CovidRationnel : retour à la raison
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CovidRationnel : retour à la raison

Entrevue avec Bernard Rentier*

Comment l’association s’est-elle créée ? 

De manière informelle, les membres-fondateurs se sont contactés parce qu’à l’époque, à la mi-2020, après avoir été consultés par les médias traditionnels, on a commencé à être confrontés à un message quasi évangélique et dont on ne pouvait plus débattre. On a tous commencé à comprendre qu’il n’y avait pas de place pour les opinions divergentes. Nous nous sommes appelés et avons conclu que nous ne pouvions pas continuer à laisser courir le récit officiel sans bouger. Puis nous avons choisi un nom. Au début nous étions tous académiques, aujourd’hui, plus. Mais la rigueur et la rationalité restent universitaires. 

Vous trouviez que le débat manquait de rationalité ? 

Au départ, avec l’appui de Marius Gilbert, j’ai critiqué Sciensano car il y avait des données essentielles qui manquaient. Ça a été repris par la presse. On ne pouvait laisser gérer une crise pareille en se basant sur des données non consolidées. Le problème a été en grande partie résolu. Ensuite, nous nous sommes aussi insurgés contre le matraquage d’informations anxiogènes. On parlait de nombre de « cas » (en fait, de contaminations) sans mentionner le nombre de tests effectués. Bien sûr le nombre de cas est important, mais il doit toujours être accompagné du taux de positivité, aucun des deux ne suffit. Ça a fait des remous. Il n’y a pas eu de débat, mais des interviews successives à la RTBF, dont la mienne et celle du directeur de Sciensano qui me démentait. Heureusement, depuis lors, Sciensano fournit le taux de positivité. Mais il faut comprendre que si un biais est créé par la politique de testing (qui teste-t-on et pourquoi ?) le taux de positivité ne veut plus dire grand-chose. J’ai plaidé pour le testing d’un échantillon représentatif afin de connaître la prévalence précise de cette maladie dans la population belge, selon les méthodes éprouvées en épidémiologie. À ma connaissance, cela n’a toujours pas été réalisé un an plus tard, alors que c’est simple : il suffit de commanditer une étude à des universitaires. Aujourd’hui, nous ne savons toujours pas quelle est la prévalence réelle du Covid en Belgique… 

Donc les mesures sanitaires s’appuient sur du sable ? 

Elles s’appuient sur des modélisations, qui sont des extrapolations qui se sont montrées souvent fantaisistes et alarmistes, mais celles qui ont été démenties par les faits n’ont jamais été remises en question. 

Comment expliquez-vous cela ? 

Je ne sais pas, je suis dépassé ! Je pense qu’il y a une volonté de ne pas entendre les spécialistes de divers domaines qui ont des choses à dire. Les experts choisis ont pour unique but l’éradication du virus, un objectif illusoire. Que le « commissaire corona » Pedro Facon soit un politologue me pose problème. Il me semble que ce serait plutôt la place d’un scientifique. Un politologue comme Vincent Laborderie est capable de comprendre aussi la science, c’est heureux. Mais quand P. Facon prétend que le danger pour la population se trouve dans les écoles primaires, c’est très exagéré. Personne n’a jamais démontré que les écoles représentaient un danger plus grand que d’autres foyers potentiels. On sent bien qu’il faut justifier la vaccination des enfants pour atteindre un niveau record. Nous avons été assommés par des déclarations infondées depuis le début de la crise, et quand des gens comme nous vont dans un autre sens, on nous querelle sur nos sources. Au moins, nous en avons et les communiquons. 

C’est de la rhétorique… 

Suite à une attaque qui nous reprochait d’avoir co-signé une pétition flamande qui ne citait pas ses sources, nous avons fourni un gros boulot pour reprendre point par point toutes les accusations et les étayer scientifiquement. Peu de gens l’auront lu jusqu’au bout et c’est épuisant d’être mis en situation de prouver la moindre référence, mais c’est encore pire de se le voir reprocher par des gens qui eux-mêmes ne font pas preuve de la même rigueur scientifique ! 

On vous fait perdre votre temps et votre énergie… 

Ce n’est pas vraiment une perte de temps parce que nous apprenons énormément et que nous sommes en train d’engranger des notions que nous n’aurions probablement pas acquises si nous n’y avions pas été poussés. Ce qui nous dérange, c’est de lutter à armes inégales avec des gens qui ne font pas ce travail mais qui sont écoutés parce qu’ils ont l’étiquette officielle. 

Vos contradicteurs viennent autant de la science, des politiques que des médias ?
Oui, les médias relaient les scientifiques et les politiques. Certains journalistes ou animateurs sur les chaînes « mainstream » se permettent de « reprendre » des scientifiques dans leur domaine de compétence et sont systématiquement hostiles. Ils confondent « complotisme » et « vérificationnisme », finalement. 

Allez-vous encore dans des médias comme la RTBF ? 

Tout à l’heure, je suis invité à Vivacité, car un de ses journalistes s’est réveillé. J’ai aussi reçu des invitations pour lesquelles j’ai été décommandé en dernière minute. Les dernières fois où je suis allé à la RTBF, ça s’est plutôt mal passé, on m’a régulièrement coupé la parole. Ça ne donne pas envie d’y retourner. 

Y a-t-il quelqu’un à sortir du lot ? 

Dans les médias supposés neutres, c’est difficile à dire. Je ne saisis pas bien quelle est leur politique, l’influence des rédacteurs en chef… Certains journalistes me soutiennent à fond comme Luc Widant du Journal du Médecin mais aussi de Biotempo, considéré comme un organe de presse dite « alternative », étiquette qui nous colle à la peau et tend à nous décrédibiliser. Donc l’interview que je vous donne me décrédibilisera encore un peu plus, mais certainement pas aux yeux de tout le monde ! 

C’est une guerre de l’information ? 

Tout à fait ! Le document le plus édifiant, qui se suffit à lui-même, est la désormais fameuse conférence de Marc Van Ranst en janvier 2019 en Angleterre disponible sur le web. Un modèle du genre, bien construit, un chef d’œuvre de communication d’un cynisme absolu : il annonce comment on peut entuber le public. Cet exposé prévoit tout ce qui s’est passé en Belgique depuis 21 mois[note]. 

Et cela ne le discrédite pas ? 

Du tout, il est toujours en place. Et là on se dit « avons-nous la capacité de résister à cela ? Les dés ne sont-ils pas complètement pipés ? » On ne peut que tomber dans le complotisme, en admettant qu’il y a au moins un complot, celui du Big Pharma. Vu les casseroles que celui-ci traîne, j’ai du mal à avaler la manière dont la vaccination actuelle a été mise en place. 

Avez-vous des contacts avec Didier Raoult ? 

Non. Je ne l’approuve pas totalement, trouvant par exemple que sa communication médiatique est contre-productive, et qu’il a fait des erreurs majeures au démarrage de l’épidémie et qu’il s’est plongé maintenant dans une forme de provocation inutile. Cela dit, je pense que c’était un grand virologue, d’une envergure exceptionnelle, un homme de terrain et pas seulement de labo. Je peux être d’accord avec lui à 80%. On l’avait invité aux Grandes Conférences Liégeoises en 2020. Il n’est pas venu pour cause de confinement, mais avant même son annulation, il y a eu un tir de barrage, notamment de collègues de l’Université. Pourtant, c’eût été une figure intéressante à inviter. 

Quel est le but de l’association ? 

Saisir au bond tout ce qui se dit sur la crise sanitaire et qui n’est pas scientifiquement rigoureux comme, par exemple, l’affirmation qu’une troisième dose de vaccin est nécessaire. Si ça n’a pas marché les deux premières fois, pourquoi cela marcherait-il mieux à la troisième si rien n’est changé dans le vaccin ? De plus en plus de gens disent avoir eu le covid ou être vaccinés et n’avoir plus d’anticorps et ça les inquiète. Il n’y a pas de raison. L’immunologie nous apprend depuis des lunes qu’après une réponse primaire, le taux d’anticorps chute. En cas de rencontre postérieure avec le virus, une réponse secondaire, plus forte et plus rapide intervient. Ce qui me sidère est que tout se passe aujourd’hui comme si ce coronavirus était un extra-terrestre alors qu’il ne fait rien d’autre que ce que ses congénères ont toujours fait, à ceci près qu’il est plus dangereux pour certaines catégories de personnes. S’il y a une quatrième vague, c’est aussi dû aux mesures sanitaires qui avaient pour objectif d’ « aplatir la courbe ». Pari gagné, certes, mais à quel prix en termes de dommages collatéraux ? Quand on aplatit la courbe, on la prolonge dans le temps, avec la césure des saisons. 

Est-ce un effet pervers de la politique sanitaire ? 

C’est un effet logique, prévisible. En prolongeant l’épidémie, on se donne le temps d’avoir un vaccin, m’a-t-on rétorqué. Tout le monde a cru que c’était le Graal, en sous-estimant le problème des variants, un phénomène pourtant déjà connu, à peu de choses près, avec la grippe. Le vaccin, efficace à 95% en janvier dernier, ne l’est plus qu’à 45% aujourd’hui à cause du variant Delta. Ce qui est proposé n’est plus le vaccin qui convient car il a été mis au point à partir de la souche de Wuhan. Les vaccinés ne sont donc pas protégés contre la souche actuelle, encore moins contre celle qui apparaîtra en 2022. On pourrait se dire : administrons alors une troisième dose dirigée spécifiquement contre le variant actuel. C’est techniquement possible, il suffit d’ajuster informatiquement la séquence du variant, ce qui prend 5 minutes, elle est connue ! Le reste de la production est inchangé. Mais ce n’est pas le cas, on continue à administrer l’ancien vaccin. Pourquoi ? Je l’ignore mais officiellement, on dit que c’est le premier vaccin qui a été homologué et que si on produit un nouveau, il faudra repasser par toutes les étapes. Mais il est plus vraisemblable qu’étant donné que les États ont déjà acheté la troisième et quatrième dose, ils pourraient vouloir d’abord les écouler. Quant aux firmes pharmaceutiques, elles ne seraient pas d’accord de fournir gratuitement des vaccins mis à jour en remplacement des anciens qui seraient considérés comme périmés. 

De plus ces vaccins sont d’une nouvelle génération, à ARN messager…
L’idée de l’ARN messager est en soi géniale, sauf qu’on n’en connaît pas les effets à moyen et long terme, elle est expérimentale, même si, à court terme, on sait maintenant que les effets secondaires semblent limités. Les firmes productrices préparent actuellement un vaccin à ARN messager contre la grippe, donc je m’attends à une pression pour cette vaccination-là en janvier prochain puisque la grippe saisonnière fait environ 3.000 morts chaque année en Belgique, ce qui n’est pas rien. On nous concoctera certainement un « Influenza Safe Ticket » pour s’assurer de l’obéissance de chacun, comme d’ailleurs à l’avenir pour toutes les maladies virales. On est parti pour un processus sans fin, avec 3 ou 4 doses par virus et par an jusqu’à la fin de nos jours. C’est surtout cela qui m’inquiète : la dépendance à vie sans même savoir s’il n’y aura pas des effets indésirables dus à la répétition des injections. 

Quelle dystopie ! 

Oui, c’est affolant. Beaucoup croient que tout va être réglé avec les vaccins à ARN messager. Même si l’idée est théoriquement fort intéressante, je me dis que le principe de précaution doit s’appliquer. Sont-ce des vaccins ? Pas à proprement parler, ce sont des informations génétiques qui, une fois entrées dans nos cellules, les transforment en usines de production de vaccin dont nous ne maîtrisons pas le contrôle. Sont-ce des outils de thérapie génique ? Non plus. La thérapie consiste à soigner des malades, c’est ainsi qu’avant de produire ce vaccin-ci, l’ARN messager n’avait pratiquement été testé que pour traiter certains cancers, avec des succès divers mais sans rapport d’effets secondaires notables. Mais il s’agit de thérapie compassionnelle, qui n’a rien à voir avec la vaccination de personnes en bonne santé. On devrait appeler cela plutôt une « prophylaxie génique ». Technique d’OGM, dira-t-on ? Pas vraiment car les gènes ne sont pas modifiés, c’est plutôt une intervention sur l’expression des gènes et c’est nouveau chez l’humain. On joue un peu à l’apprenti-sorcier, et ce qui me sidère, c’est que la planète entière participe à une expérimentation humaine. Attention, dire cela est considéré comme un blasphème ! Après quelques mois, on connaît certains effets, dont les micro-thromboses qui peuvent potentiellement poser de gros problèmes de santé, ainsi que des problèmes vasculaires, des péricardites et myocardites constatées chez les jeunes en particulier. Il y a matière à s’en préoccuper et je ne comprends pas que tant de médecins n’en tiennent pas compte. 

Ne sont-ils pas eux aussi victimes d’une politique de la peur ? 

Probablement, ainsi que de l’habitude de suivre automatiquement les recommandations des délégués pharmaceutiques, qui sont des champions de la propagande. Il suffit de voir l’ampleur du budget publicitaire de Pfizer, par exemple. 

Si je vous dis les termes eugénisme et transhumanisme… 

Transhumanisme m’évoque les gens — nombreux — qui pensent que la technologie va les rendre immortels ou leur donner la santé parfaite pour très longtemps. C’est à rapprocher du solutionnisme technologique, comme de prétendre que le vaccin va tout résoudre à lui seul, ce qui est faux, presque tout le monde l’admet aujourd’hui. Pour la grippe (et, oui, je sais que c’est un autre virus !) le vaccin protège pour un an, l’immunisation naturelle, pour 7 ans en moyenne. J’ai été accusé d’eugénisme quand j’ai déclaré qu’il fallait laisser circuler au maximum ce virus chez les jeunes, pas concernés par les formes graves, contrairement à d’autres tranches d’âge. C’est un bon moyen de se débarrasser des épidémies et ça implique de protéger les personnes fragiles, mais moins se préoccuper des autres, qui acquerront une meilleure immunité que celle induite par le vaccin, sauf évidemment s’ils ont des fragilités particulières. L’eugénisme étant une volonté politique d’éliminer les « inaptes » pour « améliorer la race », je ne m’y reconnais évidemment pas le moins du monde. On peut par contre me taxer de « darwiniste ». J’ai proposé de vivre avec le virus et me suis fait incendier. Alors je dis qu’il faut vivre malgré le virus, ce qui revient au même mais est mieux compris. Le seul moyen de résister n’est pas uniquement le vaccin. Aujourd’hui, tout le monde, sans exception, admet qu’il va falloir vivre avec, donc, malgré le virus. 

Le panmédicalisme ? 

On y est depuis un certain temps, mais aujourd’hui il est devenu disruptif et excessif. Reconnaissons qu’il présente des avantages, moins d’enfants meurent en bas-âge, par exemple, mais il faut se demander jusqu’où on veut aller et quelles dépendances on est prêt à accepter. 

Partagez-vous l’idée que nous sommes dans une syndémie[note] ? 

Oui. Un virus ne fait jamais ses dégâts tout seul, il profite d’un terrain déjà dégradé. Le Sars-cov-2 ne tue pas tout seul, mais il déclenche des phénomènes immunologiques anormaux chez certaines personnes, et c’est cette réaction qui les tue, ou les surinfections microbiennes. Donc, pensons toujours à tous ces éléments aggravants. Au niveau planétaire, il est clair que tout se met ensemble pour aggraver la situation : pollution, malbouffe, perturbateurs endocriniens, etc. 

Dans quel régime politique sommes-nous en train de glisser ? 

Pour moi, c’est inédit, nous ne devenons ni chinois ni soviétiques. Je ne pense pas non plus à une dictature classique au sens africain, par exemple, car il faudrait qu’une personnalité spéciale émerge. Ce qui nous guette est un affaiblissement du parlement qui laisserait la gestion du pays au seul exécutif. C’est ce qu’on vit depuis quelques années avec les pouvoirs spéciaux contre le 

terrorisme. La loi Pandémie ne définit pas clairement le moment auquel elle doit être activée. Par exemple, pour le moment, nous ne sommes pas dans les conditions pour cela. On l’active cependant, non pas sur des chiffres-clés, mais sur base de modélisations dont on peut se demander pourquoi elles seraient un meilleur indicateur que les précédentes. Les modèles effraient le public et préparent les esprits aux restrictions. Fait-on cela pour asservir la population ? Je ne pense pas, plutôt par excès de prudence. Si on enferme tout le monde, l’électeur ne va pas aimer ; si on n’enferme pas assez, que le virus circule et qu’il fait beaucoup de morts, le risque électoral est le même. La position est difficile, il faut le reconnaître. 

Le « Covid Safe Ticket », est-ce une bonne idée ? 

Pas du tout. Et si on suit la logique de son utilisation comme outil de sécurité, cela peut même être dangereux ! Pas seulement pour les libertés, mais dans une salle remplie de personnes ayant leur CST, seules celles qui ont fait un test sont sans danger pour les autres, contrairement aux vaccinés qui reçoivent un sauf-conduit automatique alors qu’ils peuvent transmettre le virus. Moins que 

les autres dit-on, mais le risque existe et s’est déjà vérifié lors de plusieurs événements. Celui ou celle qui entre au théâtre après avoir fait un test prend le risque d’être contaminé(e), alors que tout le monde pense que c’est lui ou elle qui représente un danger ! Quand le Premier ministre dit que nous sommes dans une épidémie de non-vaccinés, c’est inexact. Je m’oppose aux gens qui prétendent savoir. Moi je reconnais que je ne sais pas ce qui arrivera dans le futur ; j’affirme cependant que ce CST est tout sauf « safe ». 

Propos recueillis en direct par Bernard Legros, octobre 2021. 

* virologue, professeur émérite de l’Université de Liège et membre-fondateur de CovidRationnel 

Gabrielle Lacombe