Kairos 50
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Hors-vivant

Au fait, ce monde, sommes-nous encore vraiment dedans ? Nos gouvernants ne nous ont-ils pas contraints, sans fin, depuis le printemps 2020, à nous en extraire, à nous mettre à distance, à nous aliéner, à faire comme si nous pouvions faire reculer le vivant tout entier, nous en préserver ? Nos pathétiques « gestes-barrières » ne sont-ils pas comme une façon de dire que nous sommes plus forts que le monde, que nous pouvons vivre loin de lui ? Et en prétendant que grâce au vaccin, nous allons « vaincre le virus », nos gouvernants ne nous entraînent-ils pas dans une posture de toute-puissance aussi dangereuse que vaine et illusoire ? 

Cette posture, qui nous conduit à nous penser en dominants, à l’extérieur du vivant, le regardant de haut, sûrs de pouvoir le maîtriser comme s’il était notre jouet et que nous pouvions le faire tourner à notre guise autour de notre petit doigt, cette posture, loin de travailler à notre santé, travaillera à notre perte. 

Alors, dans quel monde voulons-nous vivre ? Tant que nous avons encore un peu de marge de manœuvre, un peu de liberté d’expression, un peu de choix, dans les pauvres vestiges de démocratie qui nous restent, que choisissons-nous ? Où est l’essentiel à nos yeux ? Où est notre priorité ? 

Pour moi, il est bien clair que je ne veux, à aucun prix, vivre dans un monde où les journalistes de télévision présentent « l’information » le visage masqué, où la connaissance scientifique est érigée en dogme infaillible, où la culture est déconsidérée, au point d’être abolie. Je ne veux, à aucun prix, vivre dans un monde où l’on peut être inquiété pour un délit d’opinion, où une poignée de main est un geste honni, une infraction passible d’amende, où les visages sont voilés dans l’espace public et où l’absurde côtoie 

le non-sens. Je refuse catégoriquement de vivre dans un monde où l’information s’est métamorphosée en propagande, où la censure devient une pratique banale, cautionnée par l’État, lui-même aux ordres des géants du Net, un monde où règnent obscurantisme, répression et abus d’autorité, un monde où mes données de santé sont connues, fichées, contrôlées et tracées. 

Je ne veux pas d’un monde où la sécurité sanitaire est reine, où, à la moindre alerte virale, tout le monde doit rester enfermé chez soi et ne peut aller faire ses courses qu’en se dissimulant compulsivement sous un masque qui ne sert à rien. Je ne veux pas d’un monde sous surveillance, je ne veux pas d’un monde sans contacts. Je ne veux pas d’un monde en état perpétuel de mort cérébrale, respirant à peine, angoissé, souffrant, véritable attentat à la vie, antithèse même du vivant. 

Je veux un monde de joie, un monde nourri, vivant, heureux, créatif, fécond. Je veux un monde qui bouge, qui s’étreint, qui s’enlace et s’entrelace, qui s’élance, qui avance, qui se régénère, qui n’en finit pas de se transformer et de se renouveler. Je veux un monde de construction, d’alliance, de solidarité, de citoyenneté, de vraie liberté, où les problèmes qui se présentent sont abordés dans l’ouverture et l’irrigation, à la lumière de toutes les ressources disponibles, à la recherche d’authentiques solutions. Je veux un monde qui respire, qui sourit, qui fait confiance. Un monde qui chante et qui danse, un monde d’énergie, de vigueur, de force. Un monde de parfums, d’intuitions qui s’expriment, de portes qui s’ouvrent, de bras qui s’ouvrent, de rideaux qui s’ouvrent, de rires qui fusent. 

Personne n’a le droit de nous soustraire à ce monde-là. Personne n’a le droit de nous entraver, au point d’éteindre ce monde-là. C’est le nôtre, il n’a rien de parfait, il est même plein de défauts, mais il nous est vital. Si nous le laissons s’éteindre, nous nous condamnons nous-mêmes à nous éteindre. 

Nos gouvernants nous infligent depuis 15 mois une politique sanitaire dont il est de plus en plus patent qu’elle est un échec. Une politique qui fait semblant de s’occuper de notre santé, alors qu’elle ne cesse de lui nuire. Loin de s’interroger sur sa validité, ils s’obstinent. Loin d’élargir leur champ de vision, ils préfèrent garder leurs œillères. Et les effets délétères pour la population continuent à s’additionner. Notre monde devenu prison ressemble à une mare stagnante où l’eau ne se renouvelle plus, ne circule plus, sent mauvais ; un monde triste, désespérant même, stérile, ennuyeux à périr. Ce n’est pas ce que nous voulons ? Changeons de gouvernants. 

Corine Dehaes, philologue, enseignante