Le sionisme réel :une impasse criminelle… et suicidaire
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Le sionisme réel :une impasse criminelle… et suicidaire

ENTREVUE AVEC MICHEL STASZEWSKI*

Kairos : dans un livre publié peu avant le 7 octobre 2023, vous étudiez en votre qualité d’historien le conflit israélo-palestinien et remettez en question le mythe selon lequel il serait trop complexe à comprendre. Vous affirmez qu’il est en fait assez simple à expliquer.

Michel Staszewski : En effet. Beaucoup de gens se réfugient derrière l’idée que ce conflit est compliqué. Ils se disent que c’est un problème tellement ancien et vaste qu’il est presque impossible de le comprendre. Mais cette complexité est fabriquée. Dans les médias dominants, on rapporte des faits bruts, souvent dramatiques, sans les replacer dans leur contexte historique. Cette absence de perspective empêche de saisir la réalité de la situation. Et cela laisse la place à des explications simplistes et parfois racistes, comme l’idée que les Palestiniens seraient des « sauvages », incapables de cohabiter avec les Israéliens. Malheureusement, ce genre de préjugé est encore très présent.

Vous parlez aussi de ce que vous appelez un « sionisme médiatique », qui contribuerait à rendre le conflit encore plus opaque.

Le sionisme médiatique désigne cette manière implicite qu’ont la plupart des médias occidentaux de soutenir Israël, souvent sans en avoir conscience. Il existe des présupposés sionistes si ancrés dans l’opinion publique qu’ils finissent par être acceptés comme des évidences. Par exemple, on admet généralement qu’Israël est un État légitime sans remettre en cause les injustices structurelles sur lesquelles il repose. Pourtant, si l’on s’en tient aux valeurs fondamentales de nos sociétés, comme l’égalité des droits, Israël ne respecte pas ces principes, car il est basé sur une inégalité profonde entre ses citoyens juifs et non-juifs.

Vous-même, étant d’origine juive, pensez-vous que cela vous confère une légitimité particulière pour aborder ces sujets, notamment pour critiquer Israël ?

Critiquer les actions politiques et militaires criminelles menées par l’État d’Israël à l’égard des Palestiniens et des peuples voisins est absolument légitime. Il ne faut pas être juif pour cela ! Ceci dit, je fais partie de cette minorité grandissante de Juifs qui ne supportent pas la prétention des dirigeants israéliens d’agir au nom et dans l’intérêt de l’ensemble des Juifs. C’est aussi pour ça que je m’engage en tant que Juif, pour montrer qu’il ne s’agit pas d’un conflit ethnique ou interreligieux, mais d’un conflit politique, qui appelle une solution politique. C’est surtout mon histoire personnelle qui m’a conduit à cette position. J’ai grandi dans une famille juive où le souvenir de la Shoah était omniprésent. Mes parents ont chacun perdu presque toute leur famille lors du génocide perpétré par les nazis à l’encontre des Juifs européens. Pendant mon adolescence, j’étais moi-même sioniste, sans trop savoir ce que cela signifiait. À 14 ans, pendant la guerre des Six Jours, j’ai défilé dans les rues de Bruxelles en criant « Israël vivra », comme beaucoup de jeunes Juifs à l’époque. Mais tout a changé pour moi après un voyage en Israël/Palestine effectué juste après cette guerre. J’y ai découvert la réalité de l’occupation et de la souffrance des Palestiniens, et cela a bouleversé ma vision des choses.

Ce voyage a donc été un tournant pour vous ?

Oui, ce voyage a été décisif. Nous étions un groupe de jeunes venus de Bruxelles, et nous avons d’abord séjourné dans un kibboutz, un village agricole coopératif, où tout le monde partageait travail et ressources… entre Juifs. Mais en visitant d’autres régions du pays, j’ai découvert l’existence des Palestiniens. Nous avons aussi visité les territoires récemment occupés, découvert des villages syriens désertés, des camps de réfugiés palestiniens sous tente, notamment près de Jéricho. Lorsque nous sommes allés à Jérusalem-est , j’ai vu un énorme tas de pierres devant le « Mur des lamentations ». Demandant à nos guides israéliens ce que c’était, ils m’ont répondu : « C’est-ce qui reste du quartier arabe qu’on a détruit pour bâtir cette esplanade. » Tout cela m’a choqué. À partir de là, j’ai commencé à me poser des questions sur ce qu’on m’avait appris et sur la version de l’histoire telle que l’on me la racontait.

Vous abordez dans votre livre plusieurs mythes fondateurs du sionisme.

Oui, le sionisme repose sur plusieurs mythes, qui sont encore très présents dans la façon dont on parle du conflit israélo-palestinien aujourd’hui. Le premier de ces mythes est celui du « retour » des Juifs en Palestine après 2.000 ans d’exil. Selon cette idée, les Juifs actuels seraient les descendants directs des anciens Hébreux qui vivaient en Palestine à l’époque romaine, et ils auraient été dispersés dans le monde entier après la destruction du temple de Jérusalem. C’est une vision erronée de l’histoire. En réalité, il n’y a pas eu d’exode massif. Dans les derniers siècles de l’Antiquité, le judaïsme était prosélyte et en concurrence avec le christianisme. La majorité des populations juives actuelles sont issues de conversions dans diverses régions du monde, comme en Europe de l’Est, au Yémen, en Afrique du Nord et dans l’immense Empire khazar qui recouvrait le sud de la Russie, l’Ukraine, des territoires caucasiens et d’Asie centrale. Le deuxième mythe est celui de l’unité du peuple juif : tous les Juifs du monde formeraient un seul et même peuple avec une histoire, une culture et des traditions communes. En réalité, un Juif marocain et un Juif polonais n’ont pratiquement rien en commun, sauf la religion. Et encore, ils la pratiquent différemment. Ce mythe sert à justifier la création d’un État-nation pour les Juifs, mais il ne correspond pas à la diversité réelle des populations juives à travers le monde. Par contre, il y a eu et il y a encore DES peuples juifs. Ainsi du yiddishland dans la partie occidentale de l’Empire russe où les Juifs étaient confinés. Le Bund, qui était le principal parti créé par ces communautés juives revendiquait une autonomie culturelle et la défense de leur langue, mais pas un territoire à part. Il était antisioniste. Un autre peuple juif qui existe aujourd’hui est le peuple juif israélien, qui compte environ 7 millions de personnes, dont la grande majorité n’a pas d’autre patrie. Même si Israël a été créé sur la base d’une grande injustice à l’encontre des Palestiniens, on ne peut pas faire comme si les Israéliens n’existaient pas. Toute solution politique doit aussi prendre en compte cette réalité-là. Un autre mythe important est celui de « l’antisémitisme éternel », selon lequel l’histoire des Juifs ne serait qu’une succession de persécutions. Si l’antisémitisme a bien marqué l’histoire des Juifs, notamment dans le monde chrétien depuis l’époque des Croisades, il y a aussi eu des périodes de coexistence pacifique, notamment dans le monde musulman. Ce mythe est utilisé aujourd’hui pour légitimer une politique d’exclusion et de domination en Israël, en affirmant que les Juifs ne peuvent vivre en sécurité que dans un État juif. Il y a encore le mythe de l’impossibilité de la coexistence entre Juifs et Arabes. C’est une idée fausse, car pendant des siècles, Juifs et Arabes ont vécu ensemble en paix en Palestine et dans d’autres régions. Ce n’est qu’avec l’arrivée du sionisme, qui portait le projet d’un État juif exclusif, que les tensions se sont développées.

D’où ce paradoxe : selon la doctrine sioniste, l’État juif était conçu comme un havre de paix, un État-refuge pour les Juifs du monde. Et pourtant, depuis la création de l’État d’Israël, et même un peu avant, c’est l’endroit du monde où les Juifs vivent le moins en sécurité et où ils ont le plus peur. Encore un mythe !

Vous évoquez la résolution de l’ONU de 1975, qui affirmait que le sionisme est une forme de racisme, avant d’être abrogée en 1991 sous la pression des États-Unis et d’Israël. Qu’en pensez-vous ?

La résolution de 1975 qualifiant le sionisme de forme de racisme a bien été abrogée, mais le débat reste pertinent. Vu la diversité des courants sionistes ayant existé avant la création de l’État d’Israël, la question fondamentale n’est pas de savoir si le sionisme est raciste en soi (ce n’a pas toujours été le cas), mais de reconnaître que les politiques menées en son nom par les dirigeants israéliens le sont. Le projet sioniste tel qu’il a été mis en application a conduit à l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens en 1948 et à l’instauration d’un système d’apartheid. Ce sont ces faits qui doivent être critiqués.

Vous parlez dans votre livre des vagues successives de migrations juives vers la Palestine. Comment cela a-t-il contribué à la situation actuelle en Israël ?

Il ne faut pas oublier que la colonisation sioniste se passe dans le contexte de l’entreprise coloniale de l’Europe en Afrique et en Asie. Der Judenstaat, ou « l’État des Juifs », le livre fondateur du sionisme politique rédigé par Théodore Herzl en 1896, est imprégné de cette mentalité colonialiste. Lord Balfour, le ministre britannique des Affaires étrangères auteur de la célèbre déclaration de 1917 qui porte son nom, était un antisémite, qui avait promu des lois contre l’intégration des Juifs en Grande-Bretagne. Il était favorable à la création d’un foyer juif pour que les Juifs puissent s’installer ailleurs. C’est d’ailleurs un point commun avec beaucoup de gens d’extrême droite, qui apprécient le projet sioniste : pour eux, c’est chacun chez soi, et les Juifs là-bas. Selon la même logique, dans les années 1930, il y a eu des accords entre les sionistes et le régime nazi, qui favorisaient ainsi l’émigration juive en Palestine dans le cadre de sa politique de purification ethnique du Judenrein. Cela explique aussi que le sionisme a été le seul mouvement juif autorisé à fonctionner et à publier des journaux dans l’Allemagne nazie d’avant-guerre.

On peut donc être pro-israélien et antisémite ?!

Absolument. Ça se vérifie tout le temps ! Au contraire, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les antisionistes sont majoritaires parmi les Juifs. Le sionisme est tellement minoritaire que le premier congrès sioniste organisé par Herzl en 1897, n’a pas pu se réunir en Allemagne parce que la grande majorité des rabbins allemands s’y est opposée. C’est pour cela qu’il s’est tenu à Bâle, en Suisse. Les premières vagues de migrants juifs vers la Palestine, à la fin du XIXe siècle, venaient principalement d’Europe centrale et orientale. Ces migrants ne venaient pas avec l’intention de coexister avec la population locale, mais avec le projet de créer un État exclusivement pour les Juifs. À l’époque, la Palestine comptait environ 500.000 habitants, dont 85 % de musulmans, 10 % de chrétiens et 5 % de Juifs. Les Juifs de Palestine étaient des Arabes, partageant la culture et la langue des autres habitants. Comme eux, ils ont vu d’un très mauvais œil arriver ces Juifs d’Europe qui ne leur ressemblaient pas dans leurs coutumes, leur langue, et qui, surtout, avaient le projet de vivre entre eux, séparés de la population locale. Car les nouveaux arrivants, venus d’Europe parlaient en général le yiddish, avaient des coutumes différentes et aucune intention de s’intégrer à la population autochtone. Cela a rapidement créé de vives tensions puis des révoltes massives, comme la grande révolte de 1936-39. Cependant les vagues d’immigration se sont poursuivies, si bien qu’en 1939,la Palestine, encore sous domination britannique, comptait 30% de Juifs.

Vous mentionnez la culpabilité des pays occidentaux après la Shoah, qui aurait favorisé la création de l’État d’Israël.

Après la Seconde Guerre mondiale, dans les pays occidentaux, un sentiment de culpabilité pour ne pas avoir fait assez pour protéger les Juifs s’est en effet développé, surtout en Europe. Entre autres parce qu’ aucun des 32 pays représentés à la conférence d’Évian en 1938 n’a accepté d’accueillir des réfugiés juifs persécutés par les nazis en Allemagne et en Autriche. Après la guerre, cette culpabilité s’est traduite par un soutien à la création de l’État d’Israël. Avec les millions de déplacés en Europe, cela arrangeait aussi les dirigeants européens que ces Juifs en déshérence s’en aillent en Palestine, sans l’avoir forcément demandé. Ce soutien était perçu comme une réparation après la Shoah. Mais cette réparation s’est faite au détriment des Palestiniens, qui ont été expulsés de leurs terres et privés de leurs droits. Ce qui me met le plus en colère, c’est l’utilisation de cette apocalypse raciste qu’a été le génocide des Juifs d’Europe, dont plus de la moitié a été assassinée, pour justifier un autre projet politique extrêmement raciste. Le plan de partage de 1947 de l’ONU prévoyait d’attribuer 56% de la Palestine aux Juifs, 43% aux Palestiniens, tandis que la région de Jérusalem et Bethléem devait rester sous juridiction internationale. Cependant, avec la guerre de 1948-49, Israël va s’emparer de 78% du territoire et expulser entre 750 et 800.000 Palestiniens de chez eux. Aujourd’hui, la majorité des Palestiniens sont des exilés ou des descendants d’exilés. Contre une telle injustice, les Palestiniens ont toujours résisté, de manière variée. Les dirigeants israéliens considèrent comme terroristes, non seulement les gens qui prennent les armes contre les injustices dont ils sont les victimes mais aussi des ONG palestiniennes qui s’occupent de culture, de théâtre ou de défense juridique des membres de leur peuple.

Vous évoquez le « complexe de Massada » de la société israélienne. Pouvez-vous expliquer ce concept et son rôle dans le discours politique actuel ?

Le « complexe de Massada » est un élément central de la psyché israélienne. Il fait référence à un épisode de l’histoire juive où, au Ier siècle, des Juifs assiégés par les Romains dans la forteresse de Massada ont choisi de se suicider plutôt que de se rendre. Cet événement est devenu un symbole sioniste de la résistance juive face à l’oppression. Aujourd’hui, beaucoup d’Israéliens se considèrent encore comme assiégés, entourés d’ennemis. Cela renforce une mentalité de citadelle assiégée, où la survie dépend d’une force militaire écrasante et d’une unité nationale. Cette mentalité explique en partie pourquoi la société israélienne est si militarisée, et pourquoi la majorité des Israéliens soutiennent des politiques sécuritaires très dures à l’encontre des Palestiniens. Ils ont l’impression que leur existence est menacée en permanence, et cela alimente leur soutien à des partis politiques d’extrême droite prêts à tout pour asseoir leur domination.

Comment expliquez-vous ce qui se passe à Gaza ?

Depuis 2007, la bande de Gaza était soumise à un blocus extrêmement sévère et illégal selon le droit international : Israël avait transformé cette étroite bande de terre peuplée de 2 millions de personnes en une prison à ciel ouvert, avec un accès limité à l’eau potable, à l’électricité, aux soins médicaux et aux biens essentiels. La population y vivait dans des conditions inhumaines, assiégée et régulièrement attaquée par l’armée israélienne. C’est dans ce contexte qu’en 2018, à l’occasion du 70ème anniversaire de de la Nakba (le nettoyage ethnique de la Palestine par l’armée israélienne en 1948-1949), que le Hamas et les autres organisations palestiniennes de Gaza ont lancé un appel aux « marches du retour », lors desquelles les habitants étaient appelés à manifester en marchant vers le mur qui les enferme dans Gaza pour réclamer la fin de ce blocus insupportable. Les soldats israéliens ont tiré sur ces manifestants désarmés. Cela a causé près de 400 morts et des milliers de blessés. La répression sanglante de ces marches désespérées et l’indifférence de la communauté internationale face à leur répression contribuent à expliquer que le Hamas ait fini par imaginer l’opération sanglante du 7 octobre. Je ne justifie pas les crimes de guerre et contre l’humanité commis ce jour-là. Mais on sait aujourd’hui que beaucoup de civils israéliens ont été tués par l’armée israélienne en vertu de la doctrine Hannibal, selon laquelle il vaut mieux prendre le risque de tuer les Israéliens plutôt que les laisser prendre comme otages. En outre, les médias dominants font mine d’oublier complètement que les combattants du Hamas et des autres groupes avaient pour cible principale des garnisons militaires. Comme l’ont reconnu les médias israéliens euxmêmes, beaucoup d’histoires, comme celles des 40 bébés décapités, d’une femme enceinte éventrée, ou encore des viols massifs ont été inventées. Le problème, c’est l’usage que les autorités israéliennes ont fait de ce narratif pour justifier ensuite une politique monstrueusement inhumaine vis-à-vis des Palestiniens de Gaza.

En dehors de Gaza, quelle est la situation des Palestiniens aujourd’hui ?

La majorité des Palestiniens vivent en exil ou sous occupation. Ceux qui vivent en Israël en tant que citoyens israéliens font face à de graves discriminations institutionnelles, mais, la situation est bien pire pour ceux qui vivent à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, où ils sont soumis à des restrictions sévères de mouvement, à des arrestations arbitraires et à des violences quasi quotidiennes de la part de l’armée ou de colons armés. C’est une occupation brutale et systématique. Depuis la création de l’État d’Israël, l’apartheid concerne tous les non Juifs et en particulier bien sûr les Arabes qui forment la très grande majorité des non Juifs vivant sous la domination de l’État israélien. Cet apartheid, qui pour moi existe depuis la création de l’État d’Israël, est enfin reconnu maintenant par de grands organismes internationaux. L’ONU a remis un rapport en 2016 à ce sujet. Depuis, Human Rights Watch, Amnesty International et la Fédération internationale des droits humains sont parvenus aux mêmes conclusions. C’est aussi le cas de B’Tselem, une organisation des droits humains israélienne à majorité juive, qui estime qu’il y a un système d’apartheid en Israël et dans tous les territoires que cet État occupe.

La situation peut-elle évoluer positivement ?

Je ne crois pas du tout que les changements viendront de l’intérieur de la société israélienne dont les membres subissent un bourrage de crâne extrêmement efficace depuis leur plus jeune âge. Le rapport de force est tellement inégal entre Israéliens et Palestiniens. Il faut absolument une intervention extérieure, et donc que les opinions publiques pèsent sur leurs gouvernements. Seule une pression considérable des opinions sur les dirigeants des États-Unis et de l’Union européenne les contraindra à remettre en cause leur soutien quasi inconditionnel à Israël en dépit des violations systématiques des droits humains et des atrocités en cours. L’Union européenne est le principal partenaire commercial d’Israël et pourrait exercer une pression efficace. Il est hypocrite de prôner la défense des droits humains tout en fermant les yeux sur la situation en Palestine. C’est d’autant plus hypocrite qu’ils prétendent lutter contre l’extrême droite en Europe mais soutiennent la politique d’extrême droite de Netanyahou et de ses alliés suprémacistes.

Malgré cette situation, y a-t-il des raisons d’espérer ?

Un signe d’espoir vient de l’évolution des opinions publiques, notamment dans les communautés juives en dehors d’Israël. Aux États-Unis, par exemple, de plus en plus de jeunes Juifs remettent en question la politique israélienne et le sionisme. Des mouvements comme Jewish Voice for Peace critiquent ouvertement l’occupation des territoires palestiniens et prônent une paix basée sur la justice. En Europe, des initiatives similaires se développent, comme la nouvelle association Juifs européens pour la Palestine. Ces groupes rejettent l’idée que critiquer Israël soit synonyme d’antisémitisme, et insistent sur le fait que ce conflit n’est non pas ethnique ou religieux mais découle d’une politique coloniale d’occupation. Je reste donc optimiste, car les jeunes générations commencent à comprendre que ce conflit n’est pas inévitable, et qu’il doit être résolu politiquement. Mais combien de morts encore ? Combien de souffrances encore jusqu’au jour où l’on sortira enfin de cette impasse qu’est le sionisme réel ? Ce sionisme n’est pas seulement une catastrophe pour les Palestiniens, il est aussi une impasse suicidaire pour les Juifs israéliens ainsi que pour les Juifs en général et pour le vivre ensemble chez nous.

Alexandre Penasse, octobre 2024, propos retranscrits par François Massoulié.

*Auteur de Palestiniens et Israéliens Dire l’histoire, déconstruire mythes et préjugés Entrevoir demain, Le Cerisier, 2023.

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