Vaccinez ! Vaccinez, quoi qu’il en coûte !
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Vaccinez ! Vaccinez, quoi qu’il en coûte !

Selon la Commission européenne, le «principe de précaution» est une approche de la gestion du risque qui prévoit que, si une politique ou une mesure présente un risque potentiel pour la population ou l’environnement et qu’il n’existe pas de consensus scientifique sur la question, elle ne devrait pas être poursuivie »[note].

Justifié pour des raisons de santé publique ou pour la protection de l’environnement, ce principe, introduit depuis le Traité de Maastricht en 1992, est une disposition phare des Traités européens. Il a notamment permis d’interdire le bœuf aux hormones ou encore les organismes génétiquement modifiés (OGM) sur le continent, sans preuve scientifique irréfutable d’une quelconque dangerosité. Un principe noble qui a rapidement eu du plomb dans l’aile. Outre-Atlantique, il est notamment considéré comme un « obstacle commercial », de sorte que les accords commerciaux de nouvelle génération — par exemple l’Accord de libre-échange UE-Mercosur, le CETA — le rendent quasiment « hors la loi ». Un des leviers, c’est notamment l’insertion d’un « mécanisme de coopération réglementaire ». Sous cette appellation innocente, les États ont sciemment laissé entrer le loup dans la bergerie. Car il revient de facto à changer l’ordre de préséance dans le processus législatif. En permettant au secteur privé des pays partenaires de s’immiscer, en amont, dans la préparation, l’évaluation et la mise en œuvre des règlementations, il sape l’autorité des parlements nationaux et européen, qui attendront leur tour. C’est que les multinationales sont un poids lourd de l’économie : environ 80% du commerce mondial est lié à leurs réseaux de production internationaux[note]. En bout de chaîne, c’est le citoyen européen lambda qui en fera les frais. Pour preuve, les législations sur les OGM, les produits chimiques ou encore, les pesticides, jugées trop contraignantes, se sont retrouvées dans le collimateur des partenaires commerciaux. 

Le « mécanisme de coopération réglementaire » symbolise ainsi le nouveau visage de la démocratie 2.0, celle qui s’exerce dans les marges imparties par le secteur privé. Il est le sésame de l’affaiblissement des normes sociales, environnementales ou de santé publique. Autre victime collatérale : le « principe de précaution ». En atteste, par exemple, la volonté de la Commission européenne d’affaiblir la législation sur les OGM, en excluant les nouvelles technologies génomiques du champ de la réglementation, ce qui permettrait aux semences issues de ces techniques d’échapper aux procédures d’évaluation de risques, d’étiquetage et de traçabilité. Une offrande pour les entreprises de l’agro-business qui veulent introduire en douce des aliments génétiquement modifiés dans nos champs et nos assiettes. Mais un bras d’honneur à la Cour de Justice européenne, dont le jugement rendu le 25 juillet 2018[note] statue que la réglementation européenne doit s’appliquer à ces nouvelles techniques, sous peine de compromettre le principe de précaution et de nuire potentiellement à la santé humaine et à l’environnement. L’aliénation des États aux intérêts privés. Un principe de précaution bafoué. La gestion de la crise sanitaire en cours nous en apporte deux exemples criants. 

Philippe Debongnie

FEU VERT POUR LA 5G 

La 5G est le catalyseur de l’économie numérique et du déploiement de l’intelligence artificielle. Malgré les nombreux appels de scientifiques de tous bords à multiplier les études sur son impact sanitaire et sur l’environnement, la Commission européenne poursuit méthodiquement son plan d’action : positionner l’Europe à l’avant-garde des réseaux 6G[note] ! Que sait-on de l’impact de la 5G sur le Vivant ? Une question a priori cruciale dès lors que l’UE ambitionne d’être le porte-étendard international du climat et de la biodiversité. Qu’à cela ne tienne. Peu importe à la Commission européenne si les données scientifiques sont lacunaires. Oublié le serment vert « ne pas nuire » de sa présidente, Ursula Von Der Leyen, quand bien même elle en fait un principe phare du « Pacte vert pour l’Europe »[note]. La 5G est non négociable. La realpolitik est le réacteur de sa stratégie économique. 

Quant aux États membres, ils ont classé le dossier des « risques potentiels de la 5G dans le tiroir des « fake news » en décrétant, lors du Conseil de ministres de l’UE du 9 juin 2020 « qu’il importe de lutter contre la diffusion de désinformations concernant les réseaux 5G, surtout eu égard aux allégations fallacieuses selon lesquelles ces réseaux constitueraient une menace pour la santé ou seraient liés à la COVID-19 »[note]. C’est qu’on ne badine pas avec le positionnement géostratégique de l’UE sur l’échiquier mondial. Dans la quatrième révolution industrielle en cours, la Chine a gagné la première manche. Un retard que l’UE entend bien rattraper. La gestion de la crise sanitaire, à coups de confinement, télétravail, e-education, etc… a miraculeusement permis de lever les obstacles à la généralisation du numérique dans toutes les sphères de notre vie. Du même coup, l’autorisation de la 5G est passée comme une lettre à la poste avec, aux commandes, deux ministres écologistes, la ministre des Télécoms Petra De Sutter (Groen) qui désire visiblement ne plus perdre de temps (pour éviter le retard sur nos voisins européens)[note], et le ministre de la Santé et de l’Environnement bruxellois Alain Maron (Écolo). 

VACCINS COVID-19 : EN AVANT TOUTE ! 

Reflétant les dangers d’une évolution scientifique et technique mal maîtrisée, le « principe de précaution » devrait être chevillé au corps des autorités publiques dans la gestion de la crise sanitaire en cours. Pourtant, elles l’ont durablement bafoué. 

Acte 1. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs 

En amont, pour accélérer la production de vaccins, les autorités politiques ont assoupli les règles, dynamitant au passage quelques balises du Règlement 2020/1043 relatif à la conduite d’essais cliniques. Revu selon une procédure d’urgence, sans possibilité d’amendements et de débat du Parlement européen, il permet aux producteurs de vaccins et de traitements anti-covid contenant des OGM de se passer de produire une étude d’impact environnemental et de biosécurité[note] avant le démarrage d’essais cliniques. Une démarche irresponsable sur le plan sanitaire et environnemental. Mais l’urgence est invoquée pour passer outre les précautions d’usage. Il faut agir. Et vite ! Et puis, « On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ». Tambour battant, les gouvernements en Belgique, partis de droite ou de gauche confondus, mènent leur croisade vaccinale. Ils nous martèlent, à l’unisson, que les vaccins sont sûrs et efficaces ; qu’en dépit d’« accidents malheureux », la balance « bénéfices/risques » penche clairement en faveur de la vaccination de masse. Les invitations à la vaccination, sans rendez-vous, dans les écoles, les centres commerciaux, etc…, pullulent. C’est le miracle de la multiplication des pains. Dans leur ferveur vaccinale, les socialistes se détachent du peloton de tête. La vaccination est devenue leur mantra. Avec eux, les garde-fous volent en éclat. En vaut pour preuve, la préparation, par le ministre socialiste Frank Vandenbroucke, d’une modification de la loi afin de permettre aux pharmaciens d’administrer des vaccins, faisant fi, comme le rappelle l’Association belge des syndicats médicaux (Absym), que « la vaccination est un acte médical qui comporte des risques d’effets secondaires, de contre-indications et de complications impliquant la présence d’un médecin capable de poser un diagnostic rapidement et de traiter le patient »[note]. Peu lui chaut, la troisième dose de vaccin à imposer à toute la population est dans les starting blocks. Et comme le martèle la ministre wallonne de la Santé, Christie Morreale (PS) : « Il faut continuer à vacciner, encore et encore »[note]

Acte 2. Tuer dans l’œuf l’opposition 

Dans le domaine financier, la diminution du risque en portefeuille passe par la diversification de l’investissement. Ce n’est pas la voie suivie par les gouvernements en place dans la gestion de la crise sanitaire. Négliger massivement l’investissement public dans la prévention, le renforcement de l’immunité naturelle et les traitements précoces sied à l’objectif de rendre la vaccination incontournable. Un narratif qui ne saurait souffrir d’aucune critique. Mais voilà, le virus continue à circuler, y compris dans les pays ultra-vaccinés, à l’instar d’Israël, l’Islande ou l’Irlande. À qui la faute ? Le non-vacciné ! Pour le premier ministre, Alexander De Croo et le ministre-président wallon Elio Di Rupo, aucun doute n’est permis. Son portrait-robot : il est dangereux et incivique. Piqûre de rappel. 

Le 18 septembre dernier, Alexander De Croo assénait : « Cette épidémie devient une épidémie des non vaccinés. On ne peut accepter que des gens fassent le choix de mettre d’autres personnes en danger. Ce sont ceux qui ne se sont pas fait vacciner qui sont responsables de la prolongation de certaines mesures de restriction » […]. Cette situation « nous ne pouvons pas l’accepter en tant que société », alors que les vaccins contre le coronavirus sont « sûrs, gratuits et disponibles partout« [note] ». Le lendemain, Elio Di Rupo en remettait une couche, en appelant les Wallons qui ne se sont pas encore fait vacciner à faire leur « examen de conscience ». Les non-vaccinés sont frappés d’ostracisme, un procédé orchestré par les autorités publiques, aussi dangereux qu’injuste. Dangereux d’abord, car il souffle sur les braises de la division de la population, en rompant les canaux de discussions entre les deux « camps ». Injuste, car elle évacue entre autres des débats une question de taille. Le risque que de nouveaux variants du SARS-CoV-2 ne se développent dans les réservoirs animaux et ne soient potentiellement réintroduits dans la population humaine, contre lesquels les vaccins actuels seraient inefficaces[note]. Selon l’expression anglaise consacrée, c’est « The elephant in the room » que tout le monde feint de ne pas voir. 

Acte 3. Tous les œufs dans le même panier 

La déliquescence du bon sens collectif, c’est de « mettre tous les œufs dans le même panier ». Une option clairement assumée par les autorités publiques. L’avis du Commissariat Corona au gouvernement « aux personnes qui ne peuvent pas être vaccinées contre la COVID-19 en raison d’une allergie ou d’effets secondaires graves après une première vaccination » est symptomatique de l’absolutisme vaccinal[note]. « Dans des situations exceptionnelles, certaines personnes ne peuvent être vaccinées contre la Covid19 pour des raisons médicales strictes […]. Ce n’est que si une allergie au PEG ou au polysorbate est connue et prouvée, ou si un effet secondaire grave est survenu après la première vaccination, que l’on considère que cette personne ne peut être vaccinée en toute sécurité (même en milieu hospitalier)[note] ». 

Pour éviter toute échappatoire à la vaccination, la procédure est ultra-centralisée. Un médecin généraliste ou un spécialiste qui suit le dossier d’un patient se voit écarté de la procédure. Seul un médecin de référence/allergologue figurant sur une liste préétablie par le gouvernement est habilité à décider si la vaccination est appropriée ou non. Dans le cas où celle-ci reste à proscrire, le patient pourra disposer de tests PCR gratuits à volonté. Mais « dès que des vaccins contre le Covid-19 ne contenant plus de PEG ou de polysorbate seront disponibles sur le marché, la vaccination des personnes allergiques à ces substances sera possible ». Ouf ! On est rassuré ! La voie de la guérison, c’est le vaccin ! Vous en avez peur ? Vous craignez des effets secondaires cardio-vasculaires en raison de votre dossier médical personnel ou des antécédents familiaux ? Comprenez : la seule contre-indication médicale reconnue, c’est exclusivement l’allergie au produit inoculé par le vaccin. Point à la ligne. Le terrain allergique ou inflammatoire du patient ne compte pas, ni d’ailleurs ses vulnérabilités cardio-vasculaires. Vous avez peur du manque de recul, des effets indésirables potentiels, voire irréversibles, à moyen ou à long terme, notamment pour vos enfants ? Des fadaises, tout ça ! La seule peur légitime reconnue par le gouvernement est celle du virus et de la mort. Ferment de la « servitude volontaire », du consentement citoyen aux mesures liberticides, elle est même encouragée. Par contre, la peur du vaccin est proscrite

Dans cette logique, le gouvernement fait la guerre à une minorité de citoyens non-vaccinés. Coupable de la circulation du virus, fossoyeur de la reprise économique et des lendemains qui chantent, c’est la brebis galeuse à isoler. Ce qui justifie, à leurs yeux, la mise au ban des non-injectés de l’accueil hospitalier, des théâtres, cinémas, restaurants, des salles de sports, etc… L’enjeu : leur faire mordre la poussière, leur pourrir la vie, de façon à les acculer au « repentir ». La délivrance ? Accepter, de guerre lasse, l’injection pour retrouver provisoirement la liberté. Tel est l’enjeu du passe « sanitaire », dont le corollaire est la mise en quarantaine de la parole critique. 

Acte 4 : Un principe de précaution passé à la moulinette 

« Les réfractaires » à la vaccination : une étiquette infâmante accolée par le gouvernement De Croo, qui marque une fracture entre « bons » et « mauvais » citoyens. Pourtant, dûment vaccinés contre une série de maladies infantiles, nombreux sont ceux qui ne se reconnaissent pas dans le clivage « anti/pro-vax ». Car c’est nier qu’il existe une différence de taille entre ces nouvelles technologies vaccinales et les classiques : le respect des garde-fous et des étapes préalables à l’autorisation de mise sur le marché. Les premiers sont toujours en phase expérimentale (jusqu’en 2022 ou 2023 selon les marques), et sont autorisés à titre provisoire. Les seconds ont respecté méthodiquement les étapes successives préalables à leur mise sur le marché, dont l’autorisation remonte à des dizaines d’années. 

Dans la mesure où les effets secondaires à moyen et à long terme de ces nouvelles technologies sont méconnus, et que le gouvernement engage, par ses choix, l’ensemble de la population, on est en droit d’attendre des autorités politiques qu’elles tempèrent, au minimum, leur stratégie vaccinale par la mise en œuvre du « principe de précaution ». 

À cette heure, 86% des adultes sont complètement vaccinés[note]. N’est-il pas dans l’intérêt public de faire preuve de prudence, en préservant, au minimum, les jeunes, — la relève ! —, de la vaccination massive ? Sachant qu’il est essentiel d’avoir une pharmacovigilance[note] robuste pour certifier de l’efficacité et l’innocuité des vaccins à moyen et à long terme, pourquoi le gouvernement s’obstine-t-il, dans sa rage vaccinale, à supprimer l’existence d’un « groupe contrôle » non-vacciné ? Pourquoi ne s’inspire-t-il pas des protocoles des essais cliniques, sachant que sans « groupe de contrôle », il sera d’autant plus hasardeux d’établir une causalité possible entre les effets secondaires et les vaccins ? Bref, n’est-il pas dans l’intérêt collectif d’affiner les études scientifiques, en tolérant une minorité « non vaccinée », dans le respect du « principe de précaution » ? De toute évidence, celui-ci n’est pas dans l’écran radar des autorités politiques. Rien ne peut les faire dévier de leur foi vaccinale. En instaurant le passe sanitaire (le « Covid Safe Ticket »), ils sont passés à la vitesse supérieure : rendre (indirectement) obligatoire la vaccination pour tous. 

« Il faut forcer le cheval à boire », dixit le socialiste Rudi Vervoort, ministre-président de la Région bruxelloise. Les « jeunes poulains », épris de liberté, sont singulièrement dans sa ligne de mire. Les activités sportives et récréatives sont essentielles à leur santé physique et psychique. Le CST les confisque pour les non-vaccinés. Question de les mettre au pas. Un « dressage » perfide qui marche du tonnerre, et qui ravit la socialiste Christine Morreale : « Depuis l’annonce du Covid Safe Ticket, quatre fois plus de personnes s’inscrivent à la vaccination ». Et d’ajouter, sans rire : « Le CST, c’est une adhésion encore un peu plus importante à la vaccination. Et cela, c’est positif ». Et de conclure « La vaccination obligatoire ne doit pas être tabou »[note]. Seulement voilà, le CST présente des avantages sérieux par rapport à la voie légale. 

PETIT PRÉCIS DU MACHIAVÉLISME À L’ÈRE COVID 

Parce que les vaccins contre le Covid-19 ont été élaborés dans un délai « exceptionnellement court », les contrats d’achats anticipés négociés entre la Commission européenne et les grands groupes pharmaceutiques prévoient des clauses d’exonération de responsabilité financière liée aux effets indésirables des vaccins. Lesquelles ? Difficile à dire précisément. Car la règle en vigueur, c’est l’opacité des contrats vaccinaux[note]. Une certitude cependant. Leur trame, c’est la « privatisation des gains/collectivisation des pertes ». D’un côté, les firmes pharmaceutiques, se voient gratifier de certaines clauses d’irresponsabilité sur les effets secondaires des vaccins, qui se reportent en l’occurrence sur les États. L’argent public massivement investi dans la production de vaccins génère des profits d’autant plus plantureux pour les firmes pharmaceutiques, qu’aucune contrepartie n’a été exigée en matière de transfert des technologies pour faciliter la production dans les pays tiers. D’un autre côté, les États se gardent de rendre directement la vaccination obligatoire. Dès lors qu’elle reste volontaire, c’est le candidat au vaccin qui en assume le risque. 

La marche forcée de la vaccination passe par le CST. À l’heure où la société fait de la lutte contre les discriminations une priorité stratégique, incarnée entre autres dans les droits LGBTQI+, il est frappant de voir l’apathie générale face à la création d’un statut de citoyen de seconde zone, « le non-vacciné », dépouillé un à un de ses droits fondamentaux, dont celui même de se nourrir, dès lors que l’accès au travail est conditionné à la possession d’un QR code, et dont le « crime » est d’avoir refusé une injection non obligatoire sur le plan strictement légal. 

Plus généralement, quand De Croo et Di Rupo reprochent aux non-vaccinés « leur irresponsabilité et un usage égoïste de leur liberté »[note], ils affichent de facto leur total mépris envers le « principe de précaution », en terme d’action politique ; leur mépris envers la sagesse ancestrale qui préconise la prudence face à des choix technologiques qui pourraient induire de graves conséquences sanitaires dans un horizon plus lointain ; enfin, leur mépris pour les règles d’éthique, en sacrifiant les droits fondamentaux sur l’autel de l’hygiénisme sanitaire. Où sont passés les démocrates de tous bords pour s’en émouvoir ? 

Celtibère