Ce petit monde se nuance et change sans cesse, comme un kaléidoscope. Il est comme une musique qui caracole avec ses refrains et improvisations. Mais il y a un refrain qui depuis deux siècles revient sans cesse, lancinant : une partie d’entre nous a peur. Elle ne supporte pas l’imprévu qui ferait basculer le programme. Une partie d’entre nous a pris le pouvoir, par peur de souffrir. Parce qu’en faisant tout pour contrôler et prédire, on pourrait faire taire les alternatives, les asservir.
Tout dans le moindre détail est désormais le fruit d’un processus programmatique, d’une ingénierie automatique de gestion optimisée. Boucles de rétroaction, programmes d’action qualité, intelligence artificielle, deep learning, data driven factory, data driven health, trading à la nanoseconde, agendas partagés… La démesure du contrôle. La folie prométhéenne jusqu’au grotesque.
Toute action sur la matière est désormais médiée par un système technique, pour lequel vous n’êtes qu’une variable, et le monde qu’une réserve de ressources à piller. Baisser son store, trouver un restaurant, décider son itinéraire, appréhender la météo, optimiser son temps de transit, payer à la caisse, compter la monnaie rendue… jusqu’à rencontrer l’autre. Gouvernementalité numérique algorithmique. Intelligence artificielle. Transhumanisme délirant.
Le monde que nous avons laissé advenir est une grimace, une caricature enlaidie de la création. Un monde automatique sans chatoiement, sans bifurcation, sans possibles et sans rêves, administré par quelques pervers narcissiques. Nous sommes rentrés dans l’ère du totalitarisme artefactuel numérique, où l’humain est obsolescent. Devenu incapable de survivre, à peine encore vivant, il n’interagit plus sans sa béquille techno-industrielle et sans des maîtres pervers. Gunther Anders, Jacques Ellul, Ivan Illich, Eric Sadin l’ont magistralement détaillé.
L’hubris a conduit à laisser se créer une duplication numérique du monde. Nos maîtres sont les chiffres, les nombres, les datas et leurs possesseurs. Tout est variable à optimiser. L’humain reste seul zombie au milieu des décombres, derrière son écran numérique de fumée. Plus rien de vivant, plus de
beauté. Un monde artefact, tout de plastique, de clinquants et de béton, un monde digital en toc où tout est faux. Comme dans le Truman Show. Une illusion. Pour quel leurre avons-nous laissé faire ? Le lieu est devenu invivable. Nous avons tout cassé. Le pacte avec le diable a été passé. « Tu ne souffriras pas ! Si tu te prosternes devant moi. » Mais nous souffrons plus que jamais !
Alors voilà le moment opportun. Kairos. Celui que nous vivons en est un pour de bon. Avec toute la souffrance du Vivant qui nous revient par ricochet. Voilà le coup de fouet qu’il nous fallait pour nous réveiller. Il est grand temps de chasser les peureux, de sortir les sophistes. Ouste les médias corrompus et inquisitoriaux. Ouste Big Pharma qui joue avec nos vies. Ouste Big data qui mange nos données. Ouste Big tech qui veut faire de nous des infirmes de la réalité. Ouste les politiciens vermoulus. Ouste les idéologues transhumanistes poussiéreux de plateaux télé. Ouste la Silicon Valley.
Il faut laisser s’effondrer ce système laid et mourant. Il est temps de le désinvestir de notre énergie. Il ne tient encore que parce que nous lui donnons notre sang. Le système technique est devenu le principe
même de l’asservissement de masse. Quittez le système technique. Retrouvez, recréez une technique conviviale qui permette de mieux vivre ensemble. Renouez avec le réel derrière le décor. Il est temps de choisir l’essentiel.
Ne cherchez pas à convaincre ceux qui croient encore à ce monde qui est en train de tomber. Ils se raidiront d’autant plus sur leur totalitarisme brutal et criminel. Juste accueillez-les quant à leur tour ils auront compris dans quel mal ils vivaient.
La souffrance que nous vivons est une initiation. Elle est une chance. Enfin, nous pouvons éviter le pire. Sortons de cette poubelle de pétrole, de plastique et de béton. Nous sommes dans un moment historique. Ne vous y trompez pas. Et les moments historiques sont là pour foutre en l’air le traintrain quotidien. Nous sommes dans un moment d’agonie du Monde que nous avons connu. L’appel est lancé. Parce qu’il est toujours lancé. Portez la vie par delà la souffrance et par delà les peurs. Buycott, boycott, bankrun. Quittez les villes. Éteignez la télévision. Éteignez vos téléphones. Quittez vos boulots à la con. Retrouvez ceux que vous aimez. Retrouvez la joie. Plantez des arbres. Faites pousser vos légumes. Créez votre monnaie. Adonnez-vous à la joie de créer, de contempler. Réappropriez-vous votre santé. Low tech, slow life. Retrouvez l’aventure et l’insouciance. Prenez soin des plus faibles. Ils vous le rendront au centuple. Remettez-vous en lien. Soyons des gardiens du Vivant.
Dans quel Monde vivons-nous ? Celui que nous créons !
Dr. Louis Fouché, spécialisé en Anesthésie-Réanimation



