Kairos 66
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L’autonomie dans le domaine de l’eau grâce à l’eau de pluie

La sobriété d’une maison bioclimatique concerne également la consommation des autres ressources, à commencer par l’eau. Aussi, pourquoi ne pas récupérer l’eau de pluie et faire en sorte qu’elle soit votre principale source d’approvisionnement en eau ?

Cela diminuera votre facture mais offre un autre avantage non négligeable, celui d’une eau saine, non désinfectée au chlore — ce chlore auquel les enfants sont particulièrement sensibles. Les eaux du toit sont conduites vers votre citerne et, grâce à un groupe hydrophobe, elles seront mises sous pression dans vos conduites afin d’alimenter votre habitation. Trois filtres, un de 25 microns suivi d’un filtre à charbon, puis un filtre d’une porosité de 5 microns, vont distribuer l’eau ainsi filtrée dans les canalisations. Celle-ci convient à tous les usages ménagers, sauf la boisson et la cuisson des aliments. À partir de cette eau, un système à osmose inverse, installé généralement sous l’évier de la cuisine, produit une eau potable, dont la qualité est comparable aux meilleures eaux minérales. Dans une bonne citerne, nous avons donc à notre disposition une eau chimiquement neutre, faiblement minéralisée et naturellement douce (contenant très peu de calcaire). Cette eau non chlorée, naturellement douce et très pure rend les douches et les bains plus agréables. La cuisson des aliments (comme les haricots et les viandes par exemple) est plus facile. Le goût des tisanes, celui du thé, du café et des boissons préparées est largement supérieur. L’absence d’excès de calcaire permet d’économiser des produits pour la lessive, la vaisselle et les nettoyages. Elle prolonge la vie des appareils électroménagers et celle des robinets.

La réduction des quantités de détergents réduit aussi la charge polluante des eaux usées rejetées. Pour déterminer la quantité d’eau de pluie récupérable, il suffit de multiplier la superficie au sol du toit par la pluviosité annuelle du lieu, exprimée en mètres carrés. Mais afin de réduire de 25 à 30% vos besoins en eau, cela demande d’adopter la toilette sèche.

LA TOILETTE SÈCHE

Tout l’intérêt des toilettes sèches ne se limite pas à l’économie ou au gaspillage (de 3 à 12 litres d’eau à chaque utilisation — une eau de surcroît potable), c’est l’occasion de récupérer nos excréments pour les transformer en compost. Sur base d’une trentaine de litres et une consommation totale de 120 litres d’eau par personne, cela fait un quart de notre consommation journalière de l’eau consacrée à la chasse d’eau. Envoyer cette matière organique à l’égout équivaut à s’ouvrir les veines par lesquelles le sang de la Terre s’en va, un peu comme lors d’une hémorragie, et celui qui perd son sang va mourir. Le gâchis est irréversible dès le moment où les eaux grises et les eaux-vannes sont mélangées. Nos déjections qui produisent de l’humus sont une substance vitale et non des déchets qu’il faut envoyer avec de l’eau potable dans les égouts. Sans humus, le sol disparaît sous l’effet de l’érosion. Actuellement les réserves humiques de nos terres sont tellement épuisées qu’elles ne produisent plus que sous perfusion d’engrais chimiques. Notre alimentation vient de la terre, nos déjections doivent y retourner. La toilette sèche nous offre un amendement pour fertiliser notre jardin. Vous y

ajouterez le papier de toilette et des matières carbonées structurantes tels des copeaux, de la sciure de bois, des feuilles mortes ou autres sources carbonées recyclables. L’équilibre carbone/azote permet le démarrage sans soucis du compostage et bloque la fermentation anaérobie. La présence de l’eau apportée par l’urine participe à la constitution d’un mélange apte à se décomposer. Une insuffisance d’humidité ne permet pas de démarrer le compostage aussi sereinement. L’urine favorise la décomposition des matières organiques carbonées. L’absence d’odeur dépend aussi de l’humidité du mélange, un excès d’urine peut entraîner une décomposition anaérobie et malodorante. Vous pouvez installer votre toilette dans votre logement et l’équiper d’un seau en inox : solide, inodore et plus facile à nettoyer. Le seul souci est qu’il vous faudra régulièrement vider les seaux et trouver une zone de compostage pas trop éloignée dans votre jardin. Pour vous éviter de vous coltiner les seaux, installez une toilette sèche extérieure. Construisez-vous un petit cabanon équipé de deux caissons et deux lunettes afin de remplir un caisson pendant que l’autre se composte. Cela vous permettra également d’y créer un lombri-compost en y insérant les vers adéquats. Tout cela vous demandera la mise en place d’une nouvelle habitude, celle de vous fournir en copeaux de bois. À noter qu’il n’est pas besoin de séparer la matière fécale de l’urine, qui favorise la décomposition des matières organiques carbonées. Rappelons-nous au passage que l’urine est un véritable engrais, riche en sels minéraux propices à la culture des végétaux.

Christian La Grange