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De ondraaglijke lichtheid van het net

Nicolas Drochmans

Commander une pizza ou un billet de train sur Internet, louer une trottinette électronique sur une plateforme de mobilité partagée ou encore surfer sur Vinted à la recherche d’une seconde main « tendance » : autant d’actions qui sont entrées dans notre quotidien et dont on s’imagine difficilement qu’elles puissent avoir une empreinte environnementale ou énergétique autre que nulle, voire même positive. Et pourtant, derrière un simple clic ou un banal « Like », que d’énergie dépensée et que de ressources insoupçonnées englouties. Car la face cachée du numérique est loin d’être aussi « verte » que les techno-prophètes de la dématérialisation et les gourous des GAFAM veulent nous le faire croire… 

Comme l’indique le journaliste et documentariste Guillaume Pitron, qui s’est livré à une enquête approfondie sur les dessous cachés du soi-disant vert paradis numérique, « l’industrie numérique mondiale consomme tant d’eau, de matériaux et d’énergie que son empreinte est triple de celle d’un pays comme la France ou l’Angleterre. Les technologies digitales mobilisent aujourd’hui 10 % de l’électricité produite dans le monde et rejetteraient près de 4 % des émissions globales de CO2, soit un peu moins du double du secteur civil aérien mondial[note]. » 

Énergivores, hyper gourmands en eau et en charbon autant qu’en métaux rares, et super polluants, les beaux joujoux électroniques des GAFAM ? Comment est-ce possible, alors que la petite musique qui nous est quotidiennement serinée tend à nous faire croire à l’innocuité environnementale des TIC[note] ? Si nous regardons des heures durant des vidéos en streaming, draguons sur Tinder ou sommes à l’affût des derniers potins sur WhatsApp sans nous douter un seul instant du coût environnemental et social que cela implique, ce n’est pas le fruit du hasard. C’est le fruit d’un marketing « vert » très efficace, d’un « e-greenwashing » si savamment conçu qu’il confine à l’e-brainwashing. Et le phénomène ne touche pas que les citoyens lambda. La très puissante Commission européenne elle-même ne jure que par la dématérialisation et la « transition numérique » censée nous amener en douceur, à l’horizon 2030 ou 2035, vers les meilleurs des mondes digitaux.[note] 

Derrière ce véritable matraquage publicitaire, on trouve des organisations bien implantées, ayant pignon sur institutions européennes et internationales. C’est par exemple le cas de Global e-Sustainability Initiative (GeSI). Basé à Bruxelles, ce groupe réunissant acteurs privés du numérique et organisations internationales se définit comme « une source majeure d’informations impartiales devant permettre la durabilité sociale et environnementale au moyen des TIC. » En fait, pour Guillaume Pitron, le GeSI est un puissant lobby dont les membres principaux ne sont autres que des sociétés telles que AT&T, Dell, Deutsche Telecom, Huawei, et IBM. À coups de rapports et d’études à la méthodologie pourtant douteuse, ils arrivent à des conclusions telles que celles-ci : « Les émissions évitées via l’utilisation des TIC sont près de dix fois plus importantes que celles générées par le déploiement de ces technologies[note].» Et ce sont de tels rapports que reprennent, quasiment tels quels, des organisations aussi « sérieuses » que l’UIT (Union internationale des télécommunications), la Banque mondiale ou… la Commission européenne. 

Pourtant, des chercheurs et organismes indépendants ont assez rapidement contesté la validité de telles affirmations. Selon Françoise Berthoud, chercheuse au CNRS, les critères et hypothèses de base utilisés par le GeSI ne sont pas fiables. En outre, « ces rapports ne se concentrent que sur les émissions de CO2. Quantité de e-déchets ne sont pas comptabilisés comme tels, comme les voitures connectées. » Et de conclure : « Aucun organisme indépendant n’a cautionné ces documents[note]. » 

UN CLOUD AUX EFFLUVES DE GAZ FLUORÉS 

Les mots sont trompeurs. Lorsque nous disons que nos données sont stockées dans le « Cloud », nous avons tendance à imaginer un sympathique nuage immatériel et transparent, parfaitement neutre du point de vue environnemental et énergétique. Pourtant, si le Petit Prince de Saint Exupéry avait demandé à un concepteur ICT de lui dessiner un tel nuage, il aurait sans doute été fort surpris du résultat. En effet, au cœur du Cloud se situent des infrastructures bien matérielles, les fameux data centers ou centres de données qui stockent les précieuses traces que nous laissons sur Internet. Et les plus grands d’entre eux peuvent atteindre la taille de plusieurs terrains de football. Comme l’indique Guillaume Pitron, c’est le cas au Nord de Paris « où la communauté d’agglomération Plaine Commune, qui compte déjà 47 data centers, s’apprête à accueillir une usine numérique de 40.000 mètres carrés, soit cinq fois la taille de la pelouse du Stade de France[note] ». Or, l’un des principaux problèmes rencontrés par ces monstres numériques bourrés d’électronique, c’est que les centaines de serveurs qu’ils abritent chauffent telle une cocotte-minute et doivent donc instamment être refroidis. Pour ce faire, on utilise principalement de l’eau, dont les data centers sont grands consommateurs, et des gaz fluorés aux propriétés refroidissantes, dont on revêt généreusement les semi-conducteurs et autres circuits intégrés. 

Dénommée HFC, la principale famille de gaz fluorés a, heureusement, remplacé les fameux gaz CFC, dont on s’est aperçu qu’ils détruisaient la couche d’ozone. Mais, en réalité, on a seulement déplacé le problème. En effet, s’ils gardent nos puces électroniques au frais, les HFC ont par contre la fâcheuse tendance à réchauffer l’atmosphère. Selon Bas Eickhout, un eurodéputé hollandais en pointe dans la lutte contre l’utilisation de tels gaz, « Une seule molécule de ce type de gaz est beaucoup plus puissante que le dioxyde de carbone . Leur pouvoir réchauffant est 2.000 fois supérieur en moyenne. Le NF3 retient 17.000 fois plus de chaleur dans l’atmosphère que le CO2. Quant au SF6, le coefficient avoisine même le chiffre impressionnant de 23.500, ce qui en fait le gaz à effet de serre le plus puissant jamais produit dans le monde[note] ». 

Les impacts du Cloud et des usines numériques qui en sont l’armature ne se limitent pas à leur gourmandise en gaz fluorés. Ils sont également consommateurs effrénés d’eau (pour refroidir les installations) et de charbon (pour produire l’électricité nécessaire). Sans compter qu’ils s’étendent souvent démesurément au détriment de terres agricoles ou de forêts, comme à Ashburn, en Virginie. Qualifiée de « Silicon Valley de la côte est », cette agglomération située à environ 50km au nord-ouest de Washington est devenue en quelques années la capitale mondiale des data centers, par laquelle transite pas moins de 70% du trafic Internet mondial. Mais au fur et à mesure que le Cloud étend son ombre sur cette partie agricole et forestière de la Virginie, c’est l’environnement et la biodiversité qui trinquent. En 2018, rien que pour la construction d’un seul data center, le True North de l’entreprise Compass, ce sont 43 hectares de forêts qui ont disparu. Et avec le développement annoncé de la 5G et des objets connectés (Internet of Things, IOT, ou Internet des objets), la tendance n’est pas prête de s’inverser. 

On le voit, à l’instar de son homologue dantesque, l’enfer numérique est lui aussi pavé de bonnes intentions. Mais derrière la belle façade d’un monde hyper connecté et, soi-disant dématérialisé et favorable à l’environnement et au climat, la réalité qui se profile est nettement moins idyllique. Alors, que faire contre la puissance tentaculaire des GAFAM, adossés aux industriels des télécom et déjà talonnés par leurs concurrents chinois, les BATX (pour Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) ? Dans les conclusions de son enquête, Guillaume Pitron prône notamment une plus grande sobriété dans la consommation individuelle de services numériques, voire un encadrement étatique fort, visant à limiter la pollution numérique, ce qui passerait notamment par la limitation du débit des infrastructures. Sera-ce suffisant pour brider les forces conjointes de notre hubris technologique et celles du libre marché ? Ou, comme certains le pensent, faudra-t-il en passer par une catastrophe de nature planétaire pour en revenir à plus de sagesse ? 

Alain Gailliard 

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