Cet article est la deuxième partie d’une série de trois articles.
La première partie portait sur la perte de confiance dans les institutions.

Si les articles des médias de masse déploraient au printemps la perte de confiance dans les institutions et évoquaient une forme de « pente glissante de la pensée complotiste » (consistant pour la personne emprisonnée dans une sorte de paranoïa à tout remettre en question)[note], les auteurs de ces publications n’ont pas pour autant pris la peine de définir le « complotisme », (ou le « conspirationnisme »), ni d’en expliquer la psychologie ou de se poser la question de l’origine de l’ampleur du phénomène.
C’est cependant logique, car cela impliquerait de se remettre en question, et, dieu sait, même devoir remettre en question le gouvernement (qui est pour beaucoup d’entre eux leur employeur). La description faite des complotistes donne une image de personnes autistes : un comportement social inhabituel, unecompréhension atypique des codes de conduite sociale, unmanque d’empathie, des intérêts spécifiques, des comportementsrépétitifs, des troubles obsessionnels compulsifs… En gros, les complotistes sont obsédés par leurs théories décrochéesde la réalité, ce qui mène à un comportement déviant dangereux. Des « compl-autistes », en quelque sorte (mêmesi, à lire la presse, on se pose la question : qui sont réellementobsessionnels, les « complotistes » ou ceux qui ne cessentde les stigmatiser depuis des années ?). Et contrairement àune croyance populaire, les complotistes ne sont pas composésde cancres et d’ignorants, mais comprennent également des personnes avec des métiers à haut niveau d’éducationcomme médecin, juriste, philosophe, scientifique, etc.
Par conséquent, il y a des intelligents et des déraisonnablesdes deux côtés de la barrière, tant dans le camp des complotistesque dans celui des « crédulistes » (un néologisme pour désigner ceux qui sont non seulement crédules, mais qui s’enprennent à ceux qui ne le sont pas).
Si l’on admet qu’il y a des personnes irrationnelles ainsi quedes clairvoyants au sein des complotistes, tout comme il yen a également parmi des défenseurs des institutions et descrédulistes, alors il n’existe pas une multitude de manières deréconcilier les deux camps. La confiance doit inévitablementpasser par une reconnaissance des torts, suivie d’une réparationdes injustices et finir par la mise en place de garde-fous, comme la transparence, pour le futur. Certains diront que c’esttotalement utopique… Pourtant l’histoire nous suggère quelors des grandes ruptures sociétales (apartheid, DeuxièmeGuerre mondiale,…) ce sont ces démarches qui ont permisde surmonter les difficultés rencontrées par une populationdivisée. D’autres diront que la crise du coronavirus était particulièreet qu’elle ne serait pas comparable à d’autres crises. La remarque ne serait pertinente que sur la cause de la division,mais non sur le constat même qu’il y ait eu une division brutalede la population entre les anti- et pro-mesures sanitaires, ainsi qu’une rupture de la confiance des premiers envers lesautorités.
Dans les pays nordiques, où règne une grande confiance envers les autorités et les médias, quelques démarches avaientété entreprises pour analyser la gestion de la crise sanitairede manière critique. À titre d’exemple, le principal quotidienfinlandais, Helsingin Sanomat, a questionné l’efficacité desmesures sanitaires, concluant que la fermeture des écolesétait une mesure inefficace dans la lutte contre les contaminationsdu SARS-CoV-2, que la menace de la saturation des hôpitaux n’avait pas forcément reflété la réalité, qu’il y avaiteu une erreur quant au caractère aérogène du virus qui avaitété nié à l’époque, que les autorités ne s’étaient pas adaptéesà la littérature scientifique lors des recommandations du portdu masque, que les médias avaient manqué de diversité d’opinion,etc.[note] Similairement, au Danemark, le journal Ekstra Bladet avait fait un mea culpa pour son reportage biaisé à propos dela pandémie, se reprochant de ne pas avoir assez remis enquestion les décideurs politiques[note]. Ces analyses introspectivescritiques sont nécessaires pour entamer le processus de réconciliation. Toutefois, on n’est pas certain que d’autresétapes ont suivi ou que la phase d’autocritique ait été jugéesuffisante. En effet, les populations nordiques ont été moinsdivisées sur la gestion de la crise sanitaire, car ce sont desnations qui ont une grande confiance en leurs institutions etgouvernements. Et voici en quelque sorte le paradoxe auquella première partie de cette série d’articles « Que sont devenusles compl-autistes ? » a fait allusion : les pays nordiques étanttrès transparents, peu corrompus, constituant des démocratiessaines (sources d’inspiration pour les autres pays de l’Unioneuropéenne), les populations ont développé une confiancepratiquement aveugle en leurs autorités publiques. Par conséquent,ces dernières sont peu remises en question lors des dérives (comme les mesures pendant la crise sanitaire). End’autres termes, quand le système fonctionne bien, on baissela garde et on perd le sens critique.
Kairos : complotiste ou simplement média libre et indépendant?
Kairos n’était pas mentionné dans les émissions et articlessur ce que sont devenus les complotistes après la crise sanitaire.
Tant mieux, notre journal a été épargné des étiquettes habituelles de média complotiste, conspirationniste, antisémiteet d’extrême-droite. Mais ces catégorisations sont-elles justifiables ? Si l’on devait se fier au travail d’enquête journalistiquedu Conseil de déontologie journalistique (CDJ), de la RTBF[note], du journal Ensemble[note] ou de Conspiracy Watch[note],alors apparemment que la réponse serait oui. Mais quels seraient alors les arguments de ces derniers ? Ils peuvent être résumés à la diffusion par Kairos de contenus étiquetés comme tel (complotiste, d’extrême-droite, etc.).
La gauche estime que Kairos est d’extrême- droite car il s’est entretenu avec des personnages comme Slobodan Despot, Piero San Giorgio ou Dieudonné (tout en négligeant le contenu des publications de Kairos qui pourrait être considéré comme étant de gauche, par exemple les propos de certains des auteurs sur la question palestinienne, le « piège » tendu à Marion Maréchal lors d’un reportage[note], ou encore les valeurs du journal comprenant la volonté de rompre avec les idéologies dominantes de la société : consumérisme, croissance, développement, progrès, marchandisation du monde et du vivant,
travaillisme et employabilité, compétitivité, concurrence et « libre-échange »[note]). Les médias dominants et les institutionsgouvernementales, quant à eux, considèrent que le relais parKairos de ce qu’ils appellent les « contre-vérités » (que l’onpeut interpréter comme étant toute information qui remet enquestion le narratif sur lequel tous les médias de ce pays sontd’accord) est suffisant pour mériter d’être traité de complotiste.
Ils omettent évidemment de mentionner tous les faits publiéspar Kairos qui, après avoir d’abord été considérés commedes fake news, se sont avérés vrais, comme l’efficacité desmesures sanitaires ou les caractéristiques du virus SARSCoV-2. Reste encore le label d’antisémite qu’obtient Kairos
pour des propos pro-palestiniens.
Ces attaques contre Kairos, dignes d’une cour de récréation,soulèvent pourtant de vraies questions :
- Comment traiter et diffuser les informations en évitant depropager des faits inexistants ou des opinions non fondées ?
- Quelle est la place des médias (libres) dans notre société ?
- Quels rôles ont les contributeurs (rédacteurs, intervenantsexternes,..) à ces journaux, ainsi que les experts et les intellectuelsdans notre société ?
La troisième partie de cette série d’articles tentera d’apporterdes éléments de réponse à ces questions.


