Kairos 67
📰 Kairos 67 📑 Sommaire

Les devoirs des paysans

Les paysans réclament leurs droits (cf. Kairos n° 66) mais ils sont fiers aussi de proclamer leurs devoirs ! Les politiciens peuvent-ils en dire autant ? Leur devoir n’est-il pas de veiller au bon fonctionnement de la société ? Et une société peut-elle fonctionner sans celles et ceux qui produisent la nourriture ?

Les paysans nourrissent la terre et une grande majorité de ses habitants. L’agriculture paysanne produit en effet au moins 70% de l’alimentation mondiale[note]. Ils sont les gardiens de la biodiversité et les garants de la souveraineté alimentaire. Plus de 866 millions d’agriculteurs et paysans nourrissent le monde (FAO).Et pourtant, nous ne sommes pas respectés ! Le monde paysan disparaît face à l’agro-business. Les derniers acteurs, essentiels plus que jamais à la souveraineté alimentaire de nos régions, sont sous-payés et rencontrent tout un tas de difficultés et ont plus que jamais besoin de vous : les mangeurs. Le tarif horaire des maraîchers se situe entre 8,5€ et 10€ brut/ heure pour plus de 60 heures/semaine en moyenne. Soit 2.800 à 3.000 heures de travail par an (quasiment 8 heures tous les jours de l’année) ! C’est en dessous du seuil de pauvreté. Les salaires se situent en général entre 500 et 1.500€ par mois (pour ceux qui s’en sortent le mieux). Ce n’est pas suffisant par rapport à l’importance de leur métier, le nombre d’heures prestées et le fait de devoir faire face à des imprévus (machine cassée, tunnel emporté par une tempête, accident, sécheresse, imprévu familial, etc.).

Même si le métier est difficile, les producteurs aiment ce qu’ils font, mais ils sont trop peu nombreux pour répondre aux besoins nourriciers de la population. Il existe pourtant des solutions. Vous les mangeurs pouvez agir avec nous les paysans en développant l’agriculture soutenue par la communauté (CSA, AMAP, GASAP, etc.) et en participant au Système Participatif de Garantie (SPG). Un SPG alors qu’il y a déjà des labels ? Les contrôles organisés par les États (ou organismes mandatés) sur les denrées alimentaires répondent à plusieurs enjeux de société, notamment la santé et le commerce. Si nous sortons la nourriture du circuit économique classique, nous sortons de la logique d’une agriculture qui doit toujours plus produire. Ce faisant, nous donnons la possibilité à une agriculture paysanne de prendre le relais et de se centrer sur l’objectif de nourrir les gens. En retirant la notion de profit, nous mettons au centre la notion de besoin alimentaire, nous n’avons donc plus besoin d’utiliser de produit néfaste pour l’être humain. Nous remettons au centre le consommateur sur ce qu’il veut manger. Rassemblons-nous pour changer les choses.[note]

Organisons nous localement pour notre souveraineté alimentaire ! Le système participatif de garantie agroécologique du MAP permet de rapprocher les paysans et les mangeurs pour réfléchir à notre agriculture et notre alimentation, puis agir ensemble.[note]

Serge Peereboom