
Il était une fois le Collège communal de Dinant, conscient des problèmes dans les cimetières, qui trouva évident, lors d’un entretien qui eut lieu le 4 juillet 2014, d’investiguer sur l’humusation des humains puisqu’elle fonctionnait déjà si bien sur tous les animaux. De fil en aiguille, une motion fut votée début 2017 par la Ville de Liège pour que la Wallonie finance des essais d’humusation sur des humains. C’est ainsi que le ministre Carlo di Antonio, préoccupé par l’extrême pollution provoquée par l’enterrement et même par l’incinération, octroya, en 2018, quelques 40.000€ à l’UCLouvain pour réaliser ces prometteuses expérimentations.
Puis du conte de fées, nous sommes passés à la réalité : l’UCLouvain a unilatéralement décidé de réaliser les tests sur des porcs (et non plus sur des humains comme prévu), de maintenir à distance le Comité de Pilotage les experts de la Fondation Métamorphose[note] tout en y accueillant le principal représentant du lobby des crématoriums, d’ignorer la plupart des recommandations de Métamorphose et de mener les processus commandés par le cahier des charges seulement partiellement et à sa façon…
Rappelons que le label « Humusation », tel qu’il est défini dans les publications de la Fondation Métamorphose depuis 2014, désigne un compostage « haut de gamme » des dépouilles mortelles humaines, impérativement mis en œuvre sur le sol par du personnel dûment certifié. Celui-ci doit utiliser à bon escient notamment deux activateurs naturels, quelques pelletées d’argile et de la lignite, suivant un protocole bien établi. Ainsi toute la microfaune vivant en aérobie dans les premiers centimètres du sol peut transformer, en 12 mois, toutes les cellules de la dépouille mortelle en humus sain et fertile, dans une butte de 3 m3 de broyat de bois d’élagage gorgé d’eau. Et en plus, le cadeau inattendu de ce merveilleux processus naturel est que les molécules chimiques qui ont empoisonné le corps des défunts sont neutralisées, et ce, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité.
Sur les 14 procédures de base recensées par la Fondation, seule une a bien été effectuée par les scientifiques de l’UCLouvain : la mesure de l’aération. Mesurer ne signifie pas corriger[note]…
Mais alors, diantre, en quoi ont consisté ces expérimentations ? L’UCLouvain, sous la responsabilité du professeur Philippe Baret[note] :
– n’a pas réussi à mener un compostage à haute température sur des cadavres de porcs ;
– n’a réalisé aucune expérience qui puisse être objectivement comparée au processus d’humusation ;
– a utilisé abusivement le terme « humusation » ;
– a même enterré (sic!) une des premières buttes ;
– n’a pas réalisé le second volet fondamental du mandat, qui était d’exhumer les deux porcs sacrifiés et de comparer les résultats de leur « compostage » (même raté) avec ceux relevés sur les jus de putréfaction[note] d’un enterrement classique et d’un enterrement bio ;
– n’a, par conséquent, pas respecté le mandat complet sur lequel se basait l’obtention des subsides ;
– n’a apparemment fait l’objet d’aucune demande pour achever ce second volet pourtant essentiel…
Reprenons quelques étapes de cette histoire glauque
Le 9 octobre 2020, le cabinet du Ministre Collignon a accusé réception des 2 protocoles pour l’Humusation (humaine et animale). Ces documents démontraient que les conclusions de l’UCLouvain méritaient une sérieuse révision, que de nouvelles expérimentations en accord avec ces protocoles étaient nécessaires et qu’il fallait arrêter de dépenser n’importe comment l’argent public. Le ministre avait donc tous les éléments pour ne pas prendre de décision hâtive, hasardeuse et abusive.
Le 26 octobre 2020, faisant fi de ces sources, le ministre Collignon publie un communiqué de presse s’appuyant aveuglément sur l’étude de l’UCLouvain pour conclure à « l’inefficacité du processus (…) en termes de salubrité » et à des « hauts risques de pollution environnementale ». Il déclare que « les activités d’humusation, animale ou humaine, ne pourront se poursuivre ou se dérouler sur le territoire wallon[note]».
À la séance du 17 novembre 2020 du Parlement Wallon, il souligne, toujours nourri uniquement des conclusions de l’UCLouvain, que « l’échec répété des expériences a démontré que l’humusation ne présente pas les garanties attendues ni en termes d’efficacité, ni de salubrité, ni, en fin de compte, d’écologie. Cet axe de réflexion est donc abandonné, car il ne laisse entrevoir aucune possibilité de transcription dans l’ordre juridique[note] ».
Or, Monsieur Collignon s’appuie sur des expériences qui n’ont eu lieu ni dans un esprit objectif ni dans leur entièreté. Pourquoi une telle foi sans aucune remise en question ? Ses déclarations détonnent, par ailleurs, complètement avec les plus de cent témoignages de compostage d’animaux de compagnie reçus par la Fondation Métamorphose qui attestent d’une réussite totale, quelle que soit la taille de l’animal. Seule l’UCLouvain passe à côté des bénéfices du compostage. Peut-être a-t-elle été mal conseillée ? À qui profite ce « crime » ?
Cette histoire rappelle celle de la rumeur de la chanson d’Yves Duteuil : « c’est bien plus fort qu’un mensonge, ça grossit comme une éponge, plus c’est faux, plus c’est vrai, plus c’est gros et plus ça plaît… ». Ça plaît sans doute à qui tout cela profite mais pas à la Fondation Métamorphose ni aux principes de liberté auxquels ces quelques lignes délétères ont beaucoup nui.
Fin octobre 2020, l’Agence Belga a envoyé ledit communiqué à tous les médias qui l’ont répercuté in extenso dans leurs colonnes sans le moindre travail d’investigation journalistique, comme par exemple Sudinfo[note], L’Avenir [note]…
Depuis, le mal se répercute en boucle comme le montrent ces quelques exemples récents :
Le 30 octobre 2021, l’épisode « Compost-mortem» de l’émission Transversales a ignoré le non-respect du second volet du mandat remis à l’UCLouvain[note].
Le 8 novembre 2021, le Comité de Bioéthique a publié son Avis no79 concernant de nouvelles formes de sépultures[note] en se basant uniquement sur l’étude de l’UCLouvain pour conclure que « dans les conditions étudiées, cette forme de sépulture ne permet pas d’atteindre suffisamment les objectifs visés par l’humusation[note] ».
Le 11 janvier 2022, Virginie Hess réalise un exposé objectif et enthousiaste dans l’émission La Grande Forme et termine, encore influencée par ladite étude, en disant « l’humusation n’est pas prête à voir le jour en Wallonie »[note].
En conclusion, cette étude fait de gros ravages. Or, toute déclaration concernant l’humusation devrait, a minima, tenir compte des publications de la Fondation Métamorphose qui est l’auteur du concept.
Comme effet triste collatéral, de fervents partisans de l’Humusation sont partis sans que leurs dernières volontés puissent être respectées au grand dam de leur famille, comme par exemple Paul Lannoye décédé le 4 décembre 2021, Julos Beaucarne décédé le 18 septembre 2021, Joseph Országh décédé le 27 octobre 2020… ou le premier preneur de parts de la Coopérative humusation Maurice Kinsella décédé fin 2020. Ils tenaient absolument à être humusés et avaient offert, comme tant d’autres personnes, leur dépouille mortelle pour valider scientifiquement l’humusation en vue de sa légalisation. Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg car les pétitions en ligne comptent 50.000 signatures de citoyennes et de citoyens qui n’attendent que ça : avoir le choix d’opter pour des funérailles écologiques. Quelle est dès lors cette société qui nie ouvertement les dernières volontés de ses concitoyens ?
Depuis 2020, la fondation n’a eu de cesse de trouver tous les moyens pour être entendue par les parlementaires : pouvoirs locaux, environnement, climat… La seule ouverture qu’elle ait obtenue a été de rencontrer, le 5 mars 2021, la ministre de l’environnement, Céline Tellier, qui a proposé de diligenter des analyses sur les pollutions des modes de sépulture actuels. À ce jour, 11 mois plus tard, comme sœur Anne, la Fondation n’a toujours rien vu venir…
De guerre lasse, Métamorphose a publié une pétition en ligne (qui a recueilli plus de 1.600 signatures) sur le site du Parlement Wallon et attend de pouvoir être, enfin, entendue.
Aux dernières nouvelles qui datent de fin janvier 2022, il semblerait que le Ministre Collignon ait transmis le dossier à la ministre Tellier. Il ne serait plus opposé à de nouvelles expérimentations que la ministre serait dès lors en charge de chapeauter… À suivre…
Sandrine Wilson


