Kairos 65
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Victoires sur les trottoirs

C’est la ville brésilienne de Sao Paulo qui, dès 2007, fut pionnière en la matière et supprima les 8.000 panneaux publicitaires de ses rues. Plus près de nous, on notera ensuite les actions d’enlèvement totales ou partielles des panneaux publicitaires en France : Grenoble (2014), Rennes (2017), Bordeaux (2019), Lyon1 (avril 2024) et bientôt Marseille. 

Il faut dire que ces MUPI (mobiliers urbains pour l’information) sont une des publicités les plus dérangeantes : posés en général sur les trottoirs, ils entravent le passage des parents avec poussettes ou des personnes handicapées avec leurs « rolators ». Ils distraient les automobilistes qui les croisent et parfois même, lorsqu’ils sont posés près d’un carrefour, empêchent de voir les véhicules qui arrivent perpendiculairement. 

Les actions des militants qui cachent les pubs ou les détournent ne sont probablement pas étrangères aux évolutions positives enregistrées. Mais la répression s’organise aussi et on se souviendra ainsi de ces deux militants liégeois qui, pour avoir enlevé 2 bâches publicitaires, furent attraits en justice pour « vol ». Un collectif nommé « Bruxelles sans pub » est aussi actif sur la capitale. Il se bat pour la disparition des réclames dans l’espace public et joint le geste à la parole : les activistes ouvrent les MUPI et enlèvent ou surcollent les publicités de messages critiquant vigoureusement la pub ou d’affiches artistiques. 

En effet, la capitale de l’Europe est, elle aussi, victime de l’invasion publicitaire. Même si un cadastre précis n’existe pas, on évalue à 3.500 les publicités en rue. En outre, on en trouve sur les abribus qu’elles financent en partie. On trouve aussi près de 500 publicités installées dans les espaces privés, mais visibles depuis la voie publique. Au total, près de 5.000 publicités tentent de capter le regard des citadins. 

À BRUXELLES AVANCÉE PROMISE 

Le gouvernement bruxellois vient de revoir le règlement régional d’urbanisme (RRU). Il prévoit de réduire d’au moins de moitié l’ensemble des panneaux recensés dans la ville. Des règles précises ont été édictées : 2 panneaux ne peuvent pas se trouver à moins de 50 mètres l’un de l’autre et ils devront être éteints entre 1h et 6h. Interdits près des espaces verts, des monuments classés, ils devront être placés à plus de 20 mètres d’un carrefour. Si le RRU passe les étapes législatives encore prévues, l’aspect de la ville s’améliorera à terme et les regards des passants ne seront plus autant happés par ces dispositifs qui poussent à la consommation. 

La seule résistance pourrait venir de certaines communes qui verraient d’un mauvais œil la disparition de sources de revenus provenant des redevances et taxes sur ces dispositifs. Les montants varient de 200€ par an et par m2 pour les dispositifs statiques et jusqu’à plus de 400€ pour les dispositifs roulants ou animés. Selon les communes, les recettes sont comprises entre 10.000€ et 100.000€ par an, soit fort peu dans un budget communal. Certaines voudraient une compensation de la part de la Région, mais ce n’est pas prévu. Et puis, devenus plus rares, les panneaux restants… pourront être taxés plus cher. 

Hélas, le nouveau règlement n’entrera en vigueur qu’en 2025 et l’on devra respecter les contrats signés avec les sociétés (Decaux et Clear Channel) pouvant aller jusqu’à 6 et 9 ans. L’amélioration de l’aspect de la ville ne se fera que progressivement et les « Cacheurs de pub » ont affirmé qu’ils continueraient leurs actions de rébellion jusqu’à ce que les publicités de rue disparaissent totalement. 

Alain Adriaens