Florilège nauséabond contre témoignages vivants
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Florilège nauséabond contre témoignages vivants

Marina Phillipart

L’idée première de cet article était de proposer un florilège de citations incitant à la haine contre les non-vaccinés. On aurait dû commencer, hélas, par les propos d’Emmanuel Macron, lesquels tournent en boucle, ad nauseam, depuis qu’ils ont été proférés un triste jour de janvier, au moment où la France venait de prendre la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne : « emmerder jusqu’au bout » les non-vaccinés. Ces propos sont non seulement vulgaires, mais aussi répugnants d’un point de vue éthique et parfaitement obscènes dans la logique de la société du spectacle, car l’on sait qu’ils furent soigneusement calculés pour produire leur effet de souffle médiatique. Pire encore, dans le même entretien, le « Pinocchio psychopathe qui nous tient lieu de président » — selon la formule de Mehdi Belhaj Kacem — a osé affirmer que, « quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable. Un irresponsable n’est plus un citoyen ». En bref, une incitation à la haine doublée d’une déchéance de citoyenneté du bouc émissaire des temps moderna

On aurait continué en rapportant la fine analyse de son ministre de la santé. Olivier Véran a en effet expliqué aux députés français invités à voter le « passe vaccinal » qu’il convenait de distinguer entre trois catégories de non-vaccinés : 1) ceux qui sont « loin de tout », n’ayant pas accès aux « clés de lecture et de compréhension » de la pandémie et des vaccins ; 2) les « méfiants » vis-à-vis des vaccins, sensibles aux thèses complotistes ; 3) les « indifférents », qui pensent pouvoir continuer à « passer entre les gouttes ». C’est à cette dernière catégorie que s’adresserait la transformation du passe sanitaire en passe vaccinal. En effet, selon la grille de lecture du brillant ministre, dont on ignorait jusqu’alors les talents de sociologue, si tu n’es pas vacciné, cher Lecteur, tu ne peux donc être qu’un imbécile, un complotiste ou un petit malin qui veut « passer entre les gouttes » (on se demande bien pourquoi, à croire que la pluie mouille !). Afin d’avancer sur la voie radieuse du tout-vaccinal, il conviendrait donc de maintenir soigneusement à l’écart de la société les deux premières catégories, considérées comme irrécupérables car rétives au progrès et donc asociales. Quant au menu fretin des petits malins, on les récupérera tout simplement en resserrant autour d’eux les mailles du filet dérivant en les soumettant au « passe vaccinal ». 

Outre ces deux exemples tout aussi odieux qu’emblématiques, on pourrait multiplier les citations de politiciens et de journalistes acharnés à stigmatiser et ostraciser les citoyens non-vaccinés. Depuis quelques mois, on assiste en effet à une fuite en avant de la plupart des appareils d’État qui rivalisent des mesures qui en viennent à constituer un régime d’apartheid, comme on le voit déjà en Italie et en France. Et ce, au moment même où la vague omicron démontre chaque jour davantage l’inefficacité de la stratégie du tout-vaccinal. 

À rebours de ces propos haineux et mortifères, nous avons préféré donner la parole à des citoyens qui, chacun à leur manière, analysent la situation actuelle et résistent avec les seules armes de leur bon sens et de leurs valeurs. En raison de la véritable chasse aux sorcières dont le personnel soignant et les éducateurs font l’objet, leurs témoignages sont recueillis de manière anonyme. 

1 Entretien avec Monsieur G., éducateur spécialisé dans une école primaire, 40 ans. 

Âgé de 40 ans, Monsieur G. a près de vingt ans d’expérience en tant qu’éducateur. Spécialisé dans le soutien aux élèves du primaire en difficulté, lesquels sont souvent en situation de handicap « dys » —dyslexique, dysorthographique, dyspraxique ou dyscalculique —, il nous fait part de la détérioration de l’atmosphère dans son environnement professionnel, tant au sein de l’école que dans ses relations avec certains intervenants pédagogiques extérieurs. Alors que l’école a pour vocation d’offrir un environnement sûr et serein qui permette à l’enfant d’avoir confiance, de se sentir bien, et donc d’être en condition d’apprendre, les pressions énormes poussant à la vaccination et l’introduction du Covid Safe Ticket ont créé un climat de méfiance : « On dirait une prison ». 

Un palier a été franchi lors de la rentrée scolaire de septembre 2021, lorsque plusieurs enseignants se sont inquiétés de savoir si les familles avaient bien respecté les règles de quarantaine à leur retour de vacances : « Soupçonneux des réponses de parents, certains instituteurs confrontaient les enfants en suggérant lourdement que leurs parents avaient menti ! » L’anxiété de ces enseignants a créé une ambiance très lourde. Malheureusement, ce climat anxiogène perdure : « Dès qu’un enfant tousse, il est harcelé de questions, et on presse les parents d’effectuer des tests ». Parfois, les mêmes parents reçoivent des appels de deux voire trois membres du personnel, qui ne se satisfont pas des réponses rassurantes. Leur soupçon systématique est insupportable et peut s’apparenter à du harcèlement — involontaire certes, car ces enseignants sont eux-mêmes mus par la peur, mais harcèlement quand même. 

Très attaché à sa mission pédagogique, G. est en colère car il sent que l’institution scolaire a tendance à remplacer le souci du bien-être des enfants par la paperasse et, surtout, un contrôle permanent exercé sur les enfants et leurs parents. « On n’est pas des flics !», s’indigne-t-il. Heureusement, le directeur tente de préserver, autant que faire se peut, son école de l’ambiance délétère créée par la batterie de mesures anti-covid et leur impact terriblement négatif sur certains enseignants. Mais il s’agit là d’un combat permanent, épuisant. C’est ainsi qu’une association officielle de soutien scolaire à domicile refuse d’aider les enfants dont les parents ne sont pas complètement vaccinés ! G. s’insurge aussi contre la dernière mesure en date, qui impose le port du masque aux enfants dès l’âge de six ans. Tout d’abord, de manière générale, parce que cette mesure relance le phénomène de harcèlement de la part de certains éducateurs anxieux, qui pressent les petits qui n’ont pas leur masque : « Eh quoi, va-t-on les renvoyer chez eux si les parents ont oublié de leur donner un masque ?! Plutôt que de leur imposer ce masque, le devoir premier de l’école n’est-il pas de les rassurer, d’offrir un environnement de bien-être, et de créer une relation de confiance, propice à l’apprentissage ?! ». G. estime aussi qu’une telle mesure est particulièrement scandaleuse et discriminante envers les enfants « dys » : ceux-ci ont en effet besoin de voir le visage de l’instituteur et des autres élèves, de bien regarder leurs expressions faciales et de lire sur leurs lèvres. Il en va de même pour l’instituteur, qui a aussi besoin de lire sur les lèvres de l’enfant afin de l’aider à mieux prononcer. « Avec ce masque, jamais ils ne pourront apprendre à lire ! » 

2 Témoignage du Docteur L., médecin généraliste, 58 ans. 

À 58 ans, le docteur L. a une carrière de médecin généraliste bien remplie et, jusqu’à présent, gratifiante : spécialiste en diététique, passionné par une approche holistique de la santé et prônant une médecine axée sur la prévention, mais sans exclusive aucune, le docteur L. s’est attiré au fil des ans une patientèle fidèle, avec laquelle il prend toujours le temps d’écouter, de dialoguer et d’expliquer pourquoi il propose tel ou tel traitement, ou pas. Aujourd’hui pourtant, L. est inquiet, fatigué, désabusé et prêt à jeter l’éponge, « alors même que je suis un bon médecin et que je ne me vois pas exercer une autre profession ». En effet, L. craint de connaître le sort d’une jeune consœur qui a été suspendue deux ans par l’Ordre belge des médecins pour avoir partagé avec certains de ses patients ses doutes quant aux thérapies géniques anti-coronavirus improprement appelées « vaccins ». Ce cas n’est pas isolé. Un autre confrère a été rappelé trois fois à l’ordre par ledit Ordre et risque aussi une suspension. Lui n’a pas été dénoncé par des patients mais par certains membres de leur famille ! Le docteur L. craint de connaître le même sort : « Cette épée de Damoclès m’est insupportable. Je suis de nature paisible et je ne veux pas me battre. Si l’on me menace, plutôt que de me défendre, je pense que je partirai, loin, pourquoi pas dans un village de montagne isolé ». 

3 Témoignage de Monsieur F., technicien internet, 34 ans. 

Italien d’origine dont la famille s’est installée en Belgique lorsqu’il avait douze ans, Monsieur F. suit de près la manière dont les deux pays traitent la crise covid. En Belgique comme en Italie, on constate de très graves atteintes aux principes les plus fondamentaux : « La prof de religion de mon fils de huit ans s’est permise de demander : “Qui est vacciné ? qui va se faire vacciner ?”. Sur 20 gamins, malheureusement, 4 ont levé la main, et elle a enchaîné “Ah, c’est bien, moi j’ai fait ma troisième dose”. Je trouve ça i-na-dmissible, une prof qui parle ainsi de ce qui reste un secret médical ! Et en disant ça à l’école, ça va discriminer – on connaît la méchanceté des enfants : “Toi t’es vacciné ! toi t’es pas vacciné !”. Je vais aller voir la directrice, je ne vais pas lâcher l’affaire ! Quand mon fils est venu me raconter ça, j’ai été scandalisé. Moi, ce que j’apprends à mes enfants, c’est le contraire, c’est qu’ils doivent accepter le choix de chacun et traiter chacun sans discrimination. Malheureusement, c’est le contraire qu’on voit un peu partout. En Italie, un chien peut rentrer dans un supermarché et pas un non-vacciné ! » « Ils n’ont qu’une seule idée : vacciner, vacciner, vacciner ! Dis-moi dans quel travail on n’a qu’une seule idée ! C’est pas possible, c’est pas logique ! C’est quoi cette pensée unique ?! » 

Cela dit, F. est optimiste car il constate que, dans son entourage, les gens commencent à se rendre compte qu’on les a menés en bateau : « De plus en plus de gens viennent me voir pour me dire : “Dis donc F., on a fait la troisième dose, on a eu le covid il y a deux mois, on l’a eu encore il y a un mois, là on l’a encore !”. Ils attrapent trois fois le covid en trois mois de temps. Incroyable ! » 

Bref, il estime que le vent est en train de tourner et que, comme on le voit en Espagne et en Angleterre, « tout ça c’est en train de se terminer ». 

S. Kimo