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L’intelligence des limites

La transmutation posthumaniste [note] est une somme (383 pages) qui rassemble, en une quinzaine de contributions, les réflexions sur les phénomènes sociétaux inquiétants que sont le transhumanisme, la procréatique et autres fantasmes technocratiques… Toutes ces analyses sont portées par de brillants spécialistes dans leurs domaines de compétences et il en émerge le constat que ces dystopies menacent de destruction totale l’humanisme, voire l’humanité. Nous en extrairons ici une de ces brillantes productions de l’intelligence non artificielle (la seule véritable), celle de Patrick Tort.

Sous la direction de Fabien Ollier, des philosophes, des psychanalystes, des scientifiques… ont analysé en profondeur la folie dangereuse de ceux qui détestent les humains tels que des centaines de millions d’années d’évolution les ont construits. Il est logique que le généticien que je suis essaie de vous résumer la pensée lumineuse de Patrick Tort, historien des sciences et de la philosophie, auteur d’une vaste œuvre [note] étudiant les relations entre sciences, idéologies et société et grand connaisseur de la pensée de Charles Darwin et de ses exégète [note].

La peu compréhensible hypertélie

Patrick Tort part de la notion d’hypertélie, mise évidence par Darwin et qui semble contredire la logique de la sélection naturelle : certaines espèces ont développé des caractères qui dépassent l’optimum adaptatif et qui devraient être un handicap dans la logique de la sélection des plus aptes. Par exemple, les énormes plumes du paon mâle l’embarrassent et le rendent vulnérable à ses prédateurs, les bois gigantesques du cerf Mégacère (d’ailleurs éteint) l’alourdissaient et lui faisaient dépenser une énergie inutile. Darwin a fait l’hypothèse que cette « inertie de croissance » de caractères, à première vue handicapants, était avantageuse, car elle permet une augmentation de la séduction auprès des femelles de l’espèce et dissuade les mâles concurrents. Puisque le succès d’un gène est mesuré à sa capacité de se multiplier, de se reproduire, la sélection sexuelle ne résulte donc pas seulement des affrontements réels entre mâles, mais aussi de l’ornementation : « …quand le signe de la force devient plus fort que la force elle-même ».

Cette intrusion du symbolique dans la sélection naturelle amène logiquement à comparer cet « emballement de croissance » à ce qui se passe aujourd’hui dans les sociétés humaines : la croissance matérielle ne s’appuie plus sur la valeur d’usage des produits, mais sur une surévaluation de la forme, de la présentation… Patrick Tort reprend dès lors le terme de « capitalisme de la séduction » qui se traduit par la prolifération de professions liées au look, à l’illusion : designers, communicants, influenceurs, publicistes… S’appuyant sur la fièvre de l’innovation, cette survalorisation de la séduction par le futile a, comme le montre le biologique, de graves défauts. En effet, l’étude de l’évolution naturelle montre que les espèces qui ont développé des excès ornementaux momentanément avantageux en matière de séduction l’ont rapidement payé et les fossiles de lignées éteintes montrent que dès que les conditions environnementales deviennent plus dures, le réel reprend le dessus et les prétentieux qui ont fait illusion sont rapidement éliminés. La « transformation des armes en charmes » procure des avantages éphémères et le mensonge qui en est le substrat crée une grande vulnérabilité et accroît grandement le risque de mort, biologique pour les individus, ou collective pour les sociétés.

Sur quoi agit la sélection aujourd’hui ?

Au-delà de ce premier argument comparatif entre le naturel et le sociétal qui montre le péril de l’excès de croissance, la compréhension fine des mécanismes de la sélection naturelle, amène Darwin (dans son ouvrage anthropologique La filiation de l’homme) et Tort à mesurer que, pour les humains « civilisés », la sélection est très différente de ce qu’elle est pour les autres espèces et pour les hommes d’avant l’émergence des civilisations.

Au risque de caricaturer, on peut résumer cette approche en distinguant trois périodes.

  1. La période anté-civilisationnelle où les groupes humains sont confrontés à une nature hostile et où les moins bien adaptés, les plus faibles, sont éliminés par la sélection naturelle.
  2. Lors de la période civilisationnelle, les groupes s’agrandissent (tribus, cités, nations, empires…) et parviennent à se créer de environnements artificiels protecteurs. Les murs des bâtiments et des villes ne sont pas les barrières les plus efficaces, mais les cultures sont l’élément essentiel de cette évolution qui fut favorable aux humains ainsi parvenus à coloniser les moindres recoins de la Planète. Pour faire vivre ensemble tant d’humains ont été sélectionnées les sociétés qui ont développé des comportements qui évitaient que l’on s’entretue ou se sabote les uns les autres. Ainsi donc, le développement de l’altruisme, de l’empathie, de la solidarité a fait que les plus faibles n’ont pas été éliminés (médecine, vaccins…) mais au contraire protégés. Les handicapés, les malades, les vieux ont été l’objet de l’attention des autres et des règles communes leur ont permis de vivre (et même d’apporter d’inestimables contributions, pas nécessairement économiques, à l’ensemble du groupe). Certains ont considéré que cela avait des inconvénients : les eugénistes ont estimé qu’il fallait empêcher les plus faibles de se reproduire et de transmettre ce qu’ils appelaient des « tares ». Les malthusiens les plus extrémistes allaient même jusqu’à prôner des freins ou interdictions de reproduction des classes jugées inférieures (les prolétaires).
  3. Patrick Tort, fidèle aux vues prophétiques de Darwin quant à l’application de la théorie de l’évolution à l’espèce humaine [note], voit s’affirmer ce qu’il appelle la période hypertélique. Suite aux excès de la volonté de l’humanité de « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » (Descartes), le changement du milieu s’accélère, dû en grande partie à l’action des hommes, à la confiscation et la surexploitation des ressources naturelles. Dans ces conditions, la nature redevient hostile et les groupes humains doivent de nouveau s’adapter. Darwin avait déjà décelé cette « force rétrograde toujours susceptible de résurgences sporadiques, réversion [retour] de caractères ataviques qui réactualisent partiellement des structures ancestrales et des comportements archaïques ou barbares ».

Quels projets de société ?

Les tensions entre l’humanité et ce qui reste de la nature s’exacerbant toujours plus sous l’effet du productivisme déchaîné, nous sommes placés face à une alternative. Soit nous acceptons de Penser et agir avec la natur [note], modérons nos appétits, questionnons la désirabilité des désirs infinis que nous proposent certains et entrons dans la voie de la décroissance choisie et volontaire, soit nous persistons dans la domination sans mesure. Comme les autres auteurs rassemblés dans l’ouvrage La transmutation posthumaniste, Patrick Tort voit dans le transhumanisme la pointe avancée de cette recherche de dépassement de toutes les limites naturelles qu’a toujours connues l’humanité. Il explique cette fiction hors sol et démesurée comme suit : « …le rêve transhumaniste naît de la conscience sourde que le capitalisme mondialisé est condamné à court terme par l’existence objective de limites à sa croissance et manifeste le report consécutif du désir d’illimité sur un univers technique qui s’affranchirait de l’économie… ».

En s’appuyant toujours sur la notion darwinienne de struggle for life qui régit le comportement de toutes les espèces, il s’étonne : « Il ne saurait être envisageable qu’une espèce (en l’occurrence l’espèce humaine), luttant normalement pour sa survie, envisage rationnellement son propre remplacement par des machines, ce qui équivaudrait à se disqualifier volontairement dans la lutte pour l’existence et à choisir l’extinction (qui peut certes advenir, mais comme un processus subi et non comme une modalité adaptative ou un choix nécrophile). »

La reproduction humaine

Puisque Darwin et Tort insistent sur l’importance de la reproduction sexuée, de son succès ou de son échec, comme moteur de l’évolution animale et donc humaine, l’auteur du chapitre « L’intelligence des limites », critique les techniques de procréatique et privilégie, pour les humains en mal d’enfant, l’adoption qui « réalise l’idéal de l’altruisme élargi » dont Darwin a montré qu’il était le marqueur du progrès de la civilisation. Il estime ainsi : « Dans un monde où s’affiche la souffrance de millions d’orphelins, la procréation artificielle, assortie d’ailleurs d’innombrables échecs ou accidents, ne peut en aucun cas être un choix éthique comparable à celui qu’incarne l’adoption et illustre le cas où le « progrès technique » aggrave un luxe narcissique qui apparaît comme une régression morale et comme l’imperium d’un désir autocentré dont la composante imaginaire offre toutes les caractéristiques d’un enfantillage ».

Rejoignant Boris Cyrulnik quant à l’importance de l’échange relationnel anténatal lors du séjour du futur humain dans le ventre de sa mère, Patrick Tort est lui aussi effrayé par les projets des transhumanistes de séparer la procréation de la grossesse et de l’accouchement et d’aller aussi vite que possible vers l’ectogenèse (maturation du fœtus hors de l’utérus maternel, déjà évoquée dans la dystopie qu’est Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley). Il nous met en garde avec vigueur : « Entre commercialisation et industrialisation, la naissance ouvre désormais sur un avenir où risquent de s’étendre la frustration affective, le désarroi éthique, la névrose des adultes et l’apparition de formes non encore inventoriées de psychoses chez les victimes de cette carence de lien durant l’ontogenèse. »

Paradoxal rejet de la mort

On le sait, les transhumanistes basent une bonne part de leur succès auprès du grand public très mal informé sur les promesses illusoires de faire reculer la mort, voire de « la tuer »… Les généticiens et biologistes sont bien conscients que l’instinct dit « de conservation » ou « de survie » est une constante chez tous les êtres vivants, mais l’approche basée sur l’évolution et notamment l’émergence de la période civilisationnelle montre que cette pulsion de vie instinctive (le conatus dirait Spinoza) s’est transformée en un désir d’éternité d’abord récupéré par les grandes religions en une fiction de survie dans un au-delà post mortem. Les transhumanistes, eux, veulent croire que l’éternité ne se déroulera pas « au ciel », mais bien sur Terre. Tort montre qu’a contrario, ce déni de la réalité incontestable de la mort peut conduire l’humanité vers un hypertélisme [note] suicidaire. Il constate que l’obsession de croissance du capitalisme induit le développement sans frein des activités industrielles, la quasi-inexistence de la prévention de ses effets destructeurs. Et donc, « ce système économique préférera entraîner le monde dans la mort plutôt que de reconnaître, à travers ses effets déjà avérés, qu’il y conduit effectivement d’une manière inexorable ».

Le transhumanisme est donc une pensée totalement irrationnelle qui, se détournant de l’évidence des conditions nécessaires à la survie naturelle de l’espèce, amène « les fanatiques de l’immortalité personnelle, à travers les techniques, à se dissimuler qu’ils ne font que l’anticiper à travers un pseudo-dépassement de la vision inadmissible et refoulée de leur propre extinction. »

De fait, on voit de plus en plus émerger des signes d’abandon des valeurs d’empathie, de solidarité, de protection des plus faibles… qui ont permis l’émergence de toutes les civilisations humaines. Les percées des droites extrêmes, de l’égoïsme libertarien, supporters du transhumanisme, sont les signes précurseurs de cette réversion civilisationnelle, du retour vers la barbarie. Tort dénonce dès lors toutes ces manifestations du posthumanisme et se désole : « Leur naïveté consiste à penser qu’il est nécessaire d’abolir la vie pour supprimer la mort, ou, en d’autres termes, à ne pas voir que « tuer la mort » est impossible sans tuer en même temps la vie. »

LE KAIROS 45 EST SORTI

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SOMMAIRE

Covid-19 : l’occasion de continuer le business derrière le paravent médiatique (où n’arrivent que les « bonnes questions »)
Pages 2 et 10 à 13

Les fake news ne sont pas l’apanage des réseaux sociaux
Paul Lannoye
Page 3

Empoisonnements éco-responsables
Daniel Zink
Page 4

Fils de pub
Alain Adriaens
Page 5

Main basse sur la ville,
Partie 1 : le dossier Josaphat : PAD ambiguïté ?
Scandola Branquet
Pages 6 à 8

« Briser les cercles vicieux », interview d’Olivier De Schutter
Robin Delobel
Page 9

La traque à l’homme est ouverte
Alain Adriaens
Pages 14-15

Quelle santé demain ? logique de rentabilité, indifférence politique et Covid-19…
Rencontre avec « La Santé en lutte »
Pages 16 à 17

École numérique :
le Covid-19 n’y change (presque) rien
Bernard Legros
Page 18

Le confinement et la décroissance
Jean-Luc Pasquinet
Page 19

La5G? Le « Maître achat»
Alexandre Penasse
Page 20

Dette et crise sanitaire
Robin Delobel
Page 21

Recensions / Courrier des lecteurs
Pages 22-23

VIVRE !
Jean-Pierre Léon Collignon
Page 24

Santé en lutte dans le prochain Kairos

Alors que « La santé en lutte » organisait hier dimanche 14 juin des rassemblements en Belgique pour crier sa colère face à un gouvernement qui a fait semblant, en pleine crise du Covid, de faire du personnel hospitalier ses héros, les bourgmestres de Namur et Bruxelles (Prévot et Close) les interdisaient. Soit, « soigne et ferme ta gueule! »; ce gouvernement qui s’employait quelques mois plus tôt à encore et toujours les priver des moyens de faire leur travail…

Nous publierons dans le prochain Kairos (en librairie le 26 juin), une interview d’une membre de Santé en lutte.

La colère monte, et les applaudissements sont insuffisants. Nombreux soignants ne veulent plus de ce système dont les choix ne sont dictés que par une logique de profit. Le 13 septembre, rejoignons-les à Bruxelles pour une grande manifestation nationale.

Abonnez-vous encore cette semaine pour recevoir le dernier Kairos avec, notamment, l’interview de Santé en lutte.

Abonnez-vous, soutenez la presse libre! https://www.new.kairospresse.be/abonnement

Les actions refleurissent, leur répression aussi…

Ce samedi 6 juin, une petite manifestation sans autorisation, mais respectueuse des consignes de distanciation était organisée pour contester la volonté des géants du numérique de pousser à l’installation du réseau d’antennes qui permettraient la généralisation des émissions électromagnétiques de la norme 5G.

Il faut dire que ceux qui contestent cette technologie destinée à permettre l’arrivée des voitures autonomes dans nos rues et des objets communicants dans nos foyers ont de quoi être fâchés. En effet, profitant de la crise sanitaire, Proximus a tenté de déployer un début de réseau 5G dans 30 communes de Belgique (raté par contestation des autorités communales) et l’IBPT (régulateur) voulait accorder des droits provisoires d’utilisation de nouvelles fréquences pour la 5G à certains opérateurs malgré l’absence d’un gouvernement fédéral de plein exercice, seul habilité à le faire…

Une centaine d’activistes s’étaient donc réunis devant la Bourse et, souvent masqués, échangeaient, à distance respectueuse, infos et projets de contestation du désordre établi. Des cordes de 1,5m furent distribuées et, chacun séparé de son voisin par cette distance, une chaîne colorée s’est ébranlée pour la dispersion prévue pour le très proche Mont des Arts. Mal leur en a pris : dans la montée de l’étroite rue du Marché eux Herbes, des pelotons de policiers les ont rapidement encerclés. Fidèle à sa tradition de la nasse, la police de Bruxelles-Ixelles a bloqué une bonne partie de ces militants anti-5G, ainsi que les passants et touristes effrayés par ce déploiement de forces disproportionné.

Pour la plupart, ennuyés d’être contraints d’empêcher de paisibles citoyens de marcher en file indienne (sauf les quelques méchants toujours inutilement agressifs), les hommes en bleu ont fait savoir qu’on pourrait sortir de la nasse en déclinant, via sa CI, son identité et en rendant tous les badges, cartons et signes osant dire « STOP 5G » (merci aux commerçants qui ont caché les drapeaux et fait passer des manifestants pour des clients innocents). Les policiers semblaient ignorer la raison de ce contrôle : manif non autorisée, délit de faciès, trop grande proximité[note] ? En fait, un ordre non motivé venu de tout en haut, du Bourgmestre Philippe Close, qui voulait affirmer son pouvoir et son obéissance à l’ordre dominant.

Certains, peu habitués à ce que les forces de l’ordre disposent de la violence légale, ont découvert l’arbitraire du pouvoir, mais ont compris que toute résistance était inutile. Seul un pauvre jeune qui n’avait pas sa carte d’identité sur lui fut emmené manu militari. Tant que les forces de l’ordre serviront aveuglément les intérêts du capital, il y a peu de chance de voir des changements politiques importants. Quand donc vont-elles prendre conscience qu’elles sont elles-mêmes issues du peuple et qu’elles travaillent contre leurs intérêts ? Les ravages de la 5G les toucheront aussi, ainsi que leurs enfants.

Le déconfinement est vraiment arrivé : brigades d’intervention musclées et activistes s’ennuyaient depuis 3 mois, mais la saison a repris. Certains se sont même donné rendez-vous pour le lendemain pour l’action dénonçant (tiens…) les violences policières dont est mort Georges Floyd aux États-Unis.

Ceux qui veulent savoir pourquoi il est impérieux de s’opposer à la 5G peuvent consulter le très complet site du collectif stop5G.be, ou visionner le reportage fait en direct ce samedi après-midi par Kairos, ou aller dans toute bonne librairie acheter, dès le 19 juin, le numéro spécial de Kairos, « 5G : face au conte de fées, le compte des faits » qui montre bien qu’on est là confronté à « un condensé de l’impérialisme technologique ».

HORS-SÉRIE SUR LA 5G

Pour ceux qui ne sont pas abonnés au journal Kairos (car ces derniers le recevront dans leur boîte à lettres), vous pouvez précommander le prochain hors-série de Kairos portant sur la 5G. Pour le recevoir en même temps que les abonnés, les paiements sont acceptés jusqu’au mercredi 10 juin.

Ce hors-série sera également distribué dans les librairies (dès le 19 juin) et il sera encore possible de le commander ultérieurement via l’adresse commande@new.kairospresse.be.

AU SOMMAIRE:

– 5G : un condensé de l’impérialisme technologique

– Nouvelles technologies et transition numérique : l’illusion technocratique à la lumière de la 5G

– 5G, électrosmog et santé

– 5G et écologie

– La 5G au cœur d’une guerre froide Chine-États-Unis ?

– En guise de conclusion : l’alibi de la santé

Virement bancaire de 8 € + frais de port pour la Belgique 3€, total 11€ (17€ pour la France) :

Faire le versement à:
Propriétaire du compte: Kairos asbl
Numéro de compte: 523-0806213-24
IBAN: BE81 5230 8062 1324
SWIFT: TRIOBEBB
Banque: Triodos

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Refusé aux conférences de presse. Jusqu’à quand?

Monsieur Detry,

Depuis le 24 avril, vous nous refusez l’accès à la conférence de presse qui suit le Conseil national de sécurité. Depuis cette date, vous justifiez notamment l’accessibilité réduite par le « social distancing »; en plein déconfinement, ces règles ne devraient-elles pas changer?  

Par ailleurs, vous nous aviez assurés que nous pouvions transmettre à d’autres journalistes les questions que nous ne pouvons pas poser nous-mêmes lors des conférences de presse. Nous avons prouvé, en raison de leur refus systématique, que cela n’était pas possible.  

Vous nous aviez également affirmé que nous pouvions envoyer nos questions à la ministre, avançant par ailleurs que vous n’aviez rien reçu alors que des questions vous avaient déjà été envoyées. Entretemps, nous nous sommes exécutés et vous en avons transmis d’autres. Nous attendons toujours les réponses de la ministre.

Pour rappel, celles-ci étaient:

Comment le gouvernement justifie-t-il la disponibilité soudaine de masques, alors que les soignants en ont manqué pendant si longtemps ?

Pourquoi le gouvernement ne réglemente-t-il pas le prix de vente de ces masques, comme cela se fait dans d’autres pays ?

Que fera l’État belge avec l’argent récolté lors des infractions aux règles de confinement? Sera-t-il versé à des associations, servira-t-il à l’achat de matériel sanitaire? Servira-t-il à combler le manque de matériel dans les hôpitaux? Ou sera-t-il destiné à d’autres fins n’ayant rien à voir avec la situation de crise sanitaire actuelle ?

Est-il opportun de maintenir l’achat de F35?

Je n’ai également obtenu aucune véritable réponse à ma question du 15 avril, à savoir: « Quelle légitimité démocratique y a-t-il à prendre certaines décisions quand la plupart des membres qui décident et réfléchissent font partie des multinationales et du monde de la finance ».

Quels liens le gouvernement entretient-il avec Vesalius Biocapital, sachant que Philippe De Backer y a travaillé?

La question que je n’ai pas posée mériterait également réponse, face à la crise économique et aux faillites en chaîne à venir, présageant un drame social sans précédent: quid des paradis fiscaux et de la fuite fiscale, qui voient des milliards quitter chaque année la Belgique sans passer par les caisses de l’État? Ceux qui sont censés nous représenter vont-ils agir à ce niveau, pour ne pas que ce soit toujours les mêmes qui paient?

Dans l’attente de vos réponses.

Cordialement,

Alexandre Penasse

Santé en lutte! Interview

Santé en lutte, ce sont des infirmiers, sages-femmes, brancardiers, aides soignants, médecins, personnel de la lingerie, de la restauration, de l’entretien ménager, techniciens, secrétaires, laborantins, ambulanciers, patients, etc. Ce sont des citoyens et désireux d’un système de santé basé sur l’humain plutôt que la rentabilité financière.

Kairos a rencontré une de ses membres, avant le « déconfinement ». Des enseignements à en tirer… Pour ne pas oublier, alors que le retour à l’anormal est effectif.

Serions-nous des fachos ?

La plupart des médias ouvrent leurs pages à des chroniqueur∙se∙s, des personnes issues de « la société civile », disposant d’une certaine notoriété, et apportant des points de vues originaux, parfois un peu dérangeants, mais pas trop, par rapport à la ligne éditoriale du journal. Chez Kairos, la rédaction peut compter, d’une manière un peu semblable, sur des alliés qui nous apportent depuis longtemps des articles dans chaque numéro, par exemple nos doyens Paul Lannoye et Jean-Pierre L. Collignon. Leurs analyses, souvent décapantes, apportent des éléments de réflexion qui enrichissent indéniablement nos propres perceptions sur ce qui est bon pour l’évolution positive de la société que nous espérons.

La duplicité d’un chroniqueur du Soir

Notre honoré confrère Le Soir, dispose aussi d’une série de chroniqueurs dont un des plus présents est le journaliste et essayiste Jean-François Kahn. Celui-ci a commis ce lundi 12 mai un texte intitulé « En mai 40, ils écrivaient déjà ça… ». Avouons-le franchement, ce texte nous a stupéfiés par une rhétorique perverse qui, habilement, sans avoir l’air d’y toucher, entendait démontrer que tous les écologistes, tous les partisans d’une démondialisation, tous les partisans d’une relocalisation de beaucoup d’activités, notamment agricoles… étaient… fascisants.

Comment arriver à un tel contresens ? Et bien allant extraire dans les années 1940 des bouts de phrases d’intellectuels ou de politiques proches de la collaboration ou de l’extrême droite, pas trop opposés aux nazis qui envahissaient la France en ce temps-là. En rapprochant ces paroles de celles que l’on entend aujourd’hui dans un tout autre contexte (bien que se traduisant aussi par un ralentissement brutal de l’économie), notre vaillant octogénaire s’insurge. Il découvre, horrifié, « des débauches de tribunes renouant, dans la presse de gauche, avec toutes les radicalités (…) et rêveries utopistes, y compris les plus sympathiquement délirantes, des après-catastrophes et, dans la presse de droite, avec toutes les pulsions déclinistes qui poussent à la haine de soi (de sa propre patrie) jusqu’à ressembler aux virgules près aux innombrables pensums d’intellectuels qui, après mai 40, appelèrent au largage de la République et à l’instauration du régime de Vichy. Comme s’il s’agissait d’une chance à saisir ».

Kahn aurait dû réaliser que « comparaison n’est pas raison ». Si l’écrivain collabo, Paul Morand dit dans le Paris sous couvre-feu « Ah, retrouver les soirées studieuses, le lit à 9 heures, la mort du bruit, l’air de la campagne à Paris, la réapparition de la lune, la réhabilitation des étoiles, la disparition de la publicité », cela implique-t-il que celles et ceux qui se réjouissent aujourd’hui d’un semblable effet positif du confinement (à côté de ses côtés désastreux) défendent les mêmes valeurs que le pétainiste ? La réponse est évidemment négative, mais le but de Kahn est seulement d’instiller le soupçon : « Il n’y a pas de fumée sans feu, n’est-ce pas ? ».

Jacques Chardonne, collaborationniste pendant la guerre et considéré comme un auteur d’extrême droite a dit : « Nous sommes enfin déconnectés de l’univers anglo-saxon et de l’ancienne forme de négoce. Je m’étais construit un monde, une société bourgeoise, libérale, artistique. J’ai pris conscience de mon erreur. ». Tous ceux qui considèrent que le modèle néo-capitaliste anglo-saxon est créateur de toujours plus d’inégalités et de destructions écologiques seraient donc du même bord ?

En même temps

Après avoir répandu son venin, Kahn termine sur une volte-face étonnante : « On le disait en 1940, on le redit : il faut changer radicalement de modèle. À bas l’ancien système. Non au libéralisme. Non au mondialisme. Changer de modèle ? On a raison. À froid. Mais l’expérience nous indique que ce n’est pas nécessairement au creux d’une catastrophe qu’il faut, en boucle, le répéter. ». On croirait entendre certaines critiques adressées à celui qui a posé une question « dérangeante » à la Première ministre : peut-être est-ce une bonne question, mais pas là, pas maintenant.

On se doit d’apprécier l’habileté du personnage : jouer sur tous les tableaux, se faire passer pour un sage ni de gauche, ni de droite… mais décocher ses flèches acérées toujours dans la même direction : il a écrit en 2008, un court livre titré Faut-il dissoudre le PS ? Sa réponse était : oui !

Kahn emploie adroitement la stratégie formulée dans la phrase apparemment énigmatique de Giuseppe di Lampedusa dans son roman Il Gattopardo (Le Léopard) : « Il faut que tout change pour que rien ne change ». Ce que montre ce roman et le film de Visconti qui en fut tiré est que, pour garder leur pouvoir et leurs profits, les élites doivent consentir des changements superficiels ou en paroles quand les révolutions menacent, pour mieux affermir ce pouvoir par la suite.

Kahn a cette capacité de rebondir malgré ses fautes. Ainsi, lors de l’affaire Strauss-Kahn (qui n’est pas de sa famille), il affirma « il est pratiquement certain qu’il n’y a pas eu tentative violente de viol » et estima qu’il ne s’agissait que d’un « troussage de domestique ». Cette preuve d’une « solidarité de caste » plus que machiste ayant été largement condamnée, il présenta des excuses publiques et affirma se retirer du journalisme. Ce grand bourgeois qui fut successivement membre du parti communiste, centriste de gauche, élu député européen sur la liste du Modem de Bayrou (mais ne siégea jamais)… défend aujourd’hui des positions très conservatrices bien travesties dans le « en même temps » macronien. Comme dit Jacques Dutronc, « Je suis pour le communisme, je suis pour le socialisme, et pour le capitalisme parce que je suis opportuniste. Il y en a qui contestent, qui revendiquent et qui protestent, moi je ne fais qu’un seul geste, je retourne ma veste, je retourne ma veste… toujours du bon côté. À la prochaine révolution, je retourne mon pantalon ». C’est donc à ce Jean-François Kahn, qui a publiquement renoncé au journalisme, que Le Soir offre régulièrement une pleine page… Chacun est libre de ses choix…

L’amalgame

Le procédé qu’a employé Kahn, dans « En mai 40, ils écrivaient déjà ça… », est celui de l’amalgame. Quand on ne peut argumenter contre les idées défendues par un adversaire, on tente de trouver quelqu’un de douteux qui a dit à peu près la même chose, dans un tout autre contexte, ou avec des motivations totalement différentes, afin de discréditer le propos.

À Kairos, nous développons une analyse radicale des dangers des partisans du transhumanisme et des illusions que tentent de vendre ces promoteurs de technologies « disruptives ». En particulier, nous avons publié des articles qui s’inquiétaient des excès et des dérives rendues possibles par l’utilisation de technologies dans le secteur médical, notamment en ce qui concerne leurs utilisations, peu réfléchies collectivement et peu contrôlées, dans des domaines tels que la procréatique ou les manipulations chirurgicales et hormonales permettant de changer de sexe. Nos réserves s’appuient sur des réflexions sur l’accroissement du « biopouvoir », qui est la volonté des puissants, aidés par les technosciences, d’agir directement sur le vivant (Foucault, 1976)[note]. Nous constatons en effet, une capacité croissante des pouvoirs en place de « gérer et de contrôler les populations en fonction des impératifs prescrits par les lois du marché » [note].

Or, il se fait que des mouvements d’inspiration chrétienne plutôt fondamentaliste rejettent, tout comme nous, cette instrumentalisation des corps. Oserait-on supposer que c’est, au moins en partie, parce que, durant deux millénaires, ce contrôle sur ce qui se passait ou ne se passait pas dans les lits était l’apanage des religions d’État. N’empêche que les critiques nées d’une tout autre conception de la vie bonne sont, quant aux faits observés, très semblables aux nôtres. Et donc, les partisans d’une soumission aux impératifs technocratiques ont sauté sur l’occasion pour pratiquer l’amalgame et nous assimiler à ces conservateurs, voire réactionnaires. À en croire certains, nous serions suspects de participer, masqués (c’est de saison), aux actions de La Marche pour tous initiée par les milieux catholiques conservateurs.

Il faudra donc réaffirmer, encore et encore, que si nous ne hurlons pas avec les loups qui veulent porter l’illimitation des désirs jusqu’à modifier la nature humaine, c’est parce que nous sommes persuadés que l’« amélioration » technicienne de l’humain est voulue par les dominants parce qu’elle est source de profits exploitables sur les marchés et qu’en parallèle, elle détruit les conditions matérielles et spirituelles qui permettent aux hommes et aux femmes d’habiter dignement le monde.

Lettre de citoyens indignés au Ministre Goffin

Sart-Lez-Spa, le 11 mai 2020

Monsieur le Ministre de la Défense,

Nous avons été littéralement abasourdis par l’annonce faite au Journal parlé de 19h30 du samedi 9 mai de la RTBF à propos de l’achat de masques buccaux à la firme Avrox située au Grand-Duché du Luxembourg. C’est totalement incompréhensible.

Comment cette firme qui a pour activité NACE «la location et le leasing de voitures et de véhicules légers » peut-elle fournir des millions de masques buccaux qui seront fabriqués au Vietnam et à Hong Kong.

Le gouvernement nous parle régulièrement de soutenir l’économie, rouvrir les entreprises, les commerces… Nous avons une industrie textile sur notre territoire capable de réaliser des masques de qualité en respectant les normes requises et en payant les travailleurs de manière correcte. Pourquoi aller au Luxembourg chercher une entreprise qui sous-traite ses commandes dans des pays lointains où l’on sait que la main d’œuvre est payée à des normes qui ne correspondent pas aux normes européennes.

Vous répondrez qu’il y a eu un appel d’offre, que c’est obligatoire de passer par là.

Nous vous répondrons que en ce temps de crise le gouvernement prend des mesures exceptionnelles dans divers domaines  (confinement, fermeture des entreprises et des commerces, interdiction de voyager à l’étranger… ) et qu’il pourrait prendre comme mesure d’urgence de passer outre la sacro-sainte loi du marché et du libre-échange.

Vous n’avez pas fait le choix de la solidarité économique et sociale.

Vous répondrez que les masques produits en Asie sont moins chers.

Nous vous répondons que vous avez fait le choix de l’économie sur l’humain. Est-ce que la Défense a vérifié les conditions de travail des ouvriers et ouvrières qui vont réaliser nos masques ? Une entreprise belge aurait pu avoir ce travail mettant à l’abri ses travailleurs sans compter que cette commande aurait pu déboucher sur des emplois indirects : en amont le matériel, les fournitures et en aval le packaging, la distribution… Il est facile d’être concurrentiel quand les travailleurs asiatiques sont sous payés.

Vous n’avez pas fait le choix de la solidarité économique et sociale.

Vous répondrez que cela n’a pas été facile car le monde entier veut des masques et comme vous l’avez dit sur RTL, la Défense a travaillé des jours et parfois des nuits sur ce dossier.

Nous vous répondons que beaucoup d’ entreprises belges ont travaillé également jour et nuit dans l’urgence pour fournir du matériel médical, blouses, masques, respirateurs, gel hydroalcoolique…

Que toutes les équipes médicales de ce pays ont également travaillé sans relâche et souvent sans les protections élémentaires.

Vous n’avez pas fait le choix de la solidarité avec les travailleurs et la population.

Vous répondrez que le gouvernement s’est engagé à fournir des masques à la population dans un temps très court.

Nous vous répondons que la gestion des masques est un fiasco depuis la mi-mars. Nous pensons que le gouvernement est passé, dès le début de la pandémie, à côté d’une réelle opportunité d’insuffler une dynamique auprès de nos entreprises et de la population en leur demandant de faire face au défi de fabriquer des masques répondant aux normes belges pour lutter contre le corona virus. Cela aurait renforcé le sentiment de solidarité entre les femmes et les hommes de notre pays.

Vous êtes passé à côté de l’humain.

Vous répondrez qu’il faut rassurer les citoyens.

En réalité, vous nous faites peur. Nous entendons régulièrement qu’il y aura des leçons à tirer de cette crise. Par cet achat de masques à Avrox nous ne voyons aucun enseignement tiré de notre situation actuelle. Cette crise nous a déjà donné bien des leçons, la première étant notre dépendance économique avec l’Asie qui vulnérabilise notre économie au niveau national et européen. Le manque de gestion de cette crise en est la preuve flagrante : manque de matériel médical, manque de tests, manque de médicaments… Cette crise nous montre la limite de la mondialisation et notre manque de résilience.

Ces deux aspects ont été largement développés dans la presse pour ne pas y revenir ici.

Nous vous prions d’ agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre très haute considération,

Jeannine et Pirly Zurstrassen-Bouhon

Combattre le virus à la matraque

Police, violence et confinement : des récits différents

« A Paris, si tu respectes pas le confinement on te met une amende, en banlieue on te coupe la jambe »

Lyna Malandro[note]

Pendant le confinement, nous avons tous ressenti l’augmentation de la pression policière. Les patrouilles incessantes des voitures de police, le bruit assourdissant des sirènes à longueur de journées, les messages d’avertissement diffusés dans les haut-parleurs, et en France, les contrôles réguliers pour vérifier les attestations … À l’heure du déconfinement, ce renforcement de la présence policière est toujours une réalité, et paradoxalement, il en découle un fort sentiment d’insécurité, ainsi qu’une méfiance accrue à l’égard des agents de police. Il faut dire que cette situation a quelque chose de kafkaïen : qui aurait-pu un jour imaginer que s’asseoir sur un banc serait passible d’une amende de 150 euros ? Qu’il faudrait une attestation pour sortir acheter son pain ? Comme le personnage du Procès, on finit par avoir l’impression d’être coupable d’exister, et les rencontres avec la maréchaussée prennent des proportions démesurées. Le plus pervers est probablement la rhétorique culpabilisante mobilisée pour justifier l’infraction, comme si en nous asseyant sur ce banc, nous portions sur les épaules le poids de tous les morts des derniers jours.

L’éthique de la responsabilité individuelle

Il n’est nullement question ici de remettre en cause le bien-fondé ou la nécessité des mesures de confinement, mais la distribution d’amendes pour non-respect de ces mesures a quelque chose d’invariablement grotesque, à partir du moment où l’on considère qu’il s’agit d’un moyen de transférer la responsabilité politique vers celle de l’individu, confié à la surveillance des forces de l’ordre afin que personne ne nuise au reste de la société en bravant le confinement. Autrement dit, l’omniprésence policière est devenue le moyen de faire peser la responsabilité sur les citoyens plutôt que sur les mauvaises décisions de la classe politique, et de véhiculer le dogme d’une responsabilité individuelle plutôt que d’une responsabilité collective (mais après tout, qu’est-ce que le collectif, puisque ce n’est pas la somme de toutes les individualités ?). En parallèle de la peur de la contamination, nous avons donc développé une forme de culpabilité exacerbée qui nous prend à la gorge dès que nous sortons ou que nous croisons des amis : nous nous sentons coupables, et ce sentiment est très largement renforcé par l’omniprésence des uniformes.

Des récits différents

Néanmoins, il ne faudrait pas croire que nous sommes tous logés à la même enseigne : même s’il se fait plus souvent contrôler par les « flics » depuis le début du confinement, un blanc ne sera jamais un noir ou un arabe aux yeux de la police. Et vice-versa. « Je suis d’origine étrangère, mais j’ai la chance d’être blanche et de vivre dans un quartier assez calme, donc je ne me fait pas contrôler par la police tant que je n’ouvre pas la bouche », me confiait récemment une amie d’origine portugaise. Ces propos illustrent ceux de la journaliste et militante Rokhaya Diallo au micro de l’émission politique la Perm du média Parole d’honneur[note], lorsqu’elle évoque la narration différenciée du confinement entre les quartiers aisés et les quartier populaires : «  Il y a une différence à la fois de traitement mais aussi de narratif, on a pu le voir au tout début du confinement lorsqu’on décrivait les habitants des quartiers populaires comme étant indisciplinés, alors qu’on parlait d’autres personnes qui avaient simplement envie de prendre l’air. »

Crédit photo: RTL-TVI

Les médias participent largement à créer et à véhiculer le récit selon lequel les habitants des quartiers populaires seraient « indisciplinés » et incapables de respecter les consignes de confinement qu’ils seraient, de toute façon, dans l’incapacité de comprendre. Ainsi, dans un article du Monde intitulé « Coronavirus : dans les quartiers populaires, l’incompréhension face aux mesures de confinement », un journaliste rapporte :

« «  « La chose a du mal à être prise au sérieux, il y a beaucoup d’incompréhension, observe Larbi Liferki, président de Parkour59, à Roubaix (Nord). Il va falloir déborder d’imagination pour les faire rentrer chez eux. » [on relèvera au passage le lapsus révélateur … ] Même constat dans lesquartiers nord d’Asnières (Hauts-de-Seine) où Zouhair Ech Chetouani, leader associatif qui se dit « très inquiet » du non-respect des consignes et décrit des situations qui « partent en vrille ». »[note]

Blancheur, traitement de faveur

Outre le fait qu’elle témoigne d’un mépris de classe et de race, cette rhétorique condescendante véhicule une représentation biaisée des freins qui empêchent les habitants des quartiers populaires de se plier aux mesures de confinement. En effet, l’article du Monde met l’accent sur les « habitudes qui ont la peau dure » (« grappes de jeunes dans les stades de foot municipaux, adolescents qui fument la chicha aux pieds des immeubles, mères avec de jeunes enfants aux agrès… » ), s’attarde sur la fracture du numérique, évoque brièvement la situation des familles nombreuses dans des logements exigus (trois lignes seulement)… mais oublie de dire que si les habitants des quartiers populaires ne respectent pas les mesures de confinement, ce n’est pas par incompréhension ou par manque de discipline, mais avant tout parce qu’ils sont nombreux à devoir continuer de travailler pour nourrir leur famille, et ne peuvent pas se payer le luxe du confinement. Comme l’exprime clairement le sociologue Saïd Bouamama, auteur d’un travail sur le traitement médiatique du confinement dans les médias[note] : « Le discours sur « l’incivilité » et « l’irresponsabilité », c’est-à-dire la logique de moralisation, permet de masquer les réalités économiques et matérielles. Ils attribuent à des comportements individuels ce qui est le résultat de contraintes liées aux conditions d’existence. » Bien que ces contrevenues aux mesures de confinement soient pourtant plus légitimes dans les quartiers populaires, elles ne sont pas interprétées de la même manière dans les quartiers privilégiés, où lorsque des promeneurs bravent le confinement, on conviendra qu’ils « n’ont pas pu résister à l’appel du soleil »[note] , tandis que les premiers seront taxés de délinquants. Selon le philosophe Norman Ajari, l’exemple de l’évacuation de la messe de Pâques clandestine à St Nicolas du Chardonnet[note], sans que personne ne soit verbalisé à l’exception du prêtre, est tout à fait révélateur de ce différentiel narratif en faveur des populations privilégiées (de religion chrétienne qui plus est !).

Les violences policières ne se confinent jamais

Au regard de la logique de responsabilisation individuelle évoquée au début de cet article, le danger de cette narration différenciée, c’est qu’elle fait passer certains comportements des personnes qui vivent dans les quartiers défavorisés pour une atteinte à la santé collective, ce qui permet ainsi de dé-responsabiliser les politiques de la situation dans ces quartiers et de légitimer la présence policière. Autrement dit, comme l’explique Patrick Simon[note], directeur de recherche à l’INED et spécialiste des questions de la socio-démographie des minorités : « On avait ainsi déduit que la sur-mortalité en Seine Denis n’était pas liée à tous les critères évoqués [d’ordre socio-économique] indépendants du comportement exact des personnes, mais était liée au fait que ces personnes ne respectaient pas le confinement […] donc ils ne pouvaient s’en prendre qu’à eux-mêmes. Or ce discours prépare le terrain de couverture et de répression policière bien plus importantes. » En effet, ces récits différenciés entraînent inévitablement des traitements différenciés, et c’est notamment ce qu’illustre le cas du jeune Adil, 19 ans, qui a perdu la vie le 10 avril dernier à Anderlecht, percuté par un véhicule de police dans le cadre d’une course-poursuite : « Nous pensons que ce confinement n’a fait qu’exacerber et légitimer des inégalités de traitement à travers des comportements de la part de certains policiers envers les personnes racisées et issues de quartier populaires »[note], se voit-on expliquer dans une vidéo intitulée « Justice pour Adil ». Pour Rokhaya Diallo et Grace Ly du podcast Kiffe ta Race[note], l’histoire d’Adil est loin d’être un cas isolé et ressemble à s’y méprendre à celle d’un jeune nommé Sofiane en France, dans l’Essone : ayant pris la fuite devant la police, il s’est fait rattraper puis a été violemment tabassé sans aucune justification. Plus récemment, un homme d’origine Égyptienne poursuivi par la police s’est jeté dans la Seine[note] et a fait l’objet de violences policières agrémentées de propos racistes proférés par les policiers qui l’ont repêché : « Un bicot comme toi, ça nage pas ! », « Tu aurais dû t’attacher un boulet au pied ». Selon la militante Amal Bentoussi du collectif Urgence Notre Police Assassine « depuis le début du confinement on assiste à une recrudescence des violences policière, à un acharnement et à un défoulement des populations qui vivent en banlieues alors que rien ne justifie cette violence ».

Un héritage colonial

Ces bavures policières, qui suivent toujours le même schéma, sont révélatrices d’un système d’oppression que les personnes racisées ont intégré au plus profond d’elles-mêmes et qui explique que l’omniprésence policière liée au covid-19 soit encore plus difficile à vivre dans les quartiers populaires, où la vision des uniformes suscite la crainte et la méfiance, étant donné le recours systématique à la violence. Autrement dit : si les plus privilégiés d’entre nous commencent à ne plus supporter le va et vient incessant des fourgonnettes blanches et bleues, alors quid des personnes issues de minorités ou habitants des quartiers populaires ? Et quand bien même il ne s’agirait que d’une présence passive, celle-ci ne prend pas la même signification dans les quartiers favorisés, où la police est synonyme de sécurité, que dans les banlieues, où les traumatismes liés aux forces de l’ordre se superposent par couches, et se transmettent de génération en génération. En creusant plus loin dans cette sédimentation des traumatismes, on remonte jusqu’à l’époque coloniale où les relations entre l’armée et les colonisés étaient très violentes. Selon la psychologue Malika Mansouri, « les révoltes urbaines prennent racine dans le passé colonial »[note]. Dans la même logique, on pourrait dire que le rapport aux forces de l’ordre est lui-même un héritage du passé colonial et relève, lui aussi, d’une narration différenciée… et douloureuse. Commencer par admettre ce passé colonial et reconnaître leur responsabilité dans les violences infligées aux peuples colonisés pourrait ainsi constituer l’ébauche d’une solution pour aborder la question des violences policières dans les pays comme la France ou la Belgique. Peut-être une piste pour « l’après » ?

« Il faut refuser le traçage numérique »

Nous relayons ici une lettre ouverte envoyée aux parlementaires fédéraux, wallons et bruxellois, datée du 12 mai 2020.

Alors que se met en place un déconfinement progressif attendu par tous, nous tenons à attirer votre attention sur les risques inhérents à une mesure préconisée par certains pour limiter la diffusion du coronavirus et éviter un rebond de l’épidémie.

Il s’agit bien sûr du traçage numérique, lequel permet d’identifier les relations interpersonnelles des individus grâce à leur smartphone et à une application faisant appel au système Bluetooth. Si le traçage numérique ne semble pas avoir les faveurs des autorités régionales pour le moment, il reste bien présent dans la tête de certains experts et responsables politiques.

L’adoption d’un cadre légal pour son utilisation éventuelle confirme bien que cette « solution » reste d’actualité. Or, il faut insister sur le caractère intrinsèquement dangereux de cette technologie, dangereux pour nos libertés individuelles, le respect de la vie privée et l’utilisation de nos données personnelles à notre insu.

Certes, tout le monde s’accorde à dire que le système serait basé sur le volontariat ; mais dans la mesure où son fonctionnement est présenté comme nécessitant un taux de participation élevé pour être efficace, la pression sociale exercée sur les récalcitrants risque vite d’être insupportable. Dès lors qu’on s’installe dans un climat de peur d’une nouvelle vague de contamination, la tendance à la soumission l’emportera sur toute autre considération. Rien ne permet de garantir dans ce contexte que le système ne deviendra pas à terme obligatoire.

L’atteinte à la vie privée par le traçage numérique est manifeste puisque non seulement les relations interpersonnelles mais les déplacements de toute personne participante sont connus au travers des échanges continus entre son smartphone et les objets connectés rencontrés.

Est tout aussi manifeste le transfert de la responsabilité citoyenne à un outillage technique contrôlé par une bureaucratie sanitaire. En cas de déplacements interdits, la voie est ouverte pour un système de sanctions automatiques. On nous objectera que les balises juridiques et les garde-fous techniques sont aptes à éviter ou, à tout le moins, à limiter les « inconvénients » précités. Nous nous permettons de faire remarquer que, aux dires même de chercheurs et experts non suspects de technophobie, les garde-fous techniques s’avèrent très fragiles.

Selon Maarten Van Steen, professeur en réseaux informatiques à grande échelle à l’Université de Twente (Pays-Bas), le Bluetooth est d’une grande imprécision et inapte à évaluer la distance réelle entre deux utilisateurs[note]. En outre, comme tous les systèmes, le Bluetooth est piratable et de nombreuses failles de sécurité sont régulièrement découvertes. La dernière est très récente. En février 2020, Google a publié un correctif pour une faille critique qui touche le sous-système Bluetooth d’Android et permet de prendre le contrôle de tout appareil vulnérable à portée. Les spécialistes ont alors conseillé aux utilisateurs d’Android de désactiver le Bluetooth en attendant de recevoir la mise à jour[note].

Par ailleurs, en ce qui concerne l’anonymisation des données collectées, elle est considérée par certains experts comme une protection illusoire[note]. Quant aux balises juridiques, l’Histoire nous apprend qu’elles sont souvent « adaptées » face à la marée du progrès technique « conçu pour nous protéger ».

Enfin, un autre risque préoccupant est celui de la discrimination instaurée par le système : toute personne ne disposant pas d’un smartphone ou n’acceptant pas l’application pourrait se voir refuser l’accès au travail ou à certains lieux publics.

On entre tout droit dans le totalitarisme technologiste, d’autant plus insidieux qu’il se dissimule derrière l’objectif respectable de protection de la santé publique alors que l’efficacité du système est loin d’être garantie.

En conclusion, nous prétendons que le traçage numérique est une technologie virulente pour une société démocratique, respectueuse des droits fondamentaux et de la dignité humaine. Ses avantages prétendus sont très hypothétiques et reposent avant tout sur la soumission de tous et l’abandon de toute responsabilité individuelle.

Nous demandons en conséquence de refuser cette prétendue réponse sanitaire et de vous prononcer contre toute proposition visant à la faire adopter.

Signataires

Paul Lannoye, député européen honoraire, docteur en sciences physiques
Marie-Christine Coene, citoyenne
Martine Dardenne, sénatrice honoraire, romaniste
Michèle Gilkinet, ancienne parlementaire fédérale.
Michèle Goedert, architecte
Geneviève Hilgers, historienne
Armel Job, écrivain
Gérard Lambert, économiste
Nathalie Lannoye, juriste
Viviane Lardinois, biologiste
Francis Leboutte, ingénieur civil
Bernard Legros, enseignant
Jean-Marie Martin, économiste
Sylviane Roncins, thérapeute familiale
Pierre Stein, sociologue du développement.
Inès Trépant, politologue
Catherine Uyttenhove, docteur en biologie
Daniel Zink, philosophe

LE MONDE DE SOPHIE

Kairos n’est pas invité à la conférence de presse, à nouveau, ce 13 mai. Ce n’est pas que Sophie ne veut pas, elle qui disait il y a quelques jours que « la liberté d’expression est sacrée. Le débat aussi[note] ». Mais il y a des « pools », des tournantes … Démocratique, n’est-ce pas, quand on sait que LN24 et RTL sont invités à la fête chaque fois.

Enfin, pas tous les débats, pas toutes les expressions. La liberté a ses limites: les intérêts économiques. Vous vous en êtes rendus compte, vous qui nous suivez par milliers maintenant?

Exit la culture, les rencontres, le théâtre, le cinéma, les bibliothèques … toutes ces choses qui ne rapportent pas mais apportent tant.

Nous aurions donc aimé poser beaucoup de questions aujourd’hui à Sophie, notamment celle-ci:

C’est un monde comme celui dans cette école que vous voulez pour nous?

Nous n’en voulons pas. Et en attendant, nous voulons la liberté de la presse. Un autre son de cloche, vous entendez, Sophie?

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SANS VOUS, ON N’EST RIEN

C’est maintenant que ça se passe!

Les chiens mordent. Épisode 3: En plein direct, la journaliste parle de notre « question complotiste » du 15 avril

Des journalistes qui sont filtrés évidemment à l’entrée de cette salle, pour éviter ce qui s’était passé, non pas la dernière fois, mais la fois d’avant [le 15 avril], où un journaliste avait posé des questions complotistes

Dominique Demoulin, RTL TVi, 6 mai 2020

Le mardi 6 mai, le présentateur du JT de RTL TVI, Luc Gilson, et la journaliste Dominique Demoulin, en attente du début de la conférence de presse, commentaient le vide avec de l’inepte:

Dominique Demoulin: Voilà d’ailleurs la Première Ministre qui arrive, avec trois minutes d’avance!

Luc Gilson: Eh bien, alors là chapeau! Il est 14h30 effectivement, je pense que ça c’est ce qui s’appelle un timing de Première Ministre.

DD: Première Ministre, et puis on va déjà le dire avant elle, elle pourrait aussi nous parler de la Fête des mères et de la possibilité de se réunir à quelques-uns.

LG: C’est l’une des questions effectivement toujours en suspens aujourd’hui (…) Voici donc cette conférence de presse sur la réouverture des commerces le 11 mai, sur l’avenir des compétitions sportives et bien sûr aussi sur la possibilité de revoir ses proches. On attend encore quelques instants, je vois qu’il y a encore des journalistes qui s’installent dans la salle.

DD: Des journalistes qui sont filtrés évidemment à l’entrée de cette salle, pour éviter ce qui s’était passé, non pas la dernière fois, mais la fois avant, où…

LG: Un journaliste avait posé…

DD: Il y avait des questions…

LG: Posait des questions plus politiques!

DD: Il y avait des questions de type complotistes, même ah ah, qui avaient été posées, à la Première Ministre…

Théorie du complot/complotisme: Une théorie du complot, également désignée par conspirationnisme ou complotisme, est une hypothèse qui propose d’expliquer un événement par l’action concertée et secrète d’un groupe de personnes. 

Lettre au Ministre Philippe Goffin, ardent défenseur de la liberté de la presse

Le 3 mai, à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, le Ministre des Affaires étrangères Philippe Goffin a fait un véritable plaidoyer en faveur de celle-ci. Loin des tentatives récentes d’un collègue de parti (MR), Didier Reynders, qui il y a quelques mois avança un projet de loi punissant à plusieurs mois d’emprisonnement et des milliers d’euros d’amende les lanceurs d’alerte[note], Philippe Goffin s’est clairement positionné pour la liberté de la presse, contre le musellement des « journalistes qui demandent des comptes aux politiciens »[note]. Terrible occasion pour nous que de lui demander de soutenir Kairos, en ces moments où « demander des comptes » est synonyme de « complotisme »[note].

Monsieur Goffin,

C’est avec plaisir que nous avons découvert votre plaidoyer en faveur de la liberté de la presse il y a quatre jours, lors de la journée internationale de la liberté de la presse. 

Vous disiez à juste titre dans un article du Vif que, « Alors que le monde est aujourd’hui confronté à l’une des crises sanitaires les plus graves des dernières décennies, les gens recherchent des informations fiables. En fournissant des faits précis, les journalistes aident les particuliers et les gouvernements à prendre des décisions éclairées dans la lutte contre Covid-19. Une vision indépendante et critique aide à prévenir la propagation de la désinformation ». C’est justement ce que j’ai fait le 15 avril lors de la conférence de presse de Sophie Wilmès, lorsque, en tant que journaliste, j’ai questionné sur la collusion entre les politiciens et groupes d’experts et le privé. Mon interrogation a suscité de nombreuses réactions de citoyens se questionnant également sur cette réalité selon nous anti-démocratique. Depuis lors, de nombreux faits ont prouvé que le gouvernement Wilmès tentait de nous museler. Nous compilons ceux-ci qui constitueront des preuves lors d’une procédure judiciaire. 

Dans vos déclarations pour la liberté de la presse, vous ajoutiez que « Ce n’est pas sans raison que la presse est qualifiée de gardienne de la démocratie: les journalistes enquêtent sur les faits réels, donnent la parole à ceux qui, souvent, ne sont pas entendus et demandent des comptes aux politiciens ». Nous avons demandé ces comptes, mais certains ne semblent pas prêts à nous écouter. 

De ce fait, vu vos déclarations en faveur de la liberté de la presse, nous vous demandons de nous soutenir dans ce qui constitue à l’évidence une entrave à celle-ci. 

Nous sommes évidemment disposés à vous fournir tout élément supplémentaire appuyant nos propos, en partie déjà décrit dans des articles et vidéos sur notre site www.new.kairospresse.be

En vous remerciant d’avance pour l’attention que vous porterez à ce courrier. 

Salutations distinguées, 

Alexandre Penasse

Rédacteur en chef de Kairos. 

P.S.: Dans le souci d’une transparence totale, nous rendrons public ce courrier. 

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SANS VOUS, ON N’EST RIEN

Les chiens mordent. Épisode 2: Vif à l’attaque

Il ne faut pas s’attaquer directement au travail des journalistes aux ordres pour qu’ils se sentent menacés. Il suffit de faire un travail d’information qui n’a rien d’extraordinaire, révélant ainsi l’implacable réalité de la désinformation et de la censure quotidienne dans laquelle nous sommes baignés. Ainsi, ils reçoivent en retour et indirectement la preuve de ce qu’ils taisent et ne font pas, résultat d’un fonctionnement structurel qu’ils cherchent systématiquement à occulter. Ce qui est extraordinaire, c’est donc que la question du 15 avril lors de la conférence de presse, n’avait rien d’extraordinaire. Analyse d’un cas d’école : un article du Vif/L’Express[note].

Le départ est ardu, la côte en vue, car l’article, catégorisé « Opinion » sur le site du Vif, « Commentaire » dans l’hebdomadaire papier, nous plonge d’emblée par son titre dans la confusion : «Les journalistes qui posent de vraies questions les posent ailleurs, là où ils peuvent obtenir de vraies réponses… ». Arrêtons-nous d’emblée sur ce raisonnement alambiqué avant d’entamer le cœur de ce qui pouvait se lire dans Le Vif papier de la semaine du 23 avril. Il y aurait donc des lieux pour poser de « vraies questions » et des lieux pour obtenir de vraies réponses ? Donc des lieux qui permettraient que les caractères véritables de la question et de la réponse se rencontrent, indiquant a contrario que dans d’autres lieux on jouerait une forme de spectacle, posant de « fausses » questions pour obtenir de « fausses » réponses, et puis des lieux où on poserait de vraies questions et où l’on obtiendrait de fausses réponses ? C’est ce dernier cas qui constitue ma faute.

Mais c’est bien là justement que le mal se situe, et le titre en lui-même du Vif, d’un certain Nicolas De Decker, pourrait à lui seul faire l’objet d’une analyse détaillée[note]. Car ce dont le citoyen n’en peut plus, c’est de devoir assister à ces pantomimes de démocratie que sont les conférences de presse et autres débats politiques, relayés sans fin par des médias qui jouent le jeu et font le spectacle, de politiques qui nous disent en filigrane qu’ils font maintenant ce qu’ils veulent parce qu’on a voté pour eux[note], alors que dans ces lieux toute réponse véritable est interdite. À ce niveau, l’analyse est déjà formidablement vertigineuse, révélant la pensée profonde et contradictoire de celui qui l’écrit : les lieux dits démocratiques ne sont pas des lieux démocratiques. On pourrait en dire de même du Vif si on analyse qui sont ses patrons, et c’est sans doute par un jeu inconscient que le journaliste admet ce qu’il peut faire et ne pas faire en établissant la carte géographique des lieux qui tolèrent les « vraies questions » des autres qui les refusent. Bientôt une « app sur GPS » ? Ici « oui », là « non »…

Le chapeau[note] qui suit le titre entretient le trouble, écrits d’un journaliste qui cherche, encore et toujours, à noyer la question de fond dans des élucubrations intellectuelles sans formes qui ressemblent surtout, si l’on s’y arrête, à des justifications : « Il n’y a pas de diplôme plus fiable que celui que l’on s’attribue, il s’est présenté comme « un journaliste qui pose de vraies questions« , et c’est vrai que ses questions avaient leurs raisons, au confrère de Kairos Presse qui a égayé la conférence de presse de Sophie Wilmès, mercredi 15 avril ». Whaw ! Elles « avaient leurs raisons », donc, mais devant un public de millions de personnes confinées qui attendent des informations devant leur télévision et radio, ce n’était pas le lieu : l’information juste a ses raisons (et ses lieux convenus) que la raison ignore. Mais cette conférence est l’endroit pour quoi alors ? Mépris journalistique s’il en est, notez que cette remarque indique que ma question permettra juste « d’égayer » la conférence de presse, entendez que sans cela l’atmosphère serait demeurée triste et solennelle. Pour ce journaliste, on égaye, pour d’autres on « crée un malaise »[note], on pose une « question déplacée » ou on est dans « la théorie du complot »[note]. En tous les cas, on ne sert à rien.

La suite de l’article est une litanie reprenant ce qui a été dit dans la question du 15 avril et auquel le journaliste du Vif répond invariablement par ce sophisme consistant à dire que ce que j’ai énoncé est tellement vrai que c’est là la preuve que cela avait déjà été dit, et donc que je ne fais que parler de quelque chose dont tout le monde parle. On tourne en rond. Extraits : « Sur la légitimité démocratique d’un gouvernement composé dans des circonstances exceptionnelles, c’est une vraie question[note]. Tellement vraie et si taboue que si le journaliste qui pose de vraies questions et qui auto-évalue (sic) ses compétences a pu s’en apercevoir, c’est que les journaux, les politiques, les parlements, les juristes et les politologues ne parlent que de ça depuis un mois et demi. (…) Sur Marc Van Ranst, qui aurait été payé par la multinationale GSK en 2009, c’est une vraie question. Tellement vraie (…) que Le Soir l’a révélé il y a dix ans, lorsque Marc Van Ranst aidait déjà à parer une pandémie mondiale ; sur Philippe De Backer, qui a travaillé de 2009 à 2011 chez Vesalius Biocapital, c’est une vraie question. (…) Tellement vraie que Philippe De Backer le dit lui-même sur son profil LinkedIn public ».

Gloire et buzz : la camelote du journaliste mainstream

Tellement habitué à l’individualisme rédactionnel où l’on recherche pour soi-même la gloire et le buzz, le journaliste qui signe l’article ne comprend pas que la question que l’on pose avait un tout autre objectif que celui d’obtenir une réponse franche et sensible de la Première Ministre :

« « Quelle légitimité politique y a-t-il à prendre ce genre de décisions quand la plupart des membres qui décident et réfléchissent font partie des multinationales et de la finance ? »a-t-il demandé et, bien sûr, il se disait que Sophie Wilmès allait lui répondre « aucune, vous avez raison, je suis un rouage inconscient du capitalisme financiarisé, vous m’avez convaincue et voici ma démission« , se mettre à pleurer, et forcer Elio Di Rupo, Rudi Vervoort, Jan Jambon, Pierre-Yves Jeholet et Oliver Paasch, qui étaient à côté d’elle, à démissionner et à se mettre à pleurer aussi, car il est un journaliste qui pose de vraies questions et qui sait de quoi il parle, le confrère de Kairos Presse ».

Chercher le risible… Mais non mon cher, ce que j’espérais en posant cette question, c’était informer les citoyens, qui écoutaient en nombre, de ce qui se tramait dans les arcanes du pouvoir et qui, même s’ils le savaient au fond d’eux (comme vous sûrement), attendaient que l’on pose cette question (au contraire de vous). Ce que je voulais, c’était dégonfler la baudruche, briser le spectacle et cette illusion que ceux qui nous gouvernent nous représentent et sont à notre service. Je n’espérais évidemment pas que Sophie Wilmès admette qu’elle est « un rouage inconscient du capitalisme financiarisé », comme je ne m’attends pas que vous admettiez en public que les propriétaires du journal pour lequel vous travaillez, Le Vif, sont un « rouage conscient du capitalisme financiarisé », cela n’empêche pas que je vous poserais la question en public, même si je sais que vous ne répondrez pas, ou tenterez en vain de vous justifier. C’est là sans doute un fantasme d’étudiant sorti de journalisme, qui vous poursuit : faire dire à quelqu’un ce qu’il n’a pas envie de dire… suffirait de choisir le bon endroit.

La non-réponse de Wilmès, l’indigence de ses propos, ont suffi à révéler qui elle était, ce qu’elle faisait, qui elle servait. Et c’est cela qui constitue « le moment » et marque extraordinairement ce qui ne devrait relever que de la normalité : poser une question sur les intérêts privés de ceux qui sont censés prendre des décisions pour des millions de personnes. Mais quand l’anormal domine, le normal paraît fantastique et héroïque.

Vous en oubliez donc qu’une des fonctions principales de mon intervention était de dire tout haut ce que tout le monde voit, et d’annoncer : « Le roi est nu »:

« Tandis que le roi cheminait fièrement à la procession sous son dais magnifique, tous les hommes, dans la rue et aux fenêtres, s’écriaient : « Quel superbe costume ! Quelle traîne ! Quelle coupe ! Nul ne voulait laisser deviner qu’il ne voyait rien sous peine de passer pour un niais ou un incapable. Jamais les habits du roi n’avaient excité une telle admiration. « Mais il me semble qu’il n’a pas du tout d’habits« , observa un petit enfant. « Seigneur Dieu ! Écoutez la voix de l’innocence ! » dit le père. Et bientôt on chuchota dans la foule en répétant les paroles de l’enfant. « Il y a un petit enfant qui dit que le roi est nu ! » « Il n’a pas du tout d’habits! » s’écria enfin tout le peuple. Le roi en fut extrêmement honteux, car il comprit que c’était vrai. Cependant il se raisonna et prit sa résolution : « Quoi qu’il en soit, il faut que je reste jusqu’à la fin !« . Puis, il se redressa plus fièrement encore, et les chambellans continuèrent à porter avec respect la traîne qui n’existait pas »[note].

La non-réponse de Wilmès, l’indigence de ses propos, ont suffi à révéler qui elle était, ce qu’elle faisait, qui elle servait

En m’attribuant ce genre d’attentes ingénues, comme si j’escomptais des « aveux », de « vraies réponses », vous mettez à distance votre propre fonctionnement : celui d’un journaliste qui fait de son métier un rapport individuel à l’information, qui recherche les « félicitations » des autres, qui se fond dans la masse et accepte d’adapter ses « vraies questions » aux « bons endroits », et ses « fausses questions » aux autres lieux ad hoc comme les conférences de presse. Tout cela en « sachant » subconsciemment que si vous vous étiez permis de poser en pleine conférence de presse la question que j’ai posée le 15 avril, un C4 vous attendait à votre retour au bureau.

Vous avez donc fait de votre adaptation au principe de réalité la résultante d’un choix individuel, alors qu’elle n’est que la preuve d’une soumission et d’une censure. Aldous Huxley l’a parfaitement saisi : « Et c’est là, dit sentencieusement le Directeur, en guise de contribution à cet exposé, qu’est le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu’on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement : faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper »[note]. Le meilleur des mondes

Vous en oubliez donc qu’une des fonctions principales de mon intervention était de dire tout haut ce que tout le monde voit, et d’annoncer : « Le roi est nu »

Vous faites donc le journalisme que vous êtes obligé de faire, mais pour oublier cette soumission[note], vous en faites un principe, substituant votre soumission en liberté. Ce conditionnement est si efficace qu’il vous permet d’édicter péremptoirement les « zones de libre expression », où l’on pourrait débattre ouvertement et où la censure serait inexistante : « Sans doute est-ce pour cela que les journalistes qui posent de vraies questions les posent ailleurs, là où ils peuvent obtenir de vraies réponses, là où ils peuvent contredire les répondants, là où ils peuvent recevoir des précisions des puissants ». En un lieu le silence, la langue de bois, le spectacle, en un autre, l’esprit critique, l’ouverture, la franchise. On reconnaît bien la profonde dissonance de journalistes qui œuvrent pour des journaux dont les patrons attendent de leurs employés qu’ils s’autolimitent[note]. Mais nous sortons du journalisme ici, pour entrer dans le domaine de la psychologie clinique et sociale…

Un petit entre-soi bien nuisible au bien commun

Vous auto-entretenez vos certitudes : pour que la réalité soit, il suffit de prononcer des énoncés performatifs qui se contentent d’eux-mêmes. Ce que vous ne dites pas et qui contredit vos sophismes, c’est notamment que les médias de masse ne parlent de ce qui dérange que quand ils sont « obligés » de le faire, quand la médiatisation hors de leur sphère atteint des proportions trop importantes pour qu’ils continuent à se taire. C’est le cas depuis le 15 avril et ma « question déplacée ». Ce n’est pas encore le cas par contre, et ce ne le sera sans doute pas, pour la censure dont a été l’objet Financité[note], qui n’a été relayée par aucun média, seule la RTBF se contentant d’en faire une brève sur le net.

Toute la morgue et l’arrogance d’une profession qui considère qu’elle est la seule à pouvoir représenter pour nous le réel, se ressent dans la conclusion de l’article : « Sans doute est-ce aussi pour cela que quand ils ne peuvent pas en avoir, de réponse des puissants, il faut aux journalistes qui posent de vraies questions opposer des preuves matérielles au silence ou à la langue de bois. C’est plus difficile que de se laisser filmer après être allé faire un tour sur LinkedIn, mais pas moins gratifiant qu’une décoration que l’on épinglerait sur sa propre poitrine ».

Cela fait donc plus de 8 ans que notre journalisme consiste à « faire des tours sur Linkedln », évoquant le scandale du nucléaire, les ondes électromagnétiques, la misère structurelle, les pesticides, l’inégalité dans l’enseignement et partout ailleurs, les gilets jaunes, les grands projets nuisibles et imposés, les collusions du politique et du privé, le Kazakhgate, les fonds libyens, etc., dont vous n’avez jamais parlé (ce que l’on n’attendait pas d’ailleurs).

On le sait maintenant, Linkedln est une mine d’infos, plus besoin de faire du journalisme. Tout a été dit, tout sera dit.

N’y a-t-il pourtant pas un profond mépris pour les gens quand on voit les milliers de réactions positives après ma question du 15 avril, de venir leur dire tacitement que tout cela existait avant et qu’ils n’ont aucune raison de se réjouir qu’on pose enfin les questions qui, peut-être dérangent, mais surtout les intéressent ?

Les chiens mordent. Épisode 1 : Le rédacteur en chef de La Libre

Habitués à lécher les bottes des hommes de pouvoir, les journalistes aux ordres[note], laquais de la finance et du patronat, détestent quand on brise le faux consensus qui fonde leur apparence de légitimité, et qu’on dévoile ceux qui ne servent à rien d’autre qu’à assurer la continuité de l’ordre établi.

Ainsi de Dorian de Meeûs, rédacteur en chef de La Libre Belgique, qui se sentant attaqué en vient à défendre l’indéfendable, et donc à ressortir les poncifs habituels :

  • « Le journalisme c’est poser les bonnes questions ». Pourtant mon cher Dorian, on ne les entend pas souvent les bonnes questions, et ce n’est pas La Libre qui envoie ses journalistes les poser dans les conférences de presse. Enfin, nous ne vous parlerons pas ici de vos patrons, La famille Le Hodey, qui détient le Groupe IPM qui édite La Libre, ni de leur fortune, ce serait peut-être comme… :
  • … « faire du militantisme, en accusant les collaborateurs ministériels pour leur passé professionnel, c’est honteux »… Outre que ce soit pour certains aussi leur « présent », votre façon de penser en dit long sur la manière dont vous envisagez le bien commun, et donc aussi l’information : un produit, comme La Libre qui pour vous comme vos patrons, est une « marque »[note]. Vous êtes même incapable de penser la notion de conflit d’intérêt, tant ceux du privé et du public ne sont pour vous aucunement opposés, imbriqués les uns dans les autres vous ne percevez aucunement la logique incestueuse qui habite ce mélange. « Les bourgeois, c’est comme les cochons… », disait Brel, sauf que la putasserie n’attend pas toujours le nombre des années.
  • Il est toujours bon de (re-)définir les mots. Honteux. déf. : « Qui éprouve de la honte ». Honte ; déf. : « Sentiment de culpabilité, d’humiliation éprouvé à la suite d’une action ou d’une attitude répréhensible, malhonnête, etc. » Il semble en effet, cher Dorian de Meeûs, que vous pratiquez une projection sur un autre, moi en l’occurence, de ce qui constitue une honte propre à vos comportements : vous êtes « honteux », c’est-à-dire porteur d’une attitude répréhensible et malhonnête visant constamment et avec rigueur à faire croire aux citoyens que vous les informez de façon désintéressée. Nous leur laisserons le soin de juger de cela eux-mêmes.
  • … pourtant, leur dites-vous que IPM, groupe qui édite La Libre, a également des participations dans : Traxxeo, le spécialiste de l’internet des objets dans le secteur BTP, gérant des ressources via des nouvelles technologies qui collectent des données et contrôlent à distance l’activité des ouvriers, les machines, les véhicules, les équipements ? Eiffage, entreprise qui œuvre dans la construction, les infrastructures, l’énergie et les concessions, qui est notamment impliquée dans le LGV Bretagne-Pays de la Loire, le prolongement de la ligne 14 du métro parisien, la fondation Luma à Arles ?

Évidemment, les thuriféraires du cloisonnement temporel entre les tranches de vie (privé-public), nous diront toujours que ceux qui ont travaillé pour, par exemple, déployer la 5G et l’internet des objets, peuvent être ultérieurement de bons Ministres au service du bien commun… et pas de la 5G (même s’ils ne diront jamais, habitués aux circonvolutions, qu’ils sont « contre »). Ils pourraient passer de KPN au cabinet de Philippe de Backer, Ministre de « l’agenda numérique » (sic), sans aucunement se souvenir de leurs premiers amours. Coupure radicale, hermétisme à toute épreuve.

  • Alors, IPM a encore des participations dans Curador (25 %) : pharmacie belge en ligne. Tiens, la pharmacie… conflit d’intérêts quand il s’agit d’informer les Belges sur le Covid-19, les vaccins, le « déconfinement »… Non, ce serait du complotisme, n’est-ce pas ?
  • Outre Traxxeo et Eiffage, IPM c’est aussi Veolia, Engie-Electrabel, Besix. Besix, kesako ? « Construction, promotion immobilière et concessions. BESIX Contracting est spécialisée dans la réalisation d’ouvrages de construction, infrastructurels et maritimes qui se distinguent souvent par leur complexité   ». On y est ?…
  • … pas encore : il y a aussi BAM, marché belge de la construction regroupant de nombreuses sociétés belges et luxembourgeoises ; CFE, coté sur Euronext Brussels, est un groupe industriel belge, actif dans les secteurs du Dragage, la construction maritime et environnement, le Contracting et la Promotion immobilière. Le groupe est présent dans le monde entier ; …
  • …. et La Libre ! Entre l’internet des objets, la construction, le dragage, c’est pas mal de posséder un média (enfin plusieurs, parce qu’il y a encore la DH/Les Sports, DH Radio, Paris Match Belgique, 13  % de participation dans l’agence Belga…). Enfin, ça rapporte pas comme le reste, mais ça permet de contrôler les esprits, et ça c’est important quand on veut éviter la révolte et continuer à engranger. Quantième fortune vos patrons Dorian ? 410ème fortune belge (35.841.000€), lors de mes dernières recherches. Vous parlez de « honte » Monsieur de Meeûs ? D’autres jugeront de quel côté elle se trouve.
  • … rappelons que la plus grande honte est, certes, celle qu’on évite. Vous le savez bien, non, avec « l’affaire Financité », censure médiatique qui a fait l’objet d’un communiqué de presse, le plus lu dans les rédactions de toute l’histoire du périodique que vous encartiez dans La Libre depuis 12 ans… et le moins partagé. Donc le plus tu. Le scandale Financité, c’est quoi ?

Le scandale « Financité », ou la censure qui ne doit pas se savoir

La Libre, peu intrusive au demeurant sur les productions écrites de Financité, trimestriel encarté dans le quotidien depuis 12 ans, fera « volte-face » dès lors que le magazine commencera à titiller les racines des problèmes, parler d’inégalité, et évoquer non plus les pauvres (ce que les riches adorent), mais les riches eux-mêmes (ce que les riches détestent).

« On ne peut pas accepter, notamment dans le courrier des lecteurs où on parle des inégalités, quelqu’un qui se dit écœuré de voir l’écart entre les revenus des patrons et ceux des travailleurs » 

Message de la rédaction de La Libre à la rédaction de Financité

Et vous, Dorian de Meeûs, vous allez me parler de conflits d’intérêts qui seraient des espèces de lubies d’un journaliste « indigne d’avoir la carte de presse » ? Oser dénoncer un personnage dont l’institution participe au financement des armes nucléaires, mais «  malheureusement  », fait aussi partie du Conseil d’administration du journal, tout cela dépasse en effet l’entendement… actionnarial. Le reste est à l’avenant.

Alors, « Tous suspects ? Tous corrompus » ? Suspect, Déf. : « Qui éveille les soupçons ». Corrompu, Déf. : « Bas, mauvais, vil, ripoux, vénal, vendu… ». À la lecture des définitions des termes dont vous usez, je préciserais que malheureusement tous ne sont pas suspects, au contraire, la plupart jouissant encore de l’image de serviteurs du bien public, mais que tous, ou presque, sont corrompus. Mais tout cela est-il étonnant, quand on sait que Pierre Rion, qui a rejoint le conseil d’administration de IMP Group en 2015, « Serial entrepreneur » wallon, disait : « Un bon citoyen doit être une pompe à argent qui fait tourner l’économie »[note].

Et enfin, arrêtez donc de parler « des Belges ». Parlez plutôt d’un type de Belges, ces hères qui pourraient tout aussi bien être Français, Suisses, ou Allemands… ces apatrides, SDF de profession[note], sans difficultés financières et sans domicile fixe, dont la richesse est directement responsable de la misère, friands des dividendes actionnariales et des actions caritatives, piochant d’une main pour distribuer médiatiquement quelques miettes d’un butin qu’ils ont volé au peuple.

Alors, certes, Monsieur de Meeûs, une chose est au moins vraie dans votre bafouille : « on ne fait pas le même métier ». Et j’ajouterais : on ne vit pas dans le même monde.

Vous avez dit bizarre?

Le 15 Avril 2020, les journaux Het Laatste Nieuws et De Morgen ont tous deux publié un article suite à la question remarquée d’Alexandre Penasse à la Première Ministre Sophie Wilmès lors de la conférence de presse du Conseil National de Sécurité.

« Moment bizarre », « Bizar », en néerlandais. C’est l’expression qu’ont choisi d’employer les sites de ces deux médias pour décrire l’intervention du journaliste qui interpella la Première ministre Sophie Wilmès sur la légitimité de son gouvernement à prendre des décisions pour tous les Belges et les conflits d’intérêts qui pourraient exister au sein de ce même gouvernement.

Le même mot, dans deux rédactions différentes à quelques minutes d’intervalle. Bizarre et rien d’autre ! Pourtant, les qualificatifs ne manquaient pas pour décrire ce moment : percutant, attendu par les Belges, intéressant, déstabilisant, embêtant, frais, inespéré, surprenant même… Mais non, définitivement, la presse flamande a tranché: c’était un moment « bizarre », rien d’autre.

« Moment bizarre lors de la conférence de presse du Conseil de sécurité: un journaliste « critique » pose des questions sur les complots entre conseillers et industrie ».
«  Moment bizarre lors de la conférence de presse de Wilmès: un journaliste « critique » pose des questions sur les complots  ». DM HLN

La différence entre les deux titres est que l’un mentionne les acteurs de ces « complots » dénoncés par le journaliste, tandis que l’autre semble s’être contenté du mot « complot ». Tout le monde comprend ce qu’est un complot, alors pourquoi se donner la peine de rappeler aux lecteurs les collusions évoquées par le journaliste de Kairos ? Bizarre ! La photo est également la même dans les deux articles. Bizarre! Et que penser du choix de cette photo, qui évoque non sans ironie le petit toussotement poli qu’a engendré la question ?

« Il s’agit d’Alexandre Penasse du site d’information Kairos, qui se décrit comme un »journal anti-productiviste, pour une société décente ». « Curieusement, Penasse a été le premier à parler. Au cours de sa « question », il a évoqué les liens entre les experts qui assistent le gouvernement dans la crise Corona et l’industrie pharmaceutique. Il a également demandé si la totalité de la population était suivie via le réseau 5G ».
« Il s’agit d’Alexandre Penasse du site Internet Kairos, qui se décrit comme un « journal antiproductiviste, pour une société décente ». « Curieusement, il a été le premier à parler. Au cours de sa « question », il a évoqué les liens entre les experts qui assistent le gouvernement dans la crise Corona et l’industrie pharmaceutique. Il a également demandé si la totalité de la population était suivie via le réseau 5G ultra-rapide ». DM: HLN:

Plus bas, l’article de De Morgen parle du journaliste qui a posé la question alors que l’article de Het Laatste Nieuws en parle aussi ! Évidemment, quand un journaliste pose une question qui dérange, ce dont il est important de parler, c’est surtout du journaliste plutôt que de sa question !

Vous le sentiez venir, les deux articles sont identiques et écrits par la même personne. L’article est signé “LH”. Inutile de s’arrêter sur le fait qu’ils trouvent « curieux» que monsieur Penasse ait parlé en premier ni sur le fait qu’ils prétendent qu’« il a également demandé si la totalité de la population était suivie via le réseau 5G ultrarapide. » Cette dernière affirmation étant fausse et facilement vérifiable en regardant à nouveau la vidéo à cet instant précis : https://youtu.be/kGQfRTw-i8I?t=85. On s’apercevra alors qu’effectivement, lors de son intervention, Penasse fait référence à la 5G mais simplement pour émettre l’hypothèse que la crise du Covid-19 pourrait être l’occasion d’accélérer l’installation d’un réseau 5G.

Le meilleur reste à venir. Dans le paragraphe suivant, les deux articles (ou plutôt, l’article) expliquent qu’« il est frappant de constater que le journaliste ait pu assister à la conférence de presse. Le matin, le cabinet du Premier ministre demande à tous les médias réguliers quelle personne sera envoyée. « Puisque nous avons dû organiser et restreindre l’accès à la salle de presse pour respecter au mieux les instructions en vigueur pendant cette pandémie, nous n’avons pas pu donner accès à tous les journalistes/rédacteurs« , a déclaré la Première ministre dans un communiqué de presse.» Ainsi, nous avons deux organes de presse qui semblent trouver étonnant qu’Alexandre Penasse, journaliste et rédacteur en chef de Kairos, ait pu être présent à cette conférence de presse, parce que d’habitude, c’est le cabinet de la Première ministre qui DEMANDE à tous les médias RÉGULIERS quelle personne sera envoyée.

Il y a plusieurs bizarreries dans ce paragraphe. Premièrement, nous avons deux médias qui semblent considérer qu’ils sont plus légitimes que d’autres à assister à des événements officiels. Bizarre! Ensuite, l’emploi de l’expression « médias réguliers » qui suggère l’existence de « médias non réguliers » : serions-nous secrètement passés sous un régime dictatorial dans lequel il existerait une presse officielle et une presse résistante? Bizarre! Enfin le fait de dire que le cabinet de la Première ministre DEMANDE quelle personne sera envoyée alors qu’en réalité, la Première ministre ne DEMANDE pas, mais CHOISIT qui pourra assister à la conférence de presse, et que les autres journalistes (pourtant pas moins légitimes) seront évincés, même s’ils possèdent une carte de presse, et même en ayant fait une requête en bonne et due forme auprès du cabinet de la Première ministre.

Réponse du porte-parole de Sophie Wilmès au mail annonçant que nous serons présents à la conférence de presse du 24 avril :

«  Bonjour,

Comme annoncé la dernière fois, nous procédons « en pool » au vu de l’accès limité à la salle de la conférence de presse au regard des mesures de social distancing. Vos confrères doivent pouvoir avoir accès également à la salle de presse. Les équipes tournent. Comme déjà indiqué, le contenu est disponible, en direct, sur internet. Si vous avez une question, je vous invite à vous organiser avec vos confrères journalistes. Il est de coutume que certains journalistes posent également une question pour une autre rédaction. Il est possible aussi de nous la transmettre ultérieurement. »

En fin de compte, la question qui se pose est : qui sont ces gens qui ont trouvé la question « bizarre» ? Manifestement pas certains lecteurs de De Morgen, comme l’indiquent les commentaires suivants. Les citoyens ont soif de vérité…

Commentaires de lecteurs suite à l’article de DM :

  • « Les journalistes critiques sont rares.
  • Au lieu de ces moqueries, j’aurais préféré lire les arguments pour expliquer pourquoi De Morgen trouve les problèmes de conflits d’intérêts “bizarres”.
  • Avec cet article, le journal donne par inadvertance la preuve de l’existence de la presse du régime.
  • Je ne pense pas qu’il soit si stupide. Il travaille pour http:// new.kairospresse.be articles intéressants. Ne pouvons-nous plus être critiques et tout avaler. Détenez-vous la vérité ou devons-nous tout prendre de vous comme des Ukases?[note] »

* Article de Het laatste nieuws: https://www.hln.be/nieuws/binnenland/bizar-moment-tijdens-persconferentie-veiligheidsraad-kritische-journalist-stelt-vragen-over-complotten-tussen-adviseurs-en-industrie~ad4498d7Article de De Morgen: https://www.demorgen.be/nieuws/bizar-moment-tijdens-persconferentie-wilmes-kritische-journalist-stelt-vragen-over-complotten~bd4498d7

Quand l’idéologie pousse à la faute

Le 15 avril, lors de la conférence de presse télévisée sur la crise sanitaire, un journaliste quelque peu atypique, que certains de ses « confrères » ont considéré comme un « élément perturbateur », posait à la Première ministre une question sur les profils très semblables de ceux qui étaient chargés de trouver les meilleures solutions face à la pandémie. Il signalait ainsi que le secrétaire d’État chargé de la politique de testing et d’approvisionnement en masques, l’Open-VLD Philippe De Backer, avait été actif dans des sociétés privées du secteur bio-médical, notamment la luxembourgeoise Vesalius Biocapital. L’interpellant laissait entendre que ce passé pourrait orienter les choix politiques d’un responsable central de la lutte contre le Covid-19. Mme Sophie Wilmès balayait la remarque d’un revers de main : « …les gens sont libres de changer de carrière, les gens sont libres de s’engager pour le bien commun, peu importe ce qu’ils ont fait avant et je peux vous garantir que ce n’est pas la société pour laquelle vous travaillez qui définit l’homme ou la femme que vous êtes… » Et pourtant…

Étrange mise à l’écart

Et pourtant, ce 27 avril, Le Soir publiait une carte blanche cosignée par un collectif de médecins des laboratoires publics des hôpitaux bruxellois « consterné par la gestion gouvernementale des tests car ils n’ont pas compris pourquoi les laboratoires universitaires ont été exclus de la chaîne de tests, au profit des grandes firmes pharmaceutiques ».

De fait, si les laboratoires du pays sont consultés sur leur capacité d’analyse, la Task Force Testing a considéré que « les laboratoires de biologie clinique ne peuvent répondre aux besoins et décide de miser sur l’utilisation d’une méthode ancienne remise en lumière par l’UNamur. Libre des contraintes d’approvisionnement en réactifs commerciaux mais peu automatisée, cette technique est déployée – avec difficulté – sur différentes plateformes académiques pleines de bonne volonté mais sans expérience en médecine de laboratoire de masse. Comme on pouvait s’y attendre, ces laboratoires n’atteindront jamais les capacités de test promises dans les communiqués. » Mais les labos universitaires n’étaient pas au bout de leurs surprises : « …début avril, on apprend incidemment mais avec stupeur que les principales industries pharmaceutiques du pays vont être impliquées dans le diagnostic. Des fournisseurs annoncent à leurs clients – des laboratoires médicaux et de recherche – que leurs appareils à PCR[note] vont être réquisitionnés et mis à disposition d’une nouvelle structure de dépistage massif. Vous annoncez alors dans la presse des chiffres impressionnants : 10.000, 20.000, 100.000 tests journaliers qui seront réalisés par ce consortium composé de 2 laboratoires universitaires (UZ Leuven et ULiège) et 4 partenaires industriels (Biogazelle, GSK, J&J et UCB).

Ainsi donc, les choix posés par le Secrétaire d’État et sa Task Force, et regrettés par les médecins des services publics, ont débouché sur une inefficacité évidente que tous les observateurs regrettent. Alors que l’on dit partout que les succès de l’Allemagne sont en grande partie dus au grand nombre de tests (500.000 par semaine), en Belgique on, plafonne péniblement à 7.000 à 9.000 tests par jour depuis plus de 2 semaines.

Les médecins du service public mettent clairement en cause les choix posés : si on avait accepté leur offre de collaboration, « …la capacité de dépistage en Belgique dépasserait largement cette cible des 10.000 par jour depuis longtemps. En effet, selon nos estimations, leur capacité journalière actuelle est de 14.000 tests. On peut imaginer qu’elle aurait été décuplée si votre soutien avait été placé à cet endroit plutôt que dans la construction de novo d’une structure parallèle. »

Tout un état d’esprit

Si des choix contestables ont été posés par le secrétaire d’État et ses conseillers, il n’est pas dit que ce serait pour des raisons de copinage avec ceux qu’ils ont fréquentés dans leur passé. En fait, ils sont immergés dans des milieux où circulent des dogmes néolibéraux que le réel dément pourtant constamment. L’efficacité serait l’apanage du privé et le public serait coûteux et dépassé. Les solutions seraient technologiques et jamais portées par des humains. Ainsi, dans le secteur de la biologie clinique, depuis des années, les laborantin.e.s sont progressivement remplacé.e.s par d’énormes machines automatisées qui peuvent réaliser des milliers de tests en peu de temps, sans guère d’intervention humaine. Là aussi, beaucoup de capital peut s’investir pour remplacer les hommes et les femmes par des technologies de pointe. Et c’est justement ce « grand remplacement » qui est la raison sociale de Vesalius Biocapital qui « offre du capital-risque aux jeunes entreprises européennes innovantes dans le domaine des sciences de la vie. »

Quand on baigne dans ce genre de milieu, on va tout naturellement penser que la solution à la crise sanitaire se trouve du côté des industries privées de pointe, start-up ou big pharma. Pas besoin d’accointances intéressées, pas besoin de gains personnels pour faire des mauvais choix, c’est une idéologie qui pousse à l’erreur.

Quand le porte-parole des médecins biologistes du public, Frédéric Cotton dit « nous sommes des salariés, on ne va pas gagner plus d’argent parce qu’on teste plus. C’est même le contraire : réaliser un test PCR revient au total à 56€ alors que le remboursement est de 48€, donc on perd de l’argent ! », il perd évidement toute crédibilité auprès de ceux qui sont immergés dans la pensée mercantile des adeptes du venture capital de Vesalius Biocapital. Pas étonnant donc que De Backer accuse les biologistes « frustrés », qu’ils « voudraient leur part du gâteau ». Cela choque évidemment des gens des services publics qui ne gagneraient que des heures de travail en plus et pas un centime en supplément puisque ce sont des salariés qui ont un idéal : la santé de leurs patients et de la population en général. Ils sont quand même curieux (et nous aussi) « de connaître le budget et le coût des tests du côté des pharmas ».

On a ici un exemple de plus de cette maladie du management libéral qui envahit tout et notamment le secteur hospitalier que certains détruisent peu à peu en privilégiant uniquement la rentabilité et les économies budgétaires, oubliant que ce sont des outils au service de la santé publique.

Une idéologie perverse

Mme Wilmès se trompe donc lourdement quand elle justifie le pantouflage ou revolving doors (passage en va-et-vient entre le secteur privé orienté profit et le secteur public orienté service collectif). Nos sociétés se meurent doucement de cette invasion de tous les secteurs, notamment celui du soin, par les priorités du capitalisme. Non, en changeant de responsabilité, on n’est pas soudain couvert par ce « voile d’ignorance » que John Rawls rêvait de voir envelopper les décideurs pour qu’ils oublient d’où ils viennent et agissent au service du bien commun, sans être influencés par leurs origines sociales ou appartenances professionnelles.

Philippe De Backer, et la majorité de ceux qui sont aux commandes pendant cette crise sanitaire, sont de purs produits de l’idéologie néolibérale. Même s’ils veulent sincèrement le bien de la population qu’ils sont censés protéger, ils sont pétris d’une doctrine qui est celle de leur classe et de leur milieu professionnel. Cela influence inévitablement leurs choix, ici en matière de ceux à qui ils vont confier les tests.

Mais la question est bien plus vaste. Ceux qui nous dirigent ne vivent pas comme le commun des mortels. Déjà, ils ne sont guère confinés, eux, et quand ils se réfugient à la maison, le soir ou le week-end, ce n’est pas dans les 50m² d’un appartement en ville mais dans de cossues villas. Même face au virus tueur, nous ne sommes pas tous dans le même bateau. C’est vrai depuis toujours, pourtant aujourd’hui, ce n’est pas uniquement une question d’injustice sociale, c’est aussi une question de vie ou de mort.

Après les tests PCR (qui détectent la présence du virus dans vos naseaux), l’État devra confier la réalisation de millions de tests sérologiques (qui vérifient si vous êtes immunisés ou pas contre ce virus) à certains labos ou à d’autres. Privilégieront-ils encore certain secteur ou feront-ils appel à tous les savoir-faire, même ceux du public ? Sur ce sujet, laissons la conclusion, plutôt peu rassurante, au porte-parole de médecins fidèles au serment d’Hippocrate, interviewé par Le Soir : « Cela semble mal parti car les premières sollicitations reçues cette semaine des autorités (…) ont de nouveau déstabilisé. Les consignes « peu claires » viennent « d’en haut », sans consultation préalable, ni respect des procédures habituelles. « L’obscurantisme a l’air de continuer d’une façon dictatoriale ».

Interdit de conférence de presse

Interdit de rentrer! La conférence de presse du 24 avril de Sophie Wilmès: juste pour les « accrédités »… alors que nous avions une carte de presse.

Nos questions dérangent. Mais pas tout le monde… Enfin, ceux que ça intéresse n’intéressent pas ceux qui nous gouvernent…

Journalisme et responsabilités gouvernementales

L’interpellation de la Première ministre par le rédacteur en chef de Kairos a entraîné des réactions variant entre l’indifférence, le mépris ou les critiques sur la forme[note]. Sur le fond très peu de réactions. Aucune solidarité n’a été apportée de la part des autres médias.

La question posée n’était pas diffamatoire, déplacée ou agressive pour le gouvernement. Nous assistons actuellement à une crise sanitaire, sociale, économique et politique d’importance majeure. Or, le gouvernement a des devoirs et des obligations envers la population. Des violences policières sont perpétuées en toute impunité dans les rues par des policiers (aboutissant notamment au décès du jeune Adil[note]), les personnes âgées sont délaissées dans les maisons de repos ainsi que dans les hôpitaux lorsque la capacité d’accueil est atteinte. Pourtant, lorsque des questions qui remettent en cause la responsabilité du gouvernement sont posées, celui-ci ne juge pas utile d’y répondre sérieusement et préfère éviter toute remise en cause.

Cette semaine Kairos, par l’entremise de son rédacteur en chef, a tenté de participer à la conférence de presse du 24 avril. Il a été tout simplement écarté par le service de presse, usant de raisons non valables. L’avocate de Kairos a procédé à une mise en demeure à laquelle la chancellerie n’a pas répondu, comme la loi l’exige. Il était d’ailleurs étonnant de constater hier une présence policière absente les semaines précédentes…

Vous avez dit quatrième pouvoir ?

Ne dit-on pas que la presse est le quatrième pouvoir ? De très nombreux citoyens et citoyennes en doutent et ces inquiétudes ne participent pas vraiment à renforcer des « démocraties » bien fragiles. Si les médias constituent réellement ce contre-pouvoir, comment expliquer qu’un non-événement – une question politique sur les choix du gouvernement en pleine crise sanitaire – soit vu par tant de personnes comme un exploit [note].

Que publiaient les « grands » médias, ou plus spécifiquement sur RTL TVI en cette soirée du vendredi 24 avril, suite à la fameuse conférence de presse? : https://www.rtl.be/info/belgique/societe/coronavirus-en-belgique-dernieres-infos–1213763.aspx : « Vous retrouverez dans cet article les décisions du Conseil national de sécurité, réuni ce vendredi à partir de 14h30, et les dernières informations liées à la pandémie ». Parmi d’autres titres, « Déconfinement : voici les mesures décidées lors du Conseil national de sécurité », « Déconfinement: voici les changements pour la pratique du sport », « Déconfinement: « Quand pourra-t-on rendre visite à notre famille ? » », « Réouverture des écoles à partir du 18 mai: voici les détails pratiques ». Une série d’informations disponibles d’abord sur le site du gouvernement fédéral, sont relayées sur le site d’une des grandes chaînes de télé avec une mise en forme plus attirante.

Finalement un premier article légèrement critique sur la manière d’organiser le déconfinement pointe le bout de son nez samedi matin, mettant en doute notamment le nombre de tests quotidiens4.

Du côté de la RTBF, à part un communiqué de la Ligue des familles sur l’inquiétude pour les parents de jeunes enfants face à ce plan de déconfinement, hier soir on pouvait lire des articles « pratiques » similaires à ceux de RTL.

Béatrice Delvaux était heureuse d’annoncer sur La Première ce samedi matin que le journal Le Soir sortait un numéro « Spécial guide du déconfinement »… Au même moment, un article relatant la satisfaction du patronat est publié sur le site du Soir. Notons que l’on peut consulter également sur le site internet du journal des articles narrant une journée de la première ministre.

Bien sûr, la pratique journalistique requière également du recul et il vaut mieux éviter les réactions à chaud afin de proposer des analyses critiques savamment réfléchies. Néanmoins après 6 semaines de crise, les différents enjeux de la situation et surtout l’amateurisme de ce gouvernement sont connus. Si critiques il y a elles sont la plupart du temps convenues ou ciblées sur des personnes ou des affaires ponctuelles mais rarement touchant à un système, à des politiques (anti)sociales et économiques que l’on peut aisément qualifier d’irresponsables. Il ne devrait pas être interdit de sortir du cadre… Pourtant, si l’on prend en compte la manière dont est traité un journaliste remettant en cause les choix majeurs pris par le gouvernement, c’est à l’évidence le cas.

Il semble y avoir une confusion entre le travail des communicants des services du gouvernement et le travail de certains journalistes. Qui questionne les enjeux et les perspectives de la situation sanitaire, économique et politique présente si les journalistes ne le font pas, ou en tout cas à la marge ?

Quelles priorités?

Alexandre Penasse est décrit comme un complotiste pour avoir uniquement osé émettre des doutes sur l’impartialité de conseillers du gouvernement du fait de leur lien avec des entreprises commerciales. Tous les soirs à 20h00, les JT diffusent des images de la population qui applaudit aux fenêtres et balcons, pour remercier le courage du personnel hospitalier qui se démène sans moyens… Le confinement est vécu très différemment selon les classes sociales, les quartiers, le travail, les origines et les situations de vie. Alors que des gens meurent principalement du fait de l’incurie de l’État, la question essentielle, est-elle quand peut-on aller faire du sport, aller au magasin, ou que Walibi réouvrira ?

La question principale ne serait-elle pas plutôt, comment organiser une reprise de l’activité économique s’il n’est pas prévu antérieurement un refinancement complet du secteur de la santé? Marius Gilbert, épidémiologiste et membre du groupe d’experts auprès du gouvernement l’a exprimé lui-même à la rtbf, la pression économique a été priorisée au détriment de la santé. Les politiques ont été à l’encontre des avis des experts scientifiques.

Les deux questions qui étaient prévues et qu’Alexandre Penasse n’a pas pu poser:

1) « Vous dites qu’il faut se serrer la ceinture et qu’il va falloir faire des efforts, or il existe des alternatives aux politiques d’austérité imposées aux populations. Il s’agit de suspendre le remboursement de la dette en utilisant l’argument d’état de nécessité5. Pourquoi ne pas envisager cette solution ? »

2) « Allez-vous mettre des moyens humains et techniques pour stopper l’évasion fiscale ? Car empêcher la fuite fiscale permettrait de ramener l’argent des paradis fiscaux et de réinvestir dans le secteur de la santé ? »6

ILS NE VEULENT PLUS ME VOIR À LA CONFÉRENCE DE PRESSE…ET VOUS ?

Urgent svp !

Hier, 22 avril, vers 14h00, l’avocate d’Alexandre Penasse, rédacteur en chef du journal Kairos, a mis en demeure le cabinet de la Première Ministre Sophie Wilmès, par le biais de son porte-parole, Steve Detry, et de ses collaborateurs, de lui communiquer dans les prochaines 24 heures : l’adresse et l’horaire de la conférence de presse à venir, et la confirmation de leur accord sur la participation d’Alexandre Penasse à la prochaine conférence de presse.

Nous n’avons reçu aucune réponse de la part du cabinet de Sophie Wilmès.

La liberté de la presse est depuis longtemps en danger, nous en voyons maintenant les effets concrets. Cela justifie que nous sortions en respectant les directives (masques et distanciation physique), se déplacer devenant essentiel pour exprimer son indignation face à ce qu’il se passe.

A-t-on tort de penser qu’on empêche ce journaliste d’exercer librement son métier ? Les faits parlent d’eux-mêmes. Ils ne veulent pas que nous entendions autre chose. Ils auraient trop à y perdre. Montrons qu’ils devraient être à notre service.

Nous demandons à toutes celles et ceux qui sont outrés par cette atteinte à la liberté de la presse et au droit d’être informé, de se manifester de l’une ou l’autre manière, pacifiquement et dans le respect de la loi, sur les réseaux, dans la rue, avec des affiches à la fenêtre, des photos devant les bâtiments de la RTBF, Palais de justice, etc.

Partagez l’événement et inondez le web de photos de vous avec un message de soutien (voire d’indignation) sympathique.

MERCI À CELLES ET CEUX QUI NOUS SOUTIENNENT ! 💪

Quand la Commission européenne se fie … au diable

Black Rock : c’est quoi ? Rien à voir avec la musique. C’est une compagnie. Comme cette appellation est usurpée ! La compagnie, c’est manger le pain ensemble, c’est se côtoyer, c’est le groupe, la réunion, le cercle. Mais le mot désigne aussi un opérateur économique, une réunion de capitaux, et même une troupe militaire, un bataillon, une unité d’assaut.

J’ai déjà évoqué dans ce journal[note] l’existence de groupements financiers puissants. Après tout, il en faut bien un qui soit le plus grand. Ce doit être Black Rock. Dans l’actualité récente, il s’est fait remarquer en inspirant le plan Macron de réforme des retraites (ouvrir plus large la porte de la capitalisation en serrant à la gorge les « bénéficiaires » de la répartition). Le Fonds vise à optimiser le rendement de votre investissement, en combinant croissance du capital et revenus des actifs du Fonds. Normal. Le Fonds investit au moins 70% du total de son actif dans des titres de créances. Ils comprennent les obligations et les instruments du marché monétaire. Les titres de créances peuvent être émis par des États, des organismes d’État des marchés émergents, ainsi que des sociétés et des entités supranationales (telles que la Banque asiatique de développement) domiciliées, ou exerçant la majeure partie de leurs activités, dans des marchés émergents. Normal.

Mais, mais, j’ai dû me pincer quand j’ai appris que la multinationale financière américaine a remporté un contrat avec la Commission européenne pour étudier comment l’UE pourrait intégrer au mieux les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance dans sa supervision bancaire. « Cette proposition était la meilleure offre techniquement et financièrement, en regard de l’appel d’offres », explique le porte-parole de l’UE.

Pour éclairer la politique sur la finance durable, la Commission a donc porté son choix sur le plus gros investisseur mondial en énergies fossiles ! BlackRock est l’un des principaux investisseurs dans le pétrole. La multinationale détient des parts énormes dans des entreprises d’énergies fossiles. Il s’est opposé ou abstenu à l’issue de 82% des résolutions concernant le climat dans les entreprises dont il possède des actions.

Positionnement en France

Ce sont des stratèges redoutables qui s’imposent comme prestataires pour les investisseurs institutionnels. La crise financière de 2008 a été l’occasion pour Black Rock de ratisser des portefeuilles en perdition, puis de faire le tri entre les actifs toxiques et les potentiels. Black Rock possède un outil de décision capable de « bouger » sans délai par rapport à n’importe quelle action. Ils s’y connaissent donc en sortie de crise. Mais que la Commission européenne les choisisse pour trouver une nouvelle perspective chez les opérateurs financiers européens… ça m’en bouche un coin. C’est comme si l’entraîneur du Standard demandait à celui d’Anderlecht de lui donner la stratégie à adopter durant le derby.

La Commission Européenne, ça te fait un Green Deal dans un bureau et ça te fait un Kill Dream dans le bureau d’à côté. Ça pousse le glyphosate et le bio, le nucléaire et le solaire, la voiture propre et les moteurs menteurs, la coopération avec l’Afrique et les traités d’exploitation de l’Afrique, et à la fin, ce sont les opérateurs de très grande taille qui gagnent.

Pour les amateurs de tourisme des sites lobbyistes (ça existe), Black Rock a un bureau à Bruxelles, Square de Meeus, 35, entre Luxembourg et Trône.

Mais pourquoi je m’affole ? Charles Michel est là, il a de grande mains, le crâne libre et la confiance des grands. Pas confiné pour deux sous, le voilà qui promet : « Avec la présidente de la Commission, je travaille à une feuille de route et un plan d’action pour assurer le bien-être de tous les Européens et le retour d’une Union à la croissance forte, durable et inclusive basée sur une stratégie verte et digitale ». Madré le bougre !

Addendum 

Pour situer l’influence mondiale de Black Rock, on signalera que cette « compagnie » vient d’obtenir un contrat avec la FED (Réserve fédérale monétaire américaine) pour l’examen des dettes de différents opérateurs, dettes qui doivent être rachetées par la Réserve dans le cadre de la relance US suite à la crise du coronavirus. Le fonds sera donc en première ligne pour conseiller et… opérer. C’est un cas relativement inédit de privatisation (mondiale) de la politique monétaire et de la définition de l’intérêt général.

L’élément perturbateur

La question dérangeante que le rédac-chef de Kairos a eu « l’audace » de poser à la Première ministre fait décidément pas mal de vagues. Sur les réseaux sociaux et dans certains médias mainstream, on voit circuler beaucoup de commentaires, majoritairement très positifs et quelques autres avec des termes en –ismes venant de personnes probablement atteintes de… psittacisme. Heureusement, il y a des regards plus lucides, comme celui d’une jeune et brillante étudiante en journalisme venue de France et qui fait un stage chez nos collègues et néanmoins amis de POUR.press. Son analyse abordant notamment les liens parfois incestueux entre les médias et le monde politique a été publiée chez POUR et maintenant chez Kairos.

A.A.

Il a osé ! Non, il n’a pas fait ça quand même ? Si, il l’a fait. Mais quel culot, quelle outrecuidance, quelle désinvolture ! Il a osé. Alexandre Penasse, rédacteur en chef du journal Kairos a osé poser une vraie question à la première ministre Sophie Wilmès lors de la conférence de presse du Conseil National de Sécurité qui tente de faire face à la crise sanitaire, ce mercredi 15 avril : « Quelle légitimité démocratique y a-t-il à prendre ces décisions quand la plupart des membres qui décident et qui réfléchissent font partie des multinationales et de la finance ? ». Cette intervention a suscité un déferlement de polémiques sur les réseaux et dans les milieux de « la gauche alternative » où certains ont sauté sur l’occasion pour faire le procès du rédacteur en chef de Kairos, accusé partout de complotisme et de nombreux autres mots en -isme. Pourtant, ce qui s’est passé ce 15 avril est une véritable menace pour la liberté de presse : non seulement, la première ministre a tenté d’interrompre la question du journaliste sans lui fournir de réponse satisfaisante mais, en plus, ledit journaliste a été empêché de poser une seconde question et son micro a été volontairement coupé. Alors que, pour une fois, un journaliste décide de poser une question qui demande un peu plus d’efforts que de reprendre le discours institutionnel, alors que, pour une fois, quelqu’un demande enfin qu’on rende des comptes aux citoyens belges, ce journaliste est censuré, de la manière la plus fallacieuse qui soit, puisque son micro est tout simplement coupé.

Recadrer le sujet

Face à cela, on pourrait s’attendre à un minimum de solidarité de la part des acteurs de « la gauche plurielle », mais en réalité, on assiste depuis plusieurs jours sur les réseaux à une véritable surenchère (déferlante) d’accusations visant le journal et son rédacteur en chef. Procès d’intention, entreprise de décrédibilisation, tribunal militant, représailles : tout le monde semble trouver une bonne raison de participer à ces délibérations, et c’est à qui sortira le plus gros scandale sur Kairos et son rédacteur en chef. Pas question ici de se prononcer sur leur bien-fondé : là n’est pas l’objectif de ce papier qui ne consiste en rien en une tentative d’arbitrage. Sans nier ces polémiques ou chercher à les invisibiliser, nous proposons d’aborder le sujet sous une autre perspective en sortant du débat (stérile) qui tourne autour de la personnalité et des idées du rédacteur en chef de Kairos, pour nous concentrer sur ce que cet événement vient dire de la qualité de la démocratie et des rapports entre la presse et le pouvoir politique. Dans un premier temps, nous verrons que face à la question de M. Penasse, la réaction de la première ministre témoigne d’une inexpérience notoire de la pratique démocratique, et ce, alors que la question du journaliste interrogeait justement la légitimité démocratique du gouvernement. Dans une seconde partie, nous aborderons la question de la censure médiatique, et des interactions entre les médias et le pouvoir politique.

Des travailleurs comme les autres ?

A bien y réfléchir, Alexandre Penasse peut se réjouir d’une chose : s’il n’a pas reçu de réponse claire à sa question, la réaction de la première ministre suffira certainement à éclairer sa lanterne. Alors que le journaliste énumère les diverses sociétés privées pour lesquels ont travaillé certains membres du gouvernement ou experts sollicités pour faire face à la crise du corona, la première ministre l’interrompt en invoquant leur droit au respect de la vie privée : « Si vous avez l’intention de donner les CV de l’entièreté des gens qui travaillent et qui ont le droit comme n’importe qui d’autre à un minimum de privacy, je vous encourage à terminer». Cette phrase constitue une double atteinte à l’esprit de la démocratie et en dit long sur l’inexpérience démocratique de Sophie Wilmès. Premièrement, elle va à l’encontre du concept de transparence en l’enjoignant à ne pas divulguer des informations que les citoyens sont en droit de connaître et, deuxièmement, elle semble réfuter le principe selon lequel les membres du gouvernement doivent rendre des comptes aux citoyens. Non madame Wilmès, les politiciens ne sont pas des travailleurs « comme les autres », justement, ils doivent être irréprochables. En entrant au gouvernement, ils acceptent d’endosser une responsabilité vis à vis des citoyens devant lesquels ils doivent être en mesure de répondre de leurs actes, et cela n’a rien à voir avec le droit à la vie privée. Il s’agit simplement d’éviter tout conflit d’intérêt dans la prise de décision politique, surtout dans une situation de crise comme celle que nous vivons, où ces décisions impliquent la vie de milliers de personnes. Que certains politiciens qui tiennent un rôle important dans la gestion de la crise sanitaire, soient suspectés d’avoir fait carrière dans l’industrie pharmaceutique est une considération qui mérite au moins quelques explications… Non ? Mais ce n’est pas l’avis de la cheffe de gouvernement qui semble considérer le droit à la vie privée d’une poignée de politiciens plus important que le droit à l’information de toute une population. Sophie Wilmès est un pur produit de la doctrine néo-libérale et ses propos adressés à Alexandre Penasse sont représentatifs de cette catégorie de politiciens qui sous-estiment largement la maturité démocratique des citoyens. Des hommes et des femmes politiques qui ont généralement débuté leur carrière dans le privé et chez qui le sens du privacy est souvent plus visible que celui du collectif. Nous sommes donc en droit, en tant que citoyen, et en tant que journaliste, d’interroger leur capacité à rendre la démocratie effective.

Les urnes, le refuge

Sur ce point, la première ministre n’a d’ailleurs pas manqué de se réfugier derrière la légitimité des urnes : « Derrière cela, la décision politique, elle est ce qu’elle est, c’est-à-dire qu’elle revient au politique. C’est le politique qui prend ces décisions, et derrière le politique ou avant le politique, il y a des élections, des votes de confiance au Parlement. » Mais tant que, dans le discours des politiciens, la légitimité démocratique se limitera à l’élection, alors il faudra s’en méfier. Aujourd’hui, beaucoup de citoyens ne croient plus en l’élection et au système partisan. Ils demandent de vrais gages de démocratie et plus de délibération. Et qu’on arrête de croire que l’urgence de la situation sanitaire justifie la précipitation de la formation d’un gouvernement pour prendre des décisions rapidement : le peuple est assez « mature » pour savoir ce qui est bon pour lui. Les citoyens ne sont pas des enfants. Cette crise sanitaire et sociale aurait très bien pu être l’occasion d’un renouvellement des outils de la démocratie vers des formes plus délibératives. Ainsi, le réflexe presque pavlovien qu’a eu la première ministre en brandissant sa légitimité électorale pour se défendre, révèle une fois de plus le manque de culture démocratique de la classe politique ainsi que le peu d’intérêt qu’elle accorde à la nécessité de repenser la démocratie.

Médias et politique : une collusion tacite

Après avoir analysé ce que cet événement venait signifier de l’état de la démocratie et de la manière dont elle était pratiquée au sommet de l’État, concentrons-nous sur le sens qu’il prend dans le cadre des rapports entre la presse et le pouvoir. À ce sujet, cette phrase de Sophie Wilmès est plus qu’éloquente : « Vous venez d’introduire dans cette salle de presse la question biaisée politiquement, ce qui en général, n’est pas l’habitude des journalistes. Soit. ». Outre le fait que cette considération soit impertinente (puisque comme nous l’avons montré dans toute la première partie de cet article, la question d’Alexandre Penasse relevait davantage d’une préoccupation d’intérêt général que d’une quelconque orientation partisane) elle révèle en creux les pratiques habituelles du pouvoir avec les journalistes qui jouent un rôle de communication politique plus qu’ils ne fournissent un réel travail journalistique. Rien d’étonnant d’ailleurs lorsqu’on voit la manière dont les journalistes sont formés dans les écoles de journalisme ou les instituts d’études politiques en France, où ils sont directement en contact avec la future classe politique du pays. Dans ces écoles, les droits d’inscription et les concours d’entrée sont tellement dissuasifs qu’ils perpétuent un entre-soi incestueux au sein de l’élite économique, qui deviendra ensuite l’élite politique, et l’élite médiatique du pays. Mais l’origine sociologique des journalistes n’explique pas tout : il s’agit également d’une collusion tacite entre le pouvoir politique et les groupes médiatiques qui sont gérés comme des multinationales et dont les patrons vont régulièrement dîner avec l’élite politique du pays. Dans ces conditions, quelle marge de manœuvre reste-t-il aux journalistes pour s’écarter du discours institutionnel ? Aucune. Les effets de ces accointances entre journalistes et politiciens sont l’uniformisation de l’information, le contrôle de la pensée et l’asphyxie de ce qui fait l’essence même de la démocratie : la liberté de presse.

Un cancre parmi les bons élèves

Et il faut les voir à l’œuvre, ces journalistes premiers-de-la-classe qui ne font preuve d’aucune solidarité lors de cette conférence de presse, grisés par l’émulation et la concurrence. C’est à qui posera en premier sa question, et la meilleure question, la plus éloquente, celle qui permettra à la première ministre de se fendre d’un discours d’union nationale de circonstance: « Est-ce que vous regrettez avec un peu de recul sur la gestion de la crise, quand vous voyez le drame qui se joue dans les maisons de repos actuellement, de ne pas avoir pris les décisions plus vite ? » Alors forcément, quand ce cancre d’Alexandre Penasse vient perturber le cours avec ses questions embarrassantes, les bons élèves ne vont pas risquer de se compromettre en volant à sa rescousse. D’autant plus que son journal Kairos contribue largement à dénoncer cette collusion entre les médias et le pouvoir, ce qui mérite un zéro pointé sur la copie, assorti d’une punition. Or c’est exactement de cela dont il s’agit : Penasse a été mis au coin. Muselé, interdit de parler. Le micro a été coupé. La censure peut prendre plusieurs formes : la corruption en est une, mais l’intimidation en fait également partie. Pourtant, à l’heure du confinement, la liberté de presse et la transparence sont plus importantes que jamais pour livrer aux citoyens confinés une information de qualité sur la manière dont la crise est gérée. Comme l’écrit l’universitaire Jean de Munck dans un récent article publié chez POUR : « L’épidémie en cours en fournit la preuve éclatante : pour l’efficacité collective, la pire menace est celle du recel de l’information et de l’absence de controverses […] Il est essentiel que les informations circulent tout à fait librement pour permettre une délibération continue sur les politiques à mettre en œuvre. » Gage d’une démocratie en bonne santé, une presse libre et pluraliste serait donc une condition nécessaire pour sortir de cette crise, ce qui semble échapper au gouvernement actuel, et nous ramène au constat d’inexpérience démocratique développé dans la première partie de cet article.

POUR une presse déconfinée !

Suite à l’intervention de ce journaliste, les polémiques qui envahissent les réseaux de la gauche alternative ne doivent pas nous faire perdre de vue tout ce que cet événement vient dire de nos pratiques démocratiques et médiatiques. L’objectif ici n’est pas de faire passer M. Penasse pour un martyr ou un héros, mais de dénoncer le confinement (car c’est bien de cela qu’il s’agit) de la presse dans l’orbite du pouvoir politique. Comme par hasard, les médias mainstream ont relayé les accusations de complotisme et emploient les termes de « malaise » ou de « question déplacée », surfant sur la vague qui divise les acteurs de la gauche plurielle, entre les pro et les contre Alexandre Penasse. En plein confinement, cette polémique a pris rapidement le dessus au sein d’une gauche mal émancipée des logiques de pouvoir et d’ambition. Mais ces tergiversions nous font perdre de vue l’essentiel : l’incurie du gouvernement pour le respect de la démocratie en période de crise, et le rôle des médias dans la perpétuation d’un système fallacieux qui conduit le citoyen à consentir aveuglément aux décisions politiques. Et à en subir les conséquences.

Leur refus que nous assistions à la prochaine conférence de presse

20 avril, 14h37 – Mail d’Alexandre Penasse à Steve Detry, porte-parole de la Ministre Sophie Wilmès

« Bonjour,
Je serai présent à la conférence de presse de Sophie Wilmès de ce vendredi 24 avril. 
Pourriez-vous en prendre note et me tenir informé des horaires et du lieu?
Cordialement,

Alexandre Penasse »

20 avril, 14h59 – Réponse de Steve Detry

« Bonjour, 

Comme annoncé la dernière fois, nous procédons « en pool » au vu de l’accès limité à la salle de la conférence de presse au regard des mesures de social distancing.

Vos confrères doivent pouvoir avoir accès également à la salle de presse. Les équipes tournent.

Comme déjà indiqué, le contenu est disponible, en direct, sur internet.

Si vous avez une question, je vous invite à vous organiser avec vos confrères journalistes. Il est de coutume que certains journalistes posent également une question pour une autre rédaction.

Il est possible aussi de nous la transmettre ultérieurement ».

Steve DETRY

Porte-parole – Woordvoerder – Sprecher

Spokesman

18 avril, 15h42 – Réponse d’Alexandre Penasse

« Monsieur Detry,

Nous prévenons à l’instant le syndicat des journalistes et informons de ce refus d’assister à la conférence de presse les milliers de personnes qui nous suivent ».

Alexandre Penasse

Surtout tout faire pour que nous ne comprenions pas

Voilà donc leur démocratie. Nous avons dérangé leur petit spectacle entre amis, leur cirque auquel ils veulent nous faire croire.

Lors de la dernière conférence de presse, ils ont tout fait pour que je ne rentre pas dans le « bunker » (précisions dans un article à venir); Sophie Wilmès m’a interrompu pour que je réduise ma question; je n’ai pas pu poser une deuxième question, au contraire d’autres journalistes… Aujourd’hui, plus moyen de joindre par téléphone le porte-parole de la Ministre…

Je n’ai constaté aucune solidarité professionnelle lors de la dernière conférence de presse, suite à ma question, bien évidemment… Aucun soutien officiel d’aucun média, depuis le 15 avril. Et il voudrait nous faire croire qu’une « autre rédaction » va poser notre question !

Exigez que la presse libre puisse poser ses questions. Exigez la liberté de l’information!

Contre-offensive médiatique

La contre-offensive médiatique, ou comment ils tentent d’éteindre toute contestation de leur ordre établi…

Dénoncer leurs odieuses collusions = complotiste

Médias: suppôts du pouvoir politique. Politiques: suppôts du pouvoir financier

“Vous venez d’introduire dans cette salle de presse la question biaisée politiquement. En général, ce n’est pas l’habitude des journalistes, soit”, dixit Sophie Wilmès.

On le savait… On saisit donc pourquoi elle ne voudra pas de la deuxième question d’Alexandre Penasse. Soyons sûrs que tout sera fait pour éviter ce genre de « désagrément » la prochaine fois.

C’est sans compter sur notre détermination: NOUS SERONS LÀ!

Les questions qui fâchent, d’Alexandre Penasse, de Kairospresse.be

La censure comme système

Alors que les politiques et les médias, qui censurent et ne veulent pas que certaines questions, légitimes, arrivent aux oreilles des citoyens, il est primordial de vous donner à lire des articles qui mettent en évidence la structure et le fonctionnement de ces médias.

Médias et politiques sont ainsi intimement reliés dans une forme d’organisation où les uns servent les autres, sans qu’il n’y ait aucun complot. Les conférences de presse sont dans ce cadre de grandes répétitions générales, et ne servent qu’une chose: le spectacle.

Curieux, non, que notre développeuse web se soit fait hacker son site cette nuit? Quel hasard… Ceux qui parlent de liberté et la briment quand elle ne sert pas leurs intérêts…

Nous préparons une vidéo (qui sera publiée aujourd’hui ou demain) qui fera suite à notre interpellation d’hier 15 avril, lors de la conférence de presse de Sophie Wilmès, reprenant notamment la deuxième question, censurée.

Nous ne pouvons répondre aux milliers de messages, mais déjà MERCI À TOUTES ET TOUS!

Quatre articles, pour nous apprendre à appréhender ceux qui disent nous protéger contre les Fake News alors qu’ils en sont les principaux artisans. Qui vous feront, notamment, comprendre pourquoi François de Brigode, révérencieux, ne pose aucune question dérangeante à Sophie Wilmès dans le JT du soir du 15 avril, ou encore la formule magique sortie du chapeau par RTL (« complot »).[note]

Prenons le temps de comprendre. Comme disait Thucydide, historien grec: « Il faut choisir, se reposer ou être libre ».

A.P.

Lettre ouverte à la Ministre Sophie Wilmès

par Initiative citoyenne

Questions au gouvernement belge sur le coronavirus, le confinement et les futurs vaccins.

A Madame Sophie Wilmès, Première Ministre

Copie à : Mesdames et Messieurs les Ministres de la Santé en Belgique

Madame la 1ère Ministre, nous essayons de comprendre les mesures contradictoires et souvent contraignantes qui sont prises depuis quelques semaines, notamment par votre Gouvernement. Certes, nous n’ignorons pas les difficultés auxquelles les dirigeants du monde entier, sont confrontés. Aussi, modestement, nous espérons que nos questions participeront à trouver les meilleures solutions pour sortir démocratiquement de la crise dans laquelle nous sommes plongés.

Nous souhaitons recevoir de votre part des réponses claires et concrètes à nos préoccupations, convaincus qu’elles sont aussi partagées par bon nombre de personnes, que ce soit le personnel soignant soumis à rude épreuve ou le simple citoyen.Constitué en 2009, à l’occasion de la grippe AH1N1, notre collectif citoyen Initiative Citoyenne, avait déjà posé une série de questions sur l’adoption d’une loi d’exception, les contours de la notion de « pandémie », ainsi que sur les implications en termes de libertés et d’information en matière de santé, que ce soit sur la maladie ou les traitements et vaccins.La publication, en 2010, du contrat secret d’achat de vaccins H1N1 entre l’Etat belge et GSK[note], ainsi que la mise en cause du rôle de l’OMS par le Conseil de l’Europe[note] avaient démontré la pertinence initiale de nos questions, de même, hélas, que les nombreux effets secondaires du vaccin H1N1 reconnus dans la littérature médicale, comme la narcolepsie[note].

Avec la crise du coronavirus, nous assistons à une panique sans précédent à l’échelle du monde et aussi à des mesures inédites de restriction des libertés publiques, comme celles de déplacement et de rassemblement, pourtant garanties par notre Constitution.

1. Pouvez-vous Madame la 1ère Ministre définir pour nous tous ce qu’est une « pandémie » ?

En effet, en 2009 déjà, l’OMS avait gommé de sa définition la nécessité d’un grand nombre de morts pour le déclenchement de l’alerte maximale[note] et en 2013, le Quotidien du Médecin nous informait que l’Organisation changeait une nouvelle fois sa façon de procéder et qu’elle « simplifiait son système d’alerte » (avec 4 phases : interpandémie, alerte, pandémie, transition, interpandémie,…)[note] Qu’en est-il donc à l’heure actuelle?

2. Pouvez-vous nous préciser « qui est l’OMS » ?

a) Quelle est la part de financement du secteur privé dans le financement de l’OMS ?

b) Qui décide précisément, au sein de l’OMS, de déclarer une « pandémie », à qui revient ultimement cette décision en cas de désaccord ? Et quelle est la marge de manœuvre des Etats dès lors que cette décision est prise ?

c) Quel est d’après vous le rôle des experts ? L’OMS tient-elle compte des conflits d’intérêts potentiels dans sa sélection d’experts, et comment concrètement ?

d) Que pensez-vous de la suggestion récente qu’aurait lancée un directeur de l’OMS de voir des professionnels de santé commencer à aller faire du porte-à-porte pour aller débusquer les personnes infectées à leur domicile et les placer en isolement[note] ?

e) Malgré le rôle de « coordination » de l’OMS, il faut constater qu’il n’y a pas d’uniformité des mesures prises par les différents Etats européens[note]. Par conséquent, que vous inspirent ces mesures en sens divers pour une politique dans notre pays ?

3. Quelques points de la « gestion belge » de cette crise :

a) Qui décide quoi, vu les différentes structures et comités dans un pays comme le nôtre où on dénombre 9 ministres responsables de la Santé ? (Centre National de Sécurité ? Sciensano ? Risk Management Group ? GEES ? autre ?) Pouvez-vous rendre publiques les activités ou occupations de chacun des experts belges en charge de ce dossier et nous dire sur quelle base vous évaluez leurs éventuels conflits d’intérêts ?

b) Plusieurs acteurs de renommée internationale ont émis des avis moins alarmistes sur la crise du coronavirus. Pourriez-vous nous dire si vous avez tenu compte de l’avis de tels experts et médecins de terrain et sinon, sur quelle base les avez-vous écartés ? Tels : La Société française de médecine générale : « une dramatisation qui n’a pas lieu d’être »[note]; Le Pr François Bricaire, infectiologue, membre de l’Académie française de Médecine : « une inquiétude exagérée »[note]; Le Pr Didier Raoult, infectiologue spécialiste des coronavirus : « une hystérie mondiale »[note]; Le Dr Eric Cua, infectiologue au CHU de Nice : « 99% des patients guérissent. Ce n’est pas un virus qui va décimer la population, on connait ce virus »[note]; Le Dr Wolfgang Wodarg, pneumologue et épidémiologiste allemand, ancien expert auprès du Conseil de l’Europe : « Il faut une commission d’enquête dans ce dossier du coronavirus »[note]

c) Nous sommes confrontés à une véritable « guerre » des chiffres, avec des projections et des décomptes journaliers sur lesquels les pouvoirs publics se basent pour décider du confinement et de l’évolution des mesures à prendre. Ces chiffres sont pourtant sujets à caution et évolution, comme l’a, par exemple, montré le « rétropédalage » récent de l’épidémiologiste Neil Ferguson (Imperial College of London) dont le modèle d’évolution du coronavirus a été pris comme référence par la plupart des États[note]. Pourriez- vous dès lors nous expliquer la façon dont vous établissez ou jaugez la fiabilité des chiffres de malades et de mortalité en Belgique ( ?) alors que :- l’ensemble de la population n’est pas testée – jusqu’à 80% des infections pourraient être asymptomatiques selon les données chinoises ![note] – 20 à 40% des décès attribués au Covid-19 en Belgique n’ont même pas fait l’objet de tests[note] – il est difficile de départager précisément ceux qui meurent avec le Covid-19 de ceux qui meurent du Covid-19[note]

d) Pourriez-vous nous rappeler en temps normal le nombre de gens qui décèdent en Belgique chaque jour(toutes causes confondues), et par exemple à cette saison ?N’a-t-on jamais connu, avant cet épisode de coronavirus, de pics de mortalité (par exemple liés à des infections respiratoires, ou à d’autres causes)?

e) Quelles mesures avez-vous prises pour éviter pareille incurie, à propos de l’absence de masques ? Pour rappel, un stock de 6 millions de masques (FFP2), a été détruit en février 2019[note], sans être remplacé.

f) Pouvez-vous nous expliquer les raisons de l’Arrêté royal du 17 mars 2020 par lequel un membre de votre gouvernement interdit explicitement le recours aux tests de détection rapide du coronavirus pour une durée de 6 mois et ce, alors même qu’à cette date, il était déjà connu que les pays qui avaient le plus procédé aux tests avaient les taux de mortalité les plus bas (Corée du Sud, Allemagne, etc.)[note] ? En l’absence de tels tests, des hôpitaux comme l’AZ VUB (Brussel) recourent systématiquement à des scanners thoraciques (irradiants) pour tester et « trier » les patients, exposant ainsi plus de 9 patients sur 10 inutilement aux radiations[note] ! Pouvez-vous nous décrire les différents tests présents, à venir, et leur degré de fiabilité respectifs ? Et nous dire également pourquoi avoir écarté les laboratoires de biologie clinique agréés au profit des firmes industrielles[note] ?

g) S’agissant des traitements, des moyens de prévention et des facteurs de risque, pourquoi votre gouvernement ne met-il pas à disposition des patients et des médecins une information suffisamment plurielle et indépendante alors que 70% des patients sont en faveur d’un remboursement standard des médecines complémentaires[note] ? Pourquoi par exemple ne pas dire à la population (dont 70% est carencée en vitamine D) que le risque d’hospitalisation pour Covid-19 est majoré chez les gens manquant de cette vitamine[note] ? Pourquoi ne pas mettre à disposition des hôpitaux et des médecins/patients de la vitamine C pour perfusions intraveineuses alors que ce traitement remarquablement sûr a déjà démontré son efficacité et est utilisé dans des hôpitaux chinois et américains[note] ? Pourquoi ne pas signaler aux patients vaccinés contre la grippe saisonnière que selon une étude de l’armée américaine, leur vulnérabilité au coronavirus est ainsi accrue de 36%[note] et dès lors, décider de modifier les futures recommandations vaccinales contre la grippe avant l’hiver prochain ?

4 . Pouvez-vous nous dire ce qu’est, pour votre gouvernement, « le confinement » ?

a)Cela consiste-t-il à museler les libertés, empêcher l’accès aux soins, autres que ceux prévus pour le coronavirus, empêcher la justice de fonctionner, les écoles d’enseigner, les familles de se retrouver ?

b)Comment expliquez-vous que certains pays « survivent » sans confinement (Suède, Biélorussie, Taïwan, Corée du Sud, etc…)[note]?

c)Comment votre gouvernement prend-t-il en compte l’impact psychologique du confinement sur les populations (un Belge sur deux serait en difficulté psychologique[note] !), lequel constitue une source de morbidité sérieuse pesant sur la population générale, mais aussi l’abandon de soins vis-à-vis de toute une partie déjà fragilisée de la population (malades chroniques, personnes atteintes de maladies rares et de handicaps divers) dont les consultations sont annulées, et les opérations reportées, au péril de leur santé et au nom de la seule obsession du coronavirus[note] ?

d)Comment expliquez-vous toutes les mesures impopulaires et préoccupantes qui sont en train de passer à la va-vite et de façon beaucoup plus commode à présent que les gens sont confinés et moins à même de protester (installation de la 5G dont les dangers sont pourtant dénoncés par des milliers de scientifiques dans le monde[note]et ce alors qu’une large partie de la population y est catégoriquement opposée[note] ; appels à la fin du cash[note] voire interdiction pure et simple du liquide dans plusieurs magasins de première nécessité ; perspective d’un tracking de plus en plus serré des personnes au nom de leur « sécurité »[note]…) ?

5. Quelle politique en matière de « vaccins » ?

La plupart des gouvernements attendent « comme un messie » le vaccin qui sauvera le MONDE ! C’est ainsi que le Ministre des Finances Alexander De Croo a récemment justifié le versement par la Belgique de 5 millions d’euros au CEPI, la Coalition pour les innovations en matière de préparation pandémique. Mr De Croo a en effet déclaré que la CEPI va commencer les essais cliniques d’ici 4 mois et « qu’il n’y a pas de temps à perdre » car ça pourra sauver des vies[note]. Eu égard à la « mortalité modérée » (cf. propos du Dr Charlotte Martin, CHU St Pierre[note]) du Covid-19, comment pouvez-vous être d’emblée si sûrs qu’un vaccin élaboré dans un délai aussi rapide ne créera pas plus de décès et de maladies comme cela s’est déjà vu avec d’autres vaccins (H1N1, dengue, etc.)[note] ? Sur quelle base avez-vous choisi d’investir 5 millions d’argent public alors que le virus mute[note], qu’il y aurait 8 souches différentes du virus[note], que la question de la réinfection possible des patients n’est toujours pas résolue[note], et que plusieurs experts ont d’ores et déjà pointé des préoccupations majeures :

Le fait que des étapes essentielles d’évaluation de la sécurité (sur animaux) seront court-circuitées au motif de l’urgence[note], celles permettant notamment de vérifier si les vaccins ne peuvent pas donner lieu à des flambées de la maladie, ce qui est parfois possible.

Le fait que le vaccin peut créer une sensibilisation des patients vaccinés les rendant beaucoup plus à risque de complications et de réactions mortelles en cas de rencontre ultérieure avec le virus[note] (comme cela s’est vu par exemple aux Philippines, avec le vaccin de Sanofi contre la dengue qui avait aussi été recommandé par l’OMS mais qui a créé un scandale d’Etat[note]).

Le fait que des publications scientifiques antérieures sur des vaccins anti-coronavirus aient fait état de dégâts immunologiques au niveau pulmonaire[note].

Le fait que plusieurs projets de vaccins (Moderna, CureVac, etc.) recourent à une technologie inédite,impliquant l’ usage d’ARN ou d’ADN, méthode aux risques inconnus qui pourrait donner lieu à des risques d’auto-immunité et de mutations génétiques irréversibles dont l’importance ne pourra être jaugée qu’après une expérimentation à large échelle sur des populations-cobayes[note]…Cautionnez-vous le futur chantage vaccinal qui se profile avec les propos récents de Madame Ursula vonder Leyen, selon lesquels il faudra limiter les contacts avec nos seniors tant que le vaccin n’est pas disponible[note] ? Pouvez-vous déjà nous garantir le respect de la loi du 22 août 2002, c’est-à-dire le droit au consentement libre et éclairé des patients ? Art.8. § 1er. Le patient a le droit de consentir librement à toute intervention du praticien professionnel moyennant information préalable. […] § 2. Les informations fournies au patient, en vue de la manifestation de son consentement visé au § 1er, concernent l’objectif, la nature, le degré d’urgence, la durée, la fréquence, les contre-indications, effets secondaires et risques inhérents à l’intervention et pertinents pour le patient, les soins de suivi, les alternatives possibles et les répercussions financières. Elles concernent en outre les conséquences possibles en cas de refus ou de retrait du consentement, et les autres précisions jugées souhaitables par le patient ou le praticien professionnel, le cas échéant en ce compris les dispositions légales devant être respectées en ce qui concerne une intervention.

6. Comment concevez-vous la notion de démocratie sanitaire ?

Cette notion importante de « démocratie sanitaire » vous paraît-elle encore possible dans un contexte où on retrouve, par exemple, un même intervenant comme Bill Gates à autant d’étages et de niveaux différents ?Vous paraît-il sain et admissible qu’une personne, fût-elle très riche, soit en mesure d’avoir une telle influence sur les politiques de « santé » du monde, alors qu’il n’a eu de cesse, lui-même, de nous annoncer des pandémies imminentes ? Ainsi, Bill Gates n’est-il pas à la fois :

  • un proche de l’actuel Directeur général de l’OMS, bien avant sa nomination en 2017[note]
  • le second plus gros donateur de l’OMS depuis des années[note]
  • un contributeur financier de la CEPI, déjà mentionnée plus haut (créée en 2017)[note]
  • un des partenaires-clés, avec sa fondation, de l’ « Event 201 », exercice sur table de préparation à une pandémie mondiale de coronavirus organisé en partenariat avec le Forum de Davos et l’Université John Hopkins le 18 octobre 2019, quelques semaines avant que la pandémie ne soit annoncée[note]…
  • un investisseur important dans des firmes comme CureVac, Moderna et Innovio qui travaillent sur un vaccin anti-coronavirus avec différentes technologies génétiques ADN/ARN[note]
  • celui qui annonce que le vaccin contre le coronavirus ira d’abord aux professionnels de santé[note]
  • celui qui décrète qu’il n’y aura plus de grands rassemblements tant que les gens ne seront pas vaccinés[note] – le Lancet plaidant à présent dans le même sens[note]
  • celui qui évoque la perspective de certificats digitaux destinés à savoir qui est naturellement immunisé ou vacciné[note] (cf. projet ID 2020 parrainé par l’ONU et soutenu par sa fondation, via le GAVI[note]) – celui qui finance le dispositif du MIT de « carnet de vaccination » invisible et injectable par vaccin, recourant aux nanotechnologies et en mesure de différencier les vaccinés des autres[note]
  • celui qui apporte son soutien à un plan d’un milliard de dollars (sic) pour couvrir la terre de satellites de vidéosurveillance[note]
  • celui qui nous annonce à présent qu’il va investir massivement pour faire construire à la hâte 7 usines qui produiront les 2 vaccins anti-coronavirus ultimement les plus prometteurs[note]
  • celui qui finance aussi une étude sur le coronavirus à la KUL[note] Madame la 1èreMinistre, vos réponses à nos préoccupations sont primordiales, dans le contexte de ladite pandémie qui permet de mettre en place et ce pour tout un chacun, la réduction de nos libertés fondamentales.

Nous souhaitons vous exposer une dernière réflexion. En 1945, Georges Bernanos écrivait : « Le jour n’est pas loin peut-être, où il nous semblera aussi naturel de laisser notre clé dans la serrure, afin que la police puisse entrer chez nous, nuit et jour, qu’ouvrir notre portefeuille à toutes réquisitions »[note]. Aurait-il vu juste ? Un tout grand merci de prendre en compte ce courrier, nous attendons des réponses pertinentes, des éclaircissements justifiés d’un point de vue médical et démocratique.

Pour Initiative Citoyenne, Marie-Rose Cavalier, Sophie Meulemans, Muriel Desclée de Maredsous (initiative.citoyenne@live.be) Dr Eric Beeth, médecin généraliste, Dr Pascal Sacré, médecin anesthésiste-intensiviste, Dr Kris Gaublomme, médecin généraliste et président de l’association Preventie Vaccinatieschade

Pour tout contact : Me Georges Henri Beauthier, rue Berckmans, 89, 1060 Bruxelles gh@beauthier.be