L’éloge des nouveautés de la technocratie
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L’éloge des nouveautés de la technocratie

Antoine Demant

On croit souvent que les publicités ont pour seul but de promouvoir la vente des produits vantés, or il apparaît que ce n’est pas nécessairement le but recherché. Ainsi, vous avez certainement vu les publicités pour voitures, omniprésentes, surtout en cette année sans salon de l’auto. Vous avez alors dû remarquer que beaucoup de ces publicités sont centrées sur les voitures « 100% électriques ». C’est assez paradoxal, car ces voitures représentent à peine 7,5% des ventes de véhicules neufs, et encore, c’est une moyenne pour l’Europe où certains pays tirent les chiffres vers le haut (Norvège, car l’énergie électrique est très peu chère vu sa production par l’hydraulique). Pourquoi les publicités négligent-elles autant les 92,5% du marché ? 

Elles s’alignent ainsi sur les politiques qui ont trouvé dans ce mode de propulsion la solution aux émissions de CO2 et la raréfaction programmée du pétrole. Pourtant, de plus en plus de voix s’élèvent pour contester ce choix et sa pertinence. Mais c’est inclus dans les programmes de la « croissance verte ». 

Même Carlos Tavares, le patron de Stellantis, une multinationale qui regroupe Peugeot, Citroën, Fiat et Chrysler, émet de grandes craintes quant à la « brutalité » du passage à la voiture électrique. Lui qui n’est pas un militant écologiste, estime que le gain en émissions de gaz à effet de serre n’est effectif qu’à partir d’un grand nombre de km parcourus. Il affirme en effet que « compte tenu du mix énergétique européen actuel, une voiture électrique doit parcourir 70.000km pour compenser l’empreinte carbone de la fabrication de la batterie et commencer à rattraper un véhicule hybride léger, qui coûte deux fois moins cher qu’un véhicule électrique. ». Ce chiffre de kilomètres est identique à celui d’une étude de Damien Ernst, le spécialiste des dossiers sur l’énergie, favori des médias. Par la suite (sous quelles pressions ?) il a revu ce chiffre à 35.000km. Tavares ajoute « l‘électrification est une technologie choisie par les politiciens, pas par l’industrie, il existe pourtant des moyens plus rapides et efficaces, et surtout moins coûteux, pour diminuer de façon drastique le bilan CO2 de l’industrie automobile. » 

MORE AND MORE ENGLISH 

On constate que de plus en plus de signatures incluent des mots d’anglais. Dans le monde de la publicité, la signature est le slogan présent sous le logo ou tout contre. Il permet de différencier la marque et de révéler sa personnalité, sa vision, ses valeurs et est parfois gardé pendant plusieurs années. Faisons une petite sélection des mots d’anglais présents dans les signatures (si vous devinez la marque qui correspond à ces signatures, vous êtes un.e champion. ne de connaissance des publicités). On trouve ainsi : Drink true, Inox is enough, Transforming spaces, Smart money, Smart life, Better together, Dancefloor, Enjoy the music, enjoy Fun radio, Slow lover en Gironde… 

Venu des USA, une nouveauté technologique, le métavers, doit aussi être promu par de la publicité. Le mot métavers (traduction en français de l’anglais metaverse) a été inventé par Neal Stephenson. Cet auteur de science-fiction reconnaît que « le métavers est une invention de ma part, qui m’est venue à l’esprit quand j’ai réalisé que les mots existants comme « réalité virtuelle » étaient trop maladroits pour être utilisés. ». Pendant Super Bowl, la finale du football américain la plus regardée à la télévision (100 millions de téléspectateurs aux États-Unis et 150 millions de par le monde), les publicités lors de la mi-temps sont les plus recherchées et sont vendues à des prix astronomiques (6,5 millions de dollars pour 30 secondes de pub). Cette année, une publicité pour le métavers a été la cible de beaucoup de critiques. En effet, pour promouvoir la réalité virtuelle, l’entreprise de Mark Zuckerberg a livré une vision dystopique et franchement déprimante du monde réel. Pour promouvoir ces technologies, il faut donc dévaloriser le monde dans lequel nous vivons. Et puis on s’étonne que beaucoup de fans de ces technologies toujours plus folles, qui discréditent le réel, tentent de fuir vers des paradis artificiels, que ce soit la drogue ou la dépendance aux images animées de leurs écrans. 

Alain Adriaens