MARS 2024 : UNE COMMUNICATION INSPIRANTE
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MARS 2024 : UNE COMMUNICATION INSPIRANTE

Les chroniques d’un agro-écologiste

Le printemps est là depuis quelques jours, il est quatre heures du matin, j’entends ma nature se réveiller, accompagnée par le chant des oiseaux. Et je me demande « Quelle est l’urgence à court terme ? ». La mienne ? C’est d’écrire ma chronique d’ici 44 heures, alors que demain j’ai invité toute une bande d’amis pour célébrer les 3 ans de mon fils et que dimanche je couvrirai l’évènement Hope. Celle des agriculteurs ? C’est de préparer leurs semis de printemps, à la pépinière pour les maraîchers et en champs pour tous, en s’adaptant aux conditions climatiques et pédologiques. Les sols sont gras et froids, il faut attendre le bon moment pour intervenir afin de mettre les cultures dans les meilleures conditions. Celle de la nature ? C’est d’optimiser l’utilisation de la ressource lumineuse. Pour tout le monde végétal, le signal vient d’être lancé ! Les jours sont devenus plus longs que les nuits dans l’hémisphère nord. 

C’est à partir d’aujourd’hui qu’il est devenu raisonnable de relancer la machine « photosynthèse » pour faire germer les graines, débourrer les bourgeons et entreprendre une phase de croissance végétative pour maximiser ensemble l’exploitation de chaque cm2 qui sera touché par la grâce divine du soleil. Ça c’est la phase émergée de la réalité, mais maintenant laissez-moi vous plonger dans le monde merveilleux du sol. Plus que nous les humains, les végétaux ont conscience de l’importance d’être performants pour capter l’énergie lumineuse, mais ils savent aussi qu’ils doivent investir, en temps et en énergie, dans le sol qui va leur apporter tout ce qui est vital en dehors de l’énergie : de la diversité d’information, des réseaux de distribution et de communication, de la transformation, du stockage de nutriments… Le sol est un contexte minéral, structurant et riche d’un capital d’éléments nutritifs qui est mis en œuvre par une communauté d’êtres vivants très diversifiée, accomplissant chacun des tâches spécifiques et interdépendantes. L’une des clefs de réussite de cet écosystème est la mobilité de la matière et de l’information. On pourrait aussi l’appeler l’économie, étymologiquement « l’administration de la maison » du grec oikia « maison » et nomos « loi » (source : wikipédia). Pour comprendre plus concrètement comment cela fonctionne, laissez-moi vous présenter les rôles joués par les champignons, partenaires des végétaux en lesquels ils investissent une grande partie de ce qu’ils produisent en matière de photosynthèse ; alors que les plantes se sont spécialisées dans la production de sucres, simples et complexes, servant tant au stockage d’énergie qu’à la composition de tissus structurés complexes, comme la lignine (composante du bois). La spécificité des champignons, c’est leur capacité à produire une diversité protéique pour offrir des services de transformation et de distribution de la matière et de l’information, au travers d’un extraordinaire réseau, qui a inspiré la création d’internet. Avec la différence notable que les plantes et champignons collaborent pour rendre l’écosystème plus robuste, c’est-à-dire résilient et durable. 

On parle d’un système « agradant » qui favorise la diversité biologique et entraîne une optimisation de l’utilisation des ressources pour laisser la place à la génération spontanée, pas divine comme le pensait Aristote, mais bien microbienne comme l’a démontré Louis Pasteur, cela avec une capacité à s’adapter à l’environnement comme aucun humain ne peut l’imaginer. En effet, il a été démontré depuis longtemps que la nature, avec sa diversité et sa capacité à collaborer, était en mesure de renaître à partir de contextes extrêmement stressants. Je prends juste comme exemple l’expérience de Harvard de cultiver des micro-organismes dans des milieux contenant mille fois la dose d’antibiotique capable de les tuer. 

Ils ont la capacité de survivre au dégât de l’humanité, mais la question qui nous concerne c’est : comment s’inspirer d’une transformation et d’un partage aussi robuste que ceux des champignons ? Je n’ai pas la prétention de le savoir. 

J’ai cependant découvert quelques clefs du mystère que je vous partage. Une relation consentie instantanée, autrement dit, on retrouve dans la relation une conscience de soi avec une confiance en l’autre . Ce concept signifie qu’à chaque instant, grâce à une conscience de leur intégrité individuelle, les êtres vivants qui interagissent dans des relations vitales, comme une mycorhize et une plante, mesurent le coût-bénéfice de l’échange et acceptent de ne pas toujours être gagnants à court terme, car ils font confiance dans les bénéfices à venir, tout en gardant la possibilité de se retirer de la relation. C’est ce qui arrive en période hivernale dans nos régions afin de permettre à chacun de rentrer en dormance. Un accès facile à l’information pour les individus avec une même intention. Reprenons l’exemple des mycorhizes, qui portent comme intention la volonté de collaborer avec les végétaux. Elles disposent d’une compétence qu’on appelle l’anastomose. Il s’agit de la capacité pour leurs hyphes (structure filamenteuse qui constitue le réseau) de fusionner les uns avec les autres. Ce qui leur permet de profiter instantanément de toutes les informations diffusées dans le réseau. Un amour inconditionnel est offert par les mycorhizes, puisqu’elles font confiance, par défaut, à leur partenaire en lui donnant le meilleur de ce qu’elles ont construit ; mais elles disposent tout de même des outils nécessaires pour stopper la relation au cas où celle-ci serait trop coûteuse à moyen terme. De plus, elles n’ont pas de jugement de valeur et redonneront une chance aux végétaux avec lesquels la relation aurait pu mal se passer. 

Bref, vous comprendrez que je suis complètement inspiré par ces mécanismes collaboratifs. 

Et si je vous en parle, c’est parce que j’ai la conviction qu’ils peuvent inspirer l’humanité pour envisager une ère nouvelle, non plus basée sur la peur de l’autre mais sur la confiance dans notre capacité à transformer l’humanité et l’humain pour prendre soin de nous et de notre planète Terre. 

Simon Chavée