Kairos 69
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Agriculture, un an plus tard

Un an quasi jour pour jour après les manifestations de janvier 2024, j’écris ces quelques lignes et rien n’a changé, ou presque… Du point de vue politique, aucune réaction, rien par rapport aux prix, rien par rapport aux normes, rien par rapport à la pression subie par les agriculteurs, rien par rapport aux contrôles qui tournent au harcèlement, rien par rapport aux clauses miroir, rien sauf des mesurettes dont j’ignore encore l’existence, car, m’a-t-on dit, il y a eu des changements quand on écoute le politique…

Ah oui, il y en a eu, pardon : le report de l’interdiction d’utilisation du glyphosate annoncée en 2021 en France, le report de l’obligation de jachère, en fait ce qui touche à la conditionnalité des aides a été adouci (entendez ensemble de règles à respecter pour tout agriculteur ou autre bénéficiaire de la PAC). On parle donc de délais de dossiers allongés, de délais de mise en œuvre élargis, de droit à l’erreur… Oui, mais l’agriculteur gagnera-t-il plus sa vie ? Sera-t-il moins mis en concurrence avec des standards de production inférieure ? Certainement pas. En fait la paysannerie n’a rien gagné de ces luttes ! Il devient donc inquiétant que, malgré un blocage quasi total de Bruxelles, des montagnes de pneus en feu, un soutien populaire, le politique n’ait pas embrayé sur du soutien direct. Mais alors jusqu’où doit-on aller ? Comme dans un mouvement d’éradication total, la commission a entre-temps conclu les négociations pour un accord de libre-échange[note], l’accord Mercosur qui entérine toutes ces distorsions et valide une concurrence déloyale entre production d’Amérique du Sud et Europe.

Où est l’ironie ? Dans un contexte global où davantage d’importations fragiliseraient notre autonomie alimentaire au profit d’une instabilité des prix liée au cours du pétrole annoncé en production décroissante, l’exportation de produits chimiques et pharmaceutiques, de voitures en échange d’importation de produits alimentaires – viande de bœuf et poulet notamment – nourris aux hormones et OGM, ceux précisément interdits aux agriculteurs européens.

Il n’est pas inintéressant de suivre le dossier OGM, ce que nous prépare la Commission européenne concernant les NTG (nouvelles techniques génomiques) est un exemple de jeu de langage où la linguistique devient un sport de société et où idéologie et éthique sont balayées d’un revers de main par le jeu du langage. Quoi de plus simple pour gruger le consommateur que de considérer un OGM, en l’occurrence un NTG, comme nonOGM pour éluder une loi[note] ?Cela fait penser à certaines pratiques concernant les taux de polluants dans les eaux qui, constamment revus à la hausse, s’adaptent à la pollution plutôt que de la combattre. Les Européens mangent des OGM sans le savoir !

Où est le stuut ? En fait, l’année dernière, on n’a jamais été aussi loin pour opposer environnement et agriculture ; la société civile et l’environnement y ont perdu des plumes, car, habilement, c’est sur les mesures en faveur de la protection de l’environnement que la société dans son ensemble y a perdu.

Ma conclusion tient en un mot : Organisation. Organisons-nous, en termes d’alliance, de convergence des luttes, pour créer de la résilience sur nos territoires, nos territoires envisagés comme ce qui nous entoure, ce qui nous touche, ce qui nous appartient. Vivons local, visons global. Rassemblons-nous, paysans, ouvriers et les autres[note]. Ce sera le thème de La Petite Foire4 cette année, les 26-27 juillet 2025.

Serge Peereboom, paysan révolté


Paysan, Je le suis, braves gens, vous l’êtes aussi. Souvenez-vous du jardin de vos grands-parents en se délectant nos produits paysans riches en goûts et en nutriments, alors que l’agro-industrie empoisonne et ment !

Paysans, nos droits sont bafoués ici et dans le monde entier. Nos devoirs on ne peut plus faire valoir, notre fonction première de nourrir les gens et la terre ! Les politiques trichent et font semblant en proclamant le bien être et la santé, mais en continuant d’autoriser les polluants.

Agriculteur, mon frère, détrompe-toi, je ne t’en veux pas, nous voulons la même chose, nourrir le monde. Alors, arrête de nourrir les banques et les multinationales ! Ils vous font peur, ils veulent nous mettre en guerre, ils se moquent de toi comme de moi. Retrouvons le chemin pas à pas, en vers ou en prose* Si on n’arrête pas, la terre ne sera plus ronde. Révoltons-nous contre ces règles et normes déloyales !

Pour celles et ceux qui veulent se libérer, il est temps de créer un statut paysan. Il y a bel et bien une fracture entre le monde agricole qui continue de s’embourber et un trop petit monde paysan qui cherche à survivre alors qu’il faudrait le développer.

Tu restes dans ton coin ou tu nous rejoins ? Si on fait Mouvement, c’est pour tous les paysans5.

Serge Peereboom, paysan résistant