Si seul on va plus vite, ensemble on va plus loin
Comme le disait si justement Friedensreich Hundertwasser : « Quand un homme reve, ce n’est qu’un reve. Mais si plusieurs hommes revent ensemble, c’est le debut d’une realite. »
Depuis plusieurs générations, nous avons été conditionnés par une logique de gigantisme, celle du toujours plus : plus grand, plus vite, plus individuel. Une société de surconsommation où la compétition prend le pas sur la solidarité, et l’individualisme sur la coopération. On pourrait facilement se laisser happer par ce courant défaitiste, tant les dysfonctionnements du monde semblent nombreux. Mais plutôt que de céder au découragement, demandons-nous ce que nous pouvons changer, ici et maintenant, à notre échelle. Adoptons une vision plus optimiste et tournée vers l’action. Si demain devient plus incertain, il nous faudra réapprendre à vivre ensemble, à nous entraider, à recréer du lien de voisinage. Ce n’est ni en cherchant à améliorer notre confort personnel, ni en répétant les schémas d’hier, que les choses changeront. C’est en mettant nos volontés individuelles au service d’un élan collectif.
Prenons exemple sur les abeilles : chez elles, le partage et la coopération sont naturels, au coeur même de l’équilibre de la ruche. Elles ont conscience de leur unité. À nous de tisser des liens similaires, en bâtissant une économie d’échange où chacun coopère dans l’intérêt du plus grand nombre. Car comme elles, nous sommes tous interdépendants, tous sur le même bateau. Et c’est ensemble que nous devons recoudre les filets de la solidarité.
Mettons nos savoirs en commun. Multiplions les initiatives citoyennes. Construisons une économie d’entraide où chacun donne ce qu’il peut et reçoit ce dont il a besoin. Seul, on n’aurait jamais osé ouvrir une petite épicerie de quartier ou organiser une grande fête sous chapiteau. Mais ensemble, tout devient possible. Il suffit de partager ses compétences. Que celui qui sait couper du bois le fasse pour celui qui n’en a plus la force ; et que ce dernier l’aide à faire sa soupe ou à remplir sa déclaration fiscale.
Mutualiser nos talents, nos forces, nos savoir-faire : c’est cela, vivre ensemble. Ce sont des gestes simples, mais porteurs de liens. Car le vrai changement ne viendra pas d’un confort individuel accru, mais d’un retour à la solidarité.
Aujourd’hui, nous vivons souvent isolés, dans un monde de plus en plus agité. Or l’agitation ne change rien de fondamental. Un fardeau partagé devient plus léger. Nos voisins ne doivent plus être vus comme des obstacles, mais comme des alliés, des tremplins. Et cela, de nombreuses initiatives locales l’ont déjà compris.
Nous ne sommes pas faits pour vivre seuls. Nos ancêtres chassaient en groupe. Cela nous invite à repenser notre habitat : moins grand, plus partagé, plus humain. Il n’est pas nécessaire de vivre dans un éco-village pour changer ses habitudes. Parfois, il suffit de vivre dans un éco-quartier où l’on échange quelques mots avec ses voisins. C’est déjà un premier pas.
Ce qu’il nous faut, c’est raviver cette envie de lutter ensemble pour un monde meilleur. Les contacts humains, les échanges, les rencontres sont sources de bonheur — un bonheur réel, parce que partagé. Bien sûr, nous ne pensons pas tous de la même manière. Mais vivre ensemble, c’est aussi apprendre à faire preuve de souplesse et de tolérance.
Puisque notre monde change, adaptons-nous. Repenser nos modes de construction devient nécessaire. Imaginons des habitats plus simples, plus modulables, durables, évolutifs. Moins, c’est souvent mieux. Une maison bien pensée, bien isolée, construite en bois, peut suffire à nos besoins tout en allégeant notre esprit.
Et si, au lieu d’agrandir sans cesse nos espaces, nous les réduisions pour mieux les partager ? Habiter en petites unités mitoyennes, c’est aussi se réchauffer — au propre comme au figuré. Certes, cela demande parfois de contourner des normes urbanistiques rigides, pensées pour un autre temps. Faut-il toujours rester dans les clous ? Comme le dit un ami bâtisseur : « Si j’avais attendu les autorisations, je n’aurais jamais rien fait. »
Oui, il nous faut parfois désobéir avec bon sens. Nos aïeux vivaient simplement, sans se compliquer la vie, et s’en sortaient parfois mieux que nous. Revenons à l’essentiel, à la joie d’être ensemble, aux petits plaisirs simples, à un rythme plus lent et plus humain.
Et si, au lieu de renforcer nos murs, nous apprenions à construire des ponts ?
Christian La Grange


