Depuis peu, les politiques et les médias mainstream nous préconisent quasi tous la pratique de la sobriété. Ils veulent nous faire croire que cette soudaine conversion est motivée par la lutte contre les émissions de CO2 et donc la lutte contre le changement climatique. Ce qu’on dit trop rarement c’est que la publicité pour ce concept proposé par les décroissants est d’abord et surtout motivée par la crainte que l’hiver prochain connaisse des pénuries de gaz, possibles vu la décision de la Russie d’interrompre ses livraisons de gaz à l’Occident[note]. Ce conseil de modération concerne aussi l’électricité, car une bonne part de celle-ci est produite par des centrales au gaz. Si l’on voulait réellement lutter contre l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, il faudrait étendre cette politique publicitaire à tous les objets que nous consommons. En effet, pour leur fabrication et transport, ces objets utilisent des quantités importantes d’énergie. Cette production indirecte d’énergie provient souvent d’Asie du Sud-est ou de Chine. Mais puisque le changement climatique est causé par les émissions de CO2 de la terre entière, cette énergie dépensée ailleurs pour nos consommations devrait être ajoutée au calcul de nos émissions. Si l’on ajoutait cette production indirecte aux émissions propres de chaque pays, on obtiendrait des chiffres énormes pour les pays occidentaux.
Cette hyperconsommation d’objets est, elle aussi, incitée par la publicité pour les emprunts d’argent non pas destinés à l’investissement, mais à la consommation immédiate. Alors qu’on parle de sobriété, celle-ci se limite aux consommations directes d’énergie et pas à tous les objets qui contribuent aux émissions indirectes de gaz à effet de serre.
LE SPORT SPECTACLE
Pour ces achats de choses dont la publicité provoque le désir, les classes défavorisées ont recours à l’emprunt. Ces prêts, dangereux pour les acquéreurs, sont eux aussi promus par la publicité. Par exemple, Cofidis, un important prêteur, sponsorise une équipe cycliste professionnelle. Ces sportifs deviennent ainsi des hommes-sandwichs porteurs de noms de marques. De même les maillots distinctifs des grands tours (jaune, vert, etc.) sont sponsorisés par des marques qui multiplient leurs sigles. Ceux-ci sont en toile de fond des interviews et cérémonies officielles. Elles sont donc ainsi vues par les téléspectateurs qui sont parfois des millions. Le rendement de ces publicités est donc assuré pour des montants pas trop importants.
Et que dire du football où, en plus des dossards publicitaires, les stades sont ceinturés de publicités dont certaines sont lumineuses et animées. Le financement des équipes n’est donc pas assuré par ce que paient les spectateurs, mais aussi par les publicités.
PRODUITS MÉDICAUX
La publicité étant interdite pour les médicaments remboursés par la sécurité sociale (souvent peu respectée), c’est parfois le bouche à oreille qui permet à des produits pharmaceutiques de voir leurs ventes augmenter. Il en va ainsi pour la Rilatine qui soigne le TDAH (Trouble du Déficit de l’Attention avec/ou sans Hyperactivité). La molécule de ce produit est théoriquement réservée aux enfants de 6 à 18 ans. Récemment elle a connu une augmentation importante. En Belgique, en 2021, elle a été prescrite à plus de 34.000 enfants, ce qui est le chiffre le plus élevé à ce jour. Le remboursement de ce produit ne peut être autorisé que sur prescription médicale. On peut douter que le nombre d’enfants touchés par le TDAH se soit brusquement multiplié. En fait, ce n’est pas une maladie, mais un trouble du comportement. Normalement, le médicament ne peut être utilisé qu’après des traitements non médicamenteux tels qu’une thérapie par la parole ou une thérapie comportementale. Mais aujourd’hui, ces étapes sont souvent « négligées ». On se rend compte que la publicité pour ce médicament se fait de bouche à oreille. Même certains professeurs le recommandent parfois (ils préfèrent avoir des élèves calmes plutôt qu’hyperactifs). Mais ce qui pousse notamment les parents à utiliser ce produit c’est qu’il est dit (et parfois observé) améliorer les performances scolaires. Dans une société où le culte de la réussite est soutenu par la pression sociale, les élèves et parents adoptent l’usage de Rilatine pour améliorer la performance scolaire des jeunes. Ceux-ci deviennent parfois accros à cette molécule, croyant que sans elle ils auraient plus de difficultés à réussir leurs études. Pourtant, ce produit a des effets secondaires non négligeables (maux de tête, nervosité, agitation, diminution de l’appétit, nausées et douleurs abdominales). C’est d’autant plus dommageable que des élèves prennent parfois ce médicament sans avoir été diagnostiqués par des médecins (60%).
Alain Adriaens


