RAP s’attaque à la publicité pour les voitures
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RAP s’attaque à la publicité pour les voitures

On vous en déjà souvent parlé dans Kairos, mais nous ne sommes pas les seuls à être excédés par l’omniprésence de la publicité pour les automobiles. Ainsi, RAP (Résistance à l’agression publicitaire, association française créée en 1992) a lancé une vaste campagne pour dénoncer cet envahissement par la pub pour les voitures. Ils l’ont mesuré et ont ainsi calculé qu’à la télévision les réclames liées à la voiture occupaient divers supports : en 2019, cette pression représentait 28 pages de presse quotidienne, 8 h 45’ de publicités télévisées par jour toutes chaînes confondues, et 318.718 affiches dans l’espace public. À l’occasion de la journée internationale contre la publicité du 25 mars, des activistes d’une dizaine de villes en France (Paris, Lille, Lyon, Toulouse, Rennes, Nancy, Rouen, Strasbourg…) et même au Portugal, à Lisbonne, ont remplacé et/ou recouvert des panneaux publicitaires portant des affiches commerciales pour la voiture par des visuels satiriques. Belles réalisations, ceux-ci ont attiré le regard de nombreux passants. Les slogans étaient clairs et efficaces (« La pub ment ; vous y croyez à leurs pubs ; les SUV sont impliqués dans des accidents en plus ; ne dépassez pas vos limites… »).

À côté de ces actions de terrain, RAP a aussi réalisé, en octobre 2004, un rapport[note] de 60 pages intitulé « STOP à la publicité automobile. La voiture à l’assaut de notre imaginaire ». On y trouve de nombreuses informations : les constructeurs et les gouvernements privilégient des véhicules plus lourds, plus puissants, plus nombreux et plus polluants, dont la seule solution présentée face aux problèmes sanitaires et environnementaux est l’innovation technologique, alors qu’il faudrait plutôt mettre en place des mesures de sobriété. Analysant 137 publicités automobiles, l’association a pu en sortir un travail original montrant les différents ressorts utilisés pour valoriser la voiture individuelle, comme par exemple la vitesse, l’élitisme, le futurisme, l’individualisme, la durabilité ou le confort. Face à ces excès, le rapport expose le fait que les mesures censées réguler l’industrie publicitaire sont insuffisantes. Aucun constructeur ne s’engage à réaliser des mesures de sobriété telles que réduire le poids ou la vitesse des véhicules. À l’heure de la seule promotion de la voiture électrique, les interdictions limitées et sectorielles de publicités pour les énergies fossiles échouent elles aussi à réorienter le marché vers des véhicules plus légers et plus sobres. En conclusion, à côté d’autres mesures concrètes, RAP constate que « pour une nouvelle ère de la mobilité, changeons de paradigme culturel. »

LA PUBLICITÉ DANS LES CINÉMAS

Bernard Hennebert, spécialiste de la critique des pratiques culturelles, s’est intéressé à la publicité dans les cinémas, durant les longues minutes précédant les films[note]. La publicité diffusée sur l’écran fait désormais partie d’une séance de cinéma traditionnelle, mais cela n’a pas toujours été le cas. Elle a progressivement pris la place de la première partie du spectacle qui proposait autrefois un court métrage ou/et les actualités de la semaine.

Le niveau de décibels pour la publicité atteint dans la plupart des salles une intensité devenue insupportable. Peut-on mettre fin à cette sottise ? Les agents chargés des salles prétendent que le son va baisser après la publicité. Pourquoi les publicitaires prennent-ils ainsi l’habitude de nous assourdir ? L’amplitude du son pour les pubs et le film est inégale : les premières apparaissent plus intenses, car leur son est mieux travaillé pour atteindre cet effet, à l’inverse des longs-métrages qui jouent davantage sur une tessiture plus nuancée. Or, le son des publicités ne peut pas dépasser en intensité celui du film et, pendant leur diffusion, la lumière doit être maintenue dans la salle. Sont-elles appliquées ? Le public a-t-il été suffisamment informé de ces obligations ?

Il convient de constater que tous les usagers ne sont pas opposés à certaines publicités. Bon nombre même peuvent les adorer. Selon les régions ou les continents, le public et les tribunaux ne réagissent pas nécessairement de la même façon face à certaines pratiques culturelles. Ainsi, fin février 2025, le Guardian et BFM TV relaient la décision d’un tribunal indien de sanctionner, avec amendes à la clé, une salle de cinéma suite à une plainte d’un spectateur âgé d’une trentaine d’années dénonçant des publicités diffusées avant la projection du film qu’il considérait comme « interminables ». Il a déclaré avoir dû regarder avant le film environ 25 minutes de bandes-annonces et de publicités pour des produits ménagers, des téléphones portables et des voitures. Il avait prévu de retourner travailler juste après la séance et estime donc que cette plage publicitaire constitue une « coûteuse perturbation » de sa vie. La Cour a donc expliqué ainsi sa décision : « Le temps, c’est de l’argent. Le temps de chacun est précieux. […] Consacrer 25-30 minutes à regarder des pubs sans intérêt, c’est très long. Des gens avec des emplois du temps chargés n’ont pas à perdre du temps ».

Comme certaines salles en ont besoin économiquement alors que d’autres pas (salles d’art et essai, cinémathèques, ciné-clubs…), B. Hennebert propose une solution qui pourrait mettre beaucoup de monde d’accord. Que les futurs spectateurs soient informés, avant qu’ils n’achètent leurs tickets, que la séance programme une présentation de publicités et surtout combien de temps lui sera consacré. Ainsi, à Bruxelles, le cinéma des Galeries mentionne dans son affichage sur sa façade « 15 minutes de publicité avant chaque film ». Avec de telles informations, les spectateurs peuvent développer la stratégie de ne venir que lorsqu’ils sauront après combien de temps ils doivent entrer pour ne pas subir les publicités.

Alain Adriaens