de famille Yves Gailliez, libre et courageux.

Vers une médecine inhumaine…

Les médecins dissidents sont convoqués par l’Ordre, menacés, stigmatisés, empêchés dans leur liberté de prescrire.

Que faire ? Écouter ceux qui pensent autrement, nous rappeler que la médecine est avant tout un rapport humain et pas technocratique où le patient n’est que le porteur d’une maladie qu’on étudie et soigne.

Rencontre avec le médecin de famille Yves Gailliez, libre et courageux.

Penser le totalitarisme sanitaire

Dans cette deuxième interview, Michel Weber, philosophe, aborde la question de la croissance infinie dans un monde fini, l’étude des pathologies du pouvoir, indispensable pour saisir qui nous gouverne, revient sur le « Great reset » et le Forum économique mondial, etc.

Indispensable pour comprendre le monde actuel.

Retrouvez le travail de Michel Weber sur http://chromatika.academia.edu/Michel…

Pour revoir le 1er épisode : https://www.new.kairospresse.be/covid-1984-la-vision-dun-philosophe-sur-la-periode-actuelle/

Les morts de leurs mesures? On verra plus tard…

Aucune crédibilité de leurs chiffres, aucun consensus.
Aucun débat. Omerta.
Une certitude pourtant: leurs mesures détruisent des vies, des familles, des liens…

Leur réponse: « on verra plus tard ».
Quand tout sera détruit?

Covicratie… bienvenue dans le meilleur des mondes

Dans quel monde sommes-nous ? Est-ce un cauchemar ou la suite logique d’une déchéance dont nous vivons l’apothéose ? Toutes leurs mesures sont basées sur de faux chiffres, centralisées donc difficilement vérifiables, non discutées et indiscutables. Mais Kairos a ses entrées dans différents hôpitaux…

Nombre total de patients présents à l’UZ Brussel par jour

La photo que vous voyez ci-dessus représente le tableau du nombre total de patients présents à l’hôpital par jour, à l’UZ Brussel. Ce nombre inclut la balance entrées/sorties, donc un patient qui entre à une date X et ressort à une date Y sera comptabilisé toute la durée de son séjour. On peut donc voir que dans cet hôpital, les chiffres sont stables.

Au Chirec Delta (Bruxelles), ils ont des statistiques de semaine en semaine. « Le problème des chiffres c’est qu’un patient avec un frottis + au j 1 de son hospitalisation reste étiqueté covid tout au long de son hospitalisation. Donc s’il reste 2 mois (comme parfois aux soins intensifs) il sera repris dans les statistiques même s’il n’est plus contagieux« . 

« La nouveauté au Chirec de cette semaine du 15 mars: on augmente le testing PCR… avant étaient testées juste les personnes devant passer au minium une nuit. Maintenant, tous les patients même pour une hospitalisation one day ou endoscopie… doivent être testés. Donc, bien sûr, on va avoir une augmentation du nombre de cas asymptomatiques, qui vont gonfler les statistiques, alourdir la charge de travail, et le coût de prise en charge. Bref, je peux vous parler pendant des heures sur le sujet tant tout est biaisé et abjecte« .

Pendant ce temps-là, l’APB (Association pharmaceutique belge), se propose de créer des codes CNK1 pour ficher les patients belges par rapport au vaccin : « hésite/dialogue pas possible/refus… ». On peut se demander qui est à l’origine de cette demande de fichage ? L’APB elle-même ? Le SPF Santé ?

Fichage mis en place par lAssociation pharmaceutique belge

Jusqu’où vont-ils aller ? Jusqu’où nous accepterons ? …

«Documentez- nous!»

Témoignage de Geneviève Cattiez, ancienne directrice de la Haute École Galilée.*

Cher gouvernement. Je deviens de mauvaise humeur. Pouvez-vous nous communiquer les études scientifiques sur lesquelles vous vous basez pour prendre de telles mesures ? Documentez- nous !!

Quelles études scientifiques concernant les coiffeurs nous donnent des chiffres probants qui justifieraient de telles mesures déconcertantes, inattendues et incompréhensibles et insupportables pour les métiers visés. Donnez-nous vos sources de publications scientifiques. Nous ne sommes pas idiots. Vous aimez les chiffres et les courbes.

Je pense que vous ne vivez pas suffisamment sur le terrain

L’ horeca est fermé depuis des mois. Nous ne pouvons pas les soupçonner de nous contaminer puisque ils sont fermés depuis presque 10 mois. Donnez-nous des chiffres et courbes . Puisque vous les aimez. Nous ne sommes pas idiots Nous avons étudié et nous pouvons comprendre la littérature scientifique. Donnez-nous les références sur lesquelles vous vous basez pour prendre de telles décisions qui anéantissent la vie de beaucoup de nous, belges parfois désespérés… et qui parfois décident de ne plus vivre. Je pense que vous ne vivez pas suffisamment sur le terrain.

Vos décisions nous infantilisent. Comme si nous ne pouvions pas comprendre que si nous étions susceptibles de mettre en péril un de nos proches , nous ne le comprendrions pas. Personnellement, je suis révoltée. Et comme personne ressource dans le monde de l’enseignement, dans le monde universitaire et dans l’enseignement supérieur des HE qui privilégie la pensée dialectique , la réflexion intelligente, je ne peux adhérer à de telles mesures si elles ne sont pas étayées par des travaux scientifiques validés par la communauté scientifique qui apparemment, à l’heure d’aujourd’hui, ne requièrent pas l’unanimité. C’est ce qui inquiète et décrédibilise vos décisions.

J’ose partager mon malaise sur les réseaux sociaux… prise de risque bien évidemment. J’opte pour un monde meilleur mais la transparence nous aidera à mieux mesurer les enjeux de cette crise. Nous sommes tous intelligents.

  • Publié initialement sur les réseaux, relayé ici avec l’autorisation de l’auteure.

URGENT! Passeport sanitaire

Le projet de « passeport sanitaire » porté par la Commission européenne risque d’être voté sans débat ni amendements au Parlement européen !

La Commission européenne a récemment déposé ses deux projets de Règlements européens relatifs au passeport sanitaire, ou « certificat vert numérique ».

Parce que la Commission est « pressée », elle a demandé aux responsables des groupes politiques d’inscrire ces Règlements à l’ordre du jour de la prochaine Assemblée plénière du Parlement européen, afin qu’ils soient votés sans amendements et sans qu’il en soit discuté en commission Environnement (comENVI) (« fast-track procedure »), comme cela devrait normalement être le cas.Les coordinateurs de groupes et le Président de la comENVI, se réunissent ce jeudi 25 mars entre 11h et 12h15 pour prendre une décision concernant cette demande.

Il est URGENT, avant cette date, de leur demander de ne pas céder à la pression de la Commission et de faire leur travail de parlementaires, en examinant prudemment le texte et en veillant à l’amender partout où les atteintes aux libertés des citoyens apparaissent excessives.

Nous vous proposons d’interpeller les eurodéputés compétents à ce stade de la procédure, par courrier électronique, en leur écrivant avant jeudi matin, le message suivant (à adapter à votre convenance) :

Destinataires (eurodéputés)

pascal.canfin@europarl.europa.eu, bas.eickhout@europarl.europa.eu, cesar.luena@europarl.europa.eu, dan-stefan.motreanu@europarl.europa.eu, anja.hazekamp@europarl.europa.eu, peter.liese@europarl.europa.eu, jytte.guteland@europarl.europa.eu, nils.torvalds@europarl.europa.eu, silvia.sardone@europarl.europa.eu, bas.eickhout@europarl.europa.eu, alexandr.vondra@europarl.europa.eu, silvia.modig@europarl.europa.eu, juanfernando.lopezaguilar@europarl.europa.eu, maite.pagazaurtundua@europarl.europa.eu, pietro.bartolo@europarl.europa.eu, emil.radev@europarl.europa.eu, jeroen.lenaers@europarl.europa.eu, birgit.sippel@europarl.europa.eu, sophie.intveld@europarl.europa.eu, annalisa.tardino@europarl.europa.eu, terry.reintke@europarl.europa.eu, tineke.strik@europarl.europa.eu, nicola.procaccini@europarl.europa.eu, cornelia.ernst@europarl.europa.eu, saskia.bricmont@europarl.europa.eu, michele.rivasi@europarl.europa.eu, marie.toussaint@europarl.europa.eu, damien.careme@europarl.europa.eu, patrick.breyer@europarl.europa.eu

Modèle de lettre

Le 24 mars 2021

Objet : Appel urgent à refuser la procédure de « fast-track » pour l’examen du projet de Règlement relatif au « certificat vert numérique »

Mesdames, Messieurs les membres du Parlement européen,Vous allez être amenés, jeudi matin prochain (25 mars 2021), à vous prononcer sur la procédure d’examen des deux projets de Règlements de la Commission européenne relatifs au « certificat vert numérique ».

Ces projets constituent certainement l’une des décisions les plus déterminantes que vous allez prendre pendant votre mandat. Pour cette raison, je vous prie instamment de rejeter l’option d’un examen en procédure « fast-track », telle que réclamée par la Commission européenne. En effet, ce projet de « certificat vert numérique », même s’il est habilement présenté comme un moyen d’exercer notre liberté de circulation, représente une ingérence inédite dans nos libertés fondamentales, car il conduit indirectement à imposer à l’immense majorité des Européens, sains et non susceptibles de mourir du COVID-19, soit un vaccin dont personne ne sait « s’il prévient l’infection asymptomatique et la transmission du virus », ni même s’il protège durablement contre la maladie (comme on peut le lire dans les considérations liminaires du projet de Règlement), soit d’innombrables tests de dépistage (il faudrait présenter ce certificat à de multiples occasions de nos vies en collectivité : transports, lieux de culture et d’éducation, restaurants, centres commerciaux, etc.).

La lecture du projet de Règlement nous apprend également que les personnes ayant déjà surmonté le COVID-19 ne seront considérées comme immunisées que pendant un maximum de 180 jours, sans qu’aucune explication ne soit fournie sur ce délai, après l’obtention d’un test PCR positif. L’état réel de leur immunité, mesurable pourtant sur la base des lymphocytes ou des anticorps circulant dans leur sang, ne comptera donc pour rien. De plus, alors qu’aucune application de « tracing » et de « tracking » n’avait été rendue obligatoire jusqu’à présent, ce « certificat vert », conçu comme un sésame incontournable, permettra aux États membres de mettre en œuvre ce contrôle obligatoire de nos moindres déplacements et habitudes de consommation, sans qu’il soit désormais possible de s’y opposer.

Ainsi se dessine, avec ce projet de « certificat vert », une société d’apartheid, où des citoyens bien portants, mais refusant de se soumettre au diktat hygiéniste proposé par la Commission et certains États membres, seront discriminés et mis au ban de la société. Cela est inacceptable.Que vous décidiez d’amender ce projet ou de le rejeter, il est de toute manière impératif de l’examiner sérieusement et de refuser une urgence injustifiable.

Vous priant ainsi de prendre toute la mesure des responsabilités que vous confère votre mandat d’élu, je vous appelle à rejeter tout examen hâtif de ces deux projets de Règlements,

Vous remerciant pour votre vigilance, Je vous prie de croire, Madame, Monsieur, à mes respectueuses salutations,

<Prénom Nom><Pays d’appartenance>

Ticket pour le cachot

Muriel Hubin, collaboratrice de Kairos, a été arrêtée arbitrairement alors qu’elle se rendait à une « manifestation statique » à Bruxelles, autorisée par le pouvoir communal.

Motif du bourgmestre de Bruxelles: « suspicion de perturbation de l’ordre public » et le « comportement de Madame Hubin qui mettrait en danger la sécurité sanitaire et l’ordre public au sens large ».

Nous avons voulu en savoir plus, rencontrer cette terroriste sanitaire.

Big Brother is watching you!

Nous étions en train de préparer une vidéo avec l’interview d’un médecin généraliste, un point de vue des plus intéressants que nous voulions partager avec vous.

Avant même de la publier, regardez le message que nous avez reçu.

YouTube n’autorise pas les contenus qui remettent explicitement en cause l’efficacité des mesures de distanciation sociale et d’auto-isolement préconisées par les autorités de santé locales ou l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), et qui peuvent inciter les gens à ne pas les respecter

Kairos continuera à vous informer, ira sur les plateformes qui ne censurent pas, ou moins…

Chez Kairos, nous ne prétendons pas détenir LA vérité, celle que partagent Youtube, Facebook, l’OMS, les gouvernements, les firmes pharmaceutiques.

Nous la cherchons, nous la construisons. Et ça ne plaît pas à certains.

Soutenez la presse libre!

La réalité du gouvernement Belge

Pour Alexander De Croo et ceux qui l’accompagnent, la censure n’existe pas, tout est dit. Cela suppose que toutes les positions sont prises en compte, que tous les avis sont entendus, que les scientifiques qui ne suivent pas la voix officielle ont leur mot à dire… Nous constatons autre chose… Mais qui représentent ceux qui sont censés nous représenter?

Nos flyers sont là!

Nos flyers sont là, 30.000 à distribuer, partout: amis, famille, librairies, magasins, événements…Aidez-nous à faire connaître la presse libre!

Envoyez un mail à ms@new.kairospresse.be pour plus d’infos.

Globalité, partenariat, autonomie en santé. Quand l’urgence balaie tout, mais révèle l’essentiel !

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Ce texte prolonge le débat sur la décision médicale et sanitaire qui avait été initié autour de l’Evidence-based-medecine (EBM) avec la carte blanche intitulée : « le rôle de la formation des médecins et de l’épistémologie médicale dans la crise de la Covid 19[note] ». Discussion qui s’est poursuivie au sein d’une deuxième carte blanche, centrée – comme son titre l’indique – sur une critique du principe de précaution « Principe de précaution ou « risque du blâme » ? »[note]

Par[note] :

  • Florence PARENT, médecin, docteur en santé publique, coordinatrice du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
  • Fabienne GOOSET, docteur en lettres, certifiée en éthique du soin.
  • Manoé REYNAERTS, philosophe, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
  • Helyett WARDAVOIR, master santé publique, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
  • Dr Isabelle François, médecin et psychothérapeute, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
  • Dr Benoit NICOLAY, médecin, anesthésiste-réanimateur, micro-nutritionniste.
  • Dr Emmanuelle CARLIER, médecin, pédiatre.
  • Jean-Marie DEKETELE, professeur émérite de l’UCL et de la Chaire UNESCO en Sciences de l’Éducation (Dakar).

Déstructuration du système de santé et déserteur par réglementation

« Face à n’importe quelle maladie, n’est-il pas de notre devoir de soigner les patients ? Et s’il n’existe pas de traitement qui fasse l’unanimité dans le monde médical, est-ce une raison pour ne rien faire ? (…) Les scientifiques qui réfutent cela ne le font que sur la base d’études qui sont à ce jour insuffisantes. Insuffisantes pour prouver définitivement que les traitements marchent, mais également insuffisantes pour prouver que cela ne marche pas. Et souvent ils n’ont aucune expérience personnelle de ces traitements qu’ils rejettent d’un revers de main. Sinon ils ne seraient pas aussi péremptoires »[note]

La désertion « obligée »[note] de la première ligne des soins de santé a été d’autant plus dommageable qu’à des niveaux décisionnels plus proches des terrains d’actions, nombre de praticiens ne souhaitaient pas cette dissolution de leur rôle et de leurs compétences. Ces soignants de terrain sont pleinement engagés auprès de leurs patients, et, par-là, souffrent de l’imposition d’une telle défection. La souffrance est sans doute plus essentiellement (dans le sens de l’essence même) présente parmi les soignants de la première ligne ambulatoire des systèmes de santé ayant des approches holistiques du soin et de la santé (médecins généralistes et d’autant plus ceux ayant une pratique ouverte et intégratrice ; infirmiers à domicile …) et leurs extensions en réseaux (psychothérapeutes ; ostéopathes ; kinésithérapeutes ; approches alternatives du soin telles que les acupuncteurs, hypnothérapeutes, phytothérapeutes, naturopathes, aromathérapeutes, gemmothérapeutes …), souvent organisés dans le cadre d’engagements citoyens responsables. C’est également une grande partie du secteur de l’accompagnement et du « prendre soin » qui est littéralement « passé à la trappe », incluant les « aidants-proches » si précieux quand de tels projets existent, permettant d’assurer le maillage de proximité dans un système de santé.

Nous pourrions aller plus loin dans cette idée de désertion et de souffrance des acteurs du soin, qui a touché également la population au regard des rôles de chacun dans la cité quand tous sont ainsi « empêchés de travailler », en faisant référence à l’ouvrage de Richard Sennett[note] : « « Le « métier » peut suggérer un mode de vie qui a disparu avec l’avènement de la société industrielle, mais c’est trompeur. Le métier désigne un élan humain élémentaire et durable, le désir de bien faire son travail en soi. Il va bien plus loin que le travail manuel qualifié ; il sert le programmateur d’ordinateur, le médecin et l’artiste ; l’art d’être parent s’améliore dès lors qu’il est pratiqué comme un métier qualifié ; de même en va-t-il pour le métier de citoyen. (…) Tout bon artisan poursuit un dialogue entre pratiques concrètes et réflexion ; ce dialogue débouche sur des habitudes nourrissantes, lesquelles instaurent à leur tour un rythme entre la solution et l’identification d’un problème. »[note].

Sans pouvoir développer, sinon de façon introductive avec l’exemple qui va suivre, la perspective du patient partenaire[note], il est clair qu’une telle vision du soin a également été balayée d’un revers de main. Son retour, comme celui des pratiques soignantes émergentes dans un tel environnement, sinon totalitaire, en proximité avec ce qui peut se nommer une dictature sanitaire, s’est fait au prix de ce qui a été perdu entre le T0 – c’est-à-dire le moment du début des confinements – et le temps d’une reprise des esprits, notamment face aux drames individuels et devenant statistiques de ce qui est euphémiquement nommé « dégâts collatéraux » de la Covid 19.

Cette « désertion par réglementation » comme nous l’avons appelée, est venue rompre à de nombreux endroits cet élan vital, propre à l’autonomie[note] et au pouvoir de la personne, notamment par sa modalité opératoire et managériale, infantilisante, dont rend compte sur le plan du soin, l’encadré qui suit.

Le partenariat de soin et le roi

La confusion est particulièrement grande quand un représentant de l’état et a fortiori son président, intervient avec une « hégémonique bienveillance », comme l’humanitaire d’urgence peut le faire pour les populations d’Afrique quand celles-ci sont supposées être « bénéficiaires par décret »[note], en faveur d’une distribution accélérée du vaccin.

« Le chef de l’Etat s’est une nouvelle fois emporté au sujet de la campagne de vaccination en France, lors d’une réunion de crise à l’Élysée, comme le rapporte Le Point. « C’est quoi, ce truc ? », a ainsi lancé Emmanuel Macron, pointant le guide de 45 pages destiné aux directeurs d’Ehpad et d’USLD (unités de soins de longue durée) pour la vaccination. « Qui a écrit ça ? Les Français nous prennent pour des fous ! »»[note].

La bureaucratie qui est le propre de l’État, et particulièrement de celui de la France, vient à être mise en cause par la personne qui la représente (qui en est le responsable et l’emblème) en même temps qu’une négation de toutes possibilités de favoriser l’interaction patient-médecin est affirmée.

« Je veux qu’on accélère vraiment sur les vaccins. Je ne comprends pas pourquoi on impose une consultation médicale avant, faites-moi sauter ça ! », a poursuivi le président. La Haute Autorité de Santé recommande en effet une consultation médicale pré-vaccinale en plus du consentement des résidents de maisons de retraite ».[note]

Le sommet de la technocratie est ici atteint lorsque le seul jugement déterminant[note], non plus réduit à une science mais à une technique (vaccinale), s’impose, pour le bien de tous. Et ce, quels que soient les trajectoires singulières et les contextes particuliers. Il faut des chiffres : après ceux des décès, ceux des vaccinés !

Le Roi vaccine. Ses valets appliquent.

« « Il faut que je consulte mon conseil pour ça », a répondu un responsable de la Haute Autorité de Santé, présent lors de la réunion. « Très bien. Si ce n’est pas possible de le supprimer, les Français sauront que c’est à cause de la HAS », a alors lancé Emmanuel Macron».[note]

Le Roi menace[note]. Son peuple a peur.

Cependant, dans une visée émancipatrice, ce qui devrait questionner en profondeur le secteur de la santé publique, et, surtout, celui de la promotion de la santé et toute la population, est l’enjeu repris sur la figure ci-dessous.

Nous y retrouvons les différents temps d’un processus d’autonomisation complexe qui émerge très progressivement depuis une dizaine d’années dans le secteur de la santé, celui du « patient-partenaire » dont la postface de l’ouvrage « Penser la formation des professionnels de la santé. Une perspective intégrative » témoigne. Nous en reprenons le paragraphe introductif[note] :

« N’est-il pas temps de prendre conscience que le rapport des populations à leur santé change rapidement, que les patients et leurs proches ne sont plus les mêmes qu’il y a dix, vingt ou cinquante ans ? L’image traditionnelle du patient soumis à un système bienveillant et omniscient, qui assume une prise en charge totale, unilatérale et trop souvent autocratique, cède tranquillement le pas à une vision plus dynamique d’un patient à la recherche d’informations, qui revendique sa singularité et son besoin ontologique de se remettre en mouvement malgré les contraintes de sa condition ».

D’aucuns argumenteront l’urgence sanitaire afin de permettre un rétropédalage vers le modèle paternaliste.

Cette urgence sanitaire est également plaidée pour justifier les lois liberticides eu égard aux constitutions et dont la logique interne est critiquée par les avocats les plus engagés dans une réflexion systémique à propos de nos démocraties. En effet, c’est justement au moment des crises qu’une réelle compétence-en-situation (de la part des responsables de toutes décisions) devrait permettre d’éviter de perdre des ressources (celles des capacités des personnes à agir) afin de favoriser une réponse partenariale, globale, au problème. Cependant cela demande de la probité[note], c’est-à-dire une cohérence entre ce que l’on dit en démocratie, et ce que l’on fait.

Aussi se révèle prioritaire une pensée complexe, interprofessionnelle et ouverte amenant à « problématiser » et à comprendre tous les éléments qui sont en jeu, afin de préserver ce qui est.

À commencer par ce modèle de partenariat de soin, promu et porté par ceux-là mêmes qui ont intégré dans leurs pratiques soignantes cette capacité au partenariat, incluant celle de ne pas brider le Pouvoir de l’Autre, c’est-à-dire de lui préserver son autonomie.[note]

C’est justement un tel paradigme qui devrait être protégé afinde servir de balise permettant d’éviter la dérive autoritaire dont toute situation d’urgence est le terreau…

Cependant l’hégémonie toujours présente d’un modèle hospitalocentriste, urgentiste, curatif (centré sur la guérison et non le « care »), non intégré (car fragmenté dans ses fondements épistémologiques (cf. Carte blanche[note]) est, à l’évidence, en grande connivence avec de tels discours « top-down»[note].

C’est ainsi qu’avec de nombreux autres secteurs du soin (par exemple la santé mentale ou les structures accueillant les personnes en situation de handicap, les maisons de repos), le milieu des soins palliatifs qui peine à se faire reconnaître dans l’habitus classique des soins de santé[note], s’est vu au début de la crise sanitaire, littéralement disparaître, s’évanouir tel un bateau dans le triangle des Bermudes, avec l’apparition du monstre du Loch Ness, la Covid 19.[note]

Ceci est d’autant plus triste, dans le sens d’une très grande tristesse qui nous submerge dès que l’on évoque ce réel, ce Vivre-là, celui de la fin de vie…, que nos aînés en avaient, justement, tant besoin !

Mais, et nous ne pouvons l’oublier[note], « nous sommes en guerre » !

Cette infantilisation relative aux interventions médicales a concerné autant des publics cibles professionnels (prescrire, vacciner etc.) que non-professionnels. Elle s’est aggravée de façon radicale lors des décisions intéressant les interventions non thérapeutiques, telles que le confinement.

Quand l’urgence balaie tout, mais révèle l’essentiel 

On a pu observer un système de santé qui, plutôt que de « faire corps » face à la menace, est apparu totalement disloqué entre deux entités. D’un côté, une médecine hospitalière, présentant via les médias un plateau technique sophistiqué. De l’autre, une médecine générale, de proximité, réduite à un rôle subalterne, manifestant par-là, de façon extrêmement aiguë, un symptôme récurrent de notre système de santé : celui du mépris affiché ou, tout au moins, de la non-reconnaissance à l’égard, au sein même du monde médical, de la médecine générale mais aussi, de ce qu’on nomme : le « paramédical »[note] (infirmiers, kinésithérapeutes, ostéopathes, logopèdes, …). Une logique bien décrite en psychologie sociale, celle des théories du conflit intergroupe[note], s’y étant assurément implantée[note]. L’enjeu technique (respirateurs notamment) fut exacerbé par les médias renforçant le stéréotype d’une médecine nécessairement technique, sophistiquée et urgente. Quant aux politiques, soucieux exclusivement de la fraction émergée de l’iceberg, ils ont essentiellement instrumentalisé la partie immergée du système de santé à des fins d’exécution technique (test PCR, vaccination). Tout phénomène discriminatoire commence par l’élaboration de stéréotypes propices aux préjugés, ceux-ci orientant nos comportements[note]. Décidément l’homme n’est pas maître chez lui !

Ainsi, à une logique médicale privilégiant la croyance en la certitude d’une technoscience au détriment de la pratique (cartes blanches[note]), s’ajoute celle valorisant la structure pyramidale, verticale et hiérarchique, de l’organisation des soins de santé, au détriment d’une vision intégratrice, -globale-, du système de santé. S’en est suivi un réel démembrement de ce dernier, facilité par cette forme de « désertion par réglementation » que nous avons mise en lumière.

Le manque d’une approche globale n’a pas seulement affecté le plan macro systémique (système de santé), il a également touché le niveau micro systémique.

En effet, considérer dans sa globalité la personne suppose de partir d’un postulat nécessairement non réducteur de cette dernière. Or « dans le champ de la pratique médicale, aujourd’hui séparé de toute réflexion anthropologique sérieuse, ce rétrécissement culturel est durement ressenti : [ … ]»[note]. La perspective anthropologique permet en l’occurrence d’envisager la maladie d’une triple façon : la maladie en tant que catégorie naturelle, émergeant de l’approche objectivante et de la démarche nosographique (Disease) ; la maladie en tant qu’expérience subjective du patient (Ilness) accessible grâce au langage et à l’interprétation ; enfin la maladie en tant que processus d’intégration et de construction sociale du problème de santé (Sickness), culturellement et historiquement situés. La langue française qui, dans le vocabulaire commun, se réduit à l’usage du terme de « maladie » se prive de cette nuance qu’apporte la langue anglaise et que soulignent les trois termes entre parenthèses.

Un tel postulat permet de se forger une conception non réductrice de la santé et de se rapprocher de façon plus juste de la définition de la santé de l’OMS « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».

De la même manière, au fondement de toute organisation de santé qui se respecte, l’approche des soins de santé primaires[note] postulant l’intégration de : la promotion de la santé communautaire ; la prévention des maladies ; l’intégration des services curatifs et l’intégration des services de réadaptation, permet de donner l’ouverture opérationnelle nécessaire à cette définition de l’OMS.

Ainsi, en balayant tout sur son passage, la Covid nous révèle, pour qui sait l’écouter, la nécessité globale de toute chose. Rappelant qu’il est « impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties ». Toujours avec Pascal [note] et afin d’éviter que « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie », et qu’à nouveau la peur l’emporte, seul le développement d’une capacité à la pensée complexe[note] nous permettra de sortir de l’impasse, de la fragmentation et du réductionnisme, où tout, à cet instant, comme le chante E. Piaf « nous traîne et nous entraîne… ».

Un tel projet est un projet à long terme, historique et culturel, il ne peut se jouer qu’avec le levier de l’éducation.

Selon notre perspective, il devrait s’ancrer là où le terreau à de telles dérives est parmi les plus fertiles, notamment dans le monde médical et sanitaire, et s’épanouir grâce au levier de la formation médicale et en santé.

« Après les discours musclés annonçant l’éradication du terrorisme, voici les discours savants sur le « zéro Covid ». Et toujours la même obsession sécuritaire, le même rêve d’un monde sans risque, sans crime et sans maladie. On s’en réjouirait, si l’on ne savait avec quelle facilité le rêve d’un monde parfait peut tourner au cauchemar des sociétés de la peur»[note].

Encore faut-il que l’émancipation soit le projet de « l’homme actuel ».

C’est à la condition d’une visée transformationnelle – éducative – que les corps, les personnes et les systèmes, à la prochaine pandémie, ne se disloqueront plus, tels des pantins, et Pinocchio de ne pas le reconnaître.

Le vaccin pour les nuls

Ce 11 mars j’ai reçu un courriel m’invitant à prendre « rendez-vous pour votre vaccination COVID-19 »*, de la part d’un docteur de l’« Agence pour une Vie de Qualité » qui est aussi « Inspecteur d’hygiène régional ». Selon ce docteur, « Le vaccin est efficace, sûr et fiable ». Voici quelle a été ma réponse :

Monsieur,

Vous vous faites le relais de la propagande du Big Pharma devant lequel toutes les institutions se sont couchées pour son plus grand bénéfice : non, le vaccin n’est ni efficace, ni sûr, ni fiable. Les essais cliniques des vaccins contre le covid ne sont pas terminés et de loin. On assiste donc à une expérimentation à grande échelle sur une population volontairement désinformée et conditionnée par une politique du mensonge et de la peur : en comparaison avec les années à grippe, le covid de l’année 2020 a été une moindre menace pour la toute grande majorité de la population, l’exception étant constituée par les plus de 80 ans, un âge où il est normal de mourir, mais qui d’autre part ont été mal préparés à faire face au virus et mal soignés.

Bien à vous,

Francis Leboutte, 71 ans

*Sujet: Invitation: prenez rendez-vous pour votre vaccination contre la COVID-19

Agence pour une Vie de Qualité Rue de la Rivelaine 21 6061 Charleroi

Cher/Chère Francis Leboutte, Nous vous invitons à vous faire vacciner contre la COVID-19. Vous trouverez ci-dessous toutes les informations nécessaires au sujet de votre vaccination. Même si vous avez déjà été contacté(e) par courriel ou SMS, il a été prévu que tous les citoyens reçoivent le courrier ci-dessous. Donc, si vous avez déjà un rendez-vous ou si vous êtes déjà vacciné(e), merci de ne pas tenir compte de cet e-mail. Le vaccin est administré en deux doses à deux moments différents dans le centre de vaccination: Hall Omnisports de Tilff Rue du Chera 9 4130 Esneux Comment prendre rendez-vous ? Utilisez le bouton ci-dessous et précisez la date et l’heure pour votre première vaccination, ainsi que pour votre deuxième vaccination :

Votre code de vaccination personnel: XXXXXXXXXXXXX  Confirmez vos rendez-vous avant le 04-04-2021. Invitation: prenez rendez-vous pour votre vaccination COVID-19

Prendre vos deux rendez-vous

Le bouton ne fonctionne pas? Utilisez alors le lien suivant: https://vaccincovid.doclr.be/vaccin?code=XXXXXXXXXXXX

  • Et la propagande de Big Pharma:

Pourquoi est-il important de se faire vacciner ? Le vaccin vous offre la meilleure protection contre la COVID-19. Si plus de 70 % de la population se vaccine, le virus se propagera plus difficilement et le retour à une vie normale en sera facilité.

Est-ce que je cours un risque en me faisant vacciner ? Le vaccin est efficace, sûr et fiable. Chaque vaccin est soigneusement contrôlé. Les vaccins ont également été testés chez des personnes souffrant de maladies de longue durée.

Combien la vaccination va-t-elle me coûter ? La vaccination est totalement gratuite.

Y a-t-il des contre-indications par rapport à la vaccination ? Il y a extrêmement peu de contre-indications à la vaccination contre la COVID-19. Si à la suite d’une précédente vaccination ou dans d’autres circonstances, vous avez eu une réaction allergique grave ou si vous avez eu, pour les mêmes raisons, besoin de soins médicaux urgents, vous devez contacter votre médecin pour vérifier si votre vaccination est indiquée et s’il faut vous proposer un vaccin particulier. Si vous souffrez actuellement de symptômes d’une maladie qui indiquent une infection (telle qu’une augmentation de la température), reportez votre rendez-vous pour la vaccination jusqu’à ce que vous soyez complètement rétabli. Si au cours des 14 derniers jours, vous avez réalisé un test Corona qui s’est révélé positif, que vous présentiez ou non des symptômes, contactez votre médecin et reportez votre rendez-vous pour la vaccination à 14 jours après votre guérison. Si vous êtes enceinte, vous devez contacter votre médecin pour vérifier si votre vaccination est indiquée. L’allaitement maternel ne nécessite pas de reporter la vaccination.

Que faire si vous ne pouvez pas vous rendre au centre de vaccination pour une raisonmédicale ? Appelez votre médecin ou le numéro de téléphone 0800/45.019 afin d’envisager une solution.

Que faire si vous ne souhaitez pas être vacciné ou si vous avez déjà été vacciné ? Indiquez que vous ne souhaitez plus être contacté Via le bouton ci-dessus Ou par téléphone au +32 71 33 78 19 

Que faire le jour de votre vaccination ? Munissez-vous des eTickets que vous recevrez après avoir pris rendez-vous Munissez-vous de votre carte d’identité Portez un masque chirurgical ou en tissu, PAS un bandana ou un foulard Portez un vêtement qui facilite l’accès au haut de votre bras Venez seul(e), sauf si vous avez besoin d’assistance pour vous déplacer Si vous êtes malade, ne venez pas et prenez un nouveau rendez-vous (voir ci-dessus)

Vous avez d’autres questions ou vous n’êtes pas sûr de vouloir vous faire vacciner ? Contactez votre médecin ou votre pharmacien Surfez sur www.jemevaccine.be Appelez le numéro d’information +32 71 33 78 19  Bien à vous, Dr. Christian Huvelle Inspecteur d’hygiène régional 

Ce courrier est disponible dans près de 40 autres langues à l’adresse https://www.info-coronavirus.be/en/translation-vaccination/  This message is available in nearly 40 other languages at https://www.info-coronavirus.be/en/translation-vaccination/

Cet e-mail a été généré automatiquement. Merci de ne pas répondre à ce message.

La propagande vaccinale

La propagande du Chirec, groupe hospitalier privé (sites Delta, Braine-l’Alleud..), en matière de vaccination, dans un document que la direction remet à son personnel, et qu’un vent favorable a déposé à Kairos…Édifiant !

Dissidence dans les forces de l’ordre…

Pour certains, les forces de l’ordre constituent encore un bloc homogène, constitués d’agents zélés en accord avec les mesures sanitaires, les ordres qu’ils reçoivent et, plus largement, le monde dans lequel ils vivent.

Et si tout cela n’était que spectacle?

« Il faut penser à l’avenir de notre société, à ce qu’on a envie pour notre avenir et peut-être à se rendre compte qu’on n’est pas immortel« ; « comment se fait-il qu’en période de crise tant de personnes sont en train de chercher comment ils vont survivre alors que d’autres ont doublé leur fortune?« ; « Il est juste grand temps que le peuple soit solidaire, il est plus que temps d’être solidaire », « quand les gens auront vraiment faim, là ils iront dans les rues mais voilà on est peut-être encore dans une période trop confortable« …

Sont-ils les seules à penser cela…

Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore

Imaginez une société dystopique, où chaque citoyen est contraint à une série de conduites limitant non seulement ses libertés individuelles, mais collectives. Dans cette société règne la présomption de culpabilité : tout le monde est coupable jusqu’à preuve du contraire. De plus, il est impossible de convaincre de son innocence, car aucune preuve n’est recevable, par contre toute démonstration de l’inverse est routinière. L’État, qui répertorie les méfaits, trace également les actes potentiellement nuisibles de ses citoyens. Un comportement de prudence est renforcé sous peine de sanctions et encouragé sous l’étendard d’un devoir moral. Pour ceci, différents outils de communication sont utilisés pour persuader les citoyens, dont un vocabulaire stigmatisant. Et l’élément qui parachève le tout est la reproduction du même fonctionnement par les États avoisinants.

Vous l’aurez compris, il s’agit d’une description dramatisée de la crise que nous vivons depuis déjà une année. Si différentes urgences sociétales peuvent justifier une mise en suspension du fonctionnement habituel d’une démocratie (dont la guerre et les pandémies font partie), ce type de société serait désigné comme totalitaire en absence de puissantes justifications (les affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires disait Carl Sagan). La mise en place des lourdes mesures dans notre société était fondée sur la menace (liée à la létalité) du coronavirus et le maintien de ces conditions se base sur le nombre de personnes contaminées (et potentiellement contaminant). Ces deux justifications méritent d’être revisitées.

Au début de la crise, le taux de létalité utilisé pour le SARS-CoV-2 correspondait au taux apparent (« case fatality rate » en anglais). En d’autres termes, la mortalité due au COVID-19 était calculée en fonction des personnes mortes rapportée aux malades. Ce taux étant élevé, la peur était utilisée pour justifier un confinement généralisé. Même si je ne suis pas convaincu de l’intérêt des mesures prises à l’époque pour lutter contre l’épidémie avec l’information qui était dès lors disponible (j’en ai détaillé les raisons dans un article antérieur Errare humanum est, perseverare diabolicum[note]), l’effet de surprise et le mimétisme des pays voisins pourraient être utilisés pour défendre les décisions prises. Mais ce taux de létalité apparent ne reflète en réalité que l’état de notre système de soins de santé qui était trop débordé pour soigner les patients. Et les mesures drastiques comme la diminution sévère (voir l’arrêt) des activités commerciales, de la culture, des services, des soins de santé (hors COVID), du sport, des activités sociales, etc. ne peuvent être à mon sens que des solutions à court terme. En effet, les dommages collatéraux comprenant plusieurs catégories de victimes: ceux des impacts sanitaires (manque et report de soins), psychologiques (violences domestiques, saturation des admissions pédopsychiatriques, suicides…), économiques (faillites, pertes d’emploi) etc,… augmentent avec le temps jusqu’à l’atteinte d’un point de basculement, où ces dommages deviennent plus importants que la menace que l’on combat. De ce fait, la menace du coronavirus doit être constamment ré-évaluée et le maintien des lourdes mesures n’est justifiable que sur base d’un taux de létalité qui excède clairement celui des victimes collatérales.

Pour ce faire, il est nécessaire de calculer le taux de létalité, cette fois-ci dit réelle (« infection fatality rate » en anglais). Ce nombre est automatiquement plus bas que le taux apparent, car les victimes de la COVID-19 sont non seulement mises en relation avec les malades, mais également avec les porteurs sains du virus. En effet, une personne peut avoir contractée le virus sans pour autant présenter des symptômes (nommé dès lors asymptomatique). Et c’est la considération de ces asymptomatiques qui est à mon sens le vrai nœud du problème.

Lors de la découverte de porteurs sains (phénomène pourtant banal dans les maladies infectieuses), plutôt que de se rassurer d’un taux de létalité moins élevé qu’initialement calculé, le gouvernement s’est braqué. Il en a conclu que dorénavant toutes personnes, malades ou pas, était une menace potentielle. Un article de presse publié par la RTBF le 13 avril 2020 nous informait que l’endigage du virus est d’autant plus complexe, car les [personnes asymptomatiques] ne savent pas qu’elles sont malades (…) Le spécialiste des maladies infectieuses contribuant à l’article parlait de ces malades qui ignorent l’être (…) combien sont-ils ? Pour l’heure c’est impossible de le savoir[note]. Notre société a sauté à pieds joints dans l’expression de Jules Romain : Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore (dans « Knock ou le Triomphe de la médecine »).

C’est ainsi que depuis un an de pandémie déjà, nous sommes toujours dans un fonctionnement en prêt-à-porter : une mesure appliquée à tout le monde. Nous avons accumulé depuis le début de l’épidémie des connaissances considérables et pouvons identifier à présent les profils des personnes vulnérables, l’écrasante majorité étant des personnes âgées et/ou souffrant de comorbidités (telles que l’obésité ou le diabète). Et à la différence à des maladies comme la poliomyélite, la COVID-19 ne touche essentiellement pas les enfants et ne leur laisse pas de séquelles. Les enfants constituent d’ailleurs une fraction considérable des asymptomatiques. Selon le rapport du Centre européen de Prévention et de Contrôle[note], les enfants sont

  • moins fréquemment malades que les adultes et sont rarement touchés sévèrement et
  • moins susceptibles à être contaminés et contaminant à leur tour.

De plus, le personnel éducatif n’est pas plus à risque d’être contaminé que les personnes exerçant une autre occupation et la fermeture des écoles devrait être un dernier recours vu l’impact que cela aurait sur l’éducation, la santé mentale et physique ainsi que sur l’économie et la société plus globalement. De ce fait, la question autour de la fermeture des écoles et de l’imposition potentielle des masques chez les enfants à mon sens ne devrait même pas se poser. En analysant les données sur la COVID-19 et la transmission du virus, on aperçoit que la gravité de la maladie augmente avec l’âge à travers la population[note]. Les personnes âgées ayant globalement un système immunitaire moins robuste que les tranches d’âge plus jeunes, elles sont plus vulnérables[note]. Ceci expliquerait, selon la même logique, pourquoi les personnes souffrant d’autres maladies sont plus à risque de développer des formes de la COVID-19 plus dangereux.

Mais la question brûlante se pose sur la transmission du virus par les porteurs sains. Si plusieurs études suggèrent que les asymptomatiques ne contribuent qu’à une petite fraction des contaminations[note], allant ainsi à l’encontre de la présomption de contagiosité de n’importe quelle personne (qui est la position actuelle de notre société), la littérature scientifique reste partagée sur le sujet. Plusieurs facteurs expliquent l’absence de consensus, dont par exemple la confusion entre les termes « asymptomatiques » et « présymptomatiques » ainsi que l’incertitude du moment de l’apparition des symptômes chez les patients malades. À la différence des « asymptomatiques » (les porteurs qui ne deviendront jamais malades), les « pré-symptomatiques » sont constitués de porteurs du virus qui sont sains aujourd’hui, mais malades demain (et qui deviendront dès lors des symptomatiques). La contagiosité de ces deux catégories est liée essentiellement à deux facteurs: d’une part la charge virale dégagée par le porteur du virus (c’est-à-dire le nombre de particules virales exhalées) et d’autre part la capacité qu’a toute personne réceptrice à se défendre contre une infection. Ce deuxième facteur ayant déjà été discuté ci-dessus, qu’en est-il de la charge virale? Il y a étonnamment peu de littérature sur la charge virale liée au coronavirus, information pourtant cardinale pour étudier une épidémie et gérer une crise (ceci n’est pas propre à la Belgique, même si cette dernière se veut être un acteur d’envergure mondiale dans la biotechnologie[note]).

Selon les études examinant la dynamique du SARS-CoV-2, il apparaît que la charge virale serait probablement la plus haute au tout début de l’apparition des symptômes[note]. Une logique expliquant la transmission du virus par les différentes catégories de personnes peut ainsi être proposée : la charge virale est dépendante de la capacité de notre corps à combattre le virus. Les asymptomatiques n’ont pas de symptômes, car le virus a été neutralisé par leur système immunitaire. Ils ne peuvent transmettre qu’une charge virale très basse. Les présymptomatiques par contre produiront probablement le plus de particules dès l’apparition des premiers symptômes, avant que le système immunitaire ne puisse prendre le dessus (la mobilisation de la défense immunitaire explique par ailleurs les symptômes). Les symptomatiques ont la charge virale la plus élevée (qui est liée à la gravité de leur état de santé[note]) et par ailleurs sont plus susceptibles de transmettre le virus par la toux ou les éternuements, etc. si tant est que leur charge virale atteigne un certain seuil pour que la contamination s’effectue (qui serait probablement de l’ordre d’un million de particules virales dégagées[note]). Notons que ce seuil reste improuvé, ce qui m’est incompréhensible, sachant que cela fait déjà un an que nous sommes confrontés à ce virus.

Si les porteurs du virus ne présentent une menace de contagion la plus grave que lors de l’apparition des premiers symptômes et que les profils cliniques des personnes vulnérables sont connus, reste-t-il encore une raison d’imposer les lourdes mesures à tout le monde? Notre société justifie ce maintien en se basant sur le quantitatif (le nombre de contaminés) plutôt que le qualitatif (la menace que représentent ces contaminés) et l’un des problèmes qui contribue à cette crise sanitaire est attribuable à l’utilisation de la PCR comme moyen unique de dépistage du SRAS-CoV-2. Cette technique n’informe pas sur la contagiosité du porteur de virus. La PCR détecte la présence du virus à la manière d’une trace de doigt et n’instruit donc pas plus sur le virus que la trace sur le comportement de son propriétaire. Elle ne devrait être utilisée que pour différencier au sein des malades (donc symptomatiques) ceux qui souffrent de la COVID-19 de ceux qui sont atteints d’une autre maladie respiratoire. En règle générale, notons qu’en science tout test doit être confirmé par une méthode complémentaire au risque d’avoir des données biaisées. Dans le cas de la PCR comme outil de dépistage unique, des épidémies « fantômes » ont déjà été décrites dans le passé[note].

L’inertie de notre gouvernement à changer de stratégie préventive me semble être attribuable à un modèle du tout ou rien. L’État fonctionne suivant une éthique déontologiste, c’est à dire que les règles doivent être respectées par principe et en toutes circonstances (ne jamais voler, parjurer, tuer…). De ce fait, toute objection d’ordre pratique, comme le calcul des victimes collatérales en comparaison aux victimes directes de la COVID-19, est considérée immorale. En effet, le questionnement sur le prix à payer du maintien des mesures sanitaires entre plutôt dans un autre domaine d’éthique nommé conséquentialiste qui consiste à peser les pour et les contre de chaque action. Les dérives du conséquentialisme que pointent les déontologistes portent sur le sacrifice d’une minorité pour le bien être d’une majorité. En regard de la crise sanitaire, les défenseurs des mesures dénoncent une négligence des vulnérables (et surtout de la génération âgée) par les personnes qui ne sont pas à risque au nom de supposés loisirs, ce qui mène à une culpabilisation souvent très perverse et abusive des jeunes. Pourtant, l’appel à une révision des mesures n’a pas pour but un sacrifice quelconque, mais consiste plutôt en l’établissement de précautions basées sur la science et dans le but de protéger spécifiquement la population à risque. D’ailleurs, la stratégie de vaccination choisie par nos dirigeants se base sur l’immunité collective. Mais, une immunité collective est également atteignable par la transmission du virus au sein de la population qui n’est pas vulnérable (dont notamment les enfants), les deux stratégies ne sont ainsi pas mutuellement exclusives.

Il est temps d’établir des précautions faites sur mesure (sans mauvais jeux de mots), plutôt que de persister dans des règles sanitaires en prêt-à-porter. Il est important que nous sortions de la pente glissante qui nous mènera vers la dystopie sanitaire, où les droits du citoyen continueront à être bafoués au nom de l’hygiène. C’est ce que réclament les manifestations du type Still standing for culture ou Trace ton cercle et les collectifs citoyens comme Belgium United for Freedom. Le clivage dans notre société entre les divers pro et anti se creuse tous les jours de plus en plus tendant vers un niveau quasi religieux. En effet, j’ai récemment découvert le terme « coronasünde »,mot allemand désignant un péché-corona. Il décrit chez les personnes qui respectent les mesures sanitaires le pas de côté occasionnel par pression sociale. Espérons que ce clivage cesse de s’approfondir, mais pour cela, il serait nécessaire d’adapter notre modèle à notre compréhension de l’épidémie. Pour moi, cela doit absolument passer par la vision que détient notre société sur les porteurs sains du virus.

J’invite les lecteurs de cet article à réexaminer leur vision de cette crise sociétale (même si les fruits de leurs réflexions les conduiraient aux positions qu’ils détenaient déjà). Que les lecteurs soient en accord ou pas avec ma perception de la crise, une chose peut néanmoins nous unir: la nécessité de réviser le budget octroyé aux soins de santé de ce pays. Faisons en sorte que tout homme malade soit un bien-portant qui s’ignore.

La course aux milliards du Covid-19 (version longue)

Alors que l’on tente de nous faire croire qu’un futur vaccin serait le Graal, la panacée qui sauvera l’humanité d’une extinction par le Covid-19, les médias qualifient de complotistes ceux qui dévoilent les conflits d’intérêts qui font douter des beaux discours sur la priorité donnée à notre santé. S’interroger sur la décence de profits énormes attendus suite au malheur collectif semble insupportable pour les sphères proches du pouvoir.

Pourtant, ces liens qui unissent les gouvernements avec les multinationales pharmaceutiques sont au cœur du problème. Il demeure donc plus que jamais essentiel de savoir qui parle et qui décide de notre avenir. Car nous ne pouvons raisonnablement écouter et croire ceux qui œuvrent pour un intérêt privé maquillé en bien commun.

Une vidéo de Kairos (version courte)[note].

Le chaînon manquant congolais

Dans un article intitulé « Bienvenue en Ploutocratie »[note], Kairos avait décrit les arcanes des réseaux bleus[note], liés au Kazakhgate mais également aux terrains de jeux africains. L’article expliquait comment Didier Reynders s’était allié à l’ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, mais aussi au milliardaire belge Georges Forrest. Ce dernier a construit un empire minier dans la même zone du Congo RDC.

Il manquait « un officier de liaison » à cette équipe. Mais nous l’avons peut-être trouvé. En effet, le 24 février 2015, Didier Reynders nommait un nouveau consul honoraire à Goma, en la personne de Robert Lévy. Qui est Robert Lévy ? Ce fils d’un propriétaire de quincaillerie est le fondateur de la Trust Merchant Bank.

Cette dernière est une banque congolaise mise sur pied en 2004 et dont le siège social est situé à Lubumbashi. Elle s’est fait connaître comme la banque du monde minier au Katanga. Inutile de dire que ces éléments font que Lévy, Katumbi et Forrest viennent de la même région et de la même activité au Congo et, donc, se connaissent très bien.

Ce poste de consul honoraire est très important car la zone est ultra-sensible. Elle abrite des réserves de matières premières stratégiques comme l’or, les diamants et le coltan. Malheureusement, elle est encore le théâtre de conflits armés. Par exemple, une milice réputée islamiste, les ADF-Nalu, commettent encore des exactions. Inutile de parler de l’incident qui a coûté la vie de l’ambassadeur d’Italie et de son chauffeur, tout récemment.

Comment se comporte notre consul honoraire dans ce contexte ? Cette question, des journalistes congolais se la sont posée également, et cela même avant la nomination de notre nouveau consul. Un article paru dans un journal intitulé le Soft international et daté du 4 décembre 2009, titre: « L’affaire Robert Lévy et sa banque TMB. » On y reproche à notre consul d’avoir fait main basse sur l’immeuble abritant la Commission Électorale indépendante pour mieux la vendre à l’État en empochant 11,5 millions de dollars avec le concours de magistrats peu scrupuleux et au détriment d’une société anversoise.

Le même journal va publier le 6 mars 2020 un autre article intitulé « Les opérations d’arnaque du FPI qui piège les promoteurs empêchent l’industrialisation et la croissance. » On y dénonce le détournement des subventions octroyés par l’État congolais aux promoteurs immobiliers. Cette action ayant pour but de les mettre en faillite et de permettre à la TMB, la banque de Lévy, de saisir les biens mis en hypothèque avec la complicité de magistrats, pour une croûte de pain.

On retrouve ce modus operandi dans une autre affaire dans laquelle Robert Lévy s’attaque à un compatriote belge avec la complicité de magistrats congolais afin de lui spolier un bien immobilier. Ici, la victime est particulièrement traumatisée de perdre une propriété dans laquelle est enterré son père[note].

Chaque fois, le banquier spolie des biens immobiliers en antidatant les certificats d’enregistrement immobiliers mais également lors de demandes de crédits hypothécaires. Dans ce cas, si le débiteur a le moindre retard dans le remboursement de son prêt, la banque récupère le bien. Rien qu’à Lubumbashi, il y aurait 5 à 6 cas connus.

Un cas porte par exemple sur la villa de la famille Mobutu transformée en gouvernorat du Nord-Kivu à Goma. Un homme de main, un certain Vanny Bishweka, a été chargé de contester la propriété de la villa des Mobutu avec la complicité des juges. Il est arrivé à ses fins. Mais alors que le plan de Lévy prévoyait qu’il lui revente le bien à vil prix, Bishweka s’est ravisé et a décidé de le garder. Fureur de Lévy, obligé de trouver une solution avec la veuve du Maréchal pour que la famille Mobutu puisse récupérer le bien et finalement le vendre à Lévy pour 7 millions de dollars, mettant Bishweka hors-jeux[note].

On constate que notre consul honoraire s’attaque à des victimes puissantes sans crainte de mesure de rétorsion. Comme s’il bénéficiait d’une impunité totale, ou comme s’il savait des choses si graves et si importantes qu’il ne risquait rien ! Pourquoi Didier Reynders a-t-il pris le risque de nommer un personnage aussi trouble comme consul honoraire dans une zone si sensible ?

Où est l’argent, où va l’argent ?

C’est ici qu’il est intéressant de se rappeler l’article de Kairos sur le système Reynders, dans lequel on pose la bonne question : où est l’argent, où va l’argent[note] ?

« Bienvenue en Ploutocratie » met en évidence un système de corruption internationale. Mais ce dernier a un talon d’Achille : faire rentrer et sortir les flux financiers dans l’espace européen. C’est là que le premier métier de Robert Lévy devient intéressant : banquier.

La banque qu’il dirige a été la première banque de droit congolais à obtenir l’agrément des autorités bancaires et financières belges pour constituer ensuite un bureau de représentation à Bruxelles – pas étonnant, Jean-Paul Servais, patron de la FSMA (Autorité des services et marchés financiers), a été chef de cabinet de Didier Reynders et est un de ses intimes. Sa représentante officielle est une certaine Carine Douenias avec qui Robert Lévy s’entend particulièrement bien. Elle traite avec les banques belges mais également hollandaises comme la Citybank Nederland, ING Nederland.

Or, on se souvient de l’apparition dans le dossier des fonds libyens d’un hollandais au rôle particulièrement trouble, un certain Robert Claushuis[note]. L’ancien agent de la Sûreté de l’Etat, Nicolas Ullens, l’avait accusé d’être le responsable des sociétés offshores permettant à Didier Reynders de toucher des commissions occultes sur des marchés internationaux ou des trafics d’armes. Claushuis avait également pris langue avec les avocats du Prince Laurent pour leur proposer de reprendre à vil prix la créance de l’asbl du Prince sur l’état libyen.

Robert Lévy et sa banque ne sont-ils pas les chaînons manquants du système Reynders ? Ils permettraient à notre commissaire européen de faire rentrer en Belgique des flux financiers douteux en toute discrétion en provenance du Congo ou d’ailleurs.

Ceci expliquerait l’attitude de notre consul honoraire à Goma. Au courant de cette petite cuisine puisse qu’il en est une des chevilles ouvrières, l’intéressé se sent inattaquable. Avec des parrains de cette trempe, il peut se permettre de spolier qui il veut au Congo ! Pourtant, les plaintes sont nombreuses aux Affaires étrangères belges, et la nouvelle ministre Sophie Wilmès est cataloguée comme appartenant au clan Michel. Va-t-elle couvrir encore longtemps cette association de malfaiteurs ?

Certains signes ne trompent pas : Jean-Claude Fontinoy, l’homme des basses œuvres de Reynders, ne semble plus soutenu par le MR pour sa candidature comme président de la SNCB[note]. Le consul honoraire Robert Lévy pourrait également tomber et avec lui beaucoup d’autres gens !

Quand la Sûreté de l’État perd des données confidentielles

Nicolas Ullens, ancien agent de la Sûreté de l’État, que nous connaissons bien chez Kairos pour l’avoir interviewé plusieurs fois, nous livre ici un nouveau « dossier ».

Il y a 4 ans, la nouvelle direction de la Sûreté de l’État belge décide de renouveler le système de gestion de sa base de données. Cette dernière contient les données confidentielles de plus d’un million de Belges.


Pour ce travail, la Sûreté de l’État payera plus de 30 millions € à la Smals, ASBL avec un chiffre d’affaires de 350 millions € et dirigée par Frank Robben. Seulement, la Sûreté de l’État aurait dû soumettre la Smals à une enquête de sécurité visant à s’assurer que cette dernière n’avait aucuns liens avec des réseaux terroristes ou un service de renseignements adverse.

Quelques données se sont « perdues »… Complicité politique ? Poser la question, c’est y répondre.

« Ceci n’est pas un complot », n’est-ce pas Bernard Crutzen?

Nous avons rencontré Bernard Crutzen, réalisateur du documentaire « Ceci n’est pas un complot ». Depuis, le film, attaqué par les journalistes aux ordres – dont aucun n’a pris la peine d’inviter Bernard Crutzen, ou s’il l’a fait, n’a laissé le temps du débat se faire -, Vimeo a tout simplement retiré le documentaire de sa plateforme, alors qu’il faisait plus de 600.000 vues.

Nous avons voulu en savoir plus sur la censure dont ce documentaire est l’objet*.

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https://fr.tipeee.com

* Arnaud Ruyssen, journaliste de la RTBF, qui a vivement critiqué « Ceci n’est pas un complot », a été invité pour cette interview. Il a refusé. Voir: https://www.new.kairospresse.be/article/l…

Conférence de presse du gouvernement, ou conseil d’administration de Pfizer ?

Kairos était à la dernière conférence de presse du gouvernement de ce 5 mars, a posé ses questions, n’a pas eu de réponses. Comme d’habitude…

La « zad » de Notre-Dame-des-Landes, un récit en action

Voici la description provisoire d’un lieu social qui tente de sortir des impasses du capitalisme industriel et d’échapper à ses effondrements. Ce lieu est la « zad » située dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Nantes. C’est dans ce bocage que, depuis une quarantaine d’années, les divers gouvernements français ont tenté d’imposer un aéroport plus grand que le premier (« Nantes-Atlantique »). Mais « échapper à l’effondrement » est un peu abstrait. C’est pourquoi un habitant du bocage précise qu’au-delà de cet aspect, il y a des désirs concrets et sensibles : « C’est aussi, dit-il, l’envie de sortir d’une vie trop étriquée pour être exaltante, de rompre avec un chemin de vie trop individuel et solitaire pour n’être pas pathologique, d’échapper au travail en entreprise dans les valeurs duquel et de laquelle on ne se reconnaît pas. C’est enfin l’envie que naisse quelque chose de nouveau, porté par une force populaire bien plus large et bien plus forte que nous ». Le bocage « nantais » ou « libertaire » (je le nommerai ainsi désormais) est-il une société autre ? Une société d’après ? Pour une caractérisation rapide, je dirai qu’on est dans un lieu en véritable transition : on vit autrement que dans nos villes et que dans nos campagnes. La différence y est très sensible, bien qu’on y observe d’inévitables « reliquats » de capitalisme industriel (le bocage libertaire n’est ni hors-sol ni hors-temps). Le présent récit est surtout une description ethnographique provisoire, à laquelle s’ajoutent ici et là des éléments minimaux d’analyse anthropologique.

QUELQUES PRÉCAUTIONS PRÉALABLES

  • À toutes fins utiles, je rappelle et j’insiste : il existe déjà un aéroport « historique » au sud de Nantes (« Nantes-Atlantique »), et pour les gouvernements successifs il s’agissait de construire, dans le bocage, un aéroport plus grand.
  • En général, les mots qu’on utilise aujourd’hui sont importants parce qu’ils essaient soit d’exprimer une vérité-réalité (et alors ils composent une langue), soit de la masquer (et alors ils composent une novlangue). La question se pose d’emblée pour la « zad ». À partir de maintenant, je ne dirai plus « zad » (« Zone d’Aménagement Différé », sigle-novlangue de la technocratie étatique et entrepreneuriale, sigle que les résistants ont inversé en « Zone À Défendre » au cours du combat contre l’aéroport). Je ne dirai plus « zad » car une partie des bocagers, je crois, souhaite abandonner le mot. Il faut dire que désormais la zone est non plus à défendre, mais à habiter. (Tout cela ne veut pas dire que les résistants nantais n’aient pas aimé le mot de « Zone À Défendre » et la chose qu’il désignait). À la place de « zad », je dirai « bocage » ou j’userai de tout autre mot non technocratique. De même, je ne parlerai plus des « zadistes », mais des « résistants » ou des « habitants », des « libertaires », des « écolo-libertaires », ou j’utiliserai toute autre appellation adéquate. Il importe ici de ne pas présupposer que les résistants forment un groupe homogène, uniformément écologiste. Que d’aucuns aient cette sensibilité au départ est certain. Mais beaucoup d’autres viennent d’horizons différents : lutte prolétarienne, combat pour les libertés et les services publics, solidarité avec les migrants, anti-autoritarisme et autogestion, mouvement squat, etc. Puis, à la faveur du combat contre l’aéroport, combat aux résonances évidemment écologistes, des influences réciproques se sont exercées, et des convergences ont eu lieu qui ont incité à la prise en compte de ces enjeux.
  • Les gens du bocage sont souvent qualifiés d’anarchistes et parfois ils se disent tels (dans certaines de leurs toilettes sèches, on lit l’inscription humoristique : « L’anarchie dans la sciure »). Pour ma part, je ne reprendrai pas le mot d’anarchie car il a tant de significations et recouvre tant de tendances politiques différentes qu’il est difficile de s’y retrouver (quand le mot ne veut pas dire simplement : chaos, bazar, anomie…). Je dirai plutôt libertaire, car les gens du bocage pratiquent des valeurs de liberté commune, active et concrète : liberté d’agir en commun, solidarité, entraide et co-activité quotidiennes, non-centralité de la propriété et de l’argent, priorité de l’usage sur la propriété, autonomie active (indépendance à l’égard de l’État souverain et de l’Entreprise), activité autonome réelle (et non pas cette passivité déguisée en activité qui caractérise le salariat et dans laquelle le salarié, soumis à un manager-président, étatique ou privé, est plus passif qu’actif car une bonne partie de son « activité » obéit aux objectifs de la technostructure managériale de l’État absolu et de l’Entreprise). À tout cela on ajoutera : absence de hiérarchie personnelle, donc égalité pratique et concrète, refus d’une autorité verticale instituée en système, acceptation, semble-t-il, d’une verticalité de « la signification imaginaire sociale » (Castoriadis), ce qui veut dire : chacun obéit à la Loi symbolique (ou « signification imaginaire ») que les membres de la communauté politique ont placée au-dessus de leur tête, signification imaginaire qui tient en quelques mots : « liberté active, fraternité pratique, autonomie concrète de la communauté et des individus ».

Faute de place, je n’insisterai pas longuement sur un aspect anthropologique important : la sacralité politique. Mais l’importance de ce point exige que, même dans l’espace étroit de cette description, on en dise quelques mots – à commencer par ceci : le sacré n’est pas le religieux ou le divin. Le bocage nantais est une région de sacralité politique, au sens où le sacré qui caractérise la plupart des sociétés humaines avant la révolution capitaliste-industrielle du XVIIIe siècle est précisément détruit par ladite révolution industrielle. Raison pour laquelle Marx, dans Le Manifeste, parle justement de la bourgeoisie comme d’une force de désacralisation. Définition : le sacré (en grec : hieros = sacré et fort, robuste, vigoureux), c’est la puissance commune qui monte d’en bas, du peuple, et qui place au-dessus des individus des significations imaginaires sociales, en l’occurrence des valeurs d’autonomie commune qui viennent de leurs interrelations (selon un processus qui n’est donc ni une intériorité individuelle plate, ni une extériorité tombant du ciel, mais une intériorité relationnelle qui monte en supériorité). Le sacré va de pair avec ce que, dans son petit livre sur Le sacré et la per- sonne, Simone Weil appelle le « commun » ou l’« impersonnel ». Les valeurs concrètes de la communauté impersonnelle (liberté commune de débattre et décider, égalité, autonomie, entraide) sont sacrées au sens anthropologique du mot, c’est-à-dire inconditionnelles, supérieures aux individus qu’elles constituent pourtant de l’intérieur. C’est parce qu’il y a dans le bocage une hiérarchie impersonnelle (la Valeur impersonnelle « Égalité-Liberté active » domine la communauté des personnes) qu’il n’y a pas de hiérarchie des personnes (inégalité) et qu’il n’y a pas de contradiction fondamentale entre les valeurs communes et les individus qui les pratiquent.

En cela, le sacré s’oppose au divin (ou au religieux) qui naît avec les trois monothéismes, et surtout avec le christianisme pontifical au XIe siècle : le divin, y compris sous sa forme sécularisée qu’est le capitalisme, est une puissance qui descend d’en haut sur le peuple (puissance multiple : Dieu, l’État, le Capital, la Technoscience). Le PDG de la banque Goldmann Sachs disait récemment à un journaliste : « Je suis un banquier qui travail de Dieu » (« doing God’s work »). On comprend mieux ici en quoi c’est le Dieu capitaliste ou industriel qui désacralise les hommes et la société. À l’inverse, il semble que le mouvement initié par les bocagers tende à re-sacraliser la société et les hommes. Sacralité bien sûr non pas religieuse, mais politique, puisque les pratiques communes ne sont pas gravées dans le marbre une fois pour toutes, mais toujours offertes au débat et à la discussion. Durkheim écrit dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse : « Il y a, tout au moins, un principe que les peuples les plus épris de libre examen tendent à mettre au-dessus de la discussion et à regarder comme intangible, c’est-à-dire comme sacré : c’est le principe même du libre examen. ».

  • De façon générale, par la suite, j’utiliserai le mot État dans un sens apparenté au premier sens que lui donne le philosophe italien Gramsci. Ce premier sens (selon une vision grams- cienne un peu réorientée ici) c’est l’État comme gouvernement, comme Souverain absolu, donc réellement ou potentiellement autoritaire ou totalitaire. (Il y a un second sens, c’est l’État comme instrument de coordination administrative et sociale, mais ce n’est pas de cet État-là dont il est question par la suite. Il sera seulement question du Souverain absolu, historiquement hérité de la réforme grégorienne de l’Église au XIe siècle, et de la monarchie absolue de l’âge classique. Quand l’État est souverain, c’est que le peuple ne l’est pas. C’est par exemple le Souverain absolu qui décrète l’état d’urgence, sanitaire, policier ou militaire.)
  • Je ne peux pas relater ici l’ensemble de ce que j’ai observé au cours de mon séjour, car j’ai vu parfois des choses (pas graves à vrai dire, mais) qui sont aux confins de la légalité injuste de la société industrielle ; les raconter serait donc exposer les libertaires du bocage au risque de rétorsions judiciaires et/ou policières. Or l’ethnographie, même en cette version minimale pratiquée ici, n’est pas une activité de mouchardage. N’oublions pas qu’en société industrielle, le Droit est d’abord le bras armé de l’Économie (de l’Industrie, du Capital ou de l’Entreprise) au service de laquelle travaille l’État souverain. En l’occurrence l’État souverain avait prévu de confier la construction, l’exploitation et les bénéfices du nouvel aéroport à l’entreprise de BTP Vinci.

• Pour bien faire, et pour bien comprendre la période présente, il faudrait relater le passé récent du bocage, qui est une histoire de résistance à la volonté d’hégémonie de l’industrie bétonneuse sur les hommes et sur les terres paysannes. Il serait trop long de raconter ce passé. Mais il faut savoir que les occupants locaux ont vécu la guerre. Guerre menée par l’État souverain dans le but non pas certes de tuer, mais quand même d’évincer et de blesser les gens. Les photos de blindés lance-grenades dans le bocage sont impressionnantes. On se rappellera aussi que, pendant le combat contre l’aéroport, le collectif des résistants avait sa propre ambulance, car il n’était pas rare qu’en cas de blessure des manifestants, les « forces de l’ordre » retardent l’arrivée des secours afin de désespérer physiquement et moralement le mouvement de résistance.

PRÉSENTATION MINIMALE DU BOCAGE

Géographie physique : le bocage libertaire est une toute petite région située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Nantes. Cette région a la forme allongée d’une amande. L’amande bocagère fait environ 8 kilomètres de long (d’est en ouest) et environ 2 kilomètres dans sa plus grande largeur (du nord au sud). Au nord on trouve le bourg lui-même de Notre-Dame-des- Landes (là-bas on ne dit pas « village », mais « bourg »). Au sud se trouvent trois autres bourgs : Temple-de-Bretagne, Vigneux-de- Bretagne et La Paquelais. Le bocage est un bel ensemble de prés, de bois, de chemins et sentiers, de mares, de haies, de champs où l’on aperçoit beaucoup d’oiseaux divers, des chevreuils, des grenouilles, etc. Mais attention aux illusions : cette nature est loin d’être sauvage, elle est fortement anthropisée : elle est une culture. Ce qui ne l’empêche pas d’être belle. Au demeurant, les libertaires ne se bercent pas de l’illusion sauvage qui voudrait que la nature doive être un sanctuaire auquel on ne touche pas. Et surtout : ils s’opposent aux fantasmes de « solutions » écologiques qui ne remettraient pas en cause le capitalisme, l’industrialisation et le « développement » — lesdites « solutions » nourrissant l’idée que la sanctuarisation des 1.600 hectares du bocage permettrait d’accepter qu’en dehors du bocage, les gens continuent à se rendre dépendants de la sphère marchande et industrielle. Les bocagers, eux, estiment se situer entre la sanctuarisation et l’industrialisation. Ils semblent par exemple se réclamer d’une sylviculture paysanne et non industrielle. L’avenir de la forêt locale dira peut-être si leur sentiment correspond à la réalité.

Géographie politique : Physiquement toute petite, cette région est symboliquement (politiquement) d’une importance immense. Sauf erreur de ma part, on peut estimer le nombre des habitants écolo-libertaires à 150-200 environ. Ce qui est peu. Mais rappelons qu’aux temps forts de la lutte contre l’aéroport de l’État-Vinci les manifestations nantaises et bretonnes ont pu regrouper 50.000 personnes ! Personnes venues parfois de toute la France et parfois de plusieurs pays étrangers. D’ailleurs, les libertaires bocagers sont en relation internationale suivie avec d’autres régions du monde : Italiens du Val de Susa, habitants du Chiapas mexicain, Rojava kurde… et aussi avec un col- lectif écologiste anglais qui combat la création d’une troisième piste d’aéroport à Londres, etc. Donc pas de repli localiste ou nationaliste chez les bocagers. D’une façon générale, on peut considérer que ces 150-200 écolo-libertaires sont les « enfants » des dizaines de milliers de personnes qui ont manifesté plus ou moins régulièrement pendant des années contre le projet d’aéroport. Autrement dit, les 150-200 condensent en eux-mêmes les forces sociales du peuple actif qui, en s’opposant au projet d’aéroport, a conduit en janvier 2018 à la défaite de l’État-Vinci et à la victoire des libertaires sur lui… Victoire qu’il faut ajouter à la celle du Larzac en 1981, à celle qui fut remportée, la même année, contre le projet de centrale nucléaire de Plogoff (Finistère), puis à celle qui signa, en 1997, l’abandon d’une autre usine nucléaire au Carnet (Loire-Atlantique). Dans le sillage de la victoire de Notre-Dame-des-Landes il y a aussi des victoires plus discrètes mais non moins significatives : celle des habitants de Roybon en Isère contre le projet de Center Parcs de l’Entreprise touristico-industrielle Pierre et Vacances, et encore la victoire du quartier maraîcher des Lentillères de Dijon, contre un projet immobilier d’éco-quartier élaboré par la mairie.

Population : La population du bocage et des proches environs est diverse. Il y a des animaux : on en a déjà énuméré quelques-uns (« sauvages »). Mais il y a aussi des animaux domestiques : vaches, cochons, moutons, chevaux, poules, chiens, chats (parfois étiques et qui font pitié). Il y a des habitants historiques (qui vivent dans les bourgs, et dans les lotissements périphériques). Certains étaient hostiles à la fois à l’aéroport et aux (écolo)libertaires. Parmi ces historiques, il y a des fermiers « individuels » qui sont soit indifférents ou hostiles aux libertaires, soit sympathisants, et dans ce dernier cas, ils coopèrent (exemple : les libertaires donnent un coup de main au paysan historique, et celui-ci prête son vieux tracteur… industriel aux libertaires… qui débattent pour savoir si un vieux tracteur doit encore être dit « industriel »). Certains paysans historiques du bocage ont participé activement au combat commun contre le projet d’aéroport : et pour cause ! L’aéroport risquait de rayer purement et simplement leur ferme de la carte locale. La communauté de résistance dans le passé a permis qu’existe aujourd’hui une solidarité active et concrète entre les historiques et les « nouveaux ». À côté des animaux et des habitants historiques, il y a aussi les habitants (écolo)libertaires (estimation de 150-200 personnes permanentes). Ils ne représentent qu’une partie des militants libertaires engagés dans la résistance au projet d’aéroport. Cette mouvance est très diverse, et on peut dire que la tendance (écolo)libertaire qui habite aujourd’hui le bocage est la tendance la plus… (à vrai dire, il est difficile de la nommer). Je serais tenté de dire : la tendance la plus « modérée » (mais ça, c’est le vocabulaire des technocrates). Peut-être faudrait-il dire : la tendance la plus concrète, la moins idéologique, la moins idéocratique, la plus résolue à habiter le bocage, à faire émerger une société nouvelle concrète, à faire pratiquement en sorte que l’État Souverain, Vinci et leurs policiers ne reviennent pas mettre leur nez dans le bocage (« passez votre chemin, c’est occupé et habité ! »). Bref, c’est la tendance qui ne rechigne pas, quand le jeu en vaut la chandelle, à passer des compromis avec les habitants historiques et avec l’État Souverain.

Il faut savoir aussi que — paradoxalement en apparence — la victoire (l’annonce officielle, faite par Macron en janvier 2018, du renoncement gouvernemental au projet d’aéroport) a failli prendre l’allure d’une défaite pour les résistants : car une fois la victoire obtenue, que fallait-il faire ? « On a gagné. Très bien. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On s’en va ? » Mais partir, n’était-ce pas laisser la porte ouverte à de nouvelles invasions industrielles ? Du reste, presque personne ne voulait partir, la plupart des gens souhaitant continuer à vivre sur place et à combattre ce que les libertaires appellent parfois « Babylone », c’est-à-dire le monde corrompu symbolisé par le projet d’aéroport. Il reste que pour de nombreux résistants il était difficile d’anticiper ou d’imaginer le virage de situation — pour certains c’était même impossible existentiellement. La question s’est posée aux résistants à peu près en ces termes. Et elle a suscité de graves dissensions et déchirements dans leurs rangs. Pour le dire trop vite, certains libertaires disons « puristes » ont objecté à la tendance « concrète » actuelle qu’il ne fallait pas négocier avec l’État Souverain parce que ce serait d’abord indigne et ensuite voué à l’échec. Les « concrets » actuels ont répliqué que si le but était de préserver « notre bocage, nos vies, nos amitiés, nos attachements et le sens politique du mode de vie que l’on défend, non individualiste, plus paysan, résolu à la défense des communs » (je cite un habitant), il fallait rester et, pour cela, négocier avec l’État. Au bout du compte, les « puristes » sont partis. Et les « concrets » ont accepté de déposer auprès de la Préfecture des dossiers individuels d’installation agricole (bail de 9 ans, renouvelable — dossiers dont certains sont encore en cours d’instruction). Initialement les « concrets » voulaient déposer des dossiers communs, mais on sait que l’État absolu européen est individualiste : « L’État c’est moi », disaient Louis XIV et Staline. Et comme l’État individualiste est puissant et formaliste, les « concrets » se sont dit : on accepte de déposer des dossiers individuels, et après, on fera bien ce qu’on veut, et si on veut travailler en commun, on le fera sans le crier sur les toits, et personne ne nous empêchera de le faire. Il faut préciser qu’être reconnu officiellement comme agriculteur individuel permet d’obtenir pendant un certain temps des subventions de… l’État français et européen. Ça aide ! (Autre contradiction des (écolo)libertaires. Mais qui oserait leur en faire le reproche, eux dont le courage physique et moral quotidien n’est plus à démontrer ?)

Les habitants libertaires concrets actuels forment un ensemble qui tente de faire société. Pour ma part et pour l’instant (ça peut changer), je ne suis pas sûr qu’on puisse déjà le qualifier de société. Pourquoi ? Parce qu’une société, c’est au moins (au-delà de la solidarité et de l’entraide concrètes) un mélange d’adultes, d’enfants et de vieux. Or dans le bocage écolo-libertaire il y a très peu d’enfants, et pas de vieux (mais il y a de vieux paysans historiques). L’essentiel de la population bocagère-libertaire se compose d’adultes âgés d’une trentaine d’années (parfois un peu moins, parfois un peu plus). Cela pose à terme la question de la longévité sociale organique du bocage libertaire. À signaler aussi, dans les deux lieux que j’ai vus, la forte disproportion entre hommes et femmes : à chaque fois, sur un hameau collectif d’environ 10 personnes, il y avait seulement 3 femmes. Pourquoi ? Mystère. Mais on m’a dit qu’un autre lieu était entièrement féminin. Comme je ne l’ai pas vu, l’affaire est à suivre.

Sociologiquement parlant, parmi les habitants libertaires actuels chez qui j’ai séjourné, il y a des non bacheliers, des bacheliers, un repris de justice (qui a fait 5 ans de prison), des ingénieurs, une passionnée de danse classique et moderne, une travailleuse sociale (éducatrice spécialisée), des étudiants en rupture d’études. Tous très savants manuellement et intellectuellement, et composant un ensemble fort courtois et éduqué. À noter : les Noirs ou les Maghrébins sont très rares dans le bocage. Presque tous les habitants sont blancs. Qu’est-ce que ça veut dire ? Je ne sais pas. En tout cas, je me garderai de le reprocher aux libertaires dans la mesure où Noirs et Maghrébins ont déjà parfois du mal à s’intégrer dans Babylone. A fortiori ne cherchent-ils pas à expérimenter d’autres formes de vie sociale.

Troisième type de population aperçue dans le bocage : des « marginaux » (que je n’ai pas fréquentés de près). Je vais essayer malgré tout de les décrire brièvement, superficiellement. Disons qu’ils n’ont pas du tout le même habitus que les précédents et ne vivent pas dans les mêmes lieux qu’eux. De loin, ils paraissent désocialisés, ou en tout cas dépourvus du désir d’instituer une société nouvelle. Ils ressemblent un peu aux vagabonds que l’on rencontre sur nos trottoirs urbains. Il se peut qu’ils aient fui nos villes corrompues-inhospitalières (nos Babylone) et qu’ils aient trouvé dans le bocage un refuge où on leur « fout » la paix et où ils parviennent tant bien que mal à vivre ou à survivre sous des toits solides et à peu près étanches (il paraît qu’il pleut de temps en temps en Bretagne…).

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Je me concentre maintenant sur les habitants (écolo)libertaires.

HABITAT ET MODE DE VIE

Les (écolo)libertaires vivent selon le principe du « collectif » (groupe d’une dizaine de personnes). Les groupes habitent soit des fermes (ou hameaux) historiques désertés par les propriétaires que l’État avait expropriés contre argent dans l’optique de la construction de l’aéroport, soit des lieux récemment auto-aménagés sous la forme d’une maison en bois (dite souvent « cabane »). Les occupants ne paient pas de loyer et en même temps ils ne sont propriétaires de rien. Gratuité d’usage de la terre et de l’« immobilier ». Il n’y a donc pas de « SDF » parmi les écolo-libertaires. (Précisons que les occupants ne paient pas encore de loyer, c’est-à-dire qu’ils n’en paieront pas tant que l’État central ou local n’aura pas régularisé les habitats par la signature de baux). Il semble que les collectifs se soient formés sur le mode des affinités amicales-politiques pendant le combat contre l’aéroport. L’amande bocagère comprend une quinzaine de tels collectifs (hameaux, fermes ou « cabanes »). Les noms sont historiques quand la ferme ou le hameau est historique (Les Fosses Noires, la Noé verte). Les noms sont récents quand l’aménagement est récent (les Cent-Noms).

La ferme ou la maison de bois se situe en général au centre d’un pré assez grand. Ce centre constitue l’espace de la vie commune. Il comprend une cuisine, une salle à manger (et parfois de lecture, d’informatique et de cinéma-maison), une salle d’eau, une buanderie avec lave-linge électrique. Je le souligne : tous ces espaces et tous ces équipements sont communs. Autour du centre commun, à quelques mètres ou dizaines de mètres, il y a des caravanes ou des mobil-homes qui sont les espaces privés et intimes pour les célibataires ou les couples (ou les rares couples avec enfants). Ne pas oublier un autre espace périphérique : la petite cabane abritant les toilettes sèches. Comme il n’y a pas de fosse sous les toilettes, il faut, quand le seau est plein (de sciure et du reste) le vider à tour de rôle sur le tas de fumier. Après deux ans de compostage, le fumier alimente naturellement la fertilité des jardins potagers.

Dans le hameau historique de la Rolandière se trouve la bibliothèque du bocage écolo-libertaire (dite Le Taslu). Toute en bois. Splendide. Gratuite. On peut consulter ou emporter. Dans la ferme du Haut Fay (en dehors et au nord de l’amande bocagère), il y avait une « université anarchiste », mais elle a cessé ses activités après quelques conférences gesticulées et quelques stages. Un habitant explique que l’idée était trop ambitieuse. C’est aujourd’hui un lieu d’ateliers, de fêtes ou de concerts. Les groupes et les individus qui composent les hameaux collectifs ont une vie très socia(b)le : ils reçoivent beaucoup de visites extérieures (par exemple des amis, des libertaires d’ailleurs, des chercheurs, des anthropologues, des artistes, des écrivains, des photographes, des auteurs de BD) et beaucoup de visites intérieures (de membres d’autres groupes locaux). On s’invite facilement à manger entre groupes. Dès lors que les visiteurs « non bocagers » participent aux activités agricoles et culinaires, ils mangent gratuitement avec les « bocagers ». Dans le bocage écolo-libertaire, on cuisine tous les jours (à tour de rôle) et on mange bien, la nourriture est goûteuse ! Dans l’ensemble on est plutôt végétarien. L’auberge des Culs-de-Plomb, elle, est très « carnivore ». À noter que sur ce point les libertaires carnivores sont conséquents et courageux : ils ne comptent pas sur les abattoirs industriels pour manger de la viande, ils tuent eux-mêmes les animaux qu’ils mangent. La nourriture végétarienne — tomates, courgettes, haricots, etc. — vient des potagers bio avoisinants.

Chaque lundi est pour tout le monde jour de ménage : on lave, on balaie, on nettoie la cuisinière à gaz, les surfaces de travail et les sanitaires. C’est ainsi dans toute l’amande bocagère. Les habitants trouvent commode d’avoir tous le même jour pour cet ensemble de tâches parce que cela permet par ailleurs de tenir plus facilement les réunions des groupes d’activités thématiques qui rassemblent généralement des gens de lieux divers. Les écolo-libertaires sortent assez souvent, surtout le soir. Principalement vers Nantes. Copains, resto, cinoche, etc. Ils font le trajet en voiture. Bonjour l’écologie. Mais leitmotiv : qui osera le leur reprocher ? En général les voitures sont personnelles, mais on se les prête mutuellement. Parfois ils vont (beaucoup) plus loin que Nantes, pour des vacances ou pour voir la famille. Mais les trajets ne se font pas forcément en voiture. Le train est également utilisé.

Récemment (juillet 2020), dans un pré voisin des Cent-noms, le bocage écolo-libertaire a accueilli une colonie de vacances pour enfants défavorisés de l’extérieur. Colo sous forme de camping : les enfants et les monitrices-moniteurs dorment sous la tente. Douches et WC provisoires. Un soir, un habitant, autodidacte en magie, nous a fait des tours de carte. Nous, c’est les autres habitants des Cent-Noms, les visiteurs et les enfants de la colo. Spectacle gratuit. Impressionnant. Grand succès ! Anthropologiquement parlant, il est intéressant de remarquer que le bocage nantais voit émerger une ritualité qui lui est propre. Ritualité évidemment non pas religieuse, mais politique, ou esthético-politique. Elle consiste en des fêtes, des bals, des banquets, des fest-noz. Par exemple, chaque 17 janvier on fête l’abandon du projet d’aéroport par un banquet, des chants, de la musique instrumentale, éventuellement par un lever collectif de charpente. Le 17 janvier 2020 les bocagers et leurs amis extérieurs ont également fêté deux autres victoires : celle d’un petit quartier maraîcher de Dijon nommé les Lentillères (où la mairie a renoncé à bâtir un éco-quartier) et celle de Gonesse où le projet EuropaCity a été abandonné.

« ÉCONOMIE »

Il faut mettre l’« économie » entre guillemets car à proprement parler il n’y a presque pas d’économie (au sens capitaliste ou industriel) dans le bocage écolo-libertaire. « Presque » parce que l’économie industrielle étant envahissante, comment pourrait-elle ne pas être présente aussi dans le bocage ?

La quasi-absence d’économie signifie principalement 4 choses :

a/ l’argent et la propriété privée ne sont pas centraux dans la vie sociale du bocage. Ce qui pose une question : peut-on dire, en utilisant un mot des philosophes-sociologues Pierre Dardot et Christian Laval, que le principe central du bocage est l’inappropriable ? Juridiquement, les 1.600 hectares de terre de l’amande bocagère appartiennent à l’État souverain (qui a exproprié et dédommagé les anciens paysans pour construire le nouvel aéroport), mais de fait le rapport de force instauré pendant et après la résistance fait que l’État n’use pas de son droit de propriété : il est contraint (pour l’instant) de « tolérer » les occupants et les occupations. Tout se passe donc comme si la terre n’appartenait à personne. Pour le meilleur ? Ou pour le pire (parfois l’État semble suggérer que, lorsqu’il le décidera, il vendra ces terres, quitte à chasser les bocagers) ? Un document départemental du 18 décembre 2019 indique : « Le Département n’a pas vocation à demeurer propriétaire de terrains agricoles. L’objectif de toute intervention foncière sera la revente de terrains acquis, à des exploitants ou à des collectivités » (PEAN [Plan Espaces Agricoles et Naturels] des vallées de l’Erdre…, septembre 2019, p.23, voir Nadir.org, Terre en Commun, Fonds de dotation : https://encommun.eco). Le bocage libertaire en a donc tiré la conclusion qu’il doit se préparer à acheter les terres qui seraient vendues par le département (voir plus loin le passage sur le Fonds de dotation).

b/ il n’y a pas de notion de « croissance économique » dans le bocage : on travaille, on construit, on cultive simplement pour subvenir aux besoins collectifs et individuels. Par exemple : on ne construit pas pour faire du rendement immobilier.

c/ la division sociale du travail, qui, dans la société industrielle, va de pair avec le totalitarisme du marché (« Vous ne cultivez pas les carottes que vous mangez ? Achetez-les. Vous ne savez pas installer un robinet ? Payez-vous les services d’un plombier. Vous ne savez pas fabriquer une voiture ? Payez la voiture, l’essence, l’assurance, les contraventions, l’entretien et les réparations, les péages. »), cette division du travail est plutôt réduite : dans le bocage, la division entre travailleurs intellectuels et travailleurs manuels est faible, voire inexistante. En outre, et assez souvent, les bocagers sont à la fois « artisans » et « paysans ». (Quand on ne sait pas faire la soudure, on fait appel à des artisans extérieurs, voire sympathisants, voire familiaux : « mon beau-frère est plombier »).

d/conséquences de a + b + c : de même qu’il n’y a pas de « SDF » dans le bocage écolo-libertaire, il n’y a pas de chômeurs. Tout le monde décide, travaille, construit, (se) cultive, bricole, récolte, cuisine, donc tout le monde habite et mange dignement.

Les habitants libertaires sont presque autosuffisants pour (ils produisent eux-mêmes) : le bois de construction (coupes d’arbres raisonnées dans les bois du bocage), la viande bio, les légumes bio (haricots, patates, carottes, courgettes, oignons, courgettes, aubergine, poivrons, etc.), le lait bio, la farine bio, le pain bio, les galettes et crêpes bio (on est en Bretagne…), leurs publications internes ou externes. On prépare du pain bio en plusieurs lieux du bocage. On sait boulanger : le pain est délicieux. Il est gratuit, mais on peut aussi payer : c’est 2 euros le kilo. Il vaut mieux commander à l’avance, sinon au dernier moment on risque de se retrouver sans pain. (Certains habitants extérieurs au bocage viennent acheter leur pain sur ces lieux : ils paient 2 euros le kilo). En ce qui concerne le bois, les libertaires du bocage ont au hameau de Bellevue une scierie avec un banc de scie impressionnant et un atelier de menuiserie avec des machines perfectionnées. Les bocagers semblent experts en matière de bois (depuis l’entretien de la forêt jusqu’à l’objet final).

On aura compris que les nouveaux habitants du lieu sont tout sauf des paresseux. Si l’on entend par travail une activité salariée, ils ne travaillent pas. Si l’on entend par travail une activité de production (même non salariée), ils travaillent beaucoup. Une bocagère dit : « La valeur travail est forte ici. » Elle a raison. Elle dit cela avec une intonation ambiguë, peut-être très légèrement critique. Un de ses camarades semble lui donner raison : il plaide pour une journée qui serait moins travaillée que les autres. On peut donc se demander si les bocagers ne travaillent pas trop. Mais peut-être cela tient-il au fait que la société est au début de son institution et que beaucoup de choses restent à faire.

Les (écolo)libertaires ne sont pas autosuffisants pour (ils ne produisent pas) : les fruits d’été, le sucre, le sel, le chocolat, le beurre, l’huile, le vinaigre, les vêtements, la lessive, le carburant pour les voitures, les matériaux de bricolage-construction autres que le bois. Ils ont donc besoin d’argent pour acheter certaines de ces choses. Ils n’achètent pas de chocolat, pas de fruits, en tout cas pas de fruits d’été (je suppose que c’est trop cher). Ils achètent les autres choses énumérées plus haut, à commencer par le beurre salé (on est en Bretagne…).

Leurs sources d’argent sont :

– le RSA (550 euros/personne) : tous les bocagers qui y ont droit touchent le RSA, d’autres partagent leur RSA (RSA couple : 750 euros) ;

– les subventions agricoles françaises et européennes ;

– la vente de pain, celle des galettes et crêpes (qu’ils préparent en grande quantité). Ces galettes et crêpes (délicieuses !) sont vendues à bas prix à des AMAP et à des épiceries bio et solidaires de Nantes ;

– leurs compétences en matière de bois. Il arrive qu’un propriétaire privé de forêt fasse appel à ces compétences pour faire l’entretien et l’usage de sa forêt. Les (écolo)libertaires « forestiers » font alors payer leurs services ;

– d’autres chantiers à l’extérieur (toiture, couverture, etc.) qu’ils se font payer.

Toutes les rentrées d’argent (sauf le RSA) vont dans une caisse commune qui sert pour les chantiers et les achats. Chacun, dans la mesure où il touche le RSA, reverse 200 euros mensuels de ce RSA à la caisse commune. S’il le souhaite, le visiteur temporaire extérieur peut mettre de l’argent dans la caisse commune. La caisse commune est celle du collectif local. Je ne sais pas s’il y a une caisse commune à tout le bocage écolo qui permettrait par exemple d’aider un collectif momentanément en difficulté pécuniaire. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a entraide (matériaux et travail) entre les collectifs locaux. Aux Cent-Noms, une personne se charge volontairement de l’organisation ou de la coordination de la solidarité matérielle avec l’extérieur. Dans le bocage, trois autres personnes participent à cette organisation-coordination. Mais ce n’est que la dernière « étape » de l’activité de solidarité : en fait, presque tous les bocagers participent aux étapes antérieures des activités solidaires. Récemment cette solidarité s’est manifestée avec les Gilets jaunes et avec les grévistes de la SNCF (résistance à la contre-réforme des retraites de Macron). Quand des gens sont en difficulté financière pour cause de salaire bas ou pour cause de grève longue, on prépare des paniers de victuailles, et on les porte à Nantes pour distribution gratuite.

VIE POLITIQUE

Il y a dans le bocage une « Assemblée des Usages » qui se réunit en principe le premier mardi de chaque mois. L’Assemblée des Usages est l’organe principal de discussion et de décision du bocage libertaire. On y discute et décide les choix à faire pour la vie et les activités de la communauté bocagère. Tout le monde peut y participer. Sauf erreur, environ 30 personnes sur 150 ou 200 bocagers participent régulièrement aux séances de l’Assemblée. C’est assez peu, mais cela s’explique par le fait que les journées sont déjà pleines de travaux paysans et artisanaux, et d’autres réunions consacrées à l’organisation de ceci ou de cela (solidarité, etc.). Cela dit, nombreux sont les bocagers à se tenir informés des travaux de l’Assemblée des Usages. Sur ce point, précisons enfin que les 30 participants ne sont pas toujours les mêmes. Il y a des rotations spontanées selon les disponibilités des uns et des autres. Il existe dans le bocage un fonds de dotation nommé « La terre en commun ». C’est un outil juridique en gestation, au service du commun, de l’entraide, du respect et de la protection de la biodiversité. L’Assemblée des Usages est le lieu où se mènent les débats, ouverts à tous, autour de l’élaboration de cet outil. Un bocager me dit plus précisément : « Le Fonds est une émanation stratégique du mouvement de résistance ; il a pour but de faire des terres bocagères une propriété collective, de faciliter les usages collectifs, avec tout ce qui peut en découler en matière d’organisation commune de la vie et du rapport collectif au territoire. »

L’État essaie, autant que possible, de mettre en échec cette stratégie et de ne rien vendre aux bocagers… pour l’instant. Les bocagers espèrent pouvoir acheter au moins certains bâtis, mais rien de sûr : « On verra ce qu’on arrive à arracher… », dit l’un d’eux. Si les vœux des bocagers se réalisaient, les terres deviendraient une propriété définitivement collective et inaliénable. C’est dans l’optique de l’achat des terres que le fonds s’efforce de collecter diverses sortes de dons. L’amande bocagère comptant environ 1.600 hectares, si un hectare coûte 1.600 euros à l’achat, le Fonds devrait collecter environ 2,5 millions d’euros. On voit ainsi que le principe du commun comme inappropriable (cf. Dardot et Laval mentionnés plus haut) paraît pour l’instant irréalisable. Ce qui est assez logique car pour l’instant l’État Souverain est le propriétaire des terres… qu’il peut donc vendre à d’autres propriétaires. Au mieux, l’État Souverain accepterait que les terres deviennent propriété collective, mais certainement pas un bien commun-inappropriable.

Il existe également dans le bocage une coopérative artisanale et agricole nommée la Bocagère, composée d’une quarantaine de personnes de différents hameaux du bocage. Ses membres se reconnaissent de l’Assemblée des Usages et essaient d’y participer quand ils le peuvent. À côté du fonds de dotation et de La Bocagère, il existe encore une association nommée Sème-ta-zad, qui s’occupe de coordonner les activités agricoles, d’organiser la rotation des terres, de mettre à disposition des outils. Dans la coopérative de La Bocagère, le processus de décision est intéressant : on estime qu’une seule personne opposante (sur 32) ne suffit pas à bloquer le processus de décision. Si deux personnes au moins manifestent une opposition, on estime que cela commence à ressembler à une idée collective, et un groupe de plusieurs personnes se charge alors de réfléchir à l’idée formulée. Si ce travail de groupe ne suffit pas, mais que ça ne fait pas éclater l’ensemble, on avance. S’il y a risque d’éclatement, on appuie sur le « bouton rouge » : on n’avance plus, on s’arrête et on discute. De manière générale, on considère qu’une personne seule ne peut pas avoir raison contre l’intelligence collective pratique. Un bocager me montre un texte de Georges Bataille qui met en garde contre la bureaucratie des partis, contre la méfiance des « révolutionnaires » professionnels à l’égard tant du peuple que des intellectuels (voir Contre-Attaque, 1935-1936, de Georges Bataille et André Breton, préface de M. Surya, éd. Ypsilon, Paris, 2013) : « Il est fréquent, écrit Bataille, de constater chez des militants révolutionnaires une complète absence de confiance dans les réactions spontanées des masses. […]. C’est une méfiance du même ordre qui prévaut contre les intellectuels. La méfiance à l’égard des intellectuels n’est contradictoire qu’en apparence avec celle qui sous-estime les mouvements spontanés des masses. » Fort bien. Mais, après avoir fréquenté les bocagers libertaires, le visiteur se demande malgré tout si les « intellectuels » ne font pas l’objet d’une certaine méfiance de leur part et donc si les bocagers ne sont pas en contradiction avec Bataille.

Parcourant les lignes qui précèdent, un lecteur taoïste (oui, oui, ça existe encore !) me pose la grande question que Hannah Arendt formulait déjà dans son essai Sur la révolution, la question de « la liberté de non-participation à la politique ». Rappelons un fait significatif : Arendt qualifiait cette liberté de « négative ». Et l’on songe immédiatement au grand paradigme de la « liberté négative » : la liberté de ne pas vivre, donc de se suicider. Le lecteur taoïste demandait en version actuelle : « Est-il possible, dans le bocage, de ne pas participer à la vie politique, c’est-à-dire à l’élaboration des décisions communes ? Ou bien la pression sociale est-elle si forte qu’elle tend à exclure une telle possibilité ? » Réponse : mon impression (c’est seulement une impression) est que pour celle-celui qui veut se tenir à l’écart de la communauté (s’isoler dans sa caravane ou à la bibliothèque du Taslu pour lire, écrire, écouter de la musique, ne pas participer aux assemblées), il est possible de le faire. Mais que si « on » le fait trop longtemps-systématiquement, ça risque de poser problème. Il me semble qu’on acceptera plus facilement que tel ou telle ne participe pas à l’Assemblée des Usages, plutôt qu’il-elle ne participe pas aux travaux agricoles et artisanaux communs. Parce que si « on » ne participe pas à ces derniers, ça risque de commencer à ressembler à du « parasitisme » (« Allez-y les gars, bossez, moi je m’isole et je bouffe ce que vous produisez »). Cela dit, aux Cent-noms, j’ai vu que l’un des membres du hameau avait une maladie orpheline qui le faisait beaucoup souffrir, avec en outre une forte claudication résultant de coups de matraques policières reçus pendant le mouvement de résistance au projet d’aéroport. C’est peut-être la raison pour laquelle je ne l’ai jamais vu (mais qui sait ?) participer aux travaux des champs ou des ateliers-bois. En revanche il était très actif dans les autres activités communes : ménage, cuisine, organisation des solidarités avec Nantes, etc. En somme, il avait sa place évidente dans le collectif en raison de sa forte participation passée au combat contre l’aéroport et de son indéniable contribution présente aux activités du hameau proprement dit.

De manière moins impressionniste, je dirai que la liberté individuelle de ne pas participer à la vie commune-politique du bocage n’est pas un problème si d’autres prennent le relais et s’il y a donc en quelque sorte une rotation spontanée. Mais on voit alors que c’est une question d’équilibre (forcément précaire). Combien participent et combien ne participent pas ? Et les participants sont-ils en nombre suffisant pour que les processus de démocratie concrète continuent à s’effectuer ? Je suis frappé de constater (simple coïncidence?) que la proportion des participants à l’ecclésia-assemblée des usages (20 ou 30%) et des non-participants (80 ou 70%) est à peu près la même à Athènes il y a 2.500 ans et dans le bocage aujourd’hui.

En guise de conclusion provisoire : brefs rappels, principes et précisions.

Il faut rappeler que le mouvement de résistance à l’aéroport a été extrêmement divers dans ses tendances et dans ses composantes (tout le monde n’était pas « anar » ou libertaire ou écologiste). Nommons quelques-unes de ces tendances ou composantes :

– l’ADECA (qui date des années 1970 et regroupe des agriculteurs menacés par l’aéroport : Association Des Exploitants Concernés par l’Aéroport).

– l’ACIPA (Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par l’Aéroport).

– le CéDPA : Collectif des élus Doutant de la Pertinence de l’Aéroport.

– le collectif des Naturalistes en lutte (experts qui font des inventaires de la faune et de la flore du bocage).

– une coordination des luttes au sein de laquelle se retrouvaient des représentants locaux d’organisations nationales, de partis et d’associations (ATTAC, Modem jusqu’au référendum de juin 2016, etc.).

– Le collectif COPain : Collectif d’Organisations Paysannes locales.

– Le mouvement d’occupation du bocage.

– Les comités de soutien extérieurs (200 comités en 2012).

Cette diversité, les aléas du combat contre l’aéroport et les petites « guerres » intestines ont incité les bocagers à débattre et élaborer des limites principielles pour l’auto-règlement des conflits. Voici ces principes :

* Pas de violence physique sans consentement réciproque ;

* Interdiction du port permanent d’arme ou d’outil (hache) pouvant servir d’arme ;

* Interdiction de vendre de la drogue pour son profit personnel (deal) ;

* Interdiction des agressions sexuelles (notamment des hommes sur les femmes), avec, en cas de problème, parole forte accordée à la victime féminine ;

* Interdiction de brandir des armes à feu, même sur la police ;

* Interdiction des chiens errants, et respect des lieux qui ne veulent pas de chiens ;

* Instauration d’un groupe de 12 personnes tirées au sort pour servir de médiateurs dans les conflits.

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Si l’on se remémore ici les faits principaux décrits dans ce récit, on retrouve en somme certains des phénomènes anthropologiquement typiques du processus d’institution sacrée d’une société : notamment, l’auto-institution des limites positives et négatives (voir sur le sujet l’ouvrage classique de Roger Caillois, L’homme et le sacré, Gallimard, 1950). Les limites sont positives : ce sont des prescriptions qui disent ce qu’on doit faire (ici, participer diversement aux communs). Mais les limites sont aussi négatives : ce sont les interdits qu’on vient de voir ; il y a des choses qu’on ne doit pas faire. Aussi libertaire que soit une société, elle ne peut pas se passer de prescriptions et d’interdits, étant entendu qu’il s’agit là d’auto-prescriptions et d’auto-interdictions (toutes venues d’en bas). Ce dernier point fait la différence décisive avec les États modernes où le Droit de l’État formule des prescriptions et des interdits qui tombent d’en haut sur la tête des hommes. L’auto-institution des limites — avec d’autres pratiques aperçues plus haut : pratique égalitaire des communs et de l’entraide — suffira-t-elle à instituer une société nouvelle ? L’avenir seul le dira.

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Dernière chose. Un autre type de discours se tient sur le bocage libertaire : celui d’Alessandro Pignocchi, qui se situe dans la lignée de l’anthropologue Philippe Descola. Selon ce discours (voir la bande dessinée La recomposition des mondes de Pignocchi), le bocage aurait abandonné la coupure nature/culture et la notion même (occidentale) de nature. Mon unique séjour dans le bocage nantais ne me permet pas de porter un jugement définitif sur la question. Non que ce discours ne soit pas intéressant et qu’il ne faille pas espérer que les vœux dont il relève se réalisent. Mais, après avoir vu deux hameaux et parcouru le bocage, je dirai provisoirement que la lecture de Pignocchi paraît exagérée : ne prend-elle pas ses désirs pour la réalité ? Il est vraisemblable qu’une partie de cette vision soit pertinente. Par exemple, les libertaires bocagers (ou certains d’entre eux) pensent qu’il ne suffit pas de « protéger la nature », le reste pouvant être allègrement urbanisé et exploité. Ils ont conscience que le mode de vie sociale de nombreux peuples indigènes a été bien moins nuisible pour eux-mêmes et pour les écosystèmes que les modes de vie urbains vers lesquels l’Occident les a chassés. Au demeurant, le bocage est l’exemple même de ce que la « nature » est entièrement prise dans la « culture ». Un écolo-libertaire dit à propos du bocage : « C’est un espace dit « naturel » mais qui a toujours été habité et travaillé par l’homme. Et même qui a été entièrement créé par lui (prairies d’élevage et champs cultivés + haies plantées ; et quelques taillis de châtaigniers plantés pour faire du piquet et du bois de chauffe). La biodiversité qui l’habite est étroitement liée aux activités humaines. » Pour sa part, le collectif des Naturalistes en lutte est unanime pour dire que la protection de la biodiversité dans le bocage est non seulement compatible avec le maintien des habitants actuels, y compris libertaires, mais en dépend même radicalement. Toutefois, sans nier l’attachement sensible que les écolo-libertaires ont développé envers le bocage, je pense pouvoir dire, après ma petite expérience sur place, que cet attachement reste partiel. Il paraît que parfois certains animaux participent aux assemblées décisionnelles humaines et que leurs intérêts sont pris en compte au même titre que celui des humains. Je n’ai rien vu de tel. Cela ne signifie pas qu’une telle participation n’existe pas — mais qu’en tout cas elle n’est pas systématique. Exemples : à peine débarqué dans le bocage, je tombe sur un enclos où trois petits cochons ont la queue coupée au ras des fesses, au lieu de l’avoir en tire-bouchon, ce qui signifie sans doute qu’ils proviennent d’une unité de production industrielle où cette opération a été faite à vif à leur naissance. Sur le même lieu, les poules sont enfermées dans un poulailler où la nourriture et l’eau sont insuffisantes (on est en juillet). Pourtant, on ne voit pas trop ce qui s’oppose à ce qu’elles courent et picorent librement en journée. Par ailleurs, les chats qu’on aperçoit, pour la plupart squelettiques, font sérieusement pitié. Bref, l’impression d’ensemble est que, pour l’essentiel, le bocage libertaire maintient la coupure nature/culture et la notion occidentale d’une nature extérieure. J’espère que cette impression est trompeuse. Ces remarques ne sont pas des reproches : elles ont seulement pour fonction de modérer l’enthousiasme descolien de Pignocchi quant à un décisif tournant anthropologique et culturel dans le bocage. Faut-il préciser que, devant le saccage des relations sociales et des écosystèmes par la société industrielle, on ne peut qu’appeler de ses vœux un tel tournant et sa généralisation ?

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Post-Scriptum sur le Covid et le bocage : Mon séjour dans le bocage est intervenu après le premier confinement. La vie y était normale, et personne ne semblait avoir été contaminé. Aujourd’hui, alors que le second confinement vient d’être décrété, un bocager m’écrit : « Il y a eu peu de malades du Covid sur la zad. Mais il y en a eu, à la Noë Verte au printemps (la moitié seulement du collectif), puis bien après, un à St-Jean, plus tard un à la Wardine, un aux Cent Noms (qui n’a contaminé personne, même pas son amoureuse). Nous prenons des précautions, mais pas des précautions infinies ; on ne veut pas trop sacrifier la joie, la vie et la convivialité (c’est important aussi !) pour une maladie qui ne semble pas si dangereuse (du moins pour nous) et qui va durer encore longtemps. On pense surtout aux autres, on ne voudrait pas être responsables d’avoir infecté des personnes fragiles du mouvement anti-aéroport (dont certaines sont des vieux dans les associations et les comités du mouvement). On en discute beaucoup : quelles précautions on prend ? Jusqu’à quel point ? On cherche un compromis entre précautions et vie désirable. Au début du printemps, on était très précautionneux, vraiment. On ne recevait (presque) plus personne, on a annulé tous nos accueils, on a « cloisonné » les groupes (exemple : les gens pouvaient rester faire le chantier collectif avec nous, mais alors ils faisaient tout le confinement avec nous dans le bocage. On essayait aussi de se croiser le moins possible entre lieux de vie différents). Aujourd’hui, si quelqu’un a un doute sur sa santé (rhume, ou s’il/si elle a vu une personne qui aurait pu l’infecter), il/elle se met à l’écart. Il/elle essaie de ne pas entrer dans les espaces collectifs, mange seul(e), se masque. Sinon, le masque, c’est vraiment pénible. Durant le confinement de printemps on a quand même organisé quelques fêtes sur la zad, en plein air, et avec de l’espace pour pouvoir garder un peu nos distances. On a aussi tenu avec des Nantais quelques réunions d’organisation « contre la ré-intoxication du monde », c’est-à-dire contre la remise en route de certains secteurs industriels. »

Marc Weinstein, Aix-en-Provence, fin octobre 2020

Covid 19 : Principe de précaution ou « risque du blâme » ?

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Ce texte prolonge le débat sur la décision médicale et sanitaire qui avait été initié autour de l’Evidence-based-medecine (EBM) avec la carte blanche intitulée : « le rôle de la formation des médecins et de l’épistémologie médicale dans la crise de la Covid 19 » [note]

Par :

  • Florence PARENT, médecin, docteur en santé publique, coordinatrice du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
  • Fabienne GOOSET, docteur en lettres, certifiée en éthique du soin.
  • Manoé REYNAERTS, philosophe, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
  • Helyett WARDAVOIR, master santé publique, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
  • Dr Isabelle François, médecin et psychothérapeute, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
  • Dr Benoit NICOLAY, médecin, anesthésiste-réanimateur, micro-nutritionniste.
  • Jean-Marie DEKETELE, professeur émérite de l’UCL et de la Chaire UNESCO en Sciences de l’Éducation (Dakar).

Une décision fondée sur un « jugement réfléchissant »[note], en référence au philosophe allemand Emmanuel Kant[note], est une décision qui prend en compte la réalité de la vie, c’est-à-dire la situation particulière, incluant la singularité du Sujet, de l’Autre (personne ou communauté) et, par-là, la subjectivité du réel, ce qu’on nommerait l’incertitude.

En santé publique, le critère de prédilection qui permet d’approcher au mieux une telle décision est celui de l’anticipation du « coût-bénéfice » d’une action et donc du risque pris quant au choix opéré.

En effet, l’analyse coût-bénéfice valorise l’ensemble des conséquences d’un programme ou d’une intervention, permettant de tenir compte des risques liés aux actions pour choisir entre les différentes alternatives. La responsabilité quant au choix assumé, parmi de multiples possibles, y est clairement annoncée.

C’est un critère à différencier de celui du principe de précaution (centré prioritairement sur le risque pour l’objet considéré comme vulnérable : personne ; communauté).

Enfin, la preuve statistique de l’efficacité d’une action, élaborée à partir d’une mesure, que promeut l’Evidence-based Medicine (EBM)[note], ne représente, quand elle existe, qu’une donnée parmi de nombreuses autres informations et paramètres à prendre en compte, selon le degré d’ouverture que les notions mobilisées de santé et de personne (dans le sens d’un Sujet) auront favorisé.

Le principe de précaution

Le principe de précaution radicalise la perspective de l’EBM en énonçant que, quand bien même y aurait-il un bénéfice démontré (ou fortement probable) d’une action à conduire, il conviendrait de s’en abstenir si l’absence de risque important (non-malfaisance) n’a pas été établie. C’est une position éthique (donc discutable, puisqu’il s’agit de valeurs qui sont en jeu), qui privilégie le principe de non-malfaisance en considérant qu’il doit prévaloir sur tous les autres, par exemple sur ceux de bienfaisance, d’autonomie ou de justice distributive, pour reprendre les principes directeurs énoncés dans la perspective principiste de Childress et Beauchamp[note].

Éric Chevet[note] souligne que le principe de précaution fait l’objet de nombreuses critiques, notamment celle qui consiste à voir en ce principe une stratégie négative au motif qu’il « [ne] serait, en fait, [qu’] un principe de suspicion et de conjuration […], fondé sur une disqualification progressive de la science dans la décision […] et sur l’envie d’éliminer toute incertitude se renfor[çant] par l’impossibilité d’y parvenir. Cette critique souligne alors la dimension paralysante du principe de précaution qui dégénère en une aversion pour la prise de risque. »  

Initialement louable dans ses intentions, notamment en matière de santé publique ou de protection de l’environnement, ce principe serait dès lors une manière de donner raison aux inquiétudes d’une opinion influencée par des médias prêts à s’alarmer. Ce principe, finalement paralysant, permettrait surtout aux décideurs de se protéger juridiquement, (la « tentation du parapluie » ou stratégie d’évitement du blâme) au détriment de la prise de risque que présuppose le développement ».

« Avec le principe de précaution, affirme Michel Puech, « on s’expose à une dérive, celle de stratégies donnant la priorité à l’absence de blâme plutôt qu’à l’absence de risque (blame-avoiding strategy), c’est-à-dire de stratégies me conduisant à agir de sorte que l’on ne puisse rien me reprocher si cela tourne mal. C’est ainsi que la solution se transforme en aggravation du problème. La précaution au sens de blame-avoiding strategy se ramène à un refus de prendre ses responsabilités dans une situation qui, justement, exige la prise de responsabilité, la capacité à assumer, à décider parce que, dans cette situation, le savoir technoscientifique ne peut « décider » par un simple calcul d’optimisation. Le principe de précaution est au service de ceux qui l’ont conçu : politiciens et technocrates qui veulent être responsables-mais-pas-coupables » [note].

Pour notre part, nous considérons que l’usage qui a été fait du principe de précaution au cours de cette crise amène à la critique et aux hypothèses proposées. Pour autant, nous gardons un regard neutre sur ce principe. En effet, le principe de précaution a également ses points forts quand il est mobilisé de façon adéquate et nuancée comme le développe par ailleurs Éric Chevet[note].

L’enjeu du blâme et la question des valeurs

Ainsi, relativement à l’enjeu du blâme qui nous intéresse ici, il apparait que des valeurs sous-jacentes à l’objet de la décision émergent de façon « radicale » sans doute, mais en même temps, de façon « masquée », avec cette crise de la Covid 19.

En effet, il est très interpellant d’analyser l’usage de ce principe de précaution (pour rappel, centré sur le risque d’une intervention prioritairement à son efficacité) en fonction de l’objet de la décision et du « risque du blâme », témoignant du chaos épistémologique[note] et, plus fondamentalement, ontologique (c’est-à-dire notre rapport au réel) dans lequel on se trouve.

Faisons l’exercice

• S’agissant du traitement précoce de la maladie, la connaissance du très faible risque des molécules proposées, tout particulièrement de l’hydroxy-chloroquine, largement documentée par des études et par l’expérience, n’a pourtant pas empêché l’Ordre des médecins de déconseiller fortement aux médecins généralistes de les prescrire –en recommandant l’usage de protocoles considérés comme formels, qui n’incluaient pas le traitement précoce – en invoquant à tort le principe de précaution : quel est ici l’enjeu du blâme ? Serait-ce le manque de certitude quant à l’efficacité du traitement, renforçant par-là la confusion épistémologique précédemment discutée autour de l’EBM et signalant en même temps la valeur accordée à cette dernière, tandis que le principe de précaution devrait se fonder prioritairement sur le manque de certitude quant à l’absence du risque d’une intervention, ici du traitement ?

• S’agissant du confinement, ses différents risques, psychologique, social et économique, fortement prévisibles alors que, parallèlement, son bénéfice n’était que spéculatif, auraient en revanche nécessité par excellence la mobilisation du principe de précaution. Cela n’a pourtant pas empêché l’imposition de confinements à répétition d’une envergure historique : quel est ici l’enjeu du blâme ? On serait tenté de dire « aucun » relativement à celui de la propagation du virus, car la décision sous-entend que nos êtres psychologiques et sociaux n’ont pas de valeur (nous serions définitivement arrivés dans un biopouvoir) face à la seule vulnérabilité entendue, celle de nos systèmes de santé hospitaliers.

• S’agissant de la vaccination, nous sommes confrontés à un paradoxe par rapport au principe de précaution lui-même. Celui-ci se voit reprocher par ses opposants de freiner l’évolution des techniques et du progrès. Or, les risques (notamment différés) liés au vaccin, insuffisamment documentés à la suite des enjeux temporels (délai court) de tels développements technologiques et, en conséquence, relativement indéterminés au moment de la campagne de vaccination[note] n’ont pas empêché le lancement de masse de celle-ci (toutes populations confondues) : quel est ici l’enjeu du blâme ? La peur (autogénérée car la létalité est toujours restée très faible) du risque lui-même (on se débat, en quelque sorte, dans un cercle vicieux), permettant d’occulter l’objet de la vulnérabilité propre au principe de précaution en santé publique, et de le transférer depuis la personne (et les populations) à la seule vision d’éradication d’un ennemi devant devenir commun : le virus.

• S’agissant des traitements prophylactiques (tels que, entre autres, la vitamine D et C, le zinc ou encore la quercétine), malgré leur bénéfice très vraisemblable, inférable à partir de nombreux travaux de recherche clinique documentant leur impact positif sur le système immunitaire, et leur très faible risque, aucune action précoce et formelle de prescription n’a été engagée en faveur de ces traitements : quel est ici l’enjeu du blâme ? Serait-ce la peur des « experts médicaux » et autres « scientifiques ou politiques de la décision » de ne pas être pris au sérieux ? Et ce, face à une médecine dite « vraie », basée sur la preuve et la prouesse technique, telle celle de la vaccination ?

En contradiction avec le principe de précaution lui-même, qui enjoint la non-intervention face à l’incertitude du risque, notre petit exercice démontre que seules les interventions avec une hypothèse de risque ont été préconisées.

On perçoit dès lors, simultanément, l’émergence d’un « tout technique », qui s’auto-justifie au regard d’un scientisme[note], d’une part, en revendiquant que la science aurait le monopole de l’élaboration de la vérité et, d’autre part, en déniant à cette science la légitimité de s’organiser dans le cadre d’un pluralisme, à la fois méthodologique, postural et interprétatif, méconnaissant ainsi la fécondité et la nécessité d’une science plurielle et impliquée, qu’appelle de ses vœux Léo Coutellec en lien avec l’exigence désormais formulée qu’elle rende compte de sa responsabilité sociale[note].

Dans le même mouvement, ce « tout technique »[note] annihile facilement la notion de personne, de population ou de communauté. Il évacue ainsi tout le secteur des soins et de l’accompagnement ambulatoires, celui de la promotion de la santé ou encore les instrumentalise à ses fins en les utilisant de manière réductrice.

Cette petite incursion autour du principe de précaution, nécessaire afin de l’articuler plus justement avec l’usage, d’une part, d’une EBM comprise de façon non simplificatrice et, d’autre part, du critère de « coût-bénéfice et risque » en santé publique, permet de mieux comprendre la profonde confusion épistémologique dans laquelle le monde scientifique, avec l’ensemble du navire, commandants et passagers, s’est retrouvé englouti !

Il semble, en effet, qu’il n’y a de place convenable sur ce bateau, ni pour la science, ni, plus grave, pour la personne (vulnérable), au profit, paradoxalement au principe de précaution lui-même, de la seule technique. Or, au départ, le principe de précaution s’est développé afin de préserver ce qui se définit comme étant « vulnérable ». S’agit-il d’un oubli de la vulnérabilité à l’exception de celle, structurelle, des salles de réanimations et d’urgences de l’hôpital ? Mais qu’est-ce que la vulnérabilité, et, partant de là, qu’est-ce que la santé et la personne représentent dans le champ décisionnel de la santé publique ?

N’est-il pas urgent de mettre concrètement en œuvre la définition de la santé « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité », telle qu’elle est véhiculée par l’OMS et les discours de la santé publique ?

On perçoit à quel point, comme pour l’EBM dans sa forme réductrice, l’usage du seul principe de précaution, et d’autant plus quand il est manié de façon aussi contradictoire selon l’objet sur lequel il porte (traitement, intervention non thérapeutique, vaccin, prophylaxie), permet d’échapper, dans la décision, à nos responsabilités d’être humain qui sont celles de :

  • l’Agir, en prenant pleinement notre responsabilité face à l’incertitude inhérente du Monde ;
  • la complexité, en prenant pleinement notre responsabilité face aux dimensions globales qui nous habitent (anthropologique, existentielle, spirituelle, psychologique, sociale et biologique).

En écho avec le bourgmestre ixellois Christos Doulkeridis ce 21 Février 2021, nous pensons qu’il est temps de quitter la visée du risque zéro (a fortiori au regard de l’amalgame qui en est fait dans l’usage du principe de précaution). S’il ne s’agit pas de tout reprendre à zéro (encore que…), au moins, comme il le demande (et peut-être pourrions-nous retomber sur nos pieds en termes de principe de précaution), convient-il d’«inverser la logique du risque »[note].

Comment en sortir ?

Le Zarathoustra de Nietzsche ose chanter « la joie de l’incertitude », en célébrant l’esprit d’aventure, le courage qui porte vers ce qui n’a jamais été hasardé. En continuant à relire Nietzsche, on découvrira comment sa sagesse tragique, moins héroïque, plus durable, consiste à endurer continûment l’incertitude, à l’intégrer à nos existences et à nos pensées. En lien avec notre fil épistémologique[note], il importera de l’incorporer dans notre agir-en-santé par le biais de réformes éducatives en profondeur fondées non pas sur la certitude, mais sur l’incertitude, c’est-à-dire sur la praxis, celle du jugement réfléchissant.

Il s’agit aussi du « courage d’avoir peur » en référence à l’ouvrage d’Éric Chevet[note] « sans doute une « biopolitique des catastrophes » n’est-elle pas sans risque d’invasion des normes, d’amplification des procédures de contrôles et de sécurisation. Le biopouvoir, nous l’avons vu, peut dériver vers « l’immunopolitique »[note] diffusant une anxiété permanente et comportant son propre risque de toxicité. Le rapport à la catastrophe peut devenir lui-même catastrophique lorsqu’il conduit à la promotion d’un bio-Léviathan prioritairement dédié à la sécurité et à la préservation du vivant. »

« Nous donnons à Madame Ch. Dupont le soin de conclure ce point de réflexion[note] : « Il faut mettre dans la balance une vision à long terme, parce qu’on va toujours avoir des craintes, on a peur, mais nous sommes des adultes et on doit gérer cette société avec une vision à long terme ».