Dites, les gens, ça ne vous dirait pas d’épargner mes pauvres neurones de fonctionnaire assermenté et de super menteur ? Ça ne vous tenterait pas, de faire une pause dans la litanie de vos décisions stupides ? On dirait que vous vous préparez au Prix Nobel de la débilité !
Tout va changer demain, chantait Michel Fugain avec son Big Bazar et sa voix. Quel con. Cette petite musique du « espérons, demain sera meilleur, mes camarades, et tenons-nous la main, non pas vous, mais la demoiselle à côté » a fait largement son temps. L’espérance, à présent, c’est d’espérer faire plier les pouvoirs publics, de consommer encore, de faire aller l’intelligence artificielle le plus loin et de la manière la plus incontrôlable possible, et de zieuter sur la Lune, sur Mars, voire sur une planète dont on ne connaît pas encore le nom, mais qui assurera notre devenir dans la joie, la sérénité et une atmosphère respirable.
Depuis mes dernières billevesées dans votre journal favori, ça a pété partout. La cocotte minute en a foutu partout dans les cuisines politiques. Entre ceux qui s’invectivent au sein du même parti, oubliant qu’il y a des péquenauds qui ont voté pour eux et qui attendent une gestion, une gouvernance, une vision d’avenir, ceux qui inventent des nouveaux partis et croient aux lendemains qui chantent, alors que dès qu’ils ouvrent la bouche la pluie tombe à verse, ceux qui jouent au singe de la fameuse image, en y ajoutant le nez qu’ils se bouchent devant la puanteur de leurs mensonges, ceux qui réécrivent l’Histoire à leur sauce en oubliant qu’ils ont affaire à une discipline sérieuse et rigoureuse… Et dire que ces crétins alpins sont toujours vivants, alors que des êtres formidables ont disparu, qui incarnaient avec force et beauté des modèles de sobriété et de simplicité ! Votre journal se doit de vous faire oublier tous les imbéciles superfétatoires et égocentrés pour rendre l’hommage qu’il mérite à un homme d’État qui vient de disparaître.
Non, Hollande, ce président normal, n’est pas mort, ou alors il faut le prévenir, entre deux sorties de bouquins qu’il attaque à la chaîne, comme Sulitzer autrefois. Non, Sarkozy n’est pas décédé. Le tressautement qu’on a perçu dans son électro-encéphalogramme n’était dû qu’à la jubilation de l’enlèvement de son bracelet électronique. Non, Biden n’est pas mort, même si on « vient » de lui détecter un cancer. Il ne nous ferait pas un Mitterrand, lui ? Elle a bon dos, la transparence que les politiciens demandent aux électeurs et qu’ils n’appliquent pas à eux-mêmes… Non, Bayrou n’est pas mort non plus. Le jour où, par contre, il parlera plus vite que 3 mots à la minute et qu’il fera des phrases plus courtes que celles de Proust, étonnons-nous et lançons l’avis nécrologique. Enfin, désolé pour sa famille (la vraie, hein, pas la politique), mais Macron n’est pas mort non plus. Il est grillé politiquement, impuissant pour la politique intérieure, mais ses jolies mèches font encore illusion à l’international et rivalisent avec la brosse à toilettes de Trump (à moins que ce ne soit un écureuil mort ?). Par contre, 3 académiciens français s’en sont allés voir ad patres, si Dieu le Père n’y était pas et… pardon ? Oui, tout le monde s’en fout. Pauvre culture, comme me le prétendait ma concierge quand je lui citais Jul et son succès au stade Vélodrome de Marseille. Désolé, mais moi, devant des claquettes-chaussettes, c’est comme devant un bon hamburger bien chimique : je ne sais plus me tenir.
Je m’égare et je diverge (et dix verges, c’est énorme, comme le prétendait Desproges). Mais comme tous les hommes et femmes politiques, j’adore pêcher l’électeur en noyant le poisson.
Après un teasing aussi imparable, vous n’allez pas me dire que vous n’avez pas encore saisi, ignorants des vraies choses que vous êtes, que j’allais parler de 2 dirigeants de pays qui viennent de disparaître ? Quoi, j’ai dit « un » plus haut ? Certes ! Mais comme le dirait Bayrou : « Je sais que je ne savais pas, mais je ne savais pas que je savais que je ne devais pas savoir ». Sacrée Notre-Dame-de-Bétharram !
Avril et mai n’ont donc pas été des mois folichons. Entre des grèves, qui ont encore brisé les encéphales pendouillants de nos semblables sans faire bouger les organes atrophiés de nos dirigeants (ou si peu), et des catastrophes humanitaires et climatiques, entre autres, 2 dirigeants ont disparu. Oui, l’évêque de Rome, mais aussi chef d’État du Vatican, Jorge Maria Bergoglio, a trépassé après une sortie inattendue et miraculeuse la veille. Quel sens du timing : disparaître le lundi de Pâques, jour de la résurrection de Jésus ! Fortiche, le gars. Les christiano-sceptiques diront qu’il défendait encore beaucoup de choses épouvantables et n’a pas permis de faire avancer l’Église catholique. C’est que tout homme, même s’il est le successeur du saint avec des clés (pas Saint-Claude Piépludes-Shadoks, inoubliable homme aux clés d’or dans Palace, mais Saint-Pierre), est aussi l’émanation d’une structure et d’une organisation qui a quand même 2.000 ans d’existence et des sacrés dogmes collés au goupillon. Quand on voit le délabrement social et le nombre de faillites de sociétés qui ont à peine 20 ans… Or, François a mis la sobriété du quotidien au centre de son pontificat : il n’habitait pas dans les appartements luxueux des papes, il mangeait souvent à la cantoche du Vatican, il allait souvent au contact des fidèles. Bon, ce n’était pas toujours très structuré, ni très concerté, mais cela a redonné une image plus humaine à cette vieille Église et a refait croire un peu plus.
Mais j’aimerais terminer ce papier (je vous interdis de l’utiliser comme papier toilette, mon écriture est parfois trop âpre pour vos pauvres fessiers, ça arrache, les propos (en)caustiques) par la disparition peu évoquée de l’ancien président de l’Uruguay, José « Pepe » Mujica. Hélas, je souffre du syndrome « Michel Berger » : je découvre souvent des personnages formidables à leur décès. À ce propos, allez visiter la tombe de Michel Berger à Paris. Berger, je veux le croire, est décroissant dans sa dernière demeure : un escargot se love, sous le toit de la splendide verrière qui surmonte son ultime repos. Poétique.
Mujica a dirigé l’Uruguay entre 2010 et 2015. Il représente une forme de politique de gauche qui ne peut que nous toucher : il vivait simplement, rétrocédait environ 90% de ses indemnités présidentielles à un programme de logement social, n’a jamais vécu ailleurs que dans une bicoque de 40 m2, mangeait ce qu’il cultivait, se faisant ainsi apôtre du localisme. Fait épatant : il n’a jamais considéré sa parole, une fois à la retraite, comme importante. Outre ce comportement, Mujica a fait reculer le chômage, avancer les droits des minorités, a favorisé la paix sociale. Il y a pire, comme bilan personnel autant que politique. Et dire qu’il est mort simplement le 13 mai, et que tant d’autres vieillards (ou pas) s’accrochent superficiellement au pouvoir et à la surpuissance…
Jean-Guy Divers


