Le « juste retour à la Source » pour les Vivants après la mort ?
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Le « juste retour à la Source » pour les Vivants après la mort ?

L’humusation, processus naturel de compostage humain, est un mode de sépulture qui s’inspire du merveilleux modèle de la forêt. Il nous ouvre les portes vers un juste retour à la nature et vers d’autres vies après notre passage sur terre. À notre mort, si notre corps est humusé, il deviendra, au terme d’une métamorphose naturelle de 12 mois, un terreau fertile prêt à régénérer des sols appauvris par l’activité humaine. Notre corps devient alors, non plus un destructeur, mais un créateur de ressources… 

CONCRÈTEMENT, COMMENT SE DÉROULE L’HUMUSATION ? 

La première étape est l’accueil du corps. Revêtue d’un linceul, la dépouille mortelle est étendue sur une civière refroidie afin de ne pas recourir, pour sa conservation, à des substances polluantes. Hormis ce détail technique, tout se passe comme pour des funérailles conventionnelles. 

La deuxième étape est la mise en humusation. Le corps est déposé sur un lit douillet de 20 cm de fins broyats de copeaux de bois, à même le sol, puis recouvert d’environ 2 autres mètres cube du même mélange végétal, gorgé d’eau de pluie. La sépulture prend la forme d’un tumulus végétal. Une stèle commémorative permet aux proches de savoir où venir se recueillir pendant un an. 

La troisième étape est la symbiose du corps et de la terre. Les “humuseurs” – la microfaune qui ne vit en aérobie que dans les 10 à 15 premiers centimètres du sol – viennent réaliser la métamorphose de toutes les cellules de la dépouille humaine en humus… comme ils le font, pour les feuilles, les branchages, les gibiers morts ainsi que leurs déjections depuis des millions d’années dans les forêts. Les sous-bois sentent toujours bon l’humus et les arbres n’ont pas besoin d’engrais, ni de pesticides chimiques pour pousser. À l’intérieur du tumulus, la température atteint environ 60 degrés, ce qui tue tous les pathogènes. Il n’y a donc aucun risque sanitaire ! L’humusation d’un seul corps humain permettra de rendre autofertile l’espace pour planter 100 arbres ! De plus, les humuseurs rendent inoffensives toutes les molécules chimiques et toxiques présentes dans le corps des défunts en scindant leurs chaînes moléculaires… 

La quatrième étape est la renaissance. Douze mois plus tard, une fois le processus de deuil accompli, le moment de passage vers l’espace du souvenir pourra donner lieu à une fête symbolique pour célébrer la continuité de la vie… Un peu de l’humus obtenu servira à rendre autofertile l’espace où poussera l’arbre devant lequel les proches pourront se recueillir au sein d’un Bois du Souvenir aménagé dans chaque commune. Le reste de l’humus servira à régénérer en agroforesterie des sols malmenés. 

UNE RÉALITÉ IMMINENTE ? 

Depuis plus de 6 ans, le concept d’humusation se répand grâce à la Fondation d’utilité publique Métamorphose pour Mourir puis donner la Vie. 

Plus d’une centaine de personnes, déjà ferventes adeptes du compostage de leurs déchets organiques, en Belgique, en France et en Suisse, se sont inspirées de ses publications pour expérimenter les principes de l’humusation – avec succès et sans la moindre exception – sur leurs animaux de compagnie ou d’élevage… du perroquet au cheval ! 

Pour valider scientifiquement le processus d’humusation, L’UCLouvain a entamé des expérimentations sur des porcs depuis fin 2018. Leur rapport publié fin novembre 2020[note] démontre seulement qu’ils n’ont pas suivi le protocole de la Fondation et qu’ils ne peuvent donc tirer aucune conclusion concernant l’humusation. Ce qu’on peut y lire en filigrane, c’est que l’humusation ne peut en aucun cas être réalisée n’importe où, n’importe comment et surtout pas par n’importe qui… Comme le préconise clairement la Fondation[note] ! 

Pour une humusation réussie, il faut notamment : une butte érigée sur un sol vivant ; un broyat fin gorgé d’eau, avec un bon rapport carbone/azote (du brun et du vert) ; un taux d’humidité suffisant à tout moment ; une bonne aération et un cycle de douze mois. C’est décrit dans le livre, Plaidoyer pour l’Humusation, et sur le site www.humusation.org. 

Le 5 mars 2021, le concept a pu être exposé à la ministre de l’Environnement Céline Tellier, dans un cadre formel. Rappelons que toutes les démarches mises en place par la Fondation sont l’œuvre exclusive de volontaires bénévoles sans aucun but lucratif. L’humusation bénéficie de l’aval d’un Comité d’experts en compost de renommée internationale et est soutenue par une part de plus en plus importante de la population… tout simplement parce qu’elle réenchante la mort et présente des bénéfices environnementaux essentiels pour l’avenir des générations actuelles et futures. Aucun besoin d’être un grand scientifique pour constater ces évidences… C’est du pur bon sens ! 

Plus de 50.000 personnes, en effet, ont signé les pétitions en ligne[note]. Près de 5.000 personnes ont envoyé leur Acte de dernière volonté en faveur de l’humusation à leurs élus locaux. Il est très clair qu’il existe un refus grandissant parmi la population de devoir choisir entre la tombe et le four. Près de 350 d’entre elles ont même pris au moins une part à 250 € de la coopérative afin de financer les infrastructures du centre pilote près de Rochefort. Celles-ci accueilleront dignement, lors de la cérémonie d’adieu, les familles des défunts qui ont fait don de leur corps pour valider l’humusation. 

Attendre et attendre encore avant le feu vert politique pour lancer ces tests, n’est-ce pas prendre le risque que certaines personnes en arrivent à s’organiser pour passer outre la loi et pour mettre en œuvre ce que la nature leur commande… tant la lenteur des autorités politiques leur paraît un total déni de démocratie ? 

Le protocole de la Fondation Métamorphose, envoyé au cabinet des pouvoirs locaux en Wallonie en octobre 2020, permet de lancer les expérimentations en vue de la légalisation de l’humusation, en toute sécurité, dans le respect des règles d’hygiène et en accord avec les familles. Ce n’est, ni plus ni moins que ce qui a déjà été autorisé sur 6 dépouilles mortelles humaines, dès juin 2018 pour l’équipe de Recompose à Seattle[note]. 

LOGIQUE CAPITALISTE OU LENTEUR POLITIQUE ? 

Pourquoi tant d’obstacles ? La raison qui semble justifier le coup d’arrêt pour l’humusation de l’administration des Pouvoirs locaux et de son Ministre, Christophe Collignon, en Wallonie, est la volonté de rentabiliser les infrastructures des crématoriums qui pourraient, à peu de frais, accueillir une salle annexe pour organiser l’aquamation. Il s’agit, selon le ministre, d’une pratique écoresponsable… Elle consiste à mettre le corps nu du défunt dans 300/400 litres d’eau avec de l’hydroxyde de potassium, dans une casserole à pression à plus ou moins 100 degrés pendant quelques heures pour dissoudre les chairs. La soupe brune infâme qui en résulte n’offre aucune autre option que d’être rejetée, avec tout son lot de pollution inévitable, dans les égouts. Qu’en est-il du respect des défunts ? Quant aux os, blanchis, ils sont réduits en poudre pour être remis à la famille dans une urne… comme pour la crémation. Cette technique est issue de l’équarrissage pour se débarrasser des cadavres d’animaux et aucune volonté citoyenne ne s’est jamais manifestée pour réclamer un tel mode de sépulture. 

UNE LUEUR D’ESPOIR ? 

La ministre Tellier a suggéré de mesurer les impacts environnementaux de l’enterrement et de l’incinération classiques pour pouvoir les comparer avec ceux de l’humusation. Il s’agit d’une opportunité de dire enfin la vérité sur les modes de sépulture actuels, de démystifier le greenwashing et de divulguer les chiffres de l’horreur que représentent le four et la tombe au niveau écologique… 

Intégrer l’humusation dans notre vie c’est choisir la renaissance, c’est choisir non pas de limiter la nature mais de l’imiter… et de vivre en parfaite harmonie à ses côtés. Nous avons le devoir collectif de revendiquer le droit à retourner dans l’humus… des racines à la cime des arbres. 

La suite ? Rendez-vous au prochain numéro… 

Sandrine Wilson et Bertrand Vanbelle, ambassadeurs pour l’humusation.