« There Is No Alternative ». Une formule choc, dont la maternité est attribuée à Margaret Thatcher. Une maxime qui lui servait, dans les années 1980, à rejeter toute critique visant ses idées néo-libérales dans une économie de marché.
« TINA » : le fil d’Ariane de la communication « covidienne » du gouvernement. Un slogan politique, auquel les médias dominants offrent une formidable caisse de résonance, un effet amplificateur. Il ne s’agit plus de « penser » la société, de faire des choix, mais de suivre ses « lois naturelles », formulées par la technoscience. Son corollaire : discréditer, voire museler, toute parole dissidente. Bien désigner l’opposant. Au Moyen-Âge, honnis soient la sorcière, l’hérétique. Au XIXe siècle, le citoyen maudit était taxé de « socialiste ». Au XXe siècle, au temps du maccarthysme, il devenait « communiste ». Ensuite, ce sont les termes « poujadistes », « populistes », qui font office d’épouvantail politique. Aujourd’hui, l’insulte « complotiste » claque comme un anathème. Un bannissement. Un terme fourre-tout où l’on jette notamment dans le même sac : « anti-5G », « antivax » ou pourfendeurs de la gestion de la crise sanitaire.
Le complotiste, c’est le citoyen « paria ». Et ça marche. Il agit comme un puissant anesthésiant. Un vecteur de l’autocensure. La fabrique de l’omerta. Sortir de sa réserve pour critiquer la gestion gouvernementale devient désormais un exercice d’équilibriste, voire un acte de bravoure.
Des personnalités scientifiques, qui ont ramé à contre-courant de la doxa sanitaire, en ont pris pour leur grade. Parmi celles-ci : Luc Montagnier, le célèbre découvreur du virus du sida, prix Nobel de médecine 2008, pour qui le virus du Covid 19 pouvait être une création humaine en laboratoire. Une thèse, conspuée par les scientifiques, accréditée de nourrir la théorie du complot. Autre exemple : celui de la généticienne et ancienne directrice de recherche à l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale), Alexandra Henrion-Caude. La chercheuse, qui porte un regard très critique vis-à-vis des décisions prises pour lutter contre le virus, est accusée de complotisme. L’INSERM s’est désolidarisé de ses propos. Youtube l’a censurée.
Que doit penser le citoyen lambda, « analphabète scientifique », sur le discrédit jeté sur de telles personnalités, qui se distinguaient naguère par un parcours prestigieux et un CV de haut vol ? Faut-il effectivement croire qu’ils se trompent lourdement ; qu’ils ont perdu la boule ? Ou faut-il y voir des « lanceurs d’alerte », jouant les Cassandre, prêts à sacrifier leur réputation, voire leur carrière, au nom de l’intérêt collectif ?
La question mérite d’être posée. Face au carcan oppressant de la pensée unique, quel serait le mobile d’un scientifique d’aller déverser son flux d’infox ? Faut-il croire qu’ils sont d’emblée du mauvais côté de la barrière, sachant que la science peut être manipulée, comme le démontrent Pascal Vasselin et Frank Cuveillier, dans leur documentaire, La fabrique de l’ignorance, diffusé le 23 février dernier sur Arte ? Ce dernier offre un exemple édifiant des stratégies nauséabondes élaborées par certains industriels (à l’instar du lobby du tabac et des pesticides) pour noyer les vérités scientifiques qui dérangent, voire produire une contre-science, des études truquées, afin de continuer à écouler leurs produits dangereux, éviter des législations trop contraignantes ou des poursuites judiciaires.
LEBONGRAINETL’IVRAIE
Selon le premier ministre Alexander De Croo, « il faut donner confiance à la science, à l’analyse » dans la gestion de cette épidémie[note].
« La » science : une et indivisible. Serait-elle devenue déiste ? Avec d’un côté, la « vraie » science, qu’écoute religieusement le gouvernement. De l’autre, celle des « complotistes », souterraine, qu’on retrouve sur les réseaux sociaux ?
Au Moyen-Âge, l’obscurantisme dogmatique de l’Église a bloqué tout esprit critique. Le siècle des Lumières a fait éclater la chape de plomb qui le verrouillait. Pour les érudits de cette époque, il fallait questionner la véracité des choses. Est-ce que, aujourd’hui, le fait de douter ne serait plus un réflexe sain ? Pourquoi faudrait-il voir dans le citoyen, qui doute de l’intégrité de Big Pharma, un « complotiste présumé », sachant entre autres que dans sa négociation de contrats d’achats anticipés de vaccins, la Commission européenne a fait primer le secret d’affaires sur l’information des citoyens ? Que ceux-ci prévoient des clauses d’exonération de responsabilité des fabricants? Qu’elle privilégie la logique de « privatisation des gains » et de « collectivisation des pertes », puisqu’en cas de problèmes médicaux consécutifs à leur injection, la responsabilité incombe quasi intégralement aux États ? Qu’une partie du personnel médical rechigne à se faire vacciner ? Qu’en échange du financement public, l’UE n’a pas exigé des firmes pharmaceutiques le partage des technologies ? Qu’elle protège les intérêts de Big Pharma dans le monopole des brevets, dans l’enceinte de l’Organisation mondiale du commerce[note], tout en clamant paradoxalement que la fin de la pandémie est tributaire de la vaccination de la population mondiale, etc. ?
À l’aune de ces faits, où il est manifeste que l’argent prime sur la santé, il est pour le moins légitime de s’interroger sur la gestion de la crise. A fortiori, lorsque le journalisme d’investigation tend à s’éclipser au profit de la propagande.
TINA ET LES MÉDIAS
Dans la croisade contre le virus, c’est « TINA » qui mène la danse, y compris dans les médias. Dans son Édito du 12 mars dernier, le rédacteur en chef de La Libre Belgique, Dorian de Meeûs, donnait le ton : « L’heure est à la vaccination. Il est essentiel de convaincre les Belges de se faire vacciner de manière “ informée, libre et volontaire ”. Une formulation qui sonne comme un oxymore. Pour qu’il y ait un choix éclairé, encore faut-il qu’il y ait débat, avec des contradicteurs. Or, la lame de fond, c’est l’uniformisation de la parole médiatique. À titre d’exemple, les interviews « ertébéennes » de Matin Première, dont « Le parti pris » du 16 mars dernier. Les débatteurs invités : deux apôtres de la vaccination. Emmanuel André, médecin microbiologiste et virologue à la KULeuven, et Charlotte Martin, infectiologue au CHU Saint-Pierre, pour qui la vaccination doit être rendue obligatoire à l’ensemble de la population.
Les médias dominants préparent l’opinion publique en ce sens. Leur rituel : le matraquage au quotidien des chiffres sur le Covid de l’Institut national de santé publique Sciensano, qui restent inlassablement mauvais, voire alarmants. C’est l’argument massue utilisé d’un comité de concertation à l’autre pour ne pas desserrer l’étau, voire resserrer la vis. Le moyen de maintenir la pression sur la population, jusqu’à ce qu’elle se fasse vacciner.
En démontrant qu’on peut faire parler les chiffres dans des sens diamétralement opposés, le réalisateur Bernard Crutzen, dans son documentaire Ceci n’est pas un complot, a créé la polémique. Côté pile : annoncer que la Belgique a franchi la barre de 22.000 morts sert l’objectif de dramatisation. Cela fait de lui un virus dangereux qui justifie les graves atteintes à nos libertés individuelles, dont le droit d’exercer sa profession. Côté face : rapporté à la démographie belge, ce même chiffre n’est plus inquiétant : 0,17%. Certes, le pourcentage augmente avec l’âge, floutant toutefois la cause du décès. Les personnes âgées sont-elles emportées par ou avec le Covid ? L’annonce, dans les médias, selon laquelle le président Valéry Giscard d’Estaing a été emporté par le Covid, à l’âge canonique de 94 ans (!), laisse songeur. L’obsession du transhumanisme ? A minima, l’expression d’un biais cognitif fort : notre rapport à la mort. Et nous vivons sur le mirage d’une science capable d’enrayer les maladies, de nous rendre invincibles.
Aujourd’hui, le seul discours narratif qui vaille et percole dans l’écrasante majorité des médias est celui de « TINA ». Ce faisant, ils font le lit de l’intolérance. Ils montent les citoyens les uns contre les autres. Il faut donc rompre avec Tina. Il existe bien une alternative à la « pensée unique » et elle est en marche.
Celtibère


