Kairos 59
📰 Kairos 59 📑 Sommaire

Les résistances se multiplient

Vous avez constaté que, depuis quelque temps, les puissants demandent à chacun de faire preuve de sobriété. Une large publicité est organisée autour de ce changement de ton. Mais, même si elle est largement suivie, cette demande sera inefficace si elle se limite aux consommations des seuls particuliers. De plus, les efforts proposés ne concernent que les consommations de gaz et d’électricité, alors que l’énergie que chacun dépense a surtout sa source dans les objets qui sont achetés. En effet, pour la fabrication de ceux-ci sont dépensées des quantités d’énergie bien plus importantes que celle que l’on consomme directement chez soi. 

On voudrait nous faire croire que cette politique est motivée par un souci écologique alors qu’elle n’est en fait qu’une réaction face à la fermeture des gazoducs venant de Russie dans le cadre de la guerre russo-ukrainienne. 

Si l’on veut que nos concitoyens réduisent leurs consommations en tous genres, il faudrait que l’on mette fin à ce pousseau-crime qu’est la publicité. Il est paradoxal de prôner la sobriété et en même temps promouvoir la consommation par la multiplication de réclames. Diverses initiatives citoyennes de dénonciation de la publicité voient ainsi le jour, qu’elles soient générales ou spécifiques. Dans cette optique, l’association Foodwatch[note] se bat en général pour que notre alimentation soit de qualité et ne dégrade pas notre santé. Mais aujourd’hui Foodwatch s’attaque à la publicité visant les enfants. L’association lance une vaste campagne d’interpellations pour exiger que les grandes chaînes de distributeurs s’engagent à protéger la santé des enfants en mettant un terme au marketing de la malbouffe qui vise les plus jeunes. Si cela ne bouge guère en France, ce n’est pas le cas en Allemagne ou, sous la pression de Foodwatch le géant de la distribution Lidl a annoncé mettre fin à la publicité ciblant les jeunes enfants. 

Foodwatch a lancé une pétition[note] pour que cessent les publicités pour les aliments, trop sucrés, trop gras, trop salés. Incitons-les à agir et bientôt l’organisation révélera les engagements des multinationales. L’OMS, elle aussi, sonne l’alerte depuis de nombreuses années : en Europe, l’épidémie d’obésité progresse et les enfants sont loin d’être épargnés. En France, 35% des enfants de 5 à 9 ans et 28% des adolescent·e·s de 10 à 19 ans sont en surpoids ou obèses. Un enfant obèse court de grands risques, dont celui de développer des maladies telles que le diabète ou l’hypertension artérielle à l’âge adulte. 

À la télévision, sur internet et dans l’espace public, les enfants sont aujourd’hui victimes d’une surexposition à un marketing alimentaire agressif et omniprésent. 

LES PUBLICITÉS SUR L’ESPACE PUBLIC 

Les publicités les plus agressives et incontournables sont les panneaux publicitaires qui déparent nos rues3. Beaucoup d’actions anti-pub sont menées en surcollant, détournant les panneaux de diverses manières ou en coupant l’alimentation électrique et éteignant ainsi les lumières des panneaux lumineux. Ces actions sont menées par des organisations telles que Résistance à l’agression publicitaire (https://antipub.org/) ou Casseurs de pub (http://www.casseursdepub.org/). Elles sont toutefois un peu risquées car le système, toujours répressif et protecteur d’un commerce sans limite, peut faire de gros ennuis à ceux pris sur le fait. Certains ont trouvé la parade : ils ont agi tout au long du parcours des manifestations contre le projet de loi de réforme des retraites. Ainsi camouflés par la foule, largement approbatrice, ils ont pu œuvrer tranquillement. Rares sont les citoyens qui ne sont pas excédés par les publicités envahissant nos trottoirs. 

L’esthétisme des affiches artisanales surcollées, créées par les militants, achèvent de convaincre chacun du caractère gênant de l’envahissement publicitaires qui, en plus de vous tenter par des produits souvent inutiles, entrave souvent la marche sur l’espace dévolu aux piétons. 

ACTIONS DE GRANDE ENVERGURE 

Une autre manifestation nationale est celle organisée notamment par des associations dont la raison sociale n’est pas la critique de l’e-pub, mais s’impliquent dans des actions antipub. Ainsi la campagne GreenVoice organisée par Greenpeace France, Alternatiba, Résistance à l’agression publicitaire, Extinction Rebellion et ANV-COP-21 a mobilisé des dizaines de militants qui ont agi pour éteindre des panneaux publicitaires et des enseignes lumineuses, dispositifs très consommateurs en électricité (la consommation d’un écran publicitaire de 2m2 est de 2.000 kWh/an, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’un ménage). Une étude de Greenpeace montre que 85% des Français sont favorables à une réduction du nombre des écrans numériques publicitaires visibles dans l’espace public, quand 54% soutiennent tout bonnement leur interdiction. 

Face à ces mobilisations, les exécutifs ont décidé d’interdire l’allumage des pubs aux heures creuses de la nuit. C’est une bien faible action face à l’urgence qu’il y a de carrément interdire ces dispositifs qui sont énergivores, enlaidissent les paysages et sont des tentatives de lavage de cerveaux. 

Alain Adriaens