En Belgique, dès le printemps 2020, vous avez été un des premiers à critiquer la gestion politique de l’épidémie. Aviez-vous d’emblée été étonné de la façon dont les gouvernements belges et français s’y étaient pris ? Un an plus tard, votre analyse a-telle changé ?
C’est une question intéressante, à laquelle je réponds pour la première fois publiquement. À partir de décembre 2019, j’étais inquiet, suite aux informations venues de Chine. En janvier, on voyait tous ces gens malades à Wuhan. Ma première impression était donc alarmiste. Puis il y a eu le premier confinement. Au tout début, je trouvais que c’était une bonne idée, ainsi que de fermer les frontières. Il fallait limiter, isoler, traiter. Mais à la mi-avril, je me dis que quelque chose clochait : masques d’abord inutiles puis obligatoires, messages contradictoires, etc. J’ai commencé à douter, me suis posé des questions sur l’origine du virus et ai mené mes investigations, surtout à partir du cas de la France, tout en regardant aussi la Belgique.
En juillet 2020, vous avez publié sur le site tribunejuive.info un article intitulé « Le masque et la vie ». Pour vous, cette question du masque était cruciale pour comprendre la stratégie biopolitique. L’est-elle toujours ? Autour de moi, certaines de mes connaissances, pourtant indisposées par les mesures sanitaires liberticides, n’y voient qu’un détail, assez bizarrement…
Cet article qui a fait le buzz marque ma visibilité dans le domaine public. Antipress a été le premier à le publier. Il symbolise l’entrée en action du « canari dans la mine ». En tant que Juif né peu après la Shoah, je suis très sensible aux signes avant-coureurs et aux signaux faibles. J’ai écrit l’article à la fin juillet. En plein été, on nous imposait le masque en extérieur, alors que les indicateurs épidémiologiques étaient au plus bas. Je me suis dit : « Si on en est là, qu’est-ce que ça va donner à la rentrée, quand la grippe et les rhumes vont revenir ? ». Le masque commençait à revêtir une signification plus politique que sanitaire. Ce n’est donc pas du tout un détail pour moi !
Quelle est sa symbolique ?
Le masque est une manière de museler les gens, de les faire taire, obéir, se soumettre, de les déshumaniser. Précisons : je n’y suis pas opposé en milieu clos, mais à l’extérieur aucune étude n’atteste de son efficacité pour ralentir ou combattre une épidémie. L’explication est que les politiques veulent éviter toute recrudescence virale et prendre le minimum de risque, de manière à ce que rien ne leur soit reproché. Et puis, il fallait un signal symbolique fort.
J’ai remarqué aussi avec étonnement le « stoïcisme » et la résilience de mes concitoyens portant le masque en plein été et en pleine chaleur…
À l’évidence, il y a plusieurs « catégories » psychosociales. Il y a des gens stoïques, peureux (de l’amende et/ou du virus), conformistes, adhérant au dogme officiel. La docilité et la réceptivité au narratif gouvernemental sont massives, en Belgique comme en France. Il est très affligeant que l’obéissance soit généralisée à ce point. En France, Louis Fouché proposait récemment de donner rendez-vous à quelques centaines de personnes « démasquées » dans une grande surface, comme action de désobéissance civique. Cela aurait un impact, car l’union fait la force. Mais comment fédérer les gens est une question compliquée. Bref, le maître-mot de cette situation est la peur. Et elle empêche l’argumentation rationnelle et inhibe l’action.
« Liberté » est devenu un gros mot, alors qu’il était sur toutes les lèvres jusqu’à la survenue de l’épidémie…
Celui qui revendique sa liberté est considéré aujourd’hui comme un criminel. Là aussi, on a basculé ! Depuis mes prises de position, je me suis fait black-lister en de nombreux endroits, y compris sur Facebook, où mes comptes ont été abusivement restreints à trois reprises, sans aucune explication convaincante de la multinationale et sans recours possible. C’est aussi arrivé à mon ami Jean-Dominique Michel. Cela nous a fortement découragés, mais nous avons décidé de résister. J’ai évidemment besoin de ce réseau social pour m’exprimer.
Qui sont les intellectuels à sortir du lot ?
Il n’y en a pas beaucoup. Michel Onfray, auteur que j’apprécie par ailleurs, m’a déçu sur la question du vaccin. Son argumentation est classique, mais selon moi ne s’applique pas à ce virus. Se faire vacciner pour partir sous les tropiques, ça n’a rien à voir avec le vaccin anti-covid. La vraie question est « pourquoi cette hystérie vaccinale pour une maladie dont plus de 99% des gens contaminés réchappent » ? Oser la poser c’est risquer la disqualification ! Cela dit, je ne suis pas un opposant à la vaccination. Je suis partisan de la liberté individuelle vaccinale quand elle est justifiée. L’autre question, ce sont les conséquences de l’obligation vaccinale par défaut, qui donnera lieu à un passeport sanitaire numérique, idée-force du « Great Reset ». La nouvelle norme anthropo-sociale arrive par le vaccin. Je m’en doutais déjà il y a huit mois d’ici. Voilà ce qui me révolte, et pas les risques d’effets secondaires du vaccin, qui ne sont pas plus dangereux que ceux d’une foule de médicaments. Rendons-nous compte que le pass sanitaire sera peu à peu obligatoire dans notre pays, et peut-être même un jour pour aller faire ses courses ! Un véritable apartheid sanitaire !
Est-ce que tout est déjà fichu ?
En tant que pessimiste-réaliste-lucide de nature, je pense que c’est plié, la loi « pandémie » va probablement passer comme une lettre à la poste au Parlement. Or, c’est une catastrophe : traçage général de la population, contrôle numérique, applications obligatoires pour vivre selon la nouvelle norme sanitaire, reconnaissance faciale pour surveiller les personnes en quarantaine et même bracelets électroniques ! Le PTB et la N-VA sont les seuls partis à s’y opposer mais ne sont pas majoritaires. Ma crainte est que la Belgique devienne un pays-pilote, comme Israël. Pourquoi ? Peut-être que parce qu’ici se trouve le siège de l’Union européenne et que nous devons montrer l’exemple.
Comment s’y opposer ?
Difficile. Au Parlement règne un quasi-consensus. Les tribunaux ? Je n’y crois pas, trop d’adhésion aux mesures. La peur gouverne et ça marche. Regardez l’affaire du masque en été. Si les autorités étaient capables d’imposer « ça », c’était le début de la fin et tout était envisageable. Aujourd’hui, malgré un faible nombre de décès par jour « du » et « avec » le virus sans que l’on sache la différence, nous sommes toujours dans le même régime sanitaire. La Chine avec son crédit social est le modèle dont semblent s’inspirer nos démocraties.
À tous les échelons — du gouvernement au citoyen lambda en passant par les experts et les médias dominants ou non —, le complotisme est présenté comme un chancre rongeant le débat, la raison et la démocratie. Certes. Mais l’obsession anti-complotiste sévissant actuellement n’aboutit-elle pas aux mêmes travers, par retournement pervers ?
Aujourd’hui, le complotisme est surtout devenu une manière de désigner et d’épingler tout esprit dissident au dogme covidiste en le condamnant à la mort sociale et professionnelle, en l’excluant, en le discréditant et en le disqualifiant. C’est une arme de destruction sociale massive utilisée par le pouvoir. Ça rappelle la psychiatrisation en Union soviétique jadis. Or, une personne désignée « complotiste » est souvent un individu de bonne foi qui fait l’hypothèse qu’il y a des gens qui complotent quelque part. Il traque les comploteurs en espérant les démasquer. Et alors ? Où est le crime ? L’histoire est jalonnée de complots historiques, tout le monde le sait ! Mais il y a surtout beaucoup de gens qui se posent de très bonnes questions sans pour autant faire l’hypothèse d’un complot.
La « Grande Réinitialisation » de l’économie, initiée par le Forum économique mondial, est souvent classée dans la théorie du complot, alors que ses principes sont pourtant visibles et portés à l’attention de tous, sur son site et dans l’ouvrage de Klaus Schwab Covid-19 : the Great Reset. Comme disent Pièces et Main d’œuvre, tout est là, il n’y a qu’à lire…
Les concepteurs du Great Reset expliquent eux-mêmes dans leur livre que le covid est une opportunité pour mettre en place leur agenda. Il n’y a donc pas de complot. La seule vraie question « complotiste » qui demeure est celle du lien de causalité : où est l’œuf, où est la poule ? Le coronavirus a-t-il été délibérément « créé » en laboratoire et utilisé comme prétexte à réinitialiser le capitalisme contemporain ? C’est une hypothèse intéressante. Est-elle plausible ? Il faut l’examiner et nous ne possédons aucune preuve jusqu’à présent. Mais il n’est pas permis de poser cette question sous peine de lynchage médiatique. Une seule chose est claire, le Forum économique mondial profite de la pandémie pour implémenter l’agenda de la Grande Réinitialisation ; en effet, c’est écrit, il suffit de le lire.
Propos recueillis par Bernard Legros en mars 2021.
* Né à Bruxelles, philosophe (ULB) et psychanalyste. A travaillé dans le domaine des psychotropes (drogues légales et illégales, médicaments), en s’attachant à la dimension anthroposociale des usages de drogues dans une perspective géopolitique.
Sa formation de philosophe, son expérience clinique et les conclusions de ses recherches l’ont ainsi conduit à étendre ses réflexions et sa pratique au-delà des questions liées aux usages de drogues avec un regard multiple, critique et questionnant. Plus récemment, il a publié des articles d’analyse et de réflexion sur des sujets de société qui le passionnent comme le Covid, pour Tribune Juive, Causeur, Antipress, Nexus, France Soir et Vu du droit.


