
Joseph Tayefeh est secrétaire général de Plastalliance, syndicat européen de la plasturgie et des composites. Il signe en 2023 un essai, Plastique Bashing, l’intox ?, paru aux éditions Le Cherche Midi. Il lance ainsi une croisade contre les campagnes collectives qui discréditent, selon lui sans grande cohérence, un des matériaux le plus utilisé au monde : le plastique.
Concrètement, comment s’identifie ce phénomène que vous appelez plastique bashing ?
Jusqu’à la parution du livre, l’ensemble des médias et des personnes qui y intervenaient étaient contre le plastique. Il n’existait pas d’autres discours. Cela a quelque peu changé depuis, mais reste très minoritaire : on entend du matin au soir des contre-vérités sur le recyclage qui ne fonctionne pas, sur la toxicité du plastique ou des MNPs, sur la responsabilité de la France, des Occidentaux ou de l’ensemble des pays développés concernant la pollution plastique dans les océans, que ce sont les emballages les premiers responsables de cette pollution, que la seule manière de résoudre ce problème, c’est la réduction et la décroissance. Le plastique bashing, c’est aussi une distorsion entre les décisions françaises et européennes : comme le logo de tri entravant la circulation des emballages des autres États-membres de l’UE en France, la loi sur l’interdiction de certains emballages en PS, la fin des emballages plastiques à usage unique en 2040, etc. Le plastique bashing, c’est un saccage de nos inventions et de notre industrie pour des raisons idéologiques, par ignorance parce que des gens parlent du plastique sans savoir de quoi ils parlent, ou ont été trompés, ou ont mal compris —, ou pire pour des motifs économiques ou géo-stratégiques.
Vous faites référence aux ingérences évoquées dans votre livre
Le plastique est un enjeu de guerre économique. On va me traiter de conspirationniste, mais des éléments montrent effectivement qu’une fondation allemande, financée directement par des fonds fédéraux allemands, fait de l’influence sur le plastique en France, alors que l’Allemagne est le premier producteur européen. Pourtant, cette propagande n’existe pas en Allemagne ! Il se trouve que ce lobby, la fondation Heinrich Böll, satellite des Verts allemands, est le même qui a attaqué la filière nucléaire française. L’École de guerre économique, basée à Paris, alertée après la parution de mon essai, m’a donné raison en publiant un rapport[note] qui confirme l’ingérence, la guerre économique et informative pratiquées par des associations ou fondations financées par des fonds publics provenant d’Allemagne et des Pays-Bas.
Quel est l’objectif, d’après vous ?
Tuer l’industrie plastique française. L’Allemagne est n° 1 du plastique, l’Italie n° 2 et la France n° 3. Aujourd’hui, la France importe plus de plastique d’Allemagne que ce qu’elle lui envoie, mais elle reste un concurrent. Faire planer avec insistance les prétendus dangers ou interdiction des plastiques (emballages, essentiellement) aux industriels ou au législateur français provoque la fermeture des industries. Pourquoi investir si, in fine, tout sera interdit ? Mais ces ONG ne sont pas idiotes et savent très bien qu’à terme, l’interdiction ne pourra pas être mise en œuvre du fait des règles relatives au marché intérieur.
Dans 5 ou 10 ans, l’interdiction n’existera plus, mais il n’y aura plus d’industrie en France, elle aura perdu sa souveraineté. Le problème, c’est qu’on saisit mal l’importance de l’emballage et/ ou du plastique à usage unique. En temps de problème d’eau potable, en temps de catastrophe naturelle, en temps de crise (masques covid), en temps de guerre et en temps de famine (Gaza, Mayotte, Ukraine), si vous n’avez pas de bouteilles d’eau, d’emballages ou d’éléments médicaux à usage unique, vous ne venez pas en aide à la population. Je ne connais pas d’industriel qui ne fabriquera du plastique qu’en temps de crise.
J’aimerais revenir sur les contre-vérités concernant la toxicité du plastique que vous évoquez. Vous faites référence aux MNPs, mais aussi éventuellement aux phtalates, au bisphénol A ? Le bisphénol A est à proscrire des conditionnements alimentaires et est d’ailleurs interdit en France depuis 2015. La Commission européenne a également interdit cette année l’utilisation et le commerce du bisphénol A et dérivés dans les matériaux en contact avec les denrées alimentaires. Les phtalates sont également très réglementés (voire interdits) en UE. Il reste la question des effets des additifs ajoutés aux polymères plastiques, mais les produits fabriqués en Europe s’améliorent régulièrement avec le temps, la réglementation européenne étant la plus stricte au monde en termes de suivi, d’évaluation et d’autorisation. Mais attention aux plastiques fabriqués hors d’Europe ! C’est comme comparer un poulet bio français ou belge à un poulet brésilien gonflé d’hormones.
Quand une étude trouve des substances préoccupantes ou du BPA, le premier réflexe est de vérifier le lieu de fabrication. En revanche, les polymères autorisés par l’UE n’ont aucun danger vraiment démontrés et réels dans les conditions normales d’exposition et d’utilisation. C’est indéniable.
Y compris les MNPs ?
Y compris et surtout les MNPs. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de risque avec les MNPs au-delà d’un certain seuil. Des études ont montré des impacts sérieux sur des animaux. Cependant, les doses utilisées pour arriver à des effets délétères sont totalement irréalistes au regard de la quantité, infinitésimale, à laquelle sont soumis les êtres humains dans la vie de tous les jours. Cela vaut pour beaucoup de produits comme l’arsenic, produit reconnu incontestablement comme toxique et que l’on trouve dans le riz à de très faibles quantités. On n’interdit pas le riz pour autant. Je vais vous donner un exemple tout récent de l’ANSES[note] : l’étude trouve plus de MNPs dans les bouteilles en verre (peinture des capsules) comparativement aux bouteilles en PET. Le vernis ou la peinture d’un bouchon libérerait donc plus de MNPs qu’une bouteille 100 % plastique.
Dans son communiqué de presse, l’ANSES indique qu’on ne connaît pas les conséquences en l’absence de données toxicologiques de référence, et qu’il n’est pas possible de dire si les quantités de MNPs trouvées présentent ou non un risque pour la santé. L’absence de preuve de dangerosité ne signifie pas nécessairement qu’il n’y a pas de danger. Or le discours actuel est de dire : « On a la preuve que c’est dangereux ». Oui, mais à des doses irréalistes, comme évoqué précédemment et comme des études le rappellent régulièrement.[note] Les gens seraient très surpris de connaître l’origine des MNPs autour de nous. Dans l’environnement, vous voulez dire ? Si vous enlevez l’ensemble des emballages plastiques du marché mondial, les MNPs de l’environnement seront tout autant présents, peutêtre 0,5 % en moins, parce qu’ils sont majoritairement issus de l’usure des pneus (53 %), des textiles (33 %), des microbilles des cosmétiques (12 %)[note], des peintures et vernis, des filets de pêche qui sont une source de MNPs massive de l’océan.
D’une manière générale, tout objet extérieur qui comporte des pièces plastiques apparentes va potentiellement, avec l’impact de la pluie, émettre des MNPs sur un temps assez long. Donc, à un moment donné, on en a dans l’atmosphère et dans l’eau. Je ne dis pas que ça n’existe pas, ni qu’on n’en inhale pas. En revanche, on a des études qui démontrent que ce qu’on ingère ou ce qu’on respire est vraiment négligeable, contrairement à ce qu’ont claironné les médias : 5 grammes par semaine[note] ! C’est une fake news issue d’une étude derrière laquelle se trouve le WWF, propagée encore aujourd’hui, alors que des études indépendantes ont démontré les biais et les erreurs. Mais personne n’est revenu sur le sujet. En revanche, vous avez une multitude de produits chimiques qui existent dans notre environnement : dioxyde de titane[note] , plomb, rouge de mars, silicates etc., mais plus personne n’en parle. D’une certaine manière, les grands gagnants de la bataille contre les plastiques par le narratif des MNPs, ce sont les industriels des autres particules fines. Les MNPs représentent 0,001 % en masse des particules que nous ingérons[note] : c’est l’arbre microplastique qui cache la forêt des autres micro et nanoparticules qui nous entourent.
Sur PubMed, la plateforme de recherche de littérature biomédicale, 411 publications sont trouvées rien que pour les 12 derniers mois avec les mots clés : santé et MNPs. Comment explique-t-on ce phénomène ?
C’est commercial ! Dès qu’une étude porte un message alarmiste sur les MNPs, les médias s’en saisissent sans analyser comme ils devraient le faire, les limites, méthodologies et conclusions de l’étude. Celles qui apportent un autre message ou qui infirment pour manque de sérieux les études alarmistes ne sont pas relayées, ce n’est pas vendeur. Récemment, une étude dans Nature[note] conclut que beaucoup d’études réalisées sur les MNPs sont biaisées. Ils disent que malheureusement, on est en train d’arriver dans un cycle de désinformation qui ne va ni servir l’environnement ni la recherche pour la santé.
Mais personne n’en parle ! J’ai contacté le journal Le Monde en leur demandant pourquoi ils n’en parlaient pas. Qu’il y a là une étude non payée par l’industrie qui semble affirmer que des éléments rigoureux sont nécessaires pour établir de véritables liens de cause à effet. Mais rien. Un autre article paru dans la revue Cancers recense également toutes les études sur les MNPs de 2017 à 2024, et indique que les seules choses que l’on peut conclure, c’est que leur présence peut entraîner une inflammation de certains organes, mais que les quantités utilisées en laboratoire ne sont non seulement pas représentatives, mais bien plus massives que celles retrouvées dans la nature[note] . C’est une réelle faute scientifique, mais à nouveau personne n’en parle. Il existe aujourd’hui des sites de revue des pairs[note], des scientifiques indépendants, universitaires, chercheurs qui commentent ces études de PubMed et qui sont très critiques, mais personne ne les lit. Pourtant, en les lisant, on remarque bien qu’il n’y a aucun consensus établi. Il y a donc un monde entre l’affirmation et l’aplomb de certaines ONG et la réalité scientifique. Récemment, un oncologue et une spécialiste des polymères plastiques, membre bénévole d’une ONG luttant contre la pollution plastique, ont mis en garde contre les discours alarmistes. Ils ont relevé un certain nombre de limites majeures aux études portant sur le plastique et concluent ainsi : « Les médias mettent en lumière les études les plus anxiogènes, au risque d’influencer négativement le comportement des consommateurs et d’alimenter la défiance envers la science, en entretenant la confusion entre hypothèse et certitude[note] ».
Quelle est la réalité 2025 du recyclage du plastique ?
En Europe, le taux de recyclage des emballages plastiques est de 41 % en moyenne. Avec des taux qui varient de 10 % (Malte) à 60 % (Slovaquie) en passant par 25 % (France) et 54 % (Belgique). En France, on a encore entre 20 et 30 % des emballages plastiques qui finissent en décharge ou enfouissement, alors qu’en Belgique, Pays-Bas, Autriche, Luxembourg, Allemagne, on est quasiment à zéro.
En Belgique, vous dites qu’on est à zéro, parce qu’il est mis en unité de valorisation énergétique (UVE) ?
C’est bien ça, il n’y a quasiment plus d’enfouissement des emballages plastiques en Belgique, ce qui n’est pas recyclé part en incinération. La valorisation énergétique, c’est tout à fait magnifique, tout comme l’enfouissement est appelé stockage ! Ce sont les termes utilisés par les gestionnaires de déchets (Paprec Energies, Veolia, Suez en France, Tibi, inBW, Ipalle en Belgique). Ce ne sont pas que des recycleurs, mais aussi, pour certains, des brûleurs de déchets et/ou des enfouisseurs, ils disent faire du recyclage thermique. La pyrolyse, c’est du recyclage thermique, mais pas l’incinération, même si elle fournit un peu d’énergie que certains essaient même de faire passer au niveau européen pour de l’énergie verte.
Je sens de l’ironie ?
Le problème, c’est qu’il y a là un modèle économique ! Les gestionnaires de déchets et les éco-organismes sont chargés de traiter nos déchets et donc de recycler. Il ne faut jamais l’oublier. Mais ils ne sont jamais pointés du doigt. L’incinération et l’enfouissement sont très rentables, mais le recyclage représente forcément un coût d’investissement. À mon avis, les gestionnaires de déchets ne sont pas suffisamment incités à faire avancer le recyclage[note].
Que faudrait-il pour que cela change ?
Interdire l’enfouissement et la mise en décharge des emballages plastiques et augmenter massivement la fiscalité sur l’incinération. Il ne faut pas subventionner le recyclage, parce que ça va augmenter le prix de la matière recyclée et créer un effet d’aubaine. En revanche, taxer plus lourdement les activités d’incinération orientera les gestionnaires de déchets et éco-organismes à recycler. C’est pour ça que la consigne n’est toujours pas présente en France, alors qu’elle existe dans 16 pays européens. Les collectivités et les gestionnaires de ce type de déchet s’y opposent parce que c’est l’un des rares plastique (PET) qu’ils collectent très bien, comparé aux autres, et qu’ils recyclent euxmêmes pour le revendre. Selon moi ce refus est une forme d’aveu, ils ne veulent pas perdre les produits qu’ils collectent le mieux à domicile et recyclent le moins mal, et montrent à mon sens qu’ils n’ont pas l’intention de recycler autre chose. Si les bouteilles sont consignées, il va falloir investir pour recycler le pot de yaourt, la barquette, le film, etc., composés d’autres polymères comme le PS, le PP ou le PE.
Elle n’est pas arrivée en Belgique non plus…
L’Europe l’imposera à l’ensemble des pays européens en 2029 pour les États n’atteignant pas un taux de collecte des bouteilles plastiques de 80 % en 2026. Le recyclage chimique (dissolution, dépolymérisation chimique, pyrolyse/gazéification) devrait compléter le recyclage mécanique actuellement très majoritaire. Pourtant, il est assez rejeté par nos décideurs, tout comme par les militants écologistes. Pourquoi ? Le recyclage chimique a un bilan carbone plus élevé que le mécanique. Mais il est quand même mieux que l’incinération[note] ! La problématique est à nouveau économique et vous avez une guerre entre les industriels du recyclage mécanique et chimique parce qu’ils sont concurrents. Et dans le recyclage chimique, vous avez également de la concurrence entre la pyrolyse et la dépolymérisation. Tout le monde est divisé en interne : tel recyclage est contre tel recyclage, les bioplastiques sont contre le recyclage et inversement, l’industrie du PET est en concurrence avec celle du PS ou du PE, etc. Alors qu’en face, les industriels du papier-carton arrivent unis tout comme les ONG, parfois avec les ONG. On parle souvent du continent plastique, mais nous avons un continent d’ONG qui s’est aggloméré à l’Europe de l’Ouest et qui s’est regroupé notamment en France, parce qu’il y a de l’argent à se faire ! Il serait intéressant de regarder la part de subventions publiques et la part des cotisations des adhérents à ces associations. On ne peut pas s’appeler organisation non gouvernementale et vivre aux crochets de l’État, et donc de nos impôts.
Est-ce que ces 3 procédés sont à présent efficaces, pilotables en quantité industrielle et mis en application ?
D’un point de vue théorique, oui. D’un point de vue pratique, les filières de pyrolyse existent, mais celles de la dépolymérisation (revenir au monomère) ou de la dissolution (nettoyage du polymère) coincent. Les problèmes sont nombreux.
- Les coûts financiers sont très importants.
- Il faut des flux de déchets (et qui alimentent en déchets ? Les gestionnaires de déchets qui gagnent de l’argent avec l’incinération !).
- Les projets sont attaqués par les ONG écolos. Rien n’engage à investir, que du contraire ! Et puis, l’actualité (Ukraine, Trump) provoque d’énormes incertitudes économiques. Il y a des projets soutenus par l’Europe. Mais c’est balbutiant. Et c’est bien dommage !
Qu’en est-il du recyclage des autres plastiques ?
Tout est recyclable si on s’en donne les moyens et s’il y a un intérêt économique ou une obligation réglementaire. Les fameux masques bleus ont été collectés pour faire des équerres et des règles[note]. La France est numéro un européen du recyclage des plastiques de voiture[note] (et avant-dernier des emballages). La voiture est démantelée, le plastique récupéré et part en centre de recyclage pour refaire des pièces de voiture.
Une réglementation européenne a d’ailleurs été adoptée, obligeant les voitures à comporter 25 % de plastique recyclé en poids[note]. Il existe également des filières pour le bâtiment avec les fenêtres en PVC ou l’électroménager. La France est championne mondiale de la collecte et du recyclage des plastiques utilisés en agriculture[note] . Les 3 points noirs du recyclage mécanique du plastique sont le médical et l’alimentaire, à cause des contacts sensibles, et l’aéronautique, où les normes sont drastiques. Pour ces plastiques de très haute qualité, (même exigence qu’un plastique vierge), le recyclage chimique sera indispensable.
Le plastique jetable est restreint à l’usage unique, mais on pourrait l’étendre au plastique obsolescent ? N’observe-t-on pas une baisse assez spectaculaire de la qualité des plastiques (jouets, électroménager, etc.) ?
Il faut faire la différence entre le produit jetable et celui censé durer un certain temps et qui casse prématurément. Dans ce cas précis, il faut se demander où a été fabriqué le produit. Dans les années 1970-80, les produits étaient largement fabriqués en Europe, mais c’est nettement moins le cas aujourd’hui. Or, tout tient aux normes et coûts de fabrication, c’est un point extrêmement important ! Prenez les jeux Lego®, par exemple, ils sont fabriqués au Danemark, et on n’a aucune perte de qualité. Mais au-delà de la durabilité, vous avez la dangerosité aussi. Comme évoqué dans une précédente question, certaines substances chimiques sont strictement interdites dans l’UE et autorisées ailleurs : les emballages ne sont pas soumis aux mêmes normes de contact alimentaire, par exemple ! Le consommateur se pose souvent la question du lieu de fabrication du contenu, mais rarement du contenant. Cela doit changer.
Peut-on imaginer qu’un jour, on ne fabriquera plus de polymère vierge, mais que l’énorme réservoir accumulé de polymère à recycler sera utilisé ?
Quel que soit le type de matériaux (plastique, verre, carton, etc.), même avec une industrie performante de collecte, de recyclage et d’incorporation, vous aurez toujours besoin du vierge à incorporer avec le recyclé à un moment ou un autre, parce qu’il y a des pertes de matières ou pour des raisons de sécurité. Dans le verre, il faut souvent réintroduire des matières premières vierges pour obtenir un verre recyclé de qualité. Une canette (aluminium ou acier) 100 % recyclable ne redevient pas systématiquement une nouvelle canette, donc vous aurez besoin d’aluminium ou d’acier vierge. Une boîte à pizza en carton ne redevient pas du carton alimentaire pour des raisons de traçabilité et de sécurité. Pour le plastique c’est pareil. Ce genre d’objectif est le fruit d’une vision européenne qui est certes très louable, mais je peux vous assurer que ce ne sont pas ceux des autres pays du monde. En Asie, Afrique et Amérique du Nord, les ressources vierges, c’est open bar !
Donc, taxer l’incinération, interdire l’enfouissement, mettre en place la consigne et encourager les centres de recyclage en Europe ne permettront pas de résoudre la pollution plastique dans le monde ?
Ces mesures qui sont réalisables en Europe ne changeront rien du tout au niveau mondial. On est très loin d’avoir des traités internationaux. Et pour les pays qui n’ont aucune infrastructure de recyclage, l’incinération de qualité est encore ce qu’il y a de mieux. Il y a des pays qui ne collectent même pas les poubelles. La poubelle, c’est la rue ou le fleuve. On est dans 2 paradigmes complètement différents.
Avez-vous un message à adresser à nos lecteurs ?
Le plastique n’est ni un ennemi, ni un ami. C’est une famille de produits qui est à la disposition de l’humanité et dont on ne peut absolument pas se passer, quels que soient les secteurs. « Sans le plastique, on ne peut ni se nourrir, ni se vêtir, ni se déplacer, ni se soigner, ni même s’amuser », pourtant le même article[note] conclut qu’« il faut tout arrêter ». Si j’ai un message à faire passer ce serait d’écouter l’ensemble des parties, de trouver des médias dans lesquels vous avez des nuances, le pour et le contre, et de se faire sa propre idée. Aujourd’hui, personne n’est neutre, tout le monde a quelque chose à défendre. Je ne défends pas le plastique en tant que matériau, mais l’industrie plastique européenne.
Avoir cent fois plus de produits plastiques fabriqués hors UE dans 30 ans sera source de risques et une perte grave de souveraineté industrielle. Je ne parle même pas des emplois avec 1.500.000 salariés dans l’UE aujourd’hui. Ces dernières années ont dressé une caricature du plastique, mais des scientifiques vraiment indépendants commencent à dire qu’on a un peu raconté n’importe quoi sur ce sujet, qu’il existe des solutions qui ne mettront en danger ni la croissance ni l’emploi, mais qui pourtant ne sont pas mises en œuvre pour les différentes raisons que nous avons évoquées et qui nécessitent une réelle volonté politique.
Propos recueillis et retranscrits par Marzie Flodienka


