Une épidémie ni importante, ni grave
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Une épidémie ni importante, ni grave

ENTRETIEN AVEC LAURENT TOUBIANA[note]

Kairos : Laurent Toubiana, vous êtes chercheur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, épidémiologiste et directeur de l’Institut de recherche pour la valorisation des données de santé, qui travaille justement sur les épidémies. Vous venez d’écrire Covid-19, une autre vision de l’épidémie. Ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. Vous vous êtes basé sur les chiffres officiels ? 

Laurent Toubiana : Oui, ce sont les chiffres parfaitement officiels que tout le monde peut récupérer sur Internet. Mon travail consiste à comprendre ce qui se passe à partir de ces données. 

Malgré cela, on vous a dit que vous ne respectiez pas les standards de la communauté scientifique. On ne sait pas trop ce que ça veut dire, en fin de compte… 

Ça ne veut rien dire ! Mais ce que vous dites m’interpelle, puisque je ne savais pas qu’il existait des standards en termes d’approche scientifique. Il y a bien des méthodes que tout un chacun utilise et il y a des données accessibles. Donc le standard, c’est de suivre effectivement la méthode scientifique qui consiste à dire d’où viennent les données et à étudier leur valeur. Ensuite, il faut dire quelle méthode on utilise, qui peut être « standard », mais pas obligatoirement. En ce qui me concerne, j’utilise des méthodes purement standards, et ceux qui disent le contraire, eh bien c’est leur responsabilité. Je suis un chercheur tout à fait officiel dans un institut public et j’ai été membre du conseil scientifique de l’Inserm. Donc en méthode standard, je pense m’y connaître un petit peu ! 

C’est important de le préciser. Allons-y ! 

J’ai une autre vision de l’épidémie. À dire vrai, je l’ai eue très tôt, puisqu’elle résulte d’une expérience d’une trentaine d’années avec un groupe qui s’appelle « Système complexe et épidémiologie ». 

Nous vivons une époque formidable, Laurent Toubiana ! Expliquez-nous… 

Vous voyez que les rues sont pleines de passants et les terrasses de cafés sont bondées. On badine, plaisante, se pavane, semble heureux. Tout va très bien. Le soleil brille et nul ne s’inquiète des petits nuages qui flottent mollement dans l’azur. Tout le monde a déjà oublié la première période du début 2020. On avait commencé à entendre parler de quelque chose qui venait de Chine, mais moi j’étais occupé par une épidémie de grippe à ce moment-là. Néanmoins, très rapidement, j’ai tenté de comprendre ce qui se passait, parce qu’il y avait déjà des données. Je tiens d’abord à rappeler Jacques Ellul qui disait que dans une démocratie, il faut associer les citoyens aux décisions de l’État, il faut leur donner le sentiment d’avoir voulu les actes du gouvernement, d’en être responsables, d’être engagés à les défendre et à les faire réussir. Et le meilleur moyen pour mettre les individus en état de suggestibilité, c’est de répandre la peur. En France, il y a eu plusieurs allocutions du président de la République, notamment celle du soir où on nous a appris que nous étions tous assignés à résidence, à savoir confinés. Dans ce discours, tous les mots sont importants : « scientifiques », « guerre », qui revient à plusieurs reprises, et puis « participation des citoyens » à ces décisions pour qu’elles réussissent — on revient à Ellul. Dans son deuxième discours, Macron nous prévenait : sans respect des mesures, il y aurait très probablement 400.000 morts supplémentaires, ce qui est absolument ahurissant et qui fait effectivement très peur. Donc le résultat d’un tel discours fut des rues vides, un monde irréel, exceptionnel et aujourd’hui volontairement oublié ; oublié le marathon parlementaire sur le pass vaccinal voté dans l’urgence, oubliés les médecins qui réclamaient des sanctions exemplaires pour tous ceux qui refusaient la vaccination. La population veut oublier, mais notre devoir est inverse, il faut analyser ce qui s’est vraiment passé. 

En tant qu’épidémiologiste avec une expérience de 30 ans, imaginiez-vous qu’un jour on connaîtrait un confinement, un masquage total de la population, un couvre-feu ? 

Bien sûr que non. Je connais l’histoire de l’épidémiologie. Ce n’était pas la première épidémie qui arrivait, et les mécanismes sont toujours à peu près les mêmes. Mais cette fois-ci, on a tout amplifié d’une manière extraordinaire. Jamais dans l’histoire de l’humanité on n’avait pu mettre en place des mesures aussi excessives. C’est comme si le monde entier était devenu virtuel et qu’il était possible d’arrêter la société pour arrêter le virus. Mais c’est une vaste blague, car les virus sont susceptibles de se diffuser, même lorsque les populations se sont arrêtées. Et de fait, l’épidémie, malgré toutes les mesures, a continué, mais tout à fait normalement, comme n’importe quelle pathologie. 

Au début, on nous avait dit que c’était très grave, mais en fin de compte, avec les chiffres, on peut remettre cela en question… 

Oui, c’est ce que nous allons montrer. Toutes les mesures prises n’auraient pas été nécessaires si on avait été capables de comprendre que cette épidémie n’était pas aussi grave que ce que l’on nous avait annoncé. Il est indispensable de comprendre que ce qui a déclenché cette série de mesures ahurissantes fut un événement mineur. Les mesures mises en place étaient inutiles mais ont eu des conséquences énormes. Un coup d’œil sur une période passée nous donne des perspectives sur notre époque. Schématiquement, pour un épidémiologiste, une épidémie, ce sont des malades et des morts. Une épidémie est importante lorsqu’il y a beaucoup de malades dans une population en peu de temps, et une épidémie est grave lorsqu’en peu de temps le nombre de morts, toutes causes confondues, est supérieur à ce que l’on attendait. 

« Importante et grave », c’est bien ce que les médias nous ont dit ? 

Oui. Le président de la République annonçait 400.000 morts et le rapport de Neil Fergusson, 500.000 morts, rien que pour la France ! Ces nombres faramineux ne pouvaient effectivement qu’être angoissants pour la population. Or l’épidémie de covid n’a été ni importante ni grave. En gros, il n’y a pas eu beaucoup de malades et il n’y a pas eu beaucoup de morts, contrairement à ce que l’on nous a dit et contrairement à ce qu’encore beaucoup croient ! Retournons sur la petite histoire d’une petite épidémie. Pendant longtemps on nous a interdit de comparer le covid à des choses connues. Or c’est stupide, puisque si on fait des études sur les épidémies, c’est justement pour acquérir de l’expérience et mieux les comprendre. Ne pas comparer est une aberration. Si on regarde les courbes des syndromes grippaux en France depuis plus de 30 ans, on constate une série de pics. Le dernier, celui de la saison 2019-2020 montre 324 cas par semaine pour 100.000 habitants. En 2014-2015, 836 cas par semaine pour 100.000 habitants ; en remontant en 198889, 1793 cas pour 100.000 habitants. La surprise, c’est que le premier covid en 2019-20 a fait 140 malades pour 100.000 habitants, ce qui est relativement peu. Donc c’est vraiment comparable à une grippe saisonnière. J’ai appelé ce moment la période « de sidération ». La deuxième période, je l’ai appelée période « de terreur ». À l’époque, je ne savais pas quand ça se terminerait, mais aujourd’hui je peux vous dire que ça s’est terminé en février 2022. Dans un premier temps, on pouvait comprendre que les gouvernants ne voulaient pas prendre de risques, étant stupéfiés par ce qui arrivait. Cependant, il y avait quand même des épidémiologistes qui conseillaient de se calmer, de ne pas paniquer à ce point-là. Une fois la période de sidération passée, en juin 2020 tout le monde pensait être sorti d’affaire. Mais s’est ensuite installée une autre période de terreur caractérisée par des mesures de plus en plus coercitives et fondées sur la peur. On a raconté des histoires de « vagues épidémiques » qui allaient se succéder. Mais en épidémiologie, la notion de vague n’existe pas. On parle d’épisode épidémique, mais la vague, c’est très vague comme truc ! Toutefois, le mot fait écho chez tout le monde, il rend simples des choses complexes. Les experts ont expliqué qu’avec des modèles très simples, on pouvait arrêter cette épidémie, comme on pourrait arrêter des vagues en élevant des digues. Epidémiologiquement parlant, que s’est-il passé depuis trois ans ? Le premier pic épidémique a occasionné 140 malades pour 100.000 habitants. À l’hôpital, en une semaine en France, il y a eu 37 hospitalisés pour 100.000 habitants aux pires moments de l’épidémie. 

Dans la plupart des pays européens, c’était peu ou prou la même chose ? 

Oui, certainement. Je travaille essentiellement sur des données françaises parce qu’elles sont libres d’accès. Il y a eu un problème en termes de soins intensifs en France parce qu’il n’y avait pas suffisamment de lits, et les autorités nous ont culpabilisés : si vous ne restez pas enfermés, eh bien il n’y aura plus de place en soins intensifs et donc vous serez responsables de la mort de personnes. Cette rhétorique, on l’entend encore en écho dans nos têtes. Mais nous constatons qu’au pire moment de l’épidémie, il y a eu environ 7 admissions en soins intensifs en une semaine, donc une par jour ! Et le nombre de décès attribués au covid, au moment du pic, lui, s’élève à 10 décès pour 100.000 habitants. 

Ce sont bien des décès, pas encore de politique de tests, pas de confusion entre cas et malades… 

Non, il n’y a pas encore de confusion entre cas et malades. Néanmoins, en période épidémique, on attribue assez souvent la mort qui arrive à la cause épidémique. En réalité, les gens qui sont décédés étaient déjà en mauvaise santé, généralement des personnes âgées avec des maladies chroniques de type cardio-vasculaires, par exemple. C’est un phénomène assez courant : les personnes les plus fragiles, à l’occasion d’un stress épidémique, meurent à ce moment-là d’une manière presque synchronisée. On connaît bien, par exemple, les pathologies hivernales, ou alors en été au moment des canicules. Des personnes faibles meurent. 

Revenons à notre chronologie. Il y a eu le déconfinement après le 10 mai 2020, et tout le monde a pensé que cette épidémie était terminée. Dans les rues les gens manifestaient, ne portaient pas de masque. Il n’y a évidemment pas eu de rebond épidémique, ce qui démontre que la théorie du confinement était fausse dans la mesure où on postule que dès qu’il y a déconfinement, il y a automatiquement rebond, ce que soutenaient beaucoup de d’épidémiologistes. Or rien n’est « reparti ». Donc ça remet en cause complètement le confinement, une mesure folle et inutile. 

Comme le masque généralisé ? 

À partir d’août, on a commencé à avoir des masques en France, subitement devenus obligatoires, même dans la rue. On a commencé à reparler de « vague ». Mais en fait, la fameuse deuxième vague a atteint son pic maximum le 26 octobre, juste avant le deuxième confinement décidé par Macron, alors qu’on savait qu’elle allait redescendre. Encore une aberration ! À ce moment, les tests se sont généralisés et ont produit une anxiété supplémentaire qui a alimenté le sentiment d’une « importante deuxième vague ». En réalité, au maximum de cet épisode, il y a eu 83 malades pour 100.000 habitants. Et on a reconfiné la France pour cela ! 

Avec les effets dramatiques du confinement qu’on connaissait déjà… 

Oui, bien sûr. À partir du 1er janvier 2021, c’est le début de la vaccination. Un troisième épisode s’est produit en mars, c’est-à-dire à peu près un an après le premier, et on a déploré 37 malades pour 100.000 habitants en une semaine, un drame ! 50% de la population française avait eu sa deuxième dose à ce moment-là, au mois d’août. Le président a dit qu’il fallait que tous les jeunes soient vaccinés. La petite épidémie à ce moment-là n’a pratiquement fait aucun mort. À l’hiver suivant, en janvier 2022, il y a effectivement un nouvel épisode de type hivernal. 

On s’attendait à la grippe mais ce fut le covid, cependant pas bien grave, avec 126 malades pour 100.000 habitants. Puis le 24 février, c’est le début de la guerre en Ukraine et, quelques temps plus tard, la fin de toutes les mesures sanitaires. À ce moment-là, on discutait pour mettre en place le pass vaccinal, puis avec la guerre, le projet a été abandonné. Donc était-ce la fin de l’épidémie ? Les médias ont cessé d’en parler pour se concentrer sur la guerre. Pourtant, on voit que le 27 mars 2022, il y a eu quand même un pic de 95 malades pour 100.000 habitants, c’est-à-dire supérieur à celui de la fameuse deuxième épidémie ! Ce troisième pic du printemps est passé carrément inaperçu dans l’opinion publique. 

En voyant ces graphiques, peut-on dire que le confinement est une décision politique et non pas sanitaire ? 

De toute façon, le confinement est une décision politique, quoi qu’il arrive. Une politique qui s’appuie sur certains scientifiques vraisemblablement choisis pour leur propension à tirer la sonnette d’alarme dès qu’ils voient le moindre virus arriver. Je ne dis pas qu’il ne faut jamais tirer la sonnette d’alarme, mais qu’il faut faire attention avant de bloquer tout un pays et de dépenser 300 milliards d’euros. Ce furent vraiment des mesures disproportionnées par rapport à ce qui s’est réellement passé. On a vu que lorsqu’un autre événement grave arrive, la guerre, eh bien on oublie complètement l’épidémie qui, elle, poursuit son petit bonhomme de chemin, sans être non plus importante. Continuons. Le 3 juillet, nous avons à nouveau un nouvel épisode épidémique, lui aussi médiatiquement inexistant. Même chose en septembre, et en novembre, il y a une épidémie de grippe pas plus forte que d’habitude, puis de covid, mais plus faible que les précédentes. Le regroupement des syndromes grippaux en hiver est habituel, ainsi que les hôpitaux saturés, on connaît ça depuis au moins 20 ans. 

Si l’État français et les autres gouvernements européens avaient réagi de la même manière en mars 2020 qu’entre janvier 2022 et janvier 2023, on n’aurait peut-être pas vu passer la chose ? 

Oui, très probablement. La difficulté est qu’on avait identifié un nouveau virus, avec toute une fantasmagorie dans l’inconscient collectif autour de quelque chose de dangereux qui pourrait nous arriver, éventuellement une hécatombe. Pour autant, avec les données dont nous disposions déjà, provenant de Chine, entre autres, on pouvait peut-être éviter de bloquer toute une population. Tout ce stress était inutile, il n’y aurait pas d’hécatombe. Donc pendant cette période de terreur, on a manipulé les notions de « cas » et de « maladie ». Les premiers étaient confirmés par le fameux test PCR. Mais les gens n’étaient pas nécessairement malades. On a testé toute la population, chose qui n’avait jamais été faite. Et bien sûr, on y a trouvé ce que l’on cherchait, c’est-à-dire des cas. Mais le commun des mortels confond quelqu’un testé et sain avec un malade qui lui est vraiment malade. Quand on annonce un certain nombre de cas positifs, on pense que ces gens-là sont malades, mais en fait ils ne le sont pas, et ils ne sont pas nécessairement transmetteurs. À partir de l’été 2020 débute ce que j’ai appelé la « testomania », avec plus de 230 millions de tests rien qu’en France, ce qui fait à peu près trois tests par personne. La notion de cas s’est substituée à celle de malade. 

Mais en l’occurrence, ce que l’on cherche n’a rien à voir avec ce que l’on doit trouver. En avril 2020, on constatait moins de cas que de malades, car on ne testait pas à cette époque en France. À partir de juillet, on s’est mis à tester fortement et le nombre de cas au maximum a atteint 503 cas pour 100.000 habitants, ce qui est du même ordre de grandeur qu’une épidémie de grippe. À l’hiver 2021-2022, grâce à la testomania, on avait fini par atteindre 3.776 cas pour 100.000 habitants. Mais il n’y a aucun rapport entre le nombre de cas et le nombre de malades. Comment peut-on s’appuyer sur des chiffres pareils ? Si une autorité de santé veut convaincre que cette épidémie est dangereuse, il est bien plus avantageux de parler de cas que de malades, mais dans la tête des gens, c’est la même chose, donc c’est implacable ! 

Maintenant, passons à une sombre histoire de morts supplémentaires. Il faut voir ce qui était attendu et ce qui a été annoncé en 2020. Le nombre de morts qui serait susceptible d’advenir se calcule par des méthodes tout à fait standards. Il était attendu, hors épidémie, 616.194 morts. Ce sont des gens qui forcément meurent de tout un tas de choses, mais ce sont surtout des gens très âgés. Lors du premier confinement, Macron nous a dit qu’il y aurait 500.000 morts supplémentaires, soit une augmentation de 80 % ! 

Comment arrive-t-on à ce chiffre de 500.000 ? 

C’était la modélisation de l’épidémie sur la base de modèles mathématiques, des modèles sensibles au paramétrage qui peuvent aboutir à des chiffres fort différents. Mais on a décidé de retenir le chiffre de 500.000 morts supplémentaires, ce qui fait peur et dépasse l’imagination. 

Et beaucoup se disent qu’ils pourraient se retrouver dans les statistiques… 

En plus ! J’ai essayé d’obtenir les chiffres des pompes funèbres, parce que c’est aussi un bon indicateur. On n’a pas beaucoup parlé d’elles, mais les pompes funèbres sont très rapidement débordées lorsqu’il y a une épidémie. Or là, comme par hasard, pas de débordement ! Elles nous ont appris qu’il ne se passait rien, ou pas grand-chose en tout cas. Avec 500.000 morts, les pompes funèbres n’auraient rien pu faire, il y aurait eu des charniers partout. Lors du deuxième confinement, Macron annonçait clairement 400.000 morts supplémentaires, soit une augmentation de 65 %. Affolant ! 

Mais n’était-ce pas facile d’annoncer que s’il n’y a pas eu 500.000 morts, c’était grâce au confinement ? 

Ah oui, c’était une supercherie. J’ai écrit un article expliquant pourquoi le confinement n’a servi à rien en termes de santé et avait même empiré les choses. Depuis, des tombereaux d’autres articles sont arrivés à la même conclusion. Un des arguments, c’est le fait que dans des endroits où il n’y avait pas eu de confinement, les chiffres étaient identiques. Confinement ou pas, on obtient le même résultat. Donc dire que « grâce à nous, vous avez eu la vie sauve » est totalement fallacieux et indémontrable. Les gens devraient prendre conscience que leurs autorités leur ont menti. Revenons à nos morts ! Dans la classe d’âge de 85 ans et plus, soit 3 % de la population, il y a eu 314.411 morts en 2020, à peu près la moitié des morts en France. Cette classe d’âge grossit d’année en année, elle a doublé en dix ans, cela revient à dire que les gens meurent de plus en plus tard, tout en étant relativement fragiles. La surmortalité est la différence entre ce qui était attendu et ce qui s’est produit. Et dans cette classe d’âge-là, il y a eu 18.782 morts supplémentaires, soit une augmentation de 6,3 %. Mais il se trouve que cette classe d’âge est tout le temps en surmortalité et en même temps augmente numériquement. Donc il y a systématiquement surmortalité. C’est exactement l’inverse avec les moins de 65 ans. 

D’où l’importance de standardiser quand on compare des années différentes, ce qui n’a pas été fait par les gouvernants. 

Exactement. La classe d’âge 65-84 ans présente aussi un nombre relativement important de décès. C’est normal parce qu’elle correspond en gros à l’âge moyen de la mort. Il y a eu une surmortalité de 4 %, ce qui est normal en comparaison des événements sanitaires importants passés, les chiffres sont à peu près équivalents. 

Puisque ces chiffres attendus sont calculés à l’aide de modèles, je suppose qu’il y a toujours de la sous-mortalité ou de la surmortalité, c’est rarement le chiffre réel… 

Oui, mais on essaie quand même de mettre en place des modèles proches de la réalité. On ne peut pas prévoir un événement sanitaire important. Mais s’il avait été réellement important, on n’aurait pas eu 6,3% d’augmentation, mais 65%, chiffre qui était annoncé par les gouvernants. Pour les moins de 65 ans, on est en « sous-mortalité », ou plus exactement il n’y a pas eu de surmortalité. Or ils représentent 80% de la population… qui n’a finalement pas été touchée par cette épidémie. Ça en dit long sur le fait qu’on a confiné toute la population et vacciné la majeure partie, alors que 80% d’entre elle n’était pas du tout touchée en termes de mortalité, et très peu en termes de maladies. Au total, il y a eu 27.775 décès supplémentaires, soit une surmortalité de 4,3%, ce qui est plus que d’habitude, mais très raisonnable par rapport aux 65% annoncés ! En sus, on remarque que les causes de mortalité les plus fréquentes en France (50%) sont les cancers et les maladies cardio-vasculaires. En 2020, ces deux causes ont chuté. 

Une bonne nouvelle tout d’un coup, non ? 

Cela interroge, parce que comment se fait-il que des maladies chroniques fassent une telle chute à ce moment-là ? Est-ce que les maladies infectieuses protègeraient contre le cancer et les infarctus ? Non, en réalité c’est une simple mesure administrative qui a été mise en place dès le début de l’épidémie, qui consistait à insérer un nouveau code pour le covid-19, parce qu’on pensait qu’il y aurait beaucoup de morts. Mais comme il n’y en a pas eu beaucoup, eh bien c’est que des gens qui auraient dû mourir d’une tumeur ou d’une maladie cardiovasculaire ont été déclarés morts du covid. La réalité c’est qu’ils sont effectivement morts de leur maladie principale et que le covid est venu la masquer. C’est une forme de biais administratif. Nous vivons vraiment une époque formidable puisque relancer à période très régulière le storytelling de vagues censées nous submerger, c’est gouverner par la peur et justifier des mesures disproportionnées et contraignantes, ainsi que la suspension des travailleurs non vaccinés, ce qui persiste encore aujourd’hui en France. Les mesures ont sacrifié sans distinction la majorité des populations, au lieu de protéger uniquement les vulnérables. Les Français ont tellement souffert qu’ils préfèrent oublier l’état d’urgence sanitaire. Le covid aurait pu passer presque inaperçu si l’ensemble du dispositif de santé, médecins généralistes et hôpitaux, avait été normalement utilisé. La « crise du covid » n’a pas été générée par l’épidémie elle-même, mais par sa gestion calamiteuse. Toute cette crise est déconcertante et en même temps, tout était tellement prévisible. Je l’avais déjà écrit en février 2020 dans un court texte qui s’appelait « Une épidémie déconcertante », publié le 11 mars. J’ignorais l’existence d’un conseil scientifique et pour moi il était impensable qu’en France il serait possible de mettre toute la population en confinement. Mon analyse décrivait précisément ce qui allait se passer. J’affirme que les gouvernements ne peuvent pas dire que personne ne savait, car ce papier existe toujours, se trouve sur le site de l’IRSN. 

Peut-on parler d’une planification sans être « complotiste » ? 

Non. De mon point de vue, il n’y a pas une planification, mais en tout cas les esprits étaient préparés. J’ai eu entre les mains, assez tardivement d’ailleurs, un rapport de l’enquête parlementaire n° 685 sur le rôle de l’industrie pharmaceutique dans la gestion de la grippe H1N1 survenue il y a dix ans. Tout était décrit exactement comme ça s’est passé pour le covid : le rôle des industries pharmaceutiques et de certains scientifiques qui avaient déjà tenu les mêmes propos à l’époque. Mais ce coup-ci, ils ont pris à l’envers toutes les recommandations de cette enquête parlementaire. Quelque part, ça fait froid dans le dos parce que a priori on aurait dû être bien préparé pour combattre l’épidémie suivante, et on a fait pire, de mon point de vue. 

Quand je parle de planification, si je comprends bien dans votre article publié avant le premier confinement, vous dites que les gouvernants connaissaient déjà les dates des confinements à l’avance… 

Je ne dis pas ça. Moi, sur la base des données que j’avais récupérées, j’avais été capable d’estimer à quel moment le pic épidémique interviendrait et la fin de l’épidémie, en réalisant moi-même un modèle de propagation épidémique. J’ai réussi à montrer que l’épidémie n’était pas si grave que ce qu’elle pouvait paraître. Dans ce petit article, je disais au public : « N’ayez pas peur, il ne va rien se passer ! » Je l’avais envoyé à tous les médias dans lesquels j’étais déjà intervenu, pour la grippe notamment, mais aucun ne l’a relayé, sauf une seule radio qui m’a interviewé. 

Vos prédictions se sont avérées exactes… 

Cela démontre qu’il était possible de prévoir exactement la dynamique de cette épidémie, puisque moi je l’avais prévue. D’autres auraient dû être capables de le faire et ne pas parler de 500.000 morts, alors qu’ils étaient sûrs et certains qu’une telle hécatombe était impossible. L’épilogue, c’est que le 28 janvier 2023 a été décrétée la fin officielle du covid en France. Mais les personnels suspendus, eux, ne sont toujours pas réintégrés. La population a souffert, elle veut oublier. Il est possible qu’elle souffre encore. Et une des conséquences parmi tant d’autres est le record d’inflation en zone euro en raison d’une dépense d’argent complètement folle. 

Une dernière question. Avez-vous eu des réactions de personnes qui n’étaient pas à la base d’accord avec vous et qui ont pu changer d’avis en prenant connaissance de vos recherches ? On aurait envie de se retrouver avec un parterre d’experts télévisuels et de pouvoir passer une heure et demie avec eux pour les leur montrer… 

Je ne regarde pas beaucoup la télévision, ne m’intéresse pas trop aux réactions à ce que je dis. Néanmoins, mon impression est que dans la population, il y avait des gens qui avaient senti que quelque chose ne tournait pas rond. Moi et quelques autres leur avons apporté des éléments pour comprendre ça. Mais nous étions très peu nombreux, nous nous sommes fait descendre de manière éhontée, de grands professeurs ont été traînés dans la boue. Nous avons confirmé l’intuition de beaucoup de personnes, mais la plupart des autres sont restés sur leurs positions, même des scientifiques, même des gens censés être cultivés et susceptibles de prendre du recul. Je suis un peu désespéré. Mais l’histoire est un temps long, donc on peut attendre encore un petit moment ! Dans la postface du livre de Pierre Chaillot que j’ai écrite, j’essaie de voir à quel moment on a trompé le monde, ce qui arrive très souvent. Je fais partie de ces gens qui vont continuer d’essayer d’apporter des éléments de compréhension et j’espère qu’un jour, avec le temps, les gens comprendront ce qui s’est passé. 

Propos recueillis par Alexandre Penasse et retranscrits par Bernard Legros 

Cassou