Kairos 50
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Faire le ménage et reconstruire

Minuscule poussière dans l’univers, cette planète abrite des millions d’espèces dont certaines nous sont encore inconnues. Parmi elles, nous, les humains, avons hérité d’une grande capacité d’utiliser les ressources de l’environnement, de les transformer. Mais nous sommes insatiables, mus par une soif de conquêtes et de pouvoir toujours plus grande. La sagesse, l’amour et l’empathie, censés faire contrepoids, n’ont pas empêché la surexploitation tant humaine qu’environnementale par un nombre restreint de privilégiés. Drogués par le pouvoir, ils ont perdu leur humanité. Leur rapport à l’autre est devenu pervers. L’argent seul dicte les règles. Et ils savourent leur suprématie en infligeant la soumission. 

Pour asseoir cette supériorité, il faut que le peuple l’accepte. Les stratégies sont bien connues : divertir, corrompre, culpabiliser, terroriser, diviser, tromper, semer la confusion … en restant dans l’ombre autant que possible. Le capitalisme est un outil idéologique puissant pour faire croire à chacun qu’il a sa place et sa chance dans ce système d’exploitation. Mais il se base sur le principe d’une croissance infinie. 

Nous sommes en train d’assister aux limites de ce modèle. Et les puissants, pour conserver leurs avantages, devront sortir au grand jour, et imposer ouvertement leurs règles liberticides, et peut-être réduire la masse de leurs contemporains moins favorisés. Ces motifs, parfois avoués[note], restent souvent cachés derrière de pieux prétextes. 

Après le terrorisme et les armes de destruction massive introuvables[note], pourquoi pas un dangereux virus. Et même s’il ne tue pas tant, on arrivera bien à faire croire, par le biais des médias achetés[note], qu’il menace de surcharge les capacités de soin, réduites au préalable, et que l’on se gardera bien d’augmenter. Ainsi donc, on pourra produire un vaccin « sauveur », conformément à la pensée collective, pour faire encore de l’argent, tout en restreignant les libertés et pourquoi pas la survie, sans qu’on ne se doute de rien. 

La santé, ce bien si précieux au-dessus de tout autre, serait donc menacée ? 

Voilà de quoi mater cette populace qui s’amassait déjà dans les rues pour protester. Confinés, les gilets jaunes et les défenseurs du climat ! 

Et la crise, déjà bien amorcée, aura pour cause cet ennemi commun, invisible, et non la gouvernance. 

Le pouvoir acquis par +Big Pharma est devenu colossal. Les milliardaires et les banques y ont leurs actions, partout dans le monde. Ces bienfaiteurs de l’humanité cachent des intérêts financiers gigantesques. Et les scandales[note], qui ne manquent pas, ne semblent pas les freiner. Le peuple est amnésique, ou apathique. 

Pour endormir, rien de tel que de pervertir les mots. Ainsi on appelle démocratie ce qui n’est qu’une oligarchie ploutocratique. Alexis de Toqueville le disait déjà au 19ème siècle : « Je ne crains pas le suffrage universel, les gens voteront comme on leur dira. » Nous avons tous contribué, par confort et conformisme, à maintenir et alimenter ce système qui, à présent, crée notre perte. 

Dans une vraie démocratie, le peuple devrait pouvoir voter et abroger ses lois et, au besoin, démettre de ses fonctions un responsable corrompu. Les fonctions politiques devraient être attribuées par tirage au sort. Pour cela, l’école formerait à la compréhension des systèmes politiques, sociaux, économiques et écologiques. Des médias indépendants poursuivraient cette formation. L’indépendance serait aussi assurée au niveau politique. 

C’est donc de la jeunesse que l’on doit partir. Or, qu’en est-il actuellement ? On prétend former les jeunes ? On ne fait que les formater. On étouffe leur créativité. On met en place un programme scolaire qui consiste à les rendre productifs et obéissants. Il ne s’agit pas de comprendre le système politique, encore moins de le critiquer. Au lieu de compter les uns sur les autres, ils se battent entre eux pour des points attribués par les maîtres qu’ils doivent servir, comme ils devront servir la société. Ils se définiront par leur profession. Où est la liberté ? 

Comme dans l’Égypte ancienne, nous continuons à construire des pyramides avec l’espoir de gravir le sommet. Mais cela implique d’écraser ceux qui sont en dessous. Amour, partage… Quelle est leur place dans cette logique ? Production, consommation, profit, s’enchaînent dans une spirale ascendante, un cercle vicieux sans fin au mépris des limites de la planète, des écosystèmes et de l’humain lui-même. Nous touchons le plafond mais la pression ne s’arrête pas. Il devra y avoir un terme à cette folie. Il approche. Mais comment ? Transition amortie ou chaos ? L’avenir des jeunes, auparavant clair, s’obscurcit de plus en plus et se couvre d’un épais brouillard d’incertitudes. Mais la jeunesse est une force, comme la nature, comme le brin d’herbe qui pousse entre les pavés. Je veux croire qu’elle reprendra ses droits, qu’elle trouvera sa voie vers la lumière qui la nourrit. 

Pour que ce changement se fasse, il faudra éveiller. Ne négligeons pas la propension à l’obéissance (Milgram)[note]. Il est si douloureux d’oser regarder la vérité en face, de sortir de l’illusion confortable que nos dirigeants sont de bons parents, bienveillants. Cela revient à devoir rassembler nos forces et se mettre à élaguer, faire le ménage et reconstruire. Mais comment faire ? Par où commencer ? Que mettre à la place ? C’est là une formidable aventure humaine qui nous attend. 

Frédéric Goaréguer, pédopsychiatre